TOUR XOST RE-DAM F
LX. J'aurav tousjoius dessus mon âme (i) De la rancune contre toy ; Muse, si tn ni'aymes, suis-moy, Montons sur la Tour Nostre-Dame (2) :
Nous allons rire comme il faut, Nous sommes desjà presque en haut (3), Faisons desnicher les chouettes (4).
Dieu soit loué! nous y voicy!
Je croy qu'on verroit sans lunettes (5) F^e bout de l'univers, d'icy.
I,XI. lia ! que de nids d'oyseaux farouches! Que de Hibous et de Choucas !
Les gens ne paroissent là-bas Pas plus gros que des pieds de mouches Je voy des clochers, des maisons, Des habitacles, des cloisons, Et des girouettes sans nombre.
Qu'icy l'air est à bon marché, Et qu'il dort de bestes à l'ombre, Lors que le Soleil est couché !
I7XII. Non, je n'aurois jamais peu croire Que Paris eust été si graud ; Plus je le voy, il me surprend.
Par le trou de mon escritoire, Rome, Londres, Naples, Madrid, Cologne, Gand, Vailladolid,
(i) Ce Tcrs est celui de 167 a . 166S donne : J'aurais toujours dessus mon âme. — 1713 : J'auray tousjours au fond de Vâme.
(1) Var.Tabl. Rich.-Ma?.., 169^ : Montons sur les tours Nôtre-Dame . — 1713 : Montons les tours de iXotre-Dame. 11 y a près de quatre cens degrés à monter, avant qu'on soit parvenu au haut de ces tours. On y a une très belle vue de Paris et de ses environs. Paris est la plus grande ville de l'Europe après Londres... : mais Paris est plus peuplé... (de Bl.).
(3) Var. Tabl. Rich.-Maz., 1672 : IVous voilà déjà près f/u' en haut.
(4) C'est le vers de 167'.! ; 166K donnait : Faisons dénicher ces chouettes. {S) Var. de \(i-i : Je crois c/u'on peut voir sans lunettes. — Tabl. Ricli.-Maz.,
i6f/J : /(• croix que Von voit sans lunettes.
Le grand Caire, et Conslanlinople, Près de luy moindres que des bourgs^ Danseroient en champ de sinople, Dans le nioindie de ses Fauxbourgs.
LXIII, Descendons : la teste me tourne, Le cœur me manque et la raison; Je tombe à terre en pasmoison, Si plus lard icy je séjourne (i); Mais que je suis un bel-esprit!
Plust à Dieu que la mort me prist En finissant cet epigramme (2 !
Si je mourois dans ces hauts lieux.
Mon corps auroit fait pour mon dme La moitié du chemin des deux.
LXIV. C'est estre trop bon politique En matière de son trespas; Descendons, descendons en bas Pour achever noslre Chronique.
Nous aurons tousjours, sans courir, Du temps de reste pour mourir, Quand nous aurons fait cet ouvrage; Mais sommes-nous tombez debout?
Continuons nostre voyage :
Bon pied, bon œil, la main fait tout.
l. HORLOGE DU MARCHE NEUF.
LXV. Nous n'irons pas loing sur la route Sans faire fulminer Pasquin, Quelle figure de bouquin.
Nous incague sous cette voûte?
C'est un petit diable d'Enfer, Qui fait sur des timbres de fer (3)
(i) Var. de 1671 : Je vay tomber enpanioisun | Si. plus tard, d'ici Je retourne.
(i) Var. de 167/. : Faiaanl icy cette épigranimc. j5) M. : Qui fait dans ce cadran de fer.
Sonner les heures en nuisiqne (i).
H;i ! la plaisante invention !
El que le bâclant vetatique (o.), Ku relève bien l'action !
LXVI. I/un bat, pour imiter le More (3), Sur la clef de g. re. sol. ut, Roulant les yeux en chat en rut (4) Fait plus laide grimace encore.
L'autre l'admire en raccourcy :
Celuy-lh dessus celuy-cy S'alonge et ricane en Satyre (5); Cet autre avance un pied de nez, Et fait un mufle h faire rire Une douzaine de damnez.
LE CHASTELKT (6).
LXVll. Passons dessus ces bagatelles;
C'est trop estre à la Place aux veaux (y), Disons des quolibets nouveaux, Yoicy des sottises nouvelles :
Basliment debasti par tout, Qui sans pieds se tient tout debout,
(i| Joign.inl la Boucherie est un petit horloge artificiel, qui, parle moyen de certaines petites sonnettes, joue quelques hymnes et autres airs. Sept ou huit persoiiua};es de relief passent, à mesure que les clochettes sonnent, et le dernier ferme la porte. Deux autres ligures, qui sont aux deux côtés du petit timbre, frappent les heures avec un marteau. Les badauds s'arrêtent souvent pour entendre la sonnerie (de Bl.).
{■i) Var. de 1672 : Et que le hadaut extatique. — Qui va et vient. On dirait vet pour va, à la troisième personne du présent de l'indicatif du verbe aller.
(3) Var. de 167a : Là l'un pour imiter le More.
(4) C'est le texte de 167^; 1668 donne : Bouillant les yeux en chatte en rut.
(5) Var. de 1672: S'allonge et raccource en Satyre. — 171'i: S'allonge comme un vrai Satire.
(6) Israël Silvestre a dessiné et gravé, avant i655, une vue du Grand Chatelet de Paris qui a subsisté jusqu'à la Révolution (P. L.).
(7) La place aux Veaux, où se tenait le marché aux Veaux avant que ce marché eût été transféré sur le quai des Ormes, en 16^6, était autrefois dans la partie la plus large de la rue, dite de la Vieille place aux Veaux, qui commençait k la rue Planclie-Milrai et aboutissait en retourà la rue Saint-,)acques la Boucherie, derrière le Chatelet (P. L.).
Vieux reste de vieille masure, Que six siècles n'ont pas vaincu (i), Chastelet, faut-il que tu dure.
Et que ma maison soit à eu ?