PARIS
Gaston DOIN, Éditeur
8, place de l’Odéon
Disciplines de la Géologie
La Géologijî est, par définition, la Science de la Terre . C’est la dernière venue des Sciences naturelles. Son nom même apparaît pour la première fois en 1778 seulement, dans les « Lettres sur l’histoire de la Terre » du Genevois J. A. de Luc. Précédemment elle demeurait confondue avec la Minéralogie ou avec la Géographie physique, et pendant assez longtemps le terme de Géognosie fut d’un usage plus courant que celui de Géologie, bien qu’il désignât une science dont le programme était plus limité.
il est inutile de rechercher ici, dans les écrits de l’Antiquité et du Moyen Age, les origines de la Géologie. On trouvera l’exposé de ces premiers tâtonnements dans plusieurs excellents ouvrages sur l’Histoire de la Géologie, dont les plus connus sont ceux du vicomte d’Archiac, de Ch. Sainte-Claire Deville, de K. A. Zittel, de Sir Archibald Geikie1.
1. Sir Archibald Geikie: The Founders of Geology. 2d edit., 1 vol. in-8#, xi + 486 p. London, 1905.
Au début des Temps Modernes, et jusqu’au XV1110 siècle, des théologiens, des philosophes, des naturalistes se hasardèrent souvent dans l’élaboration de théories cosmogoniques encore prématurées. Plusieurs de ces essais ne sont d’ailleurs pas dénués d’une réelle valeur scientifique. On peut citer, en particulier, ceux de Descartes, de Leibnitz, de B. de Maillet, de Buffon. En même temps, des observateurs consciencieux et sagaces faisaient connaître des faits qui posèrent lespremiers jalons de laScience géologique.Léonard de Vinci, Bernard Palissy, Sténon, Scheuchzer, Vallisneri, Guettard doivent être placés au premier rang parmi ces grands précurseurs.
Mais ce n’est qu’à la fin du xvmc siècle que la Géologie se constitue en corps de doctrine avec Werner1 en Allemagne, Hutton en Ecosse2, Desmarest en France. Dès le début du xixe siècle apparaissent les premiers ouvrages didactiques consacrés à la Géologie, ceux de la Métherie, de Brochant de Villers, de J .Fr.d’Aubuisson de Voisins,en France; d’Omaliusd’Halloy,enBelgique ; de Jameson, De la Beche, John Phillips, en Angleterre ; de Breislak, en Italie. Dans le milieu du siècle, Ch. Lyell, C.Fr. Naumann,Elie de Beaumont, Dana publièrent leurs traités classiques,
1. A. G. Werner ; Kurze Classification und Beschreibung der verschiedenen Gebirgsarten. 1 br. in-4°, 28 p. Dresden,
2. James Hutton : Theory of the Eartb ; or an Investigation of the Laws observable in tbe Composition, Dissolution, and Restoration of Land upon the Globe. Trans. of the R. Soc. of Edinburgh , March 7. a. April 4,1785. 96p., 2 pl.
sur lesquels vécurent de nombreuses générations de géologues. Enfin, il y a lieu de mentionnerles principaux ouvrages modernes qui ont remplacé ces traités dans la faveur du public scientifique : ceux de Prestwich, en Angleterre; de Herm. Credner, de Neumayr, d’Era. Kayser, en Allemagne ; de Parona, en Italie ; de Chamberlin et Salisbury, aux Etats-Unis, et surtout les livres incomparables de Sir Archibald Geikie et d’Albert de Lapparent, qui occuperont encore, pendant de longues années, une place d’honneur dans toutes les bibliothèques géologiques.
Il est peu de sciences qui embrassent un champ aussi vaste que la Géologie, car l’étude de notreplanète peut être entreprise à des points de vue très divers : point de vue purement descriptif, point de vue "dynamique, point de vue historique, géographique, utilitaire. Ces diverses orientations correspondent à autant de disciplines, de branches distinctes des sciences géologiques: Géologie descuiptive, Géologie dynamique, Géologie historique, Géologie régionale et Géologie appliquée. Je me propose, dans la présente étude, de définir les tendances de ces différentes disciplines, en cherchant à retracer, pour chacune, les phases successives qu’elle a traversées au cours de son évolution et en rendant hommage aux hommes dont les ouvrages peuvènt être considérés comme autant d’étapes dans la marche de cette évolution.