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IV. — Géologie régionale

Si la Géologie historique étudie les transformations successives que subit la Terre dans le temps , la Géologie géographique peut être définie l’étude des variations que présente la structure géologique de la Terre dans T espace. Ce point de vue géographique est celui qui domine dans les travaux de Géologie régionale, c’est-à-dire dans les descriptions géologiques de régions, soit naturelles, soit limitées par des frontières politiques. Le domaine* de la Géologie régionale ainsi comprise ne se confond pas — il est nécessaire de le montrer — avec celui de la Géographie physique, dans ses tendances actuelles.

La Géographie physique, il est vrai, englobait, à ses débuts, la science qui est devenue plus

tard la Géologie, mais elle était loin cependant d’embrasser un champ aussi étendu qu’aujourd’hui.

On peut s’en assurer en parcourantles volumes de l’ Encyclopédie méthodique que lui a consacrés N. Desmarest de 1796à 1811. Mais bientôt, avec Emm. Kant, Alexandre de Humboldt, Ritter, Peschel et avec toute l’Ecole allemande, elle étendait démesurément ses ambitions. Elle prétend aujourd’hui s’annexer, outre la Géodésie et la Cartographie, qui sont des sciences mathématiques, la Climatologie et l’Océanographie, qui sont du domaine de la Physique du Globe, la Géographie zoologique et botanique, que réclament avec raison les naturalistes, et la Morphologie terrestre, que lui disputent les géologues. Les géographes revendiquent en outre, et non sans raison, la Géographie historique et politique, la Géographie économique et la Géographie humaine, dont ils se refusent à abandonner l’étude aux historiens, aux économistes et aux ethnographes.

Cette prétention d’englober une part si importante dusavoirhumain se justifiait peut-être chez les fondateurs de la Géographie, grands voyageurs, esprits universels, auxquels ne manquait pas une solide éducation scientifique; elle se comprend moins chez des savants de cabinet dont la science est toute livresque ou dont la formation, en France tout au moins, est essentiellement « littéraire ». On ne voit guère d’autre lien entre les différentes parties de la Géographie physique actuelle que le point de vue

spécial auquel se placent les géographes. Mais le principe d' extension sufTit-il à assurer la cohésion de tant de disciplines disparates? Les grands progrès réalisés par la Géographie physique ne sont-ils pas l’œuvre des mathématiciens, des géophysiciens, des naturalistes, des géologues ? Pour ne parler que de la Géomorphogénie, son brillant essor dans les trente dernières années n’est-il pas dû presque entièrement aux ouvrages de Richthofen, de Penck, en Allemagne, de W. Morris Davis, en Amérique, d’Albert de Lapparent, d’Emm. de Margerie, en France.

De ces auteurs le moins qu’on puisse dire est qu’au début de leur carrière scientifique tout au moins ils se sont adonnés à de sérieuses études géologiques sur le terrain.

De plus en plus, les géographes manifestent cependant une tendance à se dispenser de cette éducation pratique préalable. Ils affirment l’inutilité, comme base des recherches géographiques, de toute documentation sur la succession des couches, sur l’âge des mouvements orogéniques, voire sur les particularités tectoniques de la région étudiée. Seuls les intéressent les détails de la surface, la genèse des formes du terrain.

Leur but unique est l’explication du relief actuel, ils laissent au géologuele soin de reconstituer l’histoire de la région. Une telle conception delà Géographie physique estantiscientifique au premier chef. Que dirait-on d’un zoologiste qur ignorerait d’une manière systématique les données de l’Embryologie ?

Quel qualificatif appliquerait-on à celui qui,, faisant bon marché des données ostéologiques, prétendrait baser une classification des Oiseaux uniquement sur leur plumage ?

Une Géographie régionale fondée sur des méthodes réellement scientifiques partirait des mêmes données que la Géologie régionale. Elle commencerait l’étude d’unerégion parla description des matériaux qui entrent dans la composition de l’édifice, sans négliger la chronologie des événements auxquels est due leur élaboration. Elle étudierait ensuite l’agencement des matériaux, ou, en d’autres termes, la Tectonique de la région. C’est seulement ensuite qu’elle aborderait les problèmes de la formation du relief, trop souvent négligés par le géologue. Mais, tandis que la tâche du géologue s’arrête ici, celle du géographe n’est complète que lorsqu’il a fait l’application des données acquises à l’étude de la distribution des organismes, et en particulier des végétaux, et qu’il a mis en évidence les rapports étroits qui existent entre la vie économique et le sol. Ici intervient en outre le facteur climatologique, dont l’appréciation nécessite des connaissances météorologiques approfondies.

