AVANT-PROPOS
Qiinud nous mettons Claude Le Petit en bon lunn- parmi les libertins du xvii® siècle, des successeurs de Théophile de Viau, nous ne le calomnions pas; sa vie et ses œuvres le classent au nombre des plus représentatifs sujets de cette catégorie d'esprits dont on a fait avec quelque exagération, croyons-nous, les ancêtres de nos libres-penseurs.
Claude Le Petit a réalisé le type du libertin, de V impie et de Vatliéiste portraituré par le Père Garassus trente-cinq ans auparavant dans sa Doctrine curieuse (i6a3) :
« J'appelle Libertins, nos yvrongnets, niouscherons de tavernes, esprits insensibles à la piété, qui n'ont autre Dieu que leur ventre, qui sont enrôlez en cette maudite confrérie, qui s'appelle la Confrérie des Bouteilles— II est vray que ces gens croyenl aucunement en Dieu, haïssant les Huguenots et toutes sortes d'hérésies, ont quelques fois des intervalles luisans [Les plus belles pensées de saint Augustin, traduites en vers français par Cl. Le Petit, 1666) et quelque petite clarté qui leur faict voir le misérable estât de leur âme : craignent et appréhendent la mort, ne sont pas du tout abbrutis dans le vice, s'imaginent qu'il y a un Enfer : mais au reste ils vivent licentieusemcut, jettant la gourme comme jeunes poulains, jouissant du ])énélîce de l'âge, s'imaginant que sur leurs vieux jours Dieu les recevra à miséricorde, et pour cela sont bien nommez qu'on les appelle ZiT'e/vms; car c'est comme (ï\YO\\.apprentif de l" Athéisme ... .
<( J'appelle Impies et Athéistes ceux qui sont plus avancez en malice, qui ont l'impudence de proférer d'horribles blasphèmes contre Dieu ; qui commettent des brutalitez abominables, qui pul)lient par sonnets leurs exécrables forfaicts [Le Bordel des Muses), qui font de Paris une Gomorrhe..., qui ont cet advantage malheureux, qu'ils sont si desnaturez en leur façon de vivre, qu'on n'oseroit les réfuter de poinct en poinct, de peur d'enseigner leurs vices, et faire rougir la blancheur de papier «.
VI AVANT-PKOPOS
Claude Le Petit, c'est (llaude de Chauvigiiy, baron de Blot(i), avec toute la différence (jui existait au xvii* siècle entre la roture et la noblesse. Les deux Claude se valent : si le grand seigneur échappa au châtiment parce qu'il est mort au lendemain de la Fronde, le fils du tailleur, sept années plus tard, sous un gouvernement fort, résolu à défendre la société, devait être naturcllomenl moins heureux !
(i) Voir iiolie édilioii eu pré|)aralioii : l.cs Clianauns libertines de lilvl.
Claude Le Petit.
On connail quelques particularités de la vie de Claude Le l'élit, elles c<)rroborent ses œuvres, mais sur sa naissance et sur sa famille les sources sont plutôt rares. D'après son interrogatoire du 3o août 1662, il a déclaré être né à Breveuil, près de Forges, et avoir été élevé par une de ses tantes (i;. Il s'agit sans nul doute de Beuvreuil(2), commune de Dampierre en Bray [.\;. La profession de son père et de son frère est indiquée dans une note à la main inscrite sur un exemplaire de l'édition originale de son Paris ridicule, Cologne, 1668, et dans un avis placé en tète de la réimpression de ce poème qui figure à la suite du recueil collectif : Le Tableau de la vie et du Gouvernement de Messieurs les Cardinaux Richelieu et Mazarin et de monsieur Colhert... Cologne, Pierre Marteau, 1693. Et c'est tout !
La P'amille de Claude Le Petit.
Le registre du xvn^ siècle des Ijaptèmes, mariages et décès de Beuvreuil devrait contenir son acte de baptême si Claude Le Petit a dit la vérité aux conseillers du Parlement. Il n'est pas impossible ([uil Tait déguisée pour ménager l'honneur des siens quoique ceux-ci aient été, suivant Jean Hou (4y, <* gens dénués de tout crédit et support ».
Il) M. Ed. Tricotel a fait naître Claude l.e Petit à Beuvron. prèi? de Forgeseu Normandie; or, ce Beuvron n'existe pas, et M. Tamisey de Larroque, qui s'est aperçu de l'erreur commise par Tricotel, a précisé Beuvron-sur-Augc (canton de Cambremer, Calvados), ce qui est impossible, l'interrogatoire poi tant « près de Forges ».Ilest vrai que l'arrêt du 3i août i66'2 indique, par erreur, Beuvron.
fa) Beuvreuil en Normandie, diocèse, parlement et intendance de Rouen, élection d'Andely, sergenterie de Gournay (en Brayl. On n'y compte point de Jeux privilégiés, mais seulement li feux taillables. Cette paroisse esta une liey«' N. N. O. 'le Gournay (Oict. jiéographitjuc <l Fxpilly, 1764).
La commune de Bcuvicuil n'existe plus, ellf a du clic rallachcc a «elle de Dampierre.
(3) Dampicne.en Normandie (comme pour B-Juvreuili. On u y compte point <ie feux privilégiés, mais seulement io5 feux taillables. Cette paroisse est .1 une lieue et demie N. O. de Gournay et 6 et demie N.-N.-E. d'Andely (Dict. géogr. d'Expilly, 1764).
(4) Mémoires inédits et opuscules de .lean Rou, a\ocat au Parlement de Paris (ifi^S-i-i II, publiés par Francis Waddiriglon. i8i-. I. M. p. 3i7.