‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 13 sur 202 · PAYOT DE LIGNIÈRES · texte numérisé non relu

PAYOT DE LIGNIÈRES

Il est droit, assez grand ; et pourtant sur sa taille, Quoiqu'on soit éloquent, on ne dit rien qui vaille...

[Mad. Deshoulières]

Ses cheveux châtains, forts beaux, commençaient à s'éclaircir :

J'ay les cheveux chaslains, ils sont épais et longs, Je puis me comparer avec les Absalons; Et quand je suis poudré, en toute la Nature On ne voit rien de beau comme ma chevelure; Hélas! ces beaux cheveux se sont bien éclairais. Que j'en ay de tristesse et de cuisants soucis... J'espère avoir pourtant toujours la teste belle. Je voudrois l'avoir bonne et pleine de cervelle...

[Lignières]

Ton visage est ovale, et fait en écusson, Tel l'avoit Adonis, c'estoit un beau garçon; Tes cheveux qui sont blonds ornent fort bien ta teste', Leur éclat pourroit faire une grande conquestej Si l'Amour travailtoit à des nœuds gordiens, Il prendrait tes cheveux pour faire des liens ; Mais ce Dieu ne fait plus quun lien fort commode. Et tous ceux que tu fais sont des nœuds à la mode. Comme ce sont des nœuds d'un prompt engagement, Ils sont faits à la haste, et rompent aisément. Enfin tes beaux cheveux parent bien ton visage Et ton front en reçoit un parfait avantage...

[Mad. de Montbell

Des cheveux longs et fins, où le Zéphir se joue,

Ne valent-ils pas bien la peine qu'on les loue ?

Ils sont (fun beau chaslain, et ces charmans cheveux

Sont, sans trop le flatter, l'objet de mille vœux;

Ils ternissent l'éclat des plus belles perruques '

Ils sont toujours épais, et ne sont point caduques :

Au Louvre, au Cours, {lu bal et dans mille autres lieux.

Ils font des mécontents, ils font des envieux...

[Mad. Deshoulières]

Les yeux vifs, mais petits et enfoncés, « commençaient à rougir sur les bords » dit madame Deshoulières :

Ilà ! si mes yeux estoient un peu moins enfoncez, S'ils estoient moins petits, ils me plairoient assez;

Ils sont noirs, ils sont vifs, ils ont quelque finesse,

Ils sont spirituels, et remplis de tendresse.

Si quelqu'un me soutient qu'ils ne sont point ainsi

Et s'il me dit que non, je luy diray que si

[Lignières]

Tes yeux sont creux, petits, mais vifs et fort ardans, On voit beaucoup d^esprits qui se logent dedans Et qui forment les feux dont une Ame se touche...

[Mad. de Montbel]

Son teint est assez vif, et ses yeux enfoncez

Et rouges sur les bords nous font connoi'tre assez

Qu'il est accoustumé de répandre des larmes;

Celte occupation leur oste bien des charmes ;

Il leur en reste encor assez passablement :

Ils sont fins, ils sont doux, voilà leur agrément....

[Mad. Deshoulières]

Son nez, grand et aquilin, ressemblait un peu à celui d'un Satyre :

Mon nez, mon nez qu'ici par deux fois je répète, Est grand comme celuy de Xason le Poëte, Ou du bon Roy P'rançois'; il est fort aquilin Et par lui l'on croiroit que je serois malin, Que je serois moqueur, que j'aimerois à rire Et que je pencherois beaucoup vers la satyre; J'y penche un peu beaucoup, et pour ne celer rien. Autrefois je disois plus de mal que de bien. J'ai quitté depuis peu cette humeur satyrique. Et j'ai quelque regret d'avoir esté critique. Quand on rit de mon nez je ne me fâche pas. Je tiens que les grands nez ne sont point sans appas, Et jamais un grand nez n'enlaidit un visage Suivant un quolibet qu'authorise l'usage; On aime ceux qui sont de ce beau signe ornez. C'est un peu trop longtemps demeurer sur mon nez....

[Lignières]

Ton nez est aquilin, grand, de belle figure, Et pour loy Von en doit tirer un bon augure. On pourroit comparer le lustre de ton teint Aux plus vives couleurs dont V Aurore se peint....

[Mad. de Montbel]

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