LE MANUSCRIT DES LETTRES EN VERS DE CLAUDE DE CHAULNE
C'est Gh. Nodier qui, par une spirituelle notice insérée au Bulletin du Bibliophile^ année 1836, a fait connaître Texistence du manuscrit des lettres en vers de Claude de Chaulne :
« On lira bien des bibliographies sans y trouver le moindre renseij^^nement sur le pocle dont je parle. Tout ce qu'il est possible d'en dire avec quelque certitude, c'est qu'il était de l'illustre famille de Chaulne et probablement cousin du maréchal Honoré d'Albert, duc de Chaulne, et du connétable de Luynes ; qu'il florissait vers le milieu du xvii^ siècle, et qu'il fiiisait des vers pour son plaisir sans y attacher dautre importance. Ce qui m'étonne, ce n'est pas qu'on ait oublié un poète de ce caractère; mais qu'on sache si peu de chose d'un homme de cette qualité qui a daigné se mêler de poésie c'est jouer de malheur. L'obscui'ité totale dans laquelle il est tombé, est d'autant plus extraordinaire, qu'il paraît avoir joui, de son vivant, d'une certaine réputation dans un monde fait pour l'apprécier. Du fond du Dauphiné. où il faisait son séjour, Claude de Chaulne correspondait avec la duchesse de Chaulne, le duc de Sainl- Aignan, Hugues de Lyonne et le surintendant Foucquet, gens, comme on sait, de fort bonne compagnie, auprès desquels il était sur le pied de la privante la plus familière. Le manuscrit singulier dont je suis chargé de vous entretenir est le dépôt de cette correspondance rimée qui n'a vraiment rien de diplomatique; il contient des lettres de notre poète, et nombre de réponses de ses nobles amis qui luttent avec lui de verve et de bouHonnerie dans ce commerce d'esprit. On n'ignore pas que François de Beauvillier. duc de Saint-Aignan, l'homme le plus poli et le plus galant de France, faisait la cour aux Muses avec quelque succès, et que c'est lui qui inspira au grand roi l'idée de donner des récompenses aux gens de lettres. Ils lui doivent bien quelque souvenir, ne fût-ce que pour la rareté du fait. Les grands seigneurs on les grands citoyens de notre époque (c'est absolument la même chose) ne lui envieront pas cette illustration; mais les pauvres auteurs et les auteurs pauvres lui savent gré de l'avoir méritée. Or on trouve ici deux ou trois cents vers du duc de Saint-Aignan qui n'ont jamais été imprimés. Cette découverte aurait certainement fait sensation dans le siècle de Louis XIV : le nôtre est plus avancé, je n'en parle que pour mémoire.
» Si je m'en rapporte au goût des amateurs, qui paient au poids de Tor, et quelquefois davantage, de petites rimailles vermoulues dont la seule recommandation est d'être imprimées en lettres sales et bancroches, par Philippe Pigouchet, Simon \'ostre, Alain Lotrian, ou Jehan de Channey, et dont je partage, d'ailleurs bien sincèrement, l'innocente manie, le mérite littéraire de Claude de Chaulne n'a pas grand'chose à faire dans mon article. Ce qui leur importe de savoir, c'est qu'on ne connaît pas deux copies de son livre, et qu'il n'a pas, que je sache, iiguré jamais dans une vente publique. C'est cela qui est un titre d'honneur pour un poète. Il faut cependant que je dise deux mots du mien, sous le rapport littéraire, pour l'acquit de mon ancienne profession de critique, qui ne m'a jamais rapporté, autant de plaisir, tant s'en faut^ que mes fantaisies de Bibliomane. Cela sera bientôt fait, et je suis d'autant plus à mon aise, cette fois, pour prendre le ton tranchant du feuilleton, qu'il m'est positivement démontré que je n'aurai point de contradicteurs.
» Le siècle de Louis \IV est un siècle de grande poésie, quoiqu'on en dise; les tragédies et les comédies n'étaient pas trop mauvaises pour le temps. Il n'en est pas tout-à-1'ait de même de la poésie familière et pédestre. En exceptant La Fontaine, le poète par excellence, elle y a été fort mesqunie. C'était bien pis encore vingt ou trente ans avant lui, c'està-dire dans la période de Claude de Chaulne et de Saint-Aignan. La mauvaise école de Scarron, qui a son côté séduisant, avait alors tout gâté. Le burlesque qui était le romantique de ce temps-là, comme le romantique est le burlesque du nôtre, avait gagné les meilleurs esprits : car Sarrazin et Voiture n'en sont pas complètement exempts. La province ne manquait pas d'enchérir, suivant son usage, et il serait bien possible que notre Claude de Chaulne n'eût été que le Scarron tle la province comme Saint- Aignan était le Scarron de la cour. Le propriétaire à venir du manuscrit en jugera selon son goût et fort à son aise. Je ne suppose pas, du moins, qu'on le fasse imprimer. Oh! ce serait une étrange publication aujourd'hui que celle des Poésies de Claude de Chaulne, poésies inlirnes, pourtant, s'il en fut jamais, mais non pas de ce genre inliine qu'on exploite pour les autres, et dans le seul but de leur faire croire qu'on est intlniment sensible, infiniment triste et infiniment chrétien. Il m'est bien démontré que le poète dauphinois n'était rien de tout cela. Je ne dis pas non plus qu'il fût poète.
» Claude de Chaulne était un homme de beaucoup d'esprit, qui faisait des vers avec une incroyable facilité, comme un avocat fait de la prose. On peut supposer qu'il avait à peu près le genre de vie d'Anacréon, dont il est loin d'avoir la grâce. Tout entier au vin et à l'amour, il ne parle ni de l'un ni de l'autre en épicurien délicat. Son ivresse est celle d'un Suisse, et sa volupté celle d'un mousquetaire; ses qualités seules peuvent faire passer ses défauts; elles feraient, de nos jours, la fortune d'un auteur comique, s'il en revenait quelques-uns. 11 est naturel, quelquefois jusqu'à la trivialité; il est gai, souvent juscju'à la folie, mais il y a là deux points l'econnus qui me semblent d'importance : il est naturel et gai.
