‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 165 sur 202 · COMTE DE SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

COMTE DE SAINT-AIGNAN

François de Beauvillier, comte puis duc de Saint-Aignan, naquit en 1610, et mourut à Paris le 16 juin 1687, Capitaine d'une compagnie de chevau-légers, il lit la campagne (rAUcmagne sous le cardinal de La Valette (1634-1633). Blessé à la bataille de V'audrevange, il se distingua pendant la retraite de Mayence. En 1636 il est encore blessé au siège de Dôle, sert en Flandre en 1637, fait la campagne de 1639 avec le grade de mestre de camp de cavalerie, et est mis à la Bastille à la suite de la perle de la bataille de Thioiiville. Il en sort le 28 janvier 1()iO et en 1644, il assiste au siège de Graveiirics. Pendant la Fronde, Saint-Aignan prend le parti de la Cour, aussi Mazarin le nomme-t-il premier gentilhomme de la Chambre du roi le 2 décembre 1649. En 1630. il a le commandement du Berry; le 30 avril 1656 le gouvernement de Touraine et le 12 août 1661 celui de Loches cl de Beaulieu. Imi décembre 1663 le comté de Saint- Aignan est éi'igé en l)uché-[)airie. Le duc de Sainl-Aignan est reçu membre de l'Académie française le 8 juillet 1663. Il fonde en 1669 rAcadémie royale d'.Arles.

Le comte de Saint-Aignan avait épousé, en premières noces (1633). Antoinette Servien, fille de Nicolas Servien, seigneur de Montigny, conseiller du roi en ses conseils d lùat et privé et trésorier de ses parties casuelles, et de Marie Groularl de La Cour, et en secondes noces, le 9 juillet 1680. Françoise Géré de Hancé, dite mademoiselle de Lucé, fille de Jacques Géré, et de Claude de Nevers.

Voici le portrait du comte de Saint-Aignan tracé par lui-même :

Je ne fus onc ny gras comme un chanoine, Ny rubicond ainsy quun jeune moine, Je ne suis point beau comme feu Médor, Et mes cheveux sont moins blonds que de l'or • De traits d'argent fay peine à les deffendre, Mais la plus part sont de couleur de cendre Si ce n'est lors qu'ils sont enfarinés, Et fay toujours un demy-pied de nez.

Sans que cela me rende plus superbe :

Car moult souvent a menty le proverbe

Mais retournons encore à mon muzeau Presqu'aussy long mais plus gros qu'un fuzeau, Peur de mentir je luy fais une offense, Mais il faut dire un mot à sa deffence,

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El sonslenir mesme à toute rigueur

Qu'en certains cas très bonne est la longueur^

Madame de Sévigné nous apprend que MM. de Saint-Aignan et Dangeau apprenaient à Louis XIV à faire des vers et avec quel succès ! On en jugera par l'extrait qui suit de sa lettre du l®'' décembre 1664 à M^" de Pomponne :

« Il faut fine je vous conte une petite historiette, qui est très vraie et qui vous diveiLira. Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint- Aignan et Dangeau^ lui apprennent comment il faut s'y prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le Maréchal, je vous prie, lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent. Parce qu'on sait ([ue depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons >). Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses : il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j aie jamais lu ». Le Roi se mit à rire, et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat? — Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh bien : dit le Roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement; c'est moi qui l'ai fait. — Ali ! Sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rende ; je l'ai lu trop brusquement. — Non, monsieur le Maréchal : les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Le Roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan ».

La lettre suivante du comte de Saint-Aignan adressée à Claude de Chaulne et datée de Saint-Aignan, le 18 août 1648 donne la note exacte des relations qui les unissaient :

« Monsieur,

)> Permettez que je sorte un peu du burlesque pour vous assurer très sérieusement qu'après avoir admiré tout ce qui vient de vous jusques à le lire à genoux et crier après vivat en battant des mains, après avoir pleuré de rire en lisant vos merveilleuses rimes, enfin je pleureray de douleur si je ne trouve une fois en ma vie quelque occasion essentielle où je puisse vous donner des marques de mon estime, de mon inclination et de mon respect et vous témoigner à({uel point je suis. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. » Signé « St Aignan ».

Le Ms, de Chaulne contient trois lettres du comte de Saint-Aignan dont celle en prose ci-dessus et deux réponses de Claude :

Lettre du comte de Saint-Aignan : *' Illustre aniy de dame incorruptible.

Id. : * Après cent tours et cent retours divers.

Rép. de Claude : " Charmant Monsieur, esprit perçant et clair.

Id. : * Comte adorable et qui croiez peut-estre.

!. Lettre du comte de Saint-Aignan à de Chaulne : Illustre anuj de dame incorruptible iMadainede Revel).

i. Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, membre de l'Académie française en 1688, connu par le Journal qui porte son nom.

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