Ces questions de Géographie physique, on ne voit pas pourquoi le géologue serait moins qualifié pour les aborder que le géographe de formation littéraire, et on comprend mal pourquoi, dans nos lycées, leur enseignement est confié à des historiens et interdit aux naturalistes et aux physiciens. Mais, d’autre part, il est certainement très regrettable que les géologues tirent

trop rarement eux-mêmes les conclusions économiques de leurs études régionales et qu’ils laissent ce soin aux géographes. Ce n’est du reste que depuis peu de temps que la question de la formation du modelé elle-même trouve dans les ouvrages de Géologie régionale la place qu’elle mérite. Et même pendant longtemps les auteurs ont négligé de traiter, dans un chapitre spécial, la tectonique du pays qui faisait l’objet de leur travail.

C’est ainsi que les premiers essais de Géologie régionale, qui datent de la seconde moitié du xvme siècle, ont encore un caractère purement descriptif, voire narratif, leurs auteurs se bornant souvent à exposer les faits observés le long de leurs itinéraires. Néanmoins, dans ce domaine encore, Guettard, avec sa « Description minéralogique des environs de Paris » (1756) et surtout avec ses « Mémoires sur la Minéralogie du Dauphiné » (1779), doit être considéré comme un grand précurseur. Il fut suivi de près, dans la voie qu’il avait inaugurée, et surpassé, à certains points de vue, par l’abbé Palassou et surtout par Giraud- Soulavie.

Au début du xixe siècle, les travaux de Géologie régionale commencent à bénéficier des données de la Paléontologie stratigraphique et c’est alors que parurent les ouvrages fondamentaux de Cuvier et Al. Brongniart, sur le bassin de Paris, d’Omalius d’Halloy, sur le Nord de la France, de William Smith, de Conybeare et Buckland, de Phillips, sur l’Angleterre, à côté d’autres travaux de moindre envergure, sur l’Allemagne du Nord, sur l’Italie, sur la Scandinavie.

Mais déjà ces régions classiques ne fournissaient plus un champ assez vaste aux ambitions des fondateurs de la Géologie. A la fin du xvme siècle, les noms de Saussure, de Dolomieu, de Pallas évoquent le souvenir de véritables explorations dans les Alpes, dans les régions méditerranéennes, dans la Russie d’Europe et d’Asie. Au début du xixe siècle, Alexandre de Ilumboldt achève son mémorable « voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent », si riche en résultats géologiques, tandis que son ami Léopold de Buch visitait les Alpes, la Scandinavie, la Laponie, les îles Canaries. Des voyages non moins fructueux furent entrepris vers le , milieu du siècle dans la péninsule Balkanique, par Ami Boué et par Yiquesnel ; en Espagne, par de Verneuil et Collomb; en Russie par Murchison, de Yerneuil et Iveyserling, par Hommaire de Hell, par Abich, etc.; dans l’Afrique du Nord, par Ville, Tissot, Coquand, Overweg, Yatonne, etc.; dans l’Amérique du Sud, par Alcide d’Orbigny et par Ch. Darwin, tandis que c’est à une période beaucoup plus récente qu’appartiennent les explorations de P. de Tchihatcheff et de Phillipsonen Asie Mineure, de Richthofen, de Loczy, de Bailey \Yillis et Blackwelder en Chine, celles de Stoliczka, de Mouchketofï, de Romanowski, de Bogdanovitch dans l’Asie centrale, celles de Steinmann dans l’Amérique du Sud, de Hochstetter en Nouvelle-Zélande, de Zittel dans le désert Libyque, de Rolland, de Foureau au Sahara, de Lenz, de Thomson, de Gentil au Maroc. A tous ces hardis pionniers

revient la gloire d’avoir posé les bases de la recherche géologique dans des pays dont, avant eux, les grands traits géographiques eux-mêmes avaient été à peine ébauchés. Mais leurs études ont toujours procédé par levés d’itinéraires; ils n’ont pu se livrer à une exploration systématique des régions parcourues. Cette œuvre est réservée à leurs successeurs; pour bien des régions lointaines, elle est à peine ébauchée. Dans les pays à civilisation avancée, pourvus de cartes topographiques détaillées, un programme nouveau se posait aux géologues : le levé et la publication de cartes où seraient figurés, par des teintes conventionnelles spéciales, les affleurements des divers terrains, c’est-à-dire de cartes géologiques.

