LES OISEAUX
Idylle.
L'air n'est plus obscurci par des brouillards épais. Les Prez font éclater les couleurs les plus vives,
Et dans leurs humides Palais L'Hyver ne retient plus les Nayades captives. Les Bergers accordant leur musette à leur voix,
D'un pied léger foulent l'herbe naissante : Les troupeaux ne sont plus sous leurs rustiques toits :
Mille et mille oiseaux à la fois
Ranimant leur voix languissante, Réveillent les Echos endormis dans ces bois : Où brilioient les glaçons, on voit naistre les roses. Quel Dieu chasse l'horreur qui régnoit dans ces lieux? Quel Dieu les embellit? Le plus petit des Dieux
Fait seul tant de métamorphoses; Il fournit au Printemps tout ce qu'il a d'appas.
Si r.Amour ne s'en mesloit pas,
On verroit périr toutes choses.
i. Ces vers ne sont pas signés dans le Nouveau Mercure galant (septembre 1677). On en ignore l'auteur.
Il est l'âme de l'Univers,
Comme il triomphe des hivers Qui désolent nos champs par une rude guerre, D'un cœur indifférent il bannit les froideurs.
L'indifférence est pour les cœurs,
Ce que l'Hyver est pour la Terre, Que nous servent, hélas, de si douces leçons! Tous les ans la Nature en vain les renouvelle, Loin de la croire, à peine nous naissons, Qu'on nous apprend à combattre contre elle. Nous aimons mieux par un bizarre choix,
Ingrats, esclaves que nous sommes.
Suivre ce qu'inventa le caprice des Hommes, Que d'obëir à nos premières loix.
Que vostre sort est différent du nostre,
Petits Oiseaux qui me charmez,
Voulez-vous aimer? Vous aimez :
Un lieu vous déplaist-il? Vous passez dans un autre, On ne connoist chez vous ni vertus, ni défauts : Vous paroisse/, toujours sous le mesme plumage, Et jamais dans les Bois on n'a vu les corbeaux Des rossignols emprunter le ramage :
Il n'est de sincère langage, Il n'est de liberté que chez les animaux. L'usage, le devoir, l'austère bienséance, Tout exige de nous des droits dont je me plains; Et tout enfin du cœ^ur des perfides Humains
Ne laisse voir que l'apparence.
Contre nos trahisons la Nature en couroux,
Ne nous donne plus rien sans peine, Nous cultivons les vergers et la plaine. Tandis, petits Oiseaux, qu'elle fait tout pour vous, Les filets qu'on vous tend sont la seule infortune
Que vous avez à redouter :
Cette crainte nous est commune, Sur nostre liberté chacun veut attenter : Par des dehors trompeurs on tâche à nous surprendre.
Hélas, pauvres petits Oiseaux, Des ruses du chasseur songez à vous défendre! \'ivre dans la contrainte est le plus grand des maux*.