LXXX. Jamais dedans une assemblée
De deux cent mille combattans (3), On ne peut voir en mesme temps (4) Tant d'attirail et de meslée :
Que d'insensez et que de fous!
Tout est-il sans dessus dessous?
De tous costez on me dit Gare (5)!
Et je ne sçay duquel tourner; Dans cet horrible tintamarre, On n entendrait pas Dieu tonner.
LXXXI. Que d'embarras et que de crottes! Je suis pris comme en un clapied, 0 ! que de Cavaliers à pied (6) Faute de chevaux et de bottes (7) ! Que ce vieux chartier embourbé (8), Et ce meschant cocher garbé (9)
(i) Façons, manières de faire.
(2) Var. de 1672 : Pour moy, je veux en dire un mot.
(3) On fait monter le nombre des habitants de Paris à huit cent mille. Autrefois on parloit d'un million; mais on compte que pendant la dernière guerre et la grande famine, il en sorti ou péri la quatrième partie (de Bl.).
(4) Var. de 1713.: On n'aperçut en même temps.
(5) Les Porteurs de Chaises et les Cochers crient ainsi, pour avertir les passans de se retirer, a6n de n'être point renversés, ou foulés aux pieds des chevaux; ce qui ne laisse pas néanmoins d'arriver assez souvent dans cette grande ville (de Bl.).
(6) Var. de 171 3 : O! que de fanfarons à pied!
(7) Ces deux vers semblent une réminiscence du début de la satyre de Claude Desternod : L'ambition de certains courtisans nouveaux venus : De tant de cavaliers qui vont avec des bottes .
(8) Il est passé en proverbe de dire : Il jure comme un charetier embourbé (de Bl.).
(9) Ce vers est de 167a ; 1668 donne : Et ce cocher masqué au bé que Paul Lacroix a commenté par la note suivante : « Ce vers rappelle celui de Ververt, par Gres.seï : J.es F et les B voltigeaient sur son bec. » — Var. Rich.-Maz., 1693 : Et ce jeune cocher garbé.
PARIS RIDICULK
Parlent de Dieu souvent, et viste !
Prennent-ils plnisir à cela?
Pour faire un tonneau d'eau-beniste^ Il faudrait bien de ces mots- là.
LXXXII. Quel plaisir de voir diins lu rue Ces porteurs aux goussets puants, Et ces lacquais aux pieds suants.
Se promener à pas de oruë!
Tout est dans l'excox en ce lieu, Personne n'y tient le milieu.
Non pas la pauvre vertu mesme i , Qui pour y vivre en seureté, Est contrainte par stratagème D'estro dedans l'obscurité (2).
l.\ CROTTi: DE PARIS.
LXXXIII. Juste Ciel! voilà bien des mouches, Et je suis un joly garçon!
J'en ay dessus mon polisson (3), Pour barbouiller cent Scaramouches :
Ha! mon habit est tout perdu, Et je voudrois qu'il fut pendu Ce cocher, ce bougre incurable (4)!
Surtout, que n'ay-je mon miroir (5)?
Moy qui n'ay jamais veu de diable.
Je serois ravy de me voir (6).
LXXXIV. Mais ce ne sont là que des roses. En voilà bien d'autres, vrayement !
J'en ay jusques au loiidemcnt.
En faveur des Métamorphoses ' j) ;
(i) Var. do 1672 : On n'y connoît Diable ny Dieu \ El non pas la pauvreté même.
(a)Ceversestcelui de 1672; 1668 donne; D'estie dedans l'extrt^mité. — 'V.*[j\. Rich.-Maz., 1693 : D'être dedans rElernité.
(3) Var. de 1671 : J'en ay dessus mon pélisson.
(4) Id. : Ce cocher, ce peste incurahle.
(5) Var. Tabl. Rich.-Maz., lOgJ : Mon Dieu, que n'ayje m,>n miroir:' — 1713 : Pourquoi n'ay-je point mon miroir '
(6) Var. de 167a : Je prendrois plaisir à me voir.
(71 Id. Quoy ! sont-ce des Métamorphoses-'
Mes souliers, mes bas, mon manteau, Mon colet, mes gands, mon chapeau.
Sont passez en mesme teinture; Et clans Testât où je me voy, Je me prendrois pour une ordure.
Si je ne me disois : c'est moy !