Ce n’est pas ici le lieu de citer tous les essais tentés dans cette voie, antérieurement au xixe siècle, d’autant plus qu’un excellent historique en a été donné par Sir Archibald Geikie. Cependant il est bon de rappeler qu’en France tout au moins, Guettard a été, là encore, un initiateur. En 1815 et en 1819 parurent, indépendamment l’une de l’autre, les premières cartes géologiques de l’Angleterre et du Pays de Galles, dues à William Smith et à Greenough. Elles furent suivies, en France, en 1822, par la carte géologique d’Omalius d’Halloy, embrassant non seulement tout notre pays, mais encore les pays limitrophes au nord et à l’est; en Allemagne, en 1824, par la carte beaucoup plus détaillée de ce pays, due à Léopold de Buch. Un travail semblable, inspiré par la carte de Greenough, fut publié en France, en 1840, par Elie de

Beau mont et Dufrénoy. Cette œuvre monumentale synthétise en quelque sorte l’état de nos connaissances sur la Géologie de la France vers le milieu du siècle dernier. Elle est accompagnée d’un texte explicatif en plusieurs volumes, resté malheureusement inachevé. Certains chapitres sont purement stratigraphiques, d’autres constituent de véritables monographies régionales. L’esquisse consacrée aux Vosges, due à la plume d’Elie de Beaumont, est particulièrement remarquable, au moins dans sa partie purement géologique, car l’introduction géographique, placée au début, est purement descriptive et, à vrai dire, ne constitue pas une interprétation du relief par la structure géologique. Les parties de l’ouvrage où sont traitées les questions relatives à la tectonique sont rendues à peu près inutilisables par l’abus qui y est fait de la notion de direction et par le groupement des dislocations en systèmes de montagnes, orientés conformément à la théorie, tombée aujourd’hui dans l’oubli, du dodécaèdre pentagonal.

De la même époque date la belle carte géologique de la Suisse au 1/380000, publiée par Th. Studer et Escher de la Linth, accompagnée d’une description géologique du pays par Studer seul, et une carte géologique du royaume de Sardaigne par Sismonda. Ces premiers essais de cartographie alpine furent suivis de levés plus détaillés, parmi lesquels il convient de mentionner, tout spécialement, ceux des régions voisines du Mont Blanc au 1/150000, dus à Alphonse F avre, et ceux du Dauphiné, par Charles Lory.

Tous ces beaux travaux émanaient de l’initiative privée, mais la nécessité apparut bientôt de confier à des services d’Etat les levés géologiques détaillés et l’établissement de cartes d’ensemble.

Le premier en date de ces services géologiques officiels fut le Geological Survey des lies Britanniques, fondé en i835 sous la direction de H. Th. de la Beche. Le programme de la nouvelle institution comportait en première ligne le levé géologique de tout le Royaume Uni à l’échelle de i pouce pour i mille anglais (i/6336o). Les feuilles de la carte devaient être accompagnées de coupes détaillées et de mémoires descriptifs. L’exécution de ce plan se poursuit encore actuellement et les résultats sont dignes d’admiration.

L’exemple de la Grande-Bretagne fut suivi dès i836 par la Belgique et l’effort aboutit bientôt à la publication d’une'carte de tout le pays aui/ifioooopar André Dumont, suivie plus tard de feuilles au i/a5ooo et au i/qoooo.

