‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 174 sur 202 · A MONSIEUR LE COMTE DE TOURNON · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE TOURNON

Grand Comte de qui la mémoire

M'a provoqué cent fois à boire,

Héros illustre soubs qui Mars

A soumis tant de braquemars;

Depuis le jour que vostre absence

Mist à l'épreuve ma constance,

Et que feu Monsieur de Chasé^

Avec son visage posé

Receut de vous l'adieu funeste,

J'ay cent fois souhaité la peste;

Ce mal m'estant beaucoup plus doux

Que celuy d'estre loing de vous,

Vous sans lequel on ne peut dire

Ce Quirie Tan tirelire.

Que vous nous faisiez entonner

Après un excellent disner;

Ce Quirie, je le confesse.

Bien que l'ornement de la Messe

Qui, lors que vous me l'eustes dit,

Me fust plus cher que le crédit,

i. Nous donnons plus loin la lettre adressée par Claude de Chaulne à la veuve du comle de Tournon, alors duchesse de Chaulne.

5. Le duc de Sully, par lettres données à Paris le 27 décembre 16 H, remplaça le comte de Tournon dans la lieutenance générale de Dauphiné.

i. Henry de La Guette, sieur de Chasey ou Chassé, maître des requêtes, intendant de justice et de police de Dauphiné.

De mes malheurs n'est pas le pire :

Je ne puis ny chanter, ny rire, J'en suis aussi sot qu'un Oison, Je n'ay ny rime ny raison.

Et mon pauvre esprit à la gesne Ne peut rien produire sans peine, Je vois plus de fjlace en mes vers Que sur la barbe des hivers, Enfin je n'ay plus de pensées Qui ne soyent froides ou forcées; ■ Sitost que j'appelle Apollon Il prend les mules au talon, Et pour moy le cheval Pégase Est cent fois plus rétif qu'un Ase.

Prions le destin qu'il nous gard Des chansons de Monthélimart, Cela soit dit par parenthèse.

Quand les tétons seront sans fraise, Lors que la dame de Revel * Suivra les plaisirs du bordel, Quand Jordan^ dira son office, Ou qu'il sera sans chaudepisse, Quand Boissac^ sera sans caquet Et Féraucourt* sans son hoquet, Lors que Bruslon"^ sera pécore.

Quand L'Enclos^ et monsieur Du Faure', Passei'ont pour des buveurs d'eau, Lors que le tactac du couteau Importunera leurs oreilles.

Quand ils haïront les bouteilles, Lors que mon Prince* et nostre amy Sera sans madame Rémi', Son éloquence sans emphase, Qu'il portera la barbe rase, Qu'il croira que son cabinet N'est pas des mains de F'réminet**',

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