POUR M. DE NIERT
Bons bons trulfés de jou Niert beau sire
Boyant mes bers, bous ne faites que rire,
Vien qu'ils soient lus par le Diou des Gomnas
Vonnet en main et le genouil en vas.
Mon Apollon est de la Vuisseratte;
Et ne doit pas espanouir la ratte,
Luy qui jamais n'est trouvé en deffault
Et qui ne peut cheminer que par hault.
Son styl enflé tout ainsy que des boiles.
A qui le bent fait raiser les estoiles
Mérite bien bostre admiration,
Et pour le mouens respect, attention;
Cela soit dit en passant, tout ce reste
N'est plus du styl du baron de Foeneste ',
Et je ne sçay pourquoy, j'ay pris ce ton
En escrivaiit sur un accent gascon,
Moy qui me voy triste, pensif et morne,
Comme jaloux à qui nouvelle corne
Au fond de l'âme imprime le martel;
Grâces à Dieu nous n'avons rien de tel.
Moy qui resvois sur la n)aladventure
Qui mes plaisirs mit dans la sépullure,
Lors que le Sort, ce vieux lils de putain,
Mit entre nous un trajet si lointain.
1. Lex Aventures du Baron de Foeneste par Agrippa d'Aubigné dont l'édition complète (4 parties) a%-ait paru en 1610. Les deux premières parties avaient été publiées .«ous la rubri(}ue : .1 Maillé, en 1617.
Ne croies pas, cher amy, que la rime
En le nommant ainsy fasse mon crime,
Mais je ne puis m'empescher aujourd'huy
Que je ne gronde et peste contre luy.
Ce vieux Magot pour me faire la guerre
Me laisse à peine un bon poulce de terre;
Et cependant entre nous il en met,
Sauf le surplus, un Million tout net.
Si des courriers on voit bottes et malles,
Il y en a cent millions de sales,
Ce seul penser irrite ma douleur,
Et je n'en puis surmonter le malheur.
Pourquoy faut-il que le mont de Tarare
Loii'e, Boisdroit et long- boiau sépare.
Des gens qui, pour approcher leurs boiaux,
\'oudroient donner et bagues et joiaux;
Oui des joiaux, ces choses ne sont fausses,
Et long boiau feroit mieux dans nos chausses.
Il y seroit placé plus à propos
Et jouiroit d'un plus ferme repos ;
Ny vous ny moy ne courons plus les filles
Que sur coureurs qu'on appelle béquilles.
Et tels coureurs sans qu'on en prenne soin
L'ont toujours gras sans avoine et sans foin,
Mais si rétif que bien que je les presse
Ils ne m'ont pu porter jusqu'à Lutèce,
Ains m'ont laissé dans ce pays icy
Où le désir de vous veoir m'a transy ;
Où, plein d'ennuis, je fais l'expérience
De tous les maux que fait l'impatience;
Je me soubmets pour ouyr vos chansons
A tourner broche et servir les maçons.
Sauf du mortier qui jaunit leur chemise ;
One tel mortier ne m'a semblé de mise
Ne croiant pas que jamais caleçon
Ne soit blanchi par un pet de maçon.
Pour vous pourtant j'empaume la truelle,
Jà sur mon groin est grisaille nouvelle;
Si groin vous choque appellons-le museau
Je mets mon dos soubs le faix de Loiseau.
Bref il n'est rien que je ne peusse faire
Pour vous ouyr, et la divine Hilaire*
Dont volontiers serois l'Hilarion
Si j'entendois l'art du Salpéterion- :