XXIII
N'avez-vous point toléré des enrôlements qui ne fussent pas véritablement libres ! Il est vrai que les peuples se doivent à la défense de l'État : mais ce n'est que dans les guerres justes et absolument nécessaires : mais il faudroit qu'on choisît en chaque village les jeunes hommes libres, dont l'absence ne nuiroit en rien ni au labourage, ni au commerce, ni aux autres arts nécessaires, et qui n'ont point de famille à nourrir : mais il faudroit une
fidélité inviolable à leur donner leur congé après un petit nombre d'années de service; en sorte que d'autres vinssent les relever et servir à leur tour. Mais laisser prendre des hommes sans choix , et malgré eux ; faire languir et souvent périr toute une famille abandonnée par son chef; arracher le laboureur de sa charrue , le tenir dix , quinze ans dans le service, où il périt souvent de misère dans des hôpitaux dépourvus des secours nécessaires ; lui casser la tête , ou lui couper le nez s'il déserte ; c'est ce que rien ne peut excuser, ni devant Dieu, ni devant les hommes.