» Ce qu'il y a de plus piquant dans les poésies de Claude de Chaulne, c'est l'idée qu'elles donnent de la société au milieu de laquelle il vivait,
et, sous ce rapport, elles formeraient un appendice fort curieux aux Mémoires de Tallemant des Réaux. Théophile, Sigoj^ne et Motin ne sont pas plus cyniques, pas plus elîronlés en paroles que Claude de Chaulne, et Claude de Chaulne s'adresse à des gens de cour qui lui répondent sur le même ton. Chose plus bizarre encore! il libelle une épître à la belle madame de Revel, et cette épître est d'un style qui ferait jeter les hauts cris aux lîgurantes dans les coulisses dun petit théâtre. Vous croyez que madame de Revel va se fâcher, se mettre en fureur? pas du tout! madame de Revel, qui rime aussi, et fort agréablement, je vous en réponds, riposte à celte boulade facétieuse par une épître encore plus grivoise. Il est impossible de mieux prendre la plaisanterie. \'oici une lettre en vers à madame la duchesse de Chaulne, la maréchale de Chaulne, la grande parente de la branche aînée. \'ous attendez du sérieux : erreur; il s'agit dintéresser madame de Chaulne aux amours de son cousin Claude pour une servante à elle, une servante dont il est fou, une servante, c'est le mot; et on comprend assez, sans qu'on le dise, le but de l'amour de Claude de Chaulne pour une servante. En vérité, nous nous targuons un peu légèrement de notre perfectibilité. Les mauvaises mœurs ne sont pas un progrès. On ne peut pas tout faire à la fois.
» Un travers plus rare, au siècle de Claude de Chaulne, que le libertinage de mœurs ou la débauche, c'était le libertinage d'esprit ou l'incrédulité; mais Claude de Chaulne n'était pas homme à s'arrêter à moitié chemin. Sceptique moqueur de cette école de Des Barreaux et de Saint- Pavin, qui est devenue celle de Fontenelle et de Saint-Evremont, d'où est sortie celle de Voltaire, il a toute croyance en dédain, et ne parle de Dieu et de ses saints que pour les tourner en l'idicule par des persifïlages qui auraient l'ail envie à Parny. Il ne manque donc rien à son bouquin, si longtemps inconnu, de ce qui peut piquer la curiosité des amateurs de vieilleries prohibées ; car si le Ciel n'avait pas voulu qu'il restât ce qu'il est, selon toute apparence, un livre unique, il ne serait jamais sorti delà classe des livres rares, où le bon sens de nos aïeux retenait prudemment les mauvais livres. Je dois déclarer, cependant, que ces débauches d'imagination ne vont jamais jusqu'à la grossièreté ni jusqu'au blasphème, et qu'elles ne passent guère les limites d'un badinage indécent. Je me ferais scrupule de trop promettre.
» Je viens de dire que le manuscrit de Claude de Chaulne était probablement unique, et j'en suis, quant à moi, fort convaincu. Il n'est pas toutefois autographe, et l'auteur déclare lui-même qu'il est d'une autre main que la sienne; c'est-à-dire, si je ne me trompe, de celle d'un domestique peu lettre qui écrivait sous la dictée, au courant de l'improvisation, et dont Claude de Chaulne se souciait peu de revoir la besogne, quand sa veine était tarie. L'écriture en est parfaitement lisible, et l'orthographe correcte; mais le texte est souvent gâté par les fautes d'intelligence d'un scribe qui entend mal et qui met un mol pour un autre sur la foi d'une consonnance. Ce genre de distraction, qui ne peut se confondre avec les fautes d'un copiste, alleste la manière dont ce volume est composé. Il demande donc une bonne page d'errata, ou quelques douzaines de corrections interlinéaires; mais ce ne serait là ni un travail difficile ni un
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travail ennuyeux; car aux scrupules près ciu'il faut vaincre pour y prendre plaisir, la lecture en est fort divertissanle.
» Cet in-folio, de cent feuillets tout juste, est parfaitement conservé, quoiqu'il n'ait jalnai^5 été protégé par une reliure de bonne mine, et qu'il soit encore vêtu du parchemin natif qui l'habilla jadis chez un papetier de Grenoble. Depuis qu'il est tombé sous mes yeux, il aurait déjà revêtu un maroquin bleu du Levant, dont son insif^ne rareté le rend bien di<,Mie, si la majesté de son format ne l'excluait pas irrévocablement des six tablettes de ma petite tannerie (c'est ainsi que La Bruyère appelle nos bibliothèques). Il ira j^rossir les rangs d'une autre collection, son propriétaire actuel étant un homme positif, qui se trouverait fort heureux s'il avait par devei's lui, de vendre toute la poésie de second ordre du dixseptième siècle à un sou le vers, et on aurait dans le nombre les six vers de Collelel, que Hichelieu paya six cents livres. C'est à ce tarif d'un sou qu'il a taxé modestement les deux mille cinq cents vers de Claude de Ghaulne, du duc de Saint-Aignan, de M. de ]-,ionne, et du surintendant Foucquet qui ouvre le volume par une pièce assez bien tournée. Je lui ai promis que leurs noms seraient, pour son manuscrit, un meilleur passeport que mon article. »
Ce Ms. est déposé aujourd'hui à la Bibliollièque de Grenoble. Il n'est pas certain qu'il soit autographe. Claude a dû laisser le soin d'écrire ses rimes sous sa dictée ou de les faire recopier à un secrétaire à qui la prosodie était certainement étrangère : on y constate des omissions de mots, des fautes d'orthographe, des vers faux, etc., etc. Cependant à la page 92 on lit : « Celle lettre me valust les suivantes, je les ay jointes icy » d'une autre main que la mienne et j'en useray de mesme pour » quantité dautres de quelques amis particuliers qui m'ont es- )) cript j>our d'autres motifs ». Une lettre autographe du duc' de Saint-Aignan. datée du 18 août 1048, a été insérée dans ce Ms.
Il renferme environ 4.700 vers en quarante-six lettres ou pièces qui se décomposent ainsi :
1 pièce de Nicolas Foucquet, alors intendant de Dauphiné, et 9 pièces ou lettres à lui adressées par Claude, soit dix pièces dont une gazette.
