V. Bernons cette vieille bicoque
D'un vif et d'un picquant pinceau ; Voyons tout ce qu'elle a de beau, Afin qu'avec toy je m'en mocque :
N'espargnons point ce beau Paris, Je m'en gauberge et je m'en ris, Je raille tout ce qu'il peut faire ; Et s'il ne perd de son crédit, Dy hardiment. Muse sévère, (^ue c'est un sot qui te l'a dit?
(I) P. Lacroix a pt-nsé que les trois derniers vers avaient été altérés par le copiste, il les a rétablis de la sorte : Fais que je puisse un peu baver | Sur celle dont l'effronterie \ Ose mesme les Dieux braver.
(a) L'exemple de Claude Le Petit a été suivi par Pierre Le Jolie : Description de la Ville d'Amsterdam en vers burlesques, 1060 ; par le baron de Walef, /.e» rues de Madrid, 1131 ; Varsovie ridicule d'un auteur inconnu, etc., etc.
LE LOUVnE,
VI. Vois, Muse, comme il se descouvre, Pensant nous esbloùir les yeux, Ce grand bastiment neuf et vieux, Qu'on appelle aujourd'huy le Louvre :
Vois-tu ces murs si mal rangez, Par l'antiquité tous rongez, Ces chambres, cette gallerie (i) ?
C'est là que Dame Volupté Fait une infâme fripperie Des juppes de grand' (jualité (2).
VII. Vois sur cette aisle-cy l'ardoise. Et sur cette autre-là le plomb (3); Regarde un peu ce pavillon Plus court que l'autre d'une toise (4) ; Admire ces compartimens, Ces reliefs, ces soubassemens, Cette façade, et ces corniches ; Rien n'y manque, hormis d'y graver, Au-dessous de toutes les niches :
Maisons à loûei' pour Vhyçer (5).
(i) Cette galerie fut brûlée en 1661. Paul Lacroix fait observer que le Louvre présentait alors un pêle-mêle confus de bâtiments de toutes les époques ; on y voyait une grosse tour de Philippe-Auguste et plusieurs vieilles loui-s du manoir de Charles V, à côté du palais magnifique commencé sous François I" et Henri II d'après les plans de Pierre Lescot, continué par Androuct Du Cerceau et par Dupérac, architecte de Charles IX et de Henri IV, et augmenté par Jacques Le Mercier pendant le règne de Louis XHI. Mais aucun travail d'ensemble n'avait été fait encore, quoique projeté plusieurs fois, pour mettre d'accord entre elles toutes les parties du Louvre qui devaient être conservées. C'est dans les dessins d'Israël Silvestre qu'il faut voir l'aspect du Louvre en 1660.
(a) Ces six premières stropiies manquent dans la réimpression de 1713.
(3) Var. de 1671 : Ceste aisle est couverte d ardoise \ Cette autre est couverte de plomb \ Vois-tu ce pauvre pavillon \ Plus court... — 1710: Louvre, couvert moitié d'ardoise \ Et moitié couvert de vieux plomb \ I) où vient qu'un voit ce pavillon.
(4) Ce pavillon est sans doute celui qui regardait le quai et avoisinail la galerie dite d'Apollon, moins haut que celui à dôme quadrangulaire qui s'élève au-dessus de l'aile de l'ouest (A. Bonnardot). — En 1660 ou 1G61, 1.» constructiou de la grande façade n'était pas encore commencée, d'après les plans de Claude Perrault (P. L.)
(5) Parce que la Cour n'y demeure plus, comme elle faisuit «ous les autres rois de France (de Bl.).
LBS COURTISANS.
VIII. Ces beaux Messieurs qui se promeinent Dans cette Cour autour de nous, Sont-ils exempts de ton courroux?
Regarde comme ils sedemeinent (i)!
Ces honorables espions, Ces attrapeurs de pensions, Qui vont débitant la nouvelle (2), Méritent bien je ne scay quoy ; Mais comment leur faire querelle ?
Ils sont sur le pavé du Roy (3).