‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 145 sur 202 · MADAME DE LA BAUME-CHAS- TEAUDOUBLE · texte numérisé non relu

MADAME DE LA BAUME-CHAS- TEAUDOUBLE

Les pièces marquées dun astérisque mentionnées à la suite des notices ont été reproduites entièrement, et partiellement celles avec un double astérisque.

Comme nous ne reproduisons qu'en partie le manuscrit de Claude de Chaulne (3.000 v. environ sur 4.700), nous ne nous sommes pas asservi à suivre Vordre dans lequel les lettres se lisent dans ce Ms.. D' ailleurs Claude les a réparties arbitrairement et sans aucun souci de leurs dates. Il a voulu faire honneur à Nicolas Foucquet en plaçant /Impromptu de l'Intendant de Dauphiné, de 1644, en tête de sa correspondance rimée. On ne sait d'ailleurs à quelle époque il s'est livré à ce travail de reconstitution de son passé. A en juger par le titre de duc donné à François de Beauvillier, il doit être postérieur k KW.'i, année de l'érection en Duchépairie du Comté de Saint-Aignan, mais cependant il est certain qu'aucune des lettres du Ms. n'a été écrite après la disgrâce du Surintendant [1660).

Foucquet' tout en ne faisant, pour ainsi dire, que passer à Grenoble en '164-4 au titre d'intendant de justice et de police de Dauphiné, a eu le temps de connaître et d'apprécier Claude de Ghaulne, président du Bureau des finances. Nicolas venait de partir pour assister à la prise de possession de l'évêché d'Agde, par son frère François, quand une émeute éclata soudainement dans la province; à Moirans notamment le peuple soulevé s'empara des états de taxe et les brûla. A cette nouvelle, le chancelier Ség^uier, accueillant les dénonciations qui accusaient Foucquet d'avoir fui devant les mutins, le remplaça immédiatement par Pierre Yvon, sieur de Lozières.

Se rendant à Paris, Foucquet quitta Grenoble le 11 août 1644, accompag^né jusqu'à Valence de Claude de Ghaulne, de Ducros, de Goste et dautres personnages de marque appartenant au Parlement de Dauphiné qui avaient tenu à honneur de lui marquer ainsi leur estime dans sa disgrâce imméritée. Au sortir de cette ville, en se dirigeant sur Tournon, l'ex-intendant manqua d'être assommé par la populace ainsi que Goste ; le conseiller Ducros fut tué. Cette tragique sortie de Dauphiné, Foucquet ne l'oublia pas : elle explique la sympathie qu'il a témoignée à Claude de Ghaulne et la correspondance rimée échangée entre eux.

Cette correspondance, dont il reste peu de chose, s'est espacée au fur et à mesure que la puissance de Foucquet grandissait au point d'en faire presque le premier personnage de l'Etat, aussi Claude a-t-il pris contact avec Pellisson, son premier commis, tout aussi féru de poésie que son maître. Pourquoi alors s'est-il servi du pseudonyme à'Entonnénat Serait-ce simplement pour se distinguer de la foule des innombrables solliciteurs qui gravitaient autour du Surintendant? C'est possible.

Ajoutons que notre Président du Bureau des finances de Grenoble quoique étant le subordonné de Foucquet, n'en avait rien à craindre, ce dernier ayant supprimé tout contrôle des trésoriers et cela pour des motifs personnels. Si, avec la dot de sa première femme et son apport, Nicolas était entré en ménage ayant personnellement près de deux millions de

\. Nicolas Foucquet, né le 27 janvier 1615, était (ils de François Foucquet. conseiller au Parlement cl commissaire des requêtes du Palais à Paris, et de Marie de Maupeou. Il épousa en premières noces Louise Fouclié, morte le 11 avril 1641, et, en secondes noces, le 5 février Ififil, mademoiselle de Castille qui lui apportait en dot cent mille livres tournois, etc.

notre monnaie davaiil guerre, sa l'orlune dépassait en i658 les prévisions les plus optimistes. Le Surintendant n'avait pas réuni ces immenses richesses sans laisser des sommes importantes aux mains des trésoriers de l'épargne, grâce à des procédés condamnables. Leur simple exposé montrera les complicités qu'il avait dû s'assurer:

« On connaît très exaclement de quelle façon le Surintendant avait fait sa grande fortune. Il n'avait pas, il est vrai, le maniement des fonds publics : il donnait aux trésoriers d'Epargne des ordres de paiement assignés sur telle ou telle recelte expressément désignée (gabelles, aides, taille, etc.), ceux-ci payaient et devaient garder les assignations pour les produire à la Chambre des Comptes et obtenir décharge. Le vol consistait à assigner des paiements sur des fonds déjà épuisés : les porteurs pressés d'argent vendaient à vil prix leur titre à des financiers qui avaient le crédit d'obtenir des réassignations sur les fonds disponibles, moyennant pot de vin attribué au Surintendant. D'autre part les impôts indirects ({u'il était d'usage d'affermer étaient souvent l'objet d'adjudications irrégulières dans lesquelles le secret des enchères n'était pas ol)servé et où les noms mêmes des fermiers étaient supposés. Enfin les emprunts fournissaient encore un champ plus vaste aux spéculations malhonnêtes. Le taux légal, admis comme maximum par la Chambre des Comptes était de 5 5/9 0/0. Mais le Trésor était souvent contraint par les circonstances à donner jusqu'à 20 et 25 0/0. Pour dissimuler l'irrégubrité, le Surintendant majoiail le capital encaissé, puis, pour rétablir la balance entre les recettes et les dépenses, il faisait porter sur les registres des Trésoriers de l'Epargne, et avec leur complicité, des dépenses imaginaires. Plus de registres de tonds versés depuis 1654 : les contrôleurs des finances avaient été alors dispensés de les tenir. Ministres et commis, sous des noms supposés, prêtaient à l'Etat à des taux usuraires ou même supposaient des prêts. Bref, le mécanisme -des institutions financières était détestable, et le crédit mal assuré; un honnête homme n'était jamais certain de ne pas passer pour un voleur, et un voleur avare, sans ostentation, pouvait être tenu pour un honnête homme : c'est l'ostentation qui perdit Foucquet. »

Claude, hâtons-nous de le dire, est resté l'honnête homme au sens qu'on donnait à ce mot au xvii" siècle. Ne voyons, dans ses manifestations enthousiastes à l'égard de Foucquet, que l'expression de sa profonde amitié pour l'homme et non pour le liiiancier. En réunissant ses lettres en vers, au lendemain peut-être de la condamnation de son malheureux ami, Claude a placé en tête Vimpromplii de l'intendant de Dauphiné en qualifiant son auteur d'IUnslre. Il y a eu là un noble geste à l'adresse d'une grande infortune.

Foucquet a composé peu de vers français :

1" Le I Chreslien | des-abusé | du monde. ( A Paris. | Chez la veuve Denis Thierry | rue saint-Jacques, à limage saint | Denis, près saint-Yves. | M.DG. LXVII (1667). I Avec privilège du Rov. | In-12 de 33 pp. chiffr. (B.N., Ye 9981).

En voici le premier vers : Trompeuses vanitcz où mon âme abusée.

2° Une traduction en vers du Ps. CXIII (29 st. de 4 v.) : Venez, accourez tous, peuples de l'Univers, publiée par P. Clément.

3" Et quelques pièces éparses dans des manuscrits de la Bibl. nationale :

S. t. (104 V.) : Mourray-je sans parler et ma reconnoissance. (Ms. fr. 20862). C'est une épître dans laquelle Foucquet remercie une grande dame qui s'était intéressée à son sort.

Sur le portrait bien fait d'un homme qui avoit manqué à sa parole (3 st. de 4 V.) : Ce portrait est fait d'une sorte [Ms. fr. 22559).

Sur ce qu'on a osté la feste de saint Nicolas du diocèse de Paris (déc. 1666) : Escoliers, mariniers et toute femme enceinte (id.).

Enigme (5 st. de 6 v.) : Nous estions autrefois un grand nombre de sœurs. Avec cette note à la fin qui est suivie de remarques : « Le sujet de cette énigme est le papier sur lequel est écrit : Papier que f ai fait dans ma prison avec de vieilles chemises de Hollande » (id. .

Le Ms. de Chaulne contient 10 pièces en vers : une de Foucquet et neuf qui lui sont adi'essées :

'Impromptu de l'illustre M"" Foucquet : Claude vous avez bienfait faute.

'Impromptu responsif de M'' de Chaulne : Grand Génie de l'Intendance.

'Sonnet à Foucquet : Quand Phœbus à ce Jour qu'on dédie à la Lune.

'Lettre à Foucquet: Depuis longtemps, je Claude que voicij.

A M"" Foucquet, maislre des requêtes : Gazette(246 v.) : Puisqu'il vous plaist, Domine, sieur Messire.

A M"" Foucquet le jour des Roys (106 v.) : Phœbé pour qui? c'est pour monsieur Foucquet.

A M"" Foucquet, maistre des requestes (94 v.) : En vérité je suis et quoi bien aise.

'Id. (116 V.) : En ce saint temps que ion nomme caresme.

A M. le surintendant Foucquet (94 v.) : Depuis longtemps vostre bonté le srait.

'Id. (148 V.) : La Muse en deuil de voir que ses pensées.

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