2 lettres en vers adressées à Basile Foucquet.
2 lettres de M'' de Lionne et ',] réponses de Claude, soit cinq lettres.
2 lettres adressées à M"^ de Niert.
i lettre de M"" de Nord avec rép. de Claude, soil deux lettres.
i lettre adressée à Pellisson,
1 id. à Ricouart.
1. C'est une erreur: en Itj48, Saint-Aignan nétait que comte. Cette note est poslérieure à 1663.
3 lettres du comte de Saint-Aignaii dont une lettre en prose et 2 réponses de Claude, soit cinq lettres.
1 lettre adressée à M"^ de Saint-Firmin.
i lettre id. au comte de Tournon.
i lettre de l'Inconnu avec réponse de Claude, soit deux lettres,
1 lettre adressée à la présidente de Chevrières.
1 lettre id. à madame de Clérieu.
1 lettre id. à madame de La Baume-Chasteaudouble.
1 lettre id. à la duchesse de Lesdiguières.
2 lettres adressées à madame Potel.
\ lettre de madame de Hevel et 5 rép. de Claude, soit six lettres. 2 lettres adressées à la comtesse de Tournon, duchesse de Chaulne.
Voici d'ailleurs la collation du Ms. :
f. -2. Impromptu de l'illustre M. F. (5 st. de 6 v.) : Claude vous avez bien fait faute (reproduit). Cette pièce est datée de 164i.
Impromptu responsif s'il en fut jamais (20 v,): Grand Génie de r Intendance (id,).
f". 3. Sonnet. Quand Phœhus à ce jour qu'on dédie à la Lune (reproduit).
p. 4. Lettre au mesmeMlO v.) : Depuis longtemps je Claude que voicy
(id.).
p. 9. A madamela présidente de Chevrières (78 v.) : Charmante, rare et divine Ornacieux{k\.).
p. 12. A monsieur de Xiert (108 v.) : Dans ce climat où la fièvre à la Fronde (id.).
p. i6. A madame la duchesse de Lesdij,'uières (1 12 v.) : L ng piteux cas, ô très illustre dame.
p. 21. A madame la comtesse de Tournon, madame la duchesse de Chaulne (84 v.) : Dame de qui bouche vermeille esclatte (reproduit),
p. 2i. A monsieur Foucquet, maistredes requestes. Gazette (16 v.). Puisqu'il vous plaist. Domine, sieur Messire. — (p. 25). De Saumur, cabaret (36 V.). Iciles vins qui font nostre campagne. — (p. 27). Dujardin(74 v.) L'onvoil icij la blonde et la /;rH/je//é; (extraits, 36 v.). — p. 30, Delà belle messe (114 v.) : /c«/*'* vient dire son bréviaire (extrait, 35 v.), plus un post-scriptum de 8 v. : l'rès obéissant fait grimace.
p. 35. Responce à monsieur l'abbé Foucquet 94 v.) : Des sentimens plus nobles que les rostres.
p. 39. A madame de Revel (102 v.) : Charmante Revel dont la lire.
p. 44. A madame de La Raume-Chasteaudouble, responce (16 st. de 4 V.) : Je, des liarbons le plus caduc (reproduit).
p. 47. A monsieur Foucquet la veille des Roys (106 v.) : Phœbé, pour qui? c est pour monsieur Foucquet (id.).
p. 52. A madame de Revel(122 v.) : Vif esgnillon de mon peu de soucy (reproduit).
p. 57. Pour mesdames de Revel et de Rochefort (8i v.) : Dame illustre his, dame illustre.
p. 61. A madame de Glérieu sur le nombre quatre qu'elle aymoit extrêmement (04 v.) : Deux fois un deux et deux fois deux font quatre (reproduit).
p. 64. A un ecclésiastique (M"", de Saint-Firmin), qui m'avoit escrit des douceurs en vers (92 v.) : D'une rougeur omnino pudibonde (reproduit) ; à la suite à un post-scriptum de 6 v.
p. 68. A madame Potel (13 st. de4 v.): Trop belle et charmante Catin (reproduit).
p. 71. A monsieur Foucquet, maistre des requestes (94 v.) : En vérité je suis et quoi bien aise.
p. 75. A madame Potel. Responce (90 v., plus quelques lij^nes en prose) : Belle Catin, des Catins la merveille (reproduit).
p. 79. A madame la duchesse de Chaulne (78 v.) : Dame qu'on ne peut trop aymer (id.).
p. 82. A monsieur Foucquet, maistre des requestes (116 v.) : En ce saint temps que l'on nomme Caresme (id.).
p. 86. A madame de Revel à Paris et resp. à une de ses lettres en vers (114 v.) : Je ne cuidois qu'onc eust esté possible (reproduit), (A la suite, p. 92) : « Cette lettre me valust les suivantes, je les ay jointes icy d'une » autre main que la mienne, et j'en useray de mesme pour i|uantilé d'autres » de quelques amis particuliers qui m'ont escript pour d'autres motifs. »
p. 92. Responce de monsieur de Lionne, secrétaire d'Estat à cette lettre et à deux ou trois autres dont j'ay perdu les minutes (143 v.) : Grand président à teste raze (extrait, 30 v.) : Jugez donc du Parnasse, illustre Connesfable {c\\.\m[, 33 v.). — p. 98 (86 v.) : Vous mandez au comte ou marquis; — p. 101 (172 v.) : Possible, direz-vous, par argumens sublimes.
p. 108. Lettre de monsieur le duc de Saint-Aij^nan (112 v.) ; Illustre amy de dame incorruptible {exlraïl, 16 v.).
p. 113. Autre lettre du mesme sei{,Mieur (126 v.) : Après cent tours et cent retours divers (reproduit).
p. 118. Lettre en prose du comte de Saint-Aignan datée du 18 août 1648 (id.).
