TUE
fondi. La question qui se pose, et qui, jusqu'ici, ne nous semble pas avoir été vraiment étudiée, est celle-ci : Y a-t-il, peut-il y avoir légitimement une direction spirituelle dans le protestantisme ? Remettre en honneur cette forme de ministère, n'est-ce pas simplement laisser repousser à l’arbre, trop radicalement émondé, du protestantisme réformé, une branche maîtresse ? ou, au contraire, est-ce en revenir à une forme de ministère entachée de cléricalisme et, par là-même, en contradiction avec les principes de la Réforme ?
C’est donc une étude théorique sur la légitimité d’une direction spirituelle protestante que nous avons entreprise. Il ne saurait être question d’esquisser ici une sorte de manuel de direction et d'indiquer ce que doit être cette direction dans la plupart des cas concrets qui peuvent se rencontrer. Tout au plus en appellerons-nous à des exemples précis de direction, dans des circonstances déterminées, à titre simplement d'illustration. C’est la question préalable que nous posons et que nous voulons examiner, celle de la légitimité de ce ‘ministère de direction dans les églises de la Réforme.
Dans une première partie, nous essaierons de préciser ce qu'est essentiellement la direction spirituelle ; nous en rechercherons les principes, les racines profondes pour confronter ces principes avec ceux de l'Evangile et de la Réforme, celle-ci ne voulant être qu’un retour au simple Evangile.
Dans une seconde partie, nous examinerons les objections et les critiques soulevées du point de vue protestant contre la direction spirituelle.
Dans une dernière partie, confrontant direction catholique et direction protestante, nous serons amené à dessiner d’un trait plus ferme les caractéristiques d’une direction spirituelle qui entend rester authentiquement évangélique.
Précisons enfin que, quand nous parlons de protestantisme, nous entendons tout d’abord le protestantisme français issu de la Réforme calviniste, Nous pensons encore au protestantisme mondial, qu’il soit luthérien, méthodiste ou autre, protestantisme qui, d’une part, entend se fonder directement sur l'Evangile, et qui, d’autre part, ne se rallie pas à un sacramentarisme institutionnel attribuant au prêtre, par le seul fait qu'il est prêtre et rituellement ordonné, un charisme fonctionnel unique. Car il va sans dire que l'autorité et les capacités d’un ministère ainsi revêtu d’une sorte de droit divin de commandement impliquent la soumission des laïques à la hiérarchie et légitiment d'emblée une direction de type autoritaire. La question que nous examinons, dans ce cas, ne se pose plus.