Sous l’impulsion de W. Haidinger fut fondé, en 1849, àVienne, un Institut géologique ( k . k. geologische Reichsanstalt) avec le but d’établir une carte géologique de tout l’Empire d’Autriche. Les premiers levés détaillés sont restés à l’état de manuscrits, mais ont été synthétisés dans la belle carte au 1/596000 de Franz von Hauer. En 1869 fut créé en Hongrie un service autonome et les deux moitiés de la Monarchie dualiste possédèrent désormais chacune un nombreux personnel de géologues, auquel fut confié le levé de feuilles au 1/96000, dont un nombre encore restreint a vu le jour. Des initiatives locales aboutirent, pour la Galicie, la Bohême, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, à la publication de cartes à la même échelle.

En Allemagne, les principaux états ont eujusqu’à ce jour chacun son service géologique indépendant. La Bavière entreprit la première, en 1861, la publication

de levés au i/iooooo, actuellement encore inachevée. Bade et le Wurtemberg suivirent avec des cartes au i/5oooo. La Prusse eut dès 1862 un embryon de service, réorganisé en 1873, qui entreprit la tâche gigantesque de lever la carte géologique au i/25ooo de tout le royaume et des petits états de la Thuringe. Son exemple fut suivi par la Saxe, l’Alsace-Lorraine, les grands-duchés de Hesse et de Bade, et en dernier lieu, par le Wurtemberg, dont les services adoptèrent la même échelle. Jusqu’ici, le service de Saxe a. seul achevé la carte détaillée de tout le territoire dont le levé lui incombait. Aussi les cartes détaillées publiées jusqu’à ce jour ne donneraient-elles qu’une image très incomplète de la géologie de l’Allemagne si R. Lepsius n’avait utilisé tous les documents publiés pour l’établissement d’une carte au i/5ooooo de tout l’Empire, dressée sur le modèle de la carte géologique de France de Vasseur et Carez.

En France, la publication de cartes géologiques détaillées par un service d’État fut précédée par celle de descriptions départementales, accompagnées de cartes, dues, le plus souvent, à l’initiative des Conseils généraux. On ne peut citer ici que quelques-unes des plus importantes: celles de la Haute-Saône, par Thirria ; du Bas-Rhin, par Daubrée; du Haut- Rhin, par DelbosetKœchlin-Schlumberger ; de la Haute-Marne, par Royer et Barotte ; du Puy-de-Dôme, par Lecoq ; de la Loire, par Gruner ; de la Sarthe,par Guiller etTriger ; du Gers, par Jacquot ; etc.

C’est en 1868 que fut créé, sous la direction d’Élie de Beaumont, le Service de la Carte géologique détaillée de la France, rattaché, dès son origine, au Ministère des Travaux publics. La publication de feuilles géologiques à l’échelle du 1/80000 se poursuivit sans relâche sous la vigoureuse impulsion de Jacquot et surtout de Michel- Lévy. Elle s’achève en ce moment sous l’intelligente direction de M. Pierre Termier. En. même temps, le Service s’occupe de dresser des cartes synoptiques à l’échelle

plus réduite du 1/320000 et il prépare, d’autre part, la publication de cartes au i/5oooo, basées en partie sur des levés aui/ioooo. Enfin, une carte générale au millionième est déjà à sa seconde édition.

La création, en 1868, du B. Ufficio geologico d’Italia, dont le siège est à Rome, a abouti jusqu’ici à la publication d’un certain nombre de feuilles au i/25ooo ou au 1/100000, relatives notamment à la Sicile, à la Calabre et à la région de Rome, de diverses cartes d’assemblage et d’une carte de l’ensemble du Royaume au millionième .

La Commission géologique suisse a publié de magnifiques cartes au 1/100000 et au i/5oooo, plus rarement au i/25ooo.

Les levés géologiques dans les Pays Scandinaves (Suède, Norvège, Danemark, Finlande) sont moins avancés; leur échelle varie du i/5oooo au i/4ooooo, suivant la densité de la population.

Le Comité géologique de Russie, fondé en 1 884 » dont l’activité avant la Révolution était devenue si intense, a publié un petit nombre de feuilles au 1 /420000 et une carte générale au 1/2620000.

Les services géologiques de l’Espagne et du Portugal n’ont encore abouti qu’à la publication de cartes générales au i/4ooooo et au i/5ooooo.

Dans la péninsule Balkanique, il n’existe de services géologiques qu’en Serbie, en Bulgarie et en Roumanie; leurs travaux ont été arrêtés dès le début par les dernières guerres.