{). 119. Lettre de monsieur de Nord (112 v.) : C'est trop resver, la pierre en est jeltée (id.).
p. 123. Lettre d'un Inconnu (90 v.) : Esprit de tout le Dauphiné.
p. 127. Responce à la lettre de \r de Lionne (212 v.) : De tels ragoûts et de si friands mets (extrait, 50 v.).
p. 136. Resp. à la lettre de l'Liconnu qui a donné lieu à une partie de celles qu'on m'a écrites, notamment à celle de iM"" de Lionne (94 v.) : Brave baron, comte ou marquis (extrait. 9 v.).
p. 140. Resp. à une des lettres de M"" de Saint- Aignan (H4 v.) : Charmant monsieur, esprit perçant et c/ai'r (reproduit).
p. 143. Autre resp. à une des lettres de M"" de Saint-Aignan (114 v.) : Comte adorable et qui croies peut-estre (id.).
p. 149. Resp. à la lettre de M"" de Nord (100 v.) : Illustre Nord, de qui la Renommée (id.).
p. 154. Pour jM'de Nyert (116 v.). Bons bons truffés de jou Niert beau sire (id.).
p. 139. A M'" le comte de Tournon (12i v.) : Grand Comte de qui la mémoire (id.).
p. 163. A M"" de Lionne rencontré près de Tain en revenant de Grenoble (98 V.) : Depuis Sidon jusqu'aux portes de Tyr (extraits, 43 v.).
p. 169. A M"" de Lionne sur la grossesse de madame sa femme (112 v.) : Par Saint-Victor, voire par Saint-Marceau (id.).
p. 174. Lettre de madame de Revel (90 v.) : Original de bonne grâce (id.).
p. 178. A M"" le Surintendant Foucquet (94 v.) : Depuis longtemps vostre bonté le sçait (id.).
p. 182. Resp. d'Entonnéna (Claude de Ghaulne) aux vers de M"' Pellisson qu'on a perdus (116 v.) : Le billet signé de mon maistre.
p. 187. Resp. à la lettre de AP Ricouart sur ce qu'il m'avoit escript d'Entonnéna (88 v.) : De vous, Monsieur, la très humble servante (extrait, 8v.).
p. 190. A M"" le Surintendant (148 v.) : Ma Muse en deuil de voir que ses pensées {reproduit).
p. 196. AM"" l'Abbé Foucquet (114 v.) : Abbé sans pair, cher ami des vertus (id.).
p. 201. A madame de Revel (60 v.) : Ce terme est lonq de six semaines (id.).
L'existence du manuscrit reproduisant les lettres en vers de Claude de Chaulne, composées de 1644 à J6')9, est une véritable bonne fortune. Ce manuscrit nous permet de saisir sur le vif les manifestations du libertinage des esprits areligieux tel qu'il a existé au XVII^ siècle dans les classes cultivées. La forme et l'expression seules varient suivant les époques. Ce libertinage-là n'a ni importance, ni conséquence fâcheuse au point de vue social quand les personnages qui s'y livrent forment une petite minorité. Ils n'ont eu, au XVIP siècle, d'autre intention que d'amuser leurs interlocuteurs ou leurs correspondants, en laissant fuser des traits plus ou moins spirituels. Le peu de cas qu'ils ont fait de leurs boutades les distinguent d'un Théophile de Viau, d'un Des Barreaux, d'un Blot, etc. Ces derniers, sans être plus convaincus de la valeur de leurs idées, tenaient à ce qu'on les prit au sérieux. Se jugeant des esprits « déniaisés », ils étaient heureux d'avoir des auditeurs. Me faisant pas de prosélytisme au sens étroit de ce mot, ils cherchaient à scandaliser pour se distinguer du commun des mortels. Chez les uns comme chez les autres, nous constatons des mœurs dissolues, qui sont la résultante d'un déséquilibre mental se traduisant par le rejet de toute discipline.
Prenons donc la correspondance de Claude de Chaulne pour ce quelle est : un amusement de grand seigneur un peu frotté de lettres. Evitons le ridicule de ceux qui, par exemple, sur une anecdote, rapportée par Tallemant Des Beaux, jugent un homme. Betenons également que ces rimes ont commencé à être échangées pendant la régence d'Anne d'Autriche, à la veille de la Fronde, à un moment où la liberté de langage ne rencontrait aucune entrave. D'ailleurs Claude de Chaulne appartenait A la génération dont la mentalité s'était formée dans les dernières années du règne de Henri IV et sous la régence de Marie de Médicis, époque où régnait une grande licence.
Il est probable que Claude a fini chrétiennement, sans même se souvenir un instant de ses bons mots sadiques ou irréligieux.
Les Chaulne de Dauphiné étaient un rameau des Chaulne de Picardie qui tirent leur nom de l'ancienne baronnie de Chaulne près de Noyon. Ce rameau se fixa à Tonnerre d'où il se divisa en deux branches; l'une résida à Paris au xvi" siècle
avec Antoine de Chanlne ; l'autre avec Pierre de Ghaulne, procureur du roi dans l'élection de Tonnei're, émigra à Grenoble vers 1538. Pierre eut |)our fils Antoine de Ghaulne, sieur de Veurey, trésorier général des fortifications, puis maître ordinaire de la Ghambre des comptes de Dauphiné, par lettres de Paris du 17 septembre 1611, en remplacement et sur la résignation d'Antoine de Hives. Reçu seulement le 31 janvier 1613, Anioinecéda sa charge deux ans après, le 15 juillet 1615, à Etienne Empereur, sieur de La Groix. Vers 1620 il fit partie du Bureau des finances de Dauphiné dont il devint en 1628 un des cpiatre présidents. En 1624 il fut nommé conseiller d'Etat. Get Antoine, marié à Madeleine Benoist, a été le père de Glande,
Glande naquit à (rrenoble vers la (in du xv!*" siècle. Il fit ses études au collège de Tournon où il eut pour condisciple le futur ambassadeur T^nnemond Servien •, frère du Surintendant de ce nom. Son intelligence, sa vivacité le firent distinguer par ses maîtres si bien que ceux-ci le choisirent pour remplir un rôle dans une pièce représentée au collège de Tournon à la suite du service solennel célébré dans cette ville à la mémoire de Henri I\', assassiné par Bavaillac. Glande avait comme interlocuteurs Imbert Le Blanc, Ennemond Servien ^ tous deux de (Grenoble, et Esprit La Selve, de Vivarez. Il succéda en \i)i[) à son père dans sa charge de président du Bureau des finances ^ et y fut reçu le premier mai de l'année suivante. Peu de temps après, le Hoi le nomma conseiller d'Etat. Il épousa alors Marguerite, fille de Joachirh de Ghissé, seigneur de La Marcousse et de Diane de Lestang^, dont il eut cinq enfants : deux fils et trois filles. L'aîné Joseph,
