XIV
N'avez-vous rien pris à aucun de vos sujets par pure autorité et contre les règles ? L'avez-vous dédommagé , comme un particulier l'auroit fait , quand vous avez pris sa maison , ou enfermé son champ dans votre parc , ou supprimé sa charge , ou éteint sa rente ? Avez- vous examiné à fond les vrais besoins de l'Etat, pour les comparer avec l'inconvénient des taxes avant que de charger vos peuples ? Avez-vous consulté sur une
si importante question , les hommes les plus éclairés , les plus zélés pour le bien public, et les plus capables de vous dire la vérité sans flatterie ni mollesse ? N'avez- vous point appelé nécessité de l'Etat , ce qui ne servoit qu'à flatter votre ambition , comme une guerre pour faire des conquêtes, et pour acquérir de la gloire ? N'avez- vous point appelé besoins de VEtat vos propres prétentions ?
Si vous aviez des prétentions personnelles pour quelque succession dans les Etats voisins , vous deviez soutenir cette guerre sur votre domaine ? sur vos épargnes , sur vos emprunts personnels ; ou du moins , ne prendre à cet égard que les secours qui vous auroient été donnés par la pure affection de vos peuples ; et non pas les accabler d'impôts , pour soutenir des prétentions qui n'intéressent point vos sujets : car ils n'en seront point plus
heureux , quand vous aurez une province de plus. Quand Charles VIII alla à Naples , pour recueillir la succession de la maison d'Anjou, il entreprit cette guerre à ses dépens personnels : l'Etat ne se crut point obligé aux frais de cette entreprise. Tout au plus , vous pourriez recevoir en de telles occasions , les dons des peuples , faits par affection , et par rapport à la liaison qui est entre les intérêts d'une Nation zélée et d'un Roi qui la gouverne en père. Mais selon cette vue, vous seriez bien éloigné d'accabler les peuples d'impôts pour votre intérêt particulier.