En dehors de l’Europe, la création de services géologiques est en général de date très récente. Mais un pays fait une heureuse exception, c’est l’Amérique du Nord.

Au Canada, un service, établi sur le modèle du Geological Survey d’Angleterre, existe depuis 1 84 1. Il a publié, depuis, de nombreuses feuilles d’une carte détaillée et deux cartes à petite échelle de l’ensemble du Dominion.

Au États-Unis, la plupart des états de l’Est créèrent,

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entre i83o et i84o, des services locaux, maintes fois réorganisés, dont quelques-uns n’eurent qu’une durée éphémère. Les états du Centre ne tardèrent pas à suivre le mouvement et, parmi les états de l’Ouest, la Californie fut dotée d’un Survey dès 1861. Le levé géologique des Territoires fut assuré par un service fédéral de 1867 à 1880. Mais ce n’est qu’en 1879 que fut fondé, sous la direction de Clarence King, le U. S. Geological Survey , dont le siège est à Washington et qui a la charge des levés géologiques pour tous les états et territoires de l’Union. Powell et Walcolt lui ont donné une impulsion formidable et c’est aujourd’hui le plus important service géologique du Globe. Il publie des cartes aux échelles du i/Ô25oo, du i/i25ooo et du i/25oooo, accompagnées de notices et de coupes. 11 s’est chargé également de la publication d’une carte générale à petite échelle de toute l’Amérique du Nord.

Il existe depuis 1891 au Mexique un important Institut Géologique National, mais il n’a publié jusqu’ici que des monographies locales et n'a pas encore abordé l’établissement d’une carte à grande échelle.

Parmi tous les autres pays de l’Amérique latine, l’Argentine a seule fait, paraître un certain nombre de cartes à petite échelle.

La Nouvelle-Zélande et tous les états constituant le Commonwealth d’Australie possèdent chacun un service géologique indépendant. Ces organismes ont principalement en vue des buts économiques. On leur doit aussi un certain nombre de cartes à des échelles très variées.

En Asie, il existe trois grands services géologiques en Inde (créé en 1 846), au Japon (créé en 1879) et en Indo-Chine (réorganisé en 1903). Celui de l’Inde a publié des monographies régionales et une carte générale. Le service japonais a fait paraître en outre un certain nombre de feuilles au 1 /4 00000 et au 1 /200000. Notre service d’Indo-Chine a commencé récemment la publication

de cartes relativement détaillées, annexées à des monographies régionales, et il a étendu son activité au Yunnan.

Des services géologiques africains le plus ancien en date est le Service de la Carte géologique de l’Algérie. Fondé en 1880, il a déjà fait paraître un grand nombre de feuilles d’une carte détaillée au i/5oooo et trois éditions successives d’une carte générale au 1/800000. Nos Protectorats de Tunisie et du Maroc ont encouragé dans une large mesure les recherches géologiques,mais ils ne possèdent pas encore de services organisés et la Tunisie n’a encore publié que des cartes générales.

Notre Colonie de l’Afrique occidentale possède un rudiment de Service géologique, auquel on doit déjà la publication d’une feuille de la carte détaillée et de plusieurs feuilles d’une carte générale .

On ne peut malheureusement encore en dire autant de l’Afrique équatoriale française et de Madagascar, où les études géologiques n’ont pas reçu des gouvernements respectifs les encouragements qu’elles mériteraient.

L’Égypte est dotée depuis 1896 d’un important service, auquel on doit plusieurs monographies locales et une fort belle carte générale .

Dans l’Afrique australe, les colonies du Cap et du Natal, les républiques d’Orange et du Transvaal possédaient des services indépendants. Ils ont fusionné en un Geological Survey of the Union of South Africa , dont le siège est à Pretoria, et qui publie, outre ses rapports annuels, des monographies locales et des cartes au 1/288000.

Pour coordonner tous les documents cartographiques épars dans les publications de tous ces innombrables services officiels, le Congrès géologique international, qui, avant la Guerre, siégeait tous les trois ou quatre ans dans une

autre capitale, s’était préoccupé, dès les débuts de son existence, d’élaborer une carte géologique de l’Europe au 1/1500000, avec gamme des couleurs internationale. La publication, comportant 49 feuilles, fut achevée en 1913. L’exécution d’une carte géologique de la Terre, sous les auspices du même Congrès, est restée à l’état de projet. La carte de la Terre de Marcou et celle de Zittel sont loin de répondre à l’état actuel de nos connaissances.

