‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 172 sur 202 · Forêt de Dodone où les chênes rendaient des oracles · texte numérisé non relu

Forêt de Dodone où les chênes rendaient des oracles

ÀBBE DE SAliM-FlKMliN 335

Mais l'on m"a dit que la langue en ces bois

Est ores feuilles et n'a ni son ni voix ;

Sans te mentir en cette répartie

Je croy la mienne en feuille convertie.

Et ne voudrois pour un bon quart d'escu,

Qu'homme brenu s'en tist son torche-cu !

Ainçois retiens à faveur non pareille

Si l'on n'en fait un bouchon de bouteille;

Par son moyen l'on peut me consoler

Dans le chajfrin de ne pouvoir parler,

Et mainte fois je me suis laissé dire

Que sa liqueur joyeux devis inspire.

Que ses vapeurs qui vont jusqu'aux bonnets

Nous font jaser ainsi que sansonnets,

Et certain est que tout sansonnet jase;

Mais de tes vers je me treuve en extase.

Et ne crois pas m'en pouvoir relever

Si je ne bois et ne pinte à crever.

Or en crevant je crains que ma bedaine

Me fist crever par sa mauvaise haleine.

Je ne voudrois estre en mauvaise odeur

A gens mitres comme est voslre Grandeur,

Mitre vraynienl, mais à si juste filtre

Qu'oncques mortel de mortier, ou de mitre,

Si dignement n'a alfublé son chef;

Méi'iteriez certes le couvrechef

Pontifical, à qui gent non barbare,

Ainçois romaine, a donné nom de Tiare!

Que je serois un drosle esperliicat

Durant le temps de ce pontifical;

Que je nourris de douces espérances

Pour grands pardons et belles indulgences,

Pour jubilés et jubilations.

Lors quatre-lemps, jeusnes, rogations,

X'oyant /esset la moitié du Caresme

Prendroient le teint et le visage blesme,

Et ce seroit seulement par pitié

Que les dévots en feroienl la moitié.

Tous ces désirs que la vertu m'inspire

Ne souffrent pas les bornes d'un empire.

Et quelque esclat qu'elle porte à mes yeux

Dans ce haut lieu elle esclatteroit mieux.

En attendant qu'à tel point elle esclatte,

Je luy souhaite un béguin d'escarlate,

Ou si trop chaud est ores tel béguin,

11 me suffit qu il soit descarlatin.

Je sens en moy forte concupiscence

De te servir d'uu lopin d'Eminence,

336 CORRESPONDANTS DR CL. Di; CHAULNE

Et me paroist, certes, que tel lopin

Vaut un levraut ou du moins un lapin.

Mais en laissant lapin et lapinière,

Rentrons chacun clans noslre chacunière.

Pour de Fortune éviter le revers,

Gonlentons-nous de rimaille et de vers;

Mais de fort peu, car d'en donner faraud somme

Je pourrois bien t'ennuier, autant comme

Suis ennuie de voir que la raison

Ne peut tirer les beaux jours de prison,

Que le Printemps a la barbe de g-lace,

Que l'Esté f,^ueuse et porte la besace,

Et que l'Automne imitant ses voisins

Ne pourra pas colorer nos raisins, '

Gérés à peine aura des h^spis jaunes.

Je suis ton serviteur, Claude de Chaulnes.

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