1. Ennemond Servien, né vers 1596, mort le 3 juin 1C79, a été ambassadeur de France à Turin, de 1648 à 1670.
2. Au C()nim<Micenienl du xvii* siècle, il existait deux ciiarg-es de trésoriers-généraux de DaupliiiK- ; sous Louis XIII sept furent créées, puis six autres (édit de décembre I6i7) et encore deux (édit de \tMH). Après la réception de Claude de (Ghaulne, elles furcnl encore iiuf^iuentées do cin(i((6i3('t liiiS), suit en tout vingt-quatre. De sorte (fuen 1643 le Hureau des finances de Dauphiné se composait de quatre présidents, vinj^t trésoriers-généraux, un procureur du roi, un avocat du roi et quatre huissiers.
3. J(jacliim de ("hissé, seigneur de La Marcousse, était fils de Michel de Chissé, seigneur de La Marcousse, enseigne de la Compagnie de cent hommes d'armes du sieur de Maugiron, et gouverneur de Gap, et de Joachine de GuifTrey de Boutiéres, lille du lieutenant général, et arriére-nièce du chevalier Bayard. H avait épousé Diane de Leslang le 18 Juillet 160!».
marquis de Ghaiilne. par suite de Térection de la seigneurie de Xoyarey en marquisat sous le nom de Ghaulne, par lettres du mois de mars 1684, registrées au Parlement de Daupliiné le 19 août suivant, fut président du Bureau des finances sur la résignation de son père et mourut sans postérité; le second. Paul, abbé de Cliaulne, « le plus beau garçon de son temps », devint évèque de Sarlat, puis de Grenoble. Ses allures par trop coquettes, ses airs de muguet, motivèrent, dit M"" Roux, les blâmes du cardinal Le Camus, évéque de Grenoble. mais elles ne lempêchèrent pas, avec le temps, de se transformer au point d'être considéré par Saint-François de Sales comme une demi-vertu. De ses trois filles : Taînée seulement se maria, Diane qui épousa François Ferrand Teste, sieur de Grumetière; les deux autres entrèrent en religion : Jeanne à ^lontfleury en 1647 et Clolilde h la A'isitation Sainte-Marie en
Glaude de Ghaulne fut chargé de diverses missions : Par lettre du 15 août 1630, Loui^ XIII le nomma intendant des finances de Tarmée occupée au siège de Montauban sous le maréchal de Ghastilion, après qu'il eût été « commis » à Embrun pour y procéder à la préparation des ordres (28 juin 1630) ; en 1647, il est intendant des troupes pour en faire la revue en Dauphiné (25 mars 1647).
Il mourut vers 1675, à soixante dix-huit ans.
Nous avons le portrait de Glaude, tracé parGhorier en 1679 :
« Claude de Chauliie excellait vraiment parmi les poètes dans ce g^enre de vers (familiers). Il tenait la première présidence du Bureau des finances de PVance et brillait par l'intellig'ence. La source de la plaisanterie coulait limpide de sa bouche. Il dissertait sur l'heure de quelque sujet que ce fût. Pour s'amuser il se moquait des choses les plus sérieuses, simplement, par la manière dont il en parlait, mais sur un ton qui, tout en plaisant aux plus graves, ne pouvait offenser personne. Sa conversation était émaillée de traits si imprévus que, pour nen pas sourire, il aurait fallu être de pierre. Il improvisait des vers très spirituels dans la langue des honnêtes gens, aussi bien que dans celle du terroir ou de la plèbe. Souvent il jouait seul tous les rôles des comédies et variait sa diction selon les personnages et selon le genre de vers. .A la fois, il incarnait le poète, le comédien et le spectateur.
Il surpassait tout le monde en courtoisie. Sa raillerie ne portait pas seulement sur la forme mais sur le fond des choses. Celui qui rassemblerait les traits d'esprit et les bons mots qu'on rapporte de lui et en donne-
rait une édition destinée au public ferait, à mon avis, une œuvre remarquable et goûtée des connaisseurs. D'ailleurs sans méchanceté, incapable de blesser ou de rudoyer personne, il était apprécié et bien vu de tout le monde. Toute sa vie, qui se prolongea jusqu'à sa soixante-dix-huitième année, il garda celle réputation d'aménité et de bonté. Il était expert en boutades, en jeux de mots et en facéties. Les gens d'esprit le louaient, les autres qui ne comprenaient pas ses plaisanteries, restaient surpris et hésitants. Tous cependant le jugeaient favorablement et, lorsqu'il critiquait, l'applaudissaient. Avec Ghaulne, les Muses dansaient en douleur et, s'il riait, alors s'esclalFaient, oubliant leur deuil*. »
Il confirme celui qu'il avait esquissé huit années auparavant :
<< Il est un des plus beaux esprits de la Province (de Dauphiné). On ne j)eul lui contester qu'il ail sceu donner de l'enjouement aux iMuses sans leur osier rien de leur honnestelé. Ses jeux tou.1 spirituels sont libres et ensemble retenus, et la vertu ne craint point qu'on la voye rire avec un si honneste homme » [Chorier : L' Eslal politique de la Province de Dauphiné, 1611).
L'opinion de quelques contemporains n'est pas moins favorable :
« Il avait un esprit délicat, sublime et éclairé et une facilité admirable à faire des vers français. Jamais génie ne fui plus naturellement tourné à dire des mots agréables, connue esloit le sien, et jamais pei'sonne n'a esté j)lu8 propre à bien remplir une conversation de quelque nature qu'elle fût, comme il a esté » {Guij Alhird : Bibliothèque du Dauphiné).