L'activité des Services d’Etat ne se traduit pas seulement par l’établissement de cartes géologiques; elle réside en outre dans la publication de monographies régionales, s’étendant à des parties plus ou moins vastes du territoire national et donnant, dans un cadre géographique, une étude détaillée de l’histoire géologique de la région. L’initiative privée n’est pas non plus toujours étrangère à l’élaboration de ces monographies. Quelques-unes d’entre elles sont de véritables modèles et ont contribué dans une très large mesure à l’avancement de la science. Il n’est possible de citer ici que les plus importantes.

En ce qui concerne le Nord de l’Europe, je mentionnerai les mémoires de W. Ramsay sur la presqu’île de Kola, de Sederholm sur la Finlande, de Tôrnebohm, de Hôgbom sur la Suède, de H. Reusch et de Kjerulf sur la Norvège, de Peach et Horne sur les Highlands du Nord-Ouest de l’Ecosse. En Allemagne, si l’on fait abstraction des travaux déjà anciens de F. Rômer sur la Haute-Silésie, de Gümbel sur diverses régions

de la Bavière et de descriptions purement locales, on peut citer en première ligne les monographies du Kellerwald, par Denckmann, des environs de Baden-Baden, par H. Eck, du Nord- Ouest de la Prusse Rhénane, par Holzapfel, Wunstorf et Fliegel, du Kaiserstuhl, par Knop. En France, les mémoires d’Albert de Lapparent sur le Pays de Bray et de Gosselet sur l’Ardenne sont classiques et nous ne possédons malheureusement leur équivalent que pour bien peu de régions naturelles de notre pays. On doit cependant à Aug. Michel-Lévy, à Marcellin Boule, à Ph. Glangeaud des études d’une importance capitale consacrées à divers massifs volcaniques du Plateau Central. Aucune partie de la France n’a fait l’objet, depuis trente ans, de descriptions régionales aussi nombreuses que les Alpes. Les principales, énumérées du nord au sud, sont l’œuvre de Lugeon, de Duparc et Mrazec, de Ritter, de Révil, de Termier, de Kilian et Révil, de Paquier, de Kilian, de Haug, de Léon Bertrand. Pour le Midi citons la description des environs d’Aix de Collot, les notes exclusivement tectoniques de Marcel Bertrand sur la Basse- Provence et le bassin d’Alais, les mémoires de Seunes, de Carez, de Bresson, de Léon Bertrand, de Dalloni sur les Pyrénées.

En Suisse, la Commission géologique publie, outre les cartes détaillées, une collection de « Matériaux », dont chaque livraison est une monographie régionale. Quelques-unes sont signées des plus grands noms de la Géologie alpine :Theobald, Kaufmann, Gerlach, Renevier,

Albert Ileim, Baltzer, Lugeon. D’autres, plus récentes, montrent que la jeune génération suit avec éclat les traces de ses devanciers.

Les grandes monographies de Bittner, de Stur, de Mojsisovics, de Frech ne donnent pas la clé de la structure des Alpes orientales, qu’il faut chercher dans les synthèses de Termier, de Haug, d’Uhlig, de Kober. De même les synthèses de Lugeon et d’Uhlig ont élucidé le problème des Carpathes et trouvent leur application dans les monographies locales publiées par la jeune école de Vienne et par les géologues roumains.

La Géologie des péninsules de l’Europe méridionale présente encore de nombreuses lacunes, bien que certaines régions aient fait l’objet de descriptions qui répondent à toutes les exigences de la science actuelle.

Sans vouloir en rien diminuer le mérite des savants espagnols, on est en droit d’affirmer que c’est à des géologues français qu’est due une grande partie des progrès accomplis dans les trente ou quarante dernières années en Espagne. Aux noms de Verneuil, de Charles Barrois, d’Hermite, de Carez, sont venus s’ajouter plus récemment ceux de Larrazet, de Chudeau, de Dereims, de Nicklès, de Robert Douvillé, qui ont trouvé au delà des Pyrénées, pour leurs thèses de doctorat, des sujets très rémunérateurs. Une mention toute spéciale doit être faite des travaux de la Mission d’Andalousie, organisée par notre Académie des Sciences. Dans cette œuvre monumentale se trouvent posés et en partie résolus quelques-uns des plus importants

problèmes régionaux qu’offre au géologue le Sud de la Péninsule.

En Italie, les travaux du R. U fficio geologico ont porté principalement sur les régions périphériques de la Péninsule : Sardaigne, île d’Elbe, îles Eoliennes, Calabre, Sicile ; diverses régions de l’Apennin ont fait également l’objet de monographies, duessurtout àC. De Stéfani, à Lotti, Sacco, Verri, De Lorenzo, etc., mais une synthèse tectonique de toute la chaîne, où divers auteurs ont cru voir de grands charriages, n’a pas encore été tentée avec succès.

Dans la péninsule Balkanique, les travaux de Zlatarski et de Toula en Bulgarie, de Zujovic en Serbie, de Cvijic en Vieille-Serbie et en Macédoine, de Katzer en Bosnie, de Nopcsa et de Vettersen Albanie, de Neumayr, Bittner, Teller, etc. en Grèce ne fournissent encore qu’une vue générale de ces pays. Des mémoires volumineux ont été consacrés par R. Lepsius à l’Attique, par Phillipson au Péloponèse. La part des géologues français est représentée par un beau mémoire de Cayeux sur Delos.

En Afrique, en raison de la marche suivie par l’exploration, ce n’est guère que dans le Nord que des régions naturelles ont pu faire l’objet de monographies géologiques tant soit peu complètes.

La Tunisie est aujourd’hui particulièrement bien connue, au moins dans ses parties centrales et méridionales, grâce aux importantes publications de Pervinquière et de Philippe Thomas.

LES DISCIPLINES DK LA GEOLOGIE

En Algérie, de nombreuses descriptions régionales ont vu le jour dans les trente dernières années. La plupart sont des thèses de doctorat, élaborées d’ailleurs sous les auspices du Service de la Carte géologique.

Les travaux sur le Maroc ont encore un caractère fragmentaire. Mais quelques mémoires récents de Louis Gentil ont déjà l’allure de monographies régionales.

Non moins fragmentaires sont les publications sur la Tripolitaine, la Cyrénaïque, l'Egypte même, l’Abyssinie et Madagascar. En ce qui concerne la Grande Ile, nous possédons cependant un mémoire sur la partie nord, qui fait le plus grand honneur à son auteur, Paul Lemoine. Le Sahara et le Soudan ont fait également l’objet de plusieurs publications d’ensemble.

Des descriptions assez détaillées ont été consacrées par divers auteurs à plusieurs régions de l’Afrique australe, importantes par leurs richesses minières.

Si l’on excepte la Syrie, l’Inde et l’Indo-Chine, pour lesquelles nous possédons déjà des études régionales assez complètes, les travaux: géologiques sur les régions les mieux connues de l’Asie n’offrent encore, d’une manière générale, que la valeur de descriptions d’itinéraires.

Grâce aux explorations d’un certain nombre de géologues hollandais, suisses et allemands, il existe actuellement déjà quelques belles monographies des principales îles de l’archipel Malais. Par contre, les travaux sur l’Australie

ont encore trop souvent un caractère exclusivement utilitaire.

Tout récemment notre colonie de la Nouvelle- Calédonie a fait l’objet, de la part de Piroutet, d’un beau mémoire, grâce auquel la comparaison avec les publications relatives à la Nouvelle- Zélande n’est plus à notre désavantage.

En Amérique, en raison de l’immensité des territoires, les recherches géologiques doivent nécessairement affecter encore la forme de reconnaissances ou de véritables explorations. Néanmoins quelques régions des Etats-Unis ont fait l’objet de monographies qui, par l’ampleur des résultats acquis et par la richesse de l’illustration, dépassent les plus belles publications européennes. Citons seulement celle du Grand Canon du Colorado, de Dutton, celle du Parc National du Yellowstone, de Hague, Iddings et Weed. Mais trop souvent, par la force des choses, les régions décrites sont arbitrairement limitées par des lignes droites et ne correspondent pas à des régions naturelles ; ou encore, le côté économique est trop exclusivement prépondérant. En ce qui concerne l’Amérique du Sud, on peut mentionner un livre de Wolf sur la république de l’Equateur et diverses monographies de régions limitées des Andes et du Brésil.

