La Foi est comme un sixième sens, le
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supplément des autres, le sens du Christ, l'œil de l'invisible, l'entendement chrétien.
S'il n'y a de l'homme que ce qui se fait par raison, il n'y a en nous du chrétien et du fidèle que ce que la foi inspire.
En effet, trois vies se disputent notre activité : l'instinct qui fait la brute et l'homme animal; la pure raison qui, dans l'état de déchéance actuelle, ne fait que le sophiste et le faux sage; la foi enfin, qui seule fait le chrétien.
La foi morte n'est qu'une lampe allumée sur un tombeau. La foi mourante ne retient de vie surnaturelle que juste ce qu'il faut pour ne pas mourir et se borne au minimum de rigueur. La foi vive el pratique, au contraire, tire de ses principes toutes leurs conséquences; elle accorde la volonté avec les croyances, met la conduite en harmonie avec les convictions, car le bien croire est la racine du bien vivre : elle établit une équation exacte entre les idées et les œuvres. Elle va donc de l'esprit au cœur, du cœur jaillit sur les lèvres, des lèvres passe dans les mains et, par contact et contagion, donne de sa vie à tout ce qui l'approche. Le fidèle en vit : in fide vivo Fila Dei qui dilexit me. Mon juste à moi, dit le Seigneur, vit de sa foi : cette foi est le don d'élite de Dieu : Dttfjilur enim illi fidei donum electnm...
Au seuil du temple , à l'aube de notre vie, on nous demanda : Quid petis ab Ecclesia? En notre nom, il fut répondu : /idem... Au seuil du sanc-
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tuaire, à l'aube de notre naissance cléricale, notre liberté retourne la question : Quid petit n me Ecel'^sia? L'Église nous répond : /idem, non plus simplement la foi infuse au baptême, mai^ la foi acquise, une foi doublée par l'exercice, la vie de foi.
Sans la foi. atlirme l'Apôtre, nous serions les plus misérables des hommes : quelle comédie sacrilège jouerait à l'autel, quel odieux masque promènerait dans le temple un prêtre sans foi !
La foi, à nous d'en donner à tous: il n'y en aura autour de nous que dans la mesure du rayonnement que la nôtre exercera en chaire, au saint tribunal, dans nos relations au dehors.
11. — Cette foi . il faut l'exercer et en vivre : or vivre, c'est penser et sentir, c'est parler et agir.
Donc penser d'après la foi, inspirer nos jugements nd régulas ct.ternitatis, prendre pour conseil l'Évangile et ses maximes , l'Église et son esprit, les exemples des saints, surtout les inspirations de la grâce; professer l'estime du moins. du moindre et du pire en tait de possession. d'honneur et de plaisir.
Sentir d'après la foi : hoc sentite in vobis quod et in Chnsto Jesu qùod et in se Christus Jésus ; ressentir les impressions, émotions et dispositions du Sacré-Cœur, au sujet de la joie et de la douleur, des craintes et des désirs, de l'a-
mour et de la haine ; sentir le faux, le ridicule, les hontes des joies et prétentions mondaines.
Parler d'après la foi : Credidi proplcr quod lucutus sum. Notre parole doit être l'écho de nos pensées et sentiments. Donc parler foi, parler prêtre; que nos discours s'inspirent de notre soutane: pratiquons l'apostolat mutuel, ayons soin de baptiser nos conversations avec les séculiers; si nous entrons par leur porte, que ce soit à condition de les faire sortir par la nôtre. Donnons des nouvelles du ciel à ceux qui nous importunent d<' celles de la terre. Répondons avec M. Olier à ces discoureurs : w Tout cela n'a pas pour moi le soùt de l'éternité; » verbosi amici moi... consolatores onerosi.
Agir d'après la foi , en inspirer nos démarchps et notre conduite : quid nunc Christus?
Oh ! que cette vie de foi est sublime ; qu'elle est heureuse, méritoire et féconde.
III. — Le grand ressort de la vie de foi. c'est l'orflison; l'oraison est le foyer où la foi s'allume et s'alimente ; aimons à la faire porter sur les maximes et exemples de Notre-Seigneur. Dieu l'a dit, tout est dit, il a droit d'être cru sur parole, ipsi Deo de Deo credendum est, croire Dieu en Dieu, sans pourquoi ni comment; à nous d'étendre nos Ijensées à la sienne, de l'étreindre, de la goûter par le cœur pour qu'elle y fasse le même chemin que dans le cœur même de Notre-Seigneur; fai-
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sant comme lui la vérité, ne l'imprimant dans notre àme qu'afm de l'exprimer ensuite dans nos mœurs, de l'incarner et de la traduire dans notre vie.
Au lit, à table, en récréation, veillons sur la nature qui tend à se ressaisir et glisserait volontiers sur la pente des sens : relevons ces actions vulgaires et animales par des vues surnaturelles : honorant au lit le repos de Notre-Seigneur dans le sein de son Père; à table, nous rappelant que nous serons un jour les convives des anges; en société, que nous sommes les concitoj'ens des saints : cives sanctorum et domeslici Dei.
Adoptons pour le temps pascal cette oraison jaculatoire : Domine, adawje nobis fidem.