« (Claude de Ghaulne a également brillé dans la conversation et dans les vers qu'il faisoil avec une facilité admirable. Ses bons mots ont esté recueillis avec soin « {PhUiherl lirun : /'éclaircissements historiques).
Voici maintenanl une apprrcialioii récente de l'homme et de son œuvre :
« Quelle est celle curieuse ligure (celle de Claude de Chaulne) ? cependant pourquoi jnsqu ici fut-elle en quelque sorte insaisissable? l'eulêlre parce quelle appartient trop à son siècle et à son milieu; que tout le présent l'absorba ; ne vivant bien, lui, que pour ce présent, peu jaloux d'une gloire posthume, avide seulement d'amoureuses victoires et salisfait du vin et de l'amour; il demeure toutefois é|)icurien encore que ralTiné; amoureux j)lus rêveur que passionné. Si René Le Pays a poussé son art de plaire jusqu'à devenir une sorte de Don Juan, Claude de Chaulne s'en est tenu à cette satisfaction que l'on goûte à aimer, pour rendre heureux l'objet aimé. Parfois, il est vrai, son ivresse est celle d'un
1. Cfiorier : Vie île Pierre <lc Baissai ien latin). Grenoble. 1080, in-12.
NOTICE BIOGRAPHIQUK 2G9
Suisse, et sa volupté celle d'un mousquetaire, mais toujours ses qualités rachètent amplement ses défauts. Naturel, jusqu'à la trivialité, il eût été ran<îé de nos jours parmi nos poètes réalistes en ce qui touche à certaines de ses poésies et certaines de ses expressions » Emile Roux : Les Précieuses à Grenoble nu XVII" siècle, Claude de Chaulne).
Claude de Clianlne a tenu, de J030 à IG75, une grande place dans la société grenobloise', place qu'il a due beaucoup à son esprit, à sa belle humeur, un peu à la noblesse de sa famille et à sa qualité de président du Bureau des finances de Dauphiné. Lui-même a dit ce qu'il pensait de sa charge, peui-êlre pour avoir l'occasion de placer une gauloiserie :
Mais ces Messieurs les Trésoriers de France, Sont Trésoriers sans arg^ent, sans finance, Va Dieu inerci je suis leur Président; Si quelqu'un a besoin d'un curedent.
J'entends de ceux qui viennent de Provence, Qu'il vienne au corps des Trésoriers de France. Là j'ay encor l'honneur de présider, Et ne croy pas de leur devoir céder Au Parlement, ni mesmes à la Chambre; Si de ces corps je me fusse veu membre, J'aurois été le membre du milieu.
Car la vertu seule occupe en ce lieu Comme croyoit la reyne Marguerite; Mais ma vertu dans ces lieux est petite Et néantmoiiis ayant petit mercier Je ne sçaurois trouver petit panier-...
La gauloiserie, c'est tout Claude de Chaulne, elle est son unique souci II n'hésite pas à nous faire sourire à ses dépens, à avouer par exemple que Vénus l'a maltraité, en précisant non
1. Dès 1631, il est au ntjnibre îles acteurs d un ballet dansé à Grenoble le dimanche gras. Voici le titre de ce ballet dont l'auteur est Louis Videl, secrétaire du connétable de Lesdiguières : « Almanach on prédictions véritables, contenant les divers changemens qui doivent arriver durant le cours des douze mois de la présente année I6il...., par iillust. et sereniss. seigneur Tychobraé, astrologue, prince Danois et très exact observateur des causes secondes. Balet dansé à Grenoble le dimanche gras de ladite année 16:11. S. l. n. d. (Grenoble, P. Verdier). in-4 de 45 pp. Les principaux acteurs, en dehors de Claude de Chaulne, étaient : le comte de Rochefort, de Manissy, Roux, Coste, de La Colombinière, le comte de Grignan, Crolies, etc. (Ed. Magnien, Bibliographie grenobloise).
i. A monsieur de Lionne, rencontré près de Tain en revenant de Grenoble : Depuis Sidon jusqu'aux portes de Tyr.
270 CLAUDE DE CHAUL^E
seulemeiiL raunée, mais les conséquences pour sa chevelure :
Me londre seroil diflicile,
Car dès l'an seize cent di\-et-neuf,
Poison de vérole subtile
Me rendit plus chauve qu'un œuf.
et il adresse celle confidence à une femme, la baronne de La Baume-C.hasleaudouble. Comme il a vécu jusqu'à soixante dixhuit ans, la Déesse s'est montrée clémente envers hii, plus clémente qu'elle ne lest ordinairement. Elle a moins ménagé ce pauvre Cyrano de Bergerac, lui assurant cependant une compensation : l'immortalité, qu'elle a refusée à notre grenoblois, celle qui s'attache aux contempteurs de la société de leur temps^ !
Claude lient à se mettre en scène, toute digression lui est bonne pour cela. Cette préoccupation de son moi, on la constate dans la plupart de ses lettres. Il se plait à se portraiturer en insistant sur les imperfections de son visage et de sa personne^ .
Il ne dissimule ni ses goûts ni ses préférences; la franchise est sa qualité maîtresse :
Mes passions sont à peu près les vostres. Le jeu, le bal, la musique, les vers, Tournois, ballets, comédies, et concerts, Chasse, chevaux, chiens, chants et chansonnettes, Joieux devis, amoureuses sornettes, Furent jadis tous mes amusemens*...
Et il éprouve un malin plaisir à mêler le sacré au profane, en y ajoutant souvent une petite pointe d'obscénité. Il faut croire que M"" Ricouart à qui il écrivait n'était pas insensible à ce genre de plaisanterie... facile :
Vous estes bon, vous avez l'âme bonne.
Bien peu vous chaut de tierce, sexte et none,
i. Uép. à madame de La Baume-Chasteaud(juble : Je, des Barbons le plus caduc (reproduite).
2. Voir la préface placée en lélc des Œuvres libertines de Cyrano de Berfferac. T. I, p. VII.
3. Voir sa lettre au comte de Sainl-Aignan : Charmant Monsieur, esprit perçant et clair (reproduite) et tl'autres lettres rinues dans le même esprit.
4. Lettre au duc de Saiut-Aiguan : Comte adorable et <{ui croies peuleslre (rcpruduile).
Mais vous allez à prime avec rigueur, Et la tirez quand il ne faut qu'un cœur; \'oiis voudriez voir Iris à compile ; Pour cet office, il faut que rien ne plie, Que tout soit ferme, et vous Testes aussy : Les vrais amis doivent bien l'estre ainsy *...
non plus que Hugues de Lionne.
Claude ayant communiqué à ce dernier une lettre qu'il avait reçue d'un « Inconnu » dans laquelle madame de Kevel était comparée au Soleil, et sa réponse où Josué était mis en cause :
Mais il me semble qu'il doit faire Un tour dessus nostre hémisphère Et nous soulager des ennuis De nos longues et froides nuits.
Voudrez- vous arrester sa course?
Je ne le crois pas, pourquoy? Pour ce Que vous seriez possible hué Ue vous mocquer de Josué, Et de le pouvoir contrefaire"-...
Lionne saisit ce prétexte pour prendre la défense du système de Copernic^ :
Ce Soleil a bien autre affaire Qu'à visiter nostre hémisphère.
D ailleurs nous suivons rie à rie, L'opinion de Copernic
i. Réponsd à la lettre de M' Ricouarl sur ce qu'il m'avait écrit d"Enlonnéna : De vous. Monsieur, lu très humble servante. Ce Ricouarl est Antoine de Ricouart, sieur, puis comte d'IIérouvi^lc, maître des requêtes et conseiller d'Etat, dont parle Tallemant dans ses llistorielles : « Cet homme trouva un jour un pot de chambre dans l'antichambre de madame de Saint-Ançie (femme du premier maître d'hôtel de la Reinei ; il crut faire une belle gralanterie en faisant des vers sur cela. Je vous laisse à penser s'il oublie d'y pai'ler d't'au d'Ange. Il y avoit biendes choses plus délicates, car il disoit en un endroit, eu parlant de celte eau qu'il vuideroit volontiers
sa bourse
Pour en puiser à la source.
Il luy envoya ces beaux vers, et pour appaiser la belle, il fallut après faire l'amende honorable. »
Entonnéna, c'est le pseudonyme pris par Claude de Chaulnc dans sa correspondance versifiée avec Pellisson. le commis de Foucquet.
2. Response à la lettre de l'Inconnu : Brave Baron. Comte on Marquis quia donné lieu à une partie de celles qu'on m'a escrites notamment à celles de monsieur de Lionne.
.^. Cette discussion sur le mouvement de la terre permet de dater cette lettre «pii doit être de 1652. Les Œuvres poétiques du sieur Dalibray. Paris, I6b3, contiennent trente sonnets de Dalibray sur ce sujet et une lonyu^ réponse en vers du mathémalicieu Le Paillcur qui ne prend partie ni pour Ptolémée ni pour Copernic!
272 CLAUDE DK ClIAULNi:
Qui établit son domicile Au centre du monde immobile; Et de vrai, dites-vous un peu.
Vous qui avez bonne caboche, El qui jamais neustes taloche, Trouveriez mieux que le feu Houlast h l'entour de la broche Et rencontrant quelque anicroche.
Que lors que sur son propre essieu La broche tourne auprès du feu^ — La Terre ainsy sur son pivot.
Comme quand on fouette un sabot, A plutost descouvert au Soleil ses surfaces Qu'Astre si qrand et lourd n'anroit chanqé de place. Et nauroit parcouru tant d' immenses espaces Quand même il marcherait au trot, Et qu'il seroit sur des eschasses.
En vain donc on ne s'est tué Comme prouve nostre système De contrefaire Josué, Mais le bon Josué luy-mesme A pris Carnaval pour Caresme, Et pour lavement aposcme...
Il riavoit qu'à dire à la Terre :
« Terre ne va pas si grand erre, » Ne te sabote pas si dru, » Afin que faye temps congru » Pour occir l'osl Gabaonite » Qui refuse nostre eau bénite^
pi
A quoi Claude répond sur un ton de bouffonnerie encore
us osé :
L'opinion de voslre Copernic
Me fait capot après un grand repic.
Mais, cher Monsieur, npprenez-nioy de grâce,
Comment il peul fixer en niesme place,
Sans qu'il s'esbranle ou meuve tant soit peu
Ce corps brillant, ce beau globe de feu;
Ce point de flamme oij la clarté première
Se concentra pour faire la lumière,
Dont la chaleur n'a que le mouvement
Pour son appuy et pour son fondement.
l'-n vain ce corps nous paroistroit en boule
Si l'on ne veut ou qu'il roule ou qu'il coule,
1. Voir les Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, t. I, p. 12.
2. Réponse de M. de Lionne : Jugez donc du Parnasse, illustre Connestable.
Et ce seroit nous damer le pion S'il s'altachoit ainsi qu'un morpion.
En vérité je ne vois point de signe Qui peut prétendre cette laveur insigne; Il destruiroit tout l'ordre des saisons. Et ne pourroit briller qu'en deux maisons Ou chez la Vierge ou chez le Sagittaire ; Mais depuis peu le drôle s'est fait raire, La \'ierge sent un peu le (/albsinum Et Vunguentum napolilanum ; Vous m'eslevez jusqu'au séjour des Grues, Cela s'entend dessus le lict des Nues; Quand j'y serai, j'employeray mon nez Pour y flairer ces belles vérités, Et vous diray, sans détour ny bricole, Si c'est pour morpions ou pour vérole.
Mais ce Soleil, à propos de l'archet, Seroil-il pas bien pris au trébuchet Si dans le bal des estoilles errantes 11 ne pouvoit danser quelques courantes, Ou quelque gigue, ou bien des tricotels*? Ce Dieu brillant n'auroit point tant d'autels, Et passeroit pour Dieu de trique-nique S'il pouvoit estre creu paralytique; Luy dont le feu fait gei'mer les mestaux Qui donne lestre à tous les végétaux, Qui cuit nos vins, qui fait jaunir nos gerbes, Dont la chaleur fait la vertu des herbes; Cet œil de qui l'ardeur et les clartez Font leurs pouvoirs et leurs propriétez. S'il n'en pouvoit prétendre un manipule Pour se guérir seroit bien ridicule.
Comment, bons Dieux, peut Copernic songer D'oster son coursa un corps si léger Pour le donner à une masse lourde?
Il se vouloit masquer en pierregourde, En arzilliers de la Coste Moirans, Il est menteur fielfé jusques aux dents-,..
Souvent il glisse jusqu'à l'obscénité :
L'on voit icy la blonde et la brunette Prendre le frais, s'ériger en coquette, Et le galand se cloue à leurs costez En débitant florel à pas comptez.
1. Tricotels pour tricolets, ancienne danse qui s'exécutait en remuant les pieds et aussi vite que les mains d'une femme qui tricote.
2. Réponse à la lettre de M. de Lionne : De tels ragoûts et de si friands mets.
Là maint Nierl, mais de La Buisserade, M'espanouyt un lopin de la raie, Lopin petit, et par quelques chansons Des Rossij^nols imite les leçons; J'entends de ceux qui viennent d'Arcadic Dont la miette ayme la mélodie, El croit le chantre aymable et plein d'appas S'il est oiseau de la ceinture en bas *.,.
Rarement il s'allaque aux personnes 2; c'est dans le but de plaire à Foucquel, alors intendant de Dauphiné, qu'il dénigre Pierre Yvon, sieur de Lozières, son successeur, et encore ses méchancetés sont bien anodines^. AvaiL-il un grief contre le prince-évêque de (irenobie : Pierre Scarron^ ou le savait-il en mauvais termes avec Foucquel pour en dire autant de mal? C'est probable :
De la Belle Messe.
Icy XXX vient dire son bréviaire,
Pour mieux parler, usons du mot de braire;
Or chacun sait que son attention
N'a rien d'égal que sa dévotion,
Qui vraiement est si sainte et si bonne
Qu'elle ne l'ail de chagrin à personne.
Ce grand Prélat éloquent et sçavant
Pour ne mentir presche très peu souvent!
La charité luy fait tant de fatigue
Qu'il se voudroit fourrer en chaque intrigue.
Quand il auroit mille fois moins de bien
11 est si bon qu'il ne refuse rien ;
Bien entendu qu'il donne tout de mesme;
Des prometteurs, c'est la perle et la cresme.
Mais brisons-là, laissons ses qualités.
Et revenons à d'autres vérités :
1. A M. Foucquel, mailre des Hcqueslcs. — Gazette. Du jardin.
2. Voyez plus loin sa letlre à labbc Foucquel (contre Servien, surintendant) . Abbé sans peur, cher uiny des vertus.
3. Voyez plus loin sa lettre à M. Foucquel maislre des requclos : En ce saint temps que ion nomme Caresme.
4. Pierre Scarron, évêque cl prince de Grenoble, cousin du poète burlesque, était fils de Jean Scarron, seij^-^neur de Mandiné, de Lorgnes et de Boislarclier, conseiller au Parlement de Paris, cl de Marie lioyer. Ce Jean élail frère de François Scarron, seigneur de Privas.
Pierre Scarron cul un seul frère : Jean, conseiller à la Grand Chambre, prévôt des marchands à I^aris en lfi4i, mort en IH4t>, qui avnil épouse Marguerite Marron (morte en juin 16E;3), iille de Ilcné Marron, sieur de Chastelicr, secrétaire du roi, et de Marguerite Itousseau, el deux sœurs : Ysabelle, femme de Nicolas Pousscpin, sieur de Montbrun cl de Del Air, conseiller au Cliùleicl de Paris, et Marie, religieuse à boissons.
L'on voit icy mainte dame vieillotte
Jouer des yeux tandis quelle marmotte
Le chapelet ou le livre en la main
Avec un las de mouches sur le sein,
Il fait la roue ainsy qu'un vieux coq d'inde,
Et l'approchant et faisant le nez doux
Luy dit : « Après disner, que ferez-vous,
)) Que vous portez un rare point de Gesne?
» 11 tient pourtant mon esprit à la gesne;
» Je ne vous puis celer qu'il me desplaist;
» Tout beau, tout fin et tout charmant qu'il est,
» Il miniportune, il desrobe à ma veue
» Tous les appas dont vous estes pourveue.
» Si ce n'estoit qu'il vous sert depuis peu
» Ce criminel mériteroit le feu. »
Un bon frater d'un coin de sacristie
A beau prescher qu'on va lever l'hostie,
L'on continue et pour n'ouïr tel bruit
Je croy, pour moy, que le bon Dieu s'enfuit' !...
Arrêtons ici nos citations. En reproduisant intégralement un certain nombre des lettres éclianirées entre Claude et ses
amis 2 : Nicolas et Basile Foucquet, le comte de Tournon, Hugues de Lionne, Pierre de Xiert, premier valet de chambre du roi, Antoine de Nord, conseiller du roi et son avocat sénéral au Bureau des finances de Guyenne, François de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, Alphonse de Simiane, abbé de Saint- Firmin, etc., on se rendra mieux compte de sa tournure d'esprit. On verra quil a trouvé des partenaires dignes de lui, même parmi ses relations féminines si nous en jugeons par les réponses de madame de Revel.
En dehors de son Ms., on ne connaît de Claude de Chaulne que^ trois petites pièces laudatives qu'il a mises en tête des Amitiez, Amours et Amourettes [Grenoble, i664), de René Le Pays.
t. A M. Foucquet, maistre des reqiiestcs. Gazette. Celle gazelle est datée de Saumur. Nous ne connaissons pas le motif qui avait amené Claude de Chaulne dans celle ville d"où il écrit au comte de Tournon.
2. Nous ne donnons qu'une partie — importante d'ailleurs — du Ms. de Claude de Chaulne. soit 3.000 vers environ sur i.700. Nous ajouterons que nos citations laissent au travail préparé par M. Emile Roux tout son intérêt. Nous ne nous occupons pas des poésies de Claude au point de vue, si curieux, d'un tableau de la société grenobloise au xvii* siècle, mais simplement au point de vue du libertinage du président du Bureau des finances, c'est-à-dire de sa débauche d'esprit.