On constatera par cet aperçu que la part revenant à l’Ecole française dans les travaux de Géologie régionale est vraiment très grande et que, de plus, parmi ces travaux français, les thèses de doctorat sont en majorité.

Les études de Géologie régionale ont encore progressé dans une large mesure grâce à la publication de Livrets-Guides faite à l’occasion de chacun des derniers Congrès géologiques internationaux à Zurich (1894), Saint- Pétersbourg (1897), Paris (1900), Vienne (1903), Mexico (1906), Stockholm (1910) et au Canada (1913). Quelques-uns d’entre eux renferment de véritables monographies des' régions parcourues par les excursions de ces congrès.

Dans certains pays, les études régionales sont suffisamment avancées pour que des auteurs aient pu tenter de condenser en un seul ouvrage l’ensemble des données précédemment acquises. La plupart de ces compilations renferment d’ailleurs des observations et des interprétations personnelles aux auteurs et possèdent une valeur scientifique indiscutable. Il convient de citer : une Géologie de la Suède de Nathorst, « the Scenery of Scotland » de Sir Archibald Geikie, la Géologie de l’Irlande de Hull, une Géologie de l’Angleterre et du Pays de Galles de Horace B. Woodward, la Géologie de la Belgique de Mourlon, celle de l’Allemagne de Rich. Lepsius, puis, de divers auteurs, des ouvrages d’ensemble sur la Prusse orientale, la Poméranie, le grand-duché de Bade, la Bavière.

En France, à part un livre excellent du commandant O. Barré sur l’Architecture du sol de la France, nous ne possédons pas encore d’ouvrage sérieux sur l’ensemble du pays, mais la Géologie du Nord de la France, de Gosselet, et la Géologie du bassin de Paris, de

Paul Lemoine, remplissent en partie cette lacune.

La géologie de la Suisse d’Albert Heim est encore en cours de publication. Le livre déjà ancien de Franz von Hauer « Die Géologie und ihre Anwendung auf Œsterreich-Ungarn » est encore consulté avec fruit, mais il est remplacé pour les pays cisleithans, par le volumineux ouvrage de Franz E. Suess, C. Diener, Y. Uhlig et R. Hœrnes. Nousaurons épuisé la listede cette catégorie de publications lorsque nous aurons mentionné deux livres sur la Géologie de l’Afrique australe de Rogers et Schwarz et de Hatcli et Corstorphine, deux manuels de la Géologiede l’Inde, de Medlicott et Blanford et d’Oldham, et une Géologie de la Nouvelle-Zélande, de James Park.

Sous le titre de « Handbuch der regionalen Géologie », G. Steinmann et O. Wilckens ont entrepris, avec la collaboration de savants allemands, anglais, français, Scandinaves, américains, etc., la publication d’un ouvrage en trois langues, en huit volumes, constituant un recueil de monographies régionales de tous les pays du monde. Les fascicules parus sont de valeur assez inégale, mais quelques-uns fournissent, pour le pays envisagé, des sources de renseignements, voire même des synthèses extrêmement précieuses.

Mais, de tous les ouvrages de Géologie régionale, celui qui domine tous les autres par ses proportions, par son originalité et par la portée de ses conclusions, c'est le livre d’Ed. Suess, das

Antlitz der Erde, traduit en français sous la direction d’Emm. de Margerie, sous le titre de « la Face de la Terre ». C’est plus qu’un traité de Géologie régionale, c’est une synthèse puissante, basée sur l’analyse de plus d’un siècle de « littérature » géologique. Sa publication s’échelonne de 1883 à 1909; les mêmes matières y sonttraitées plusieurs fois sous une forme différente et certaines conceptions de l’auteur se sont profondément modifiées entre la date d’apparition du premier fascicule et celle du dernier. Aucun ouvrage géologique n’a eu un pareil retentissement, aucun n’a exercé une action aussi considérable sur le travail des générations contemporaines* Son influence s’est fait peut-être sentir d’une manière plus générale en France qu’en Autriche et en Allemagne. Et pourtant les idées dominantes du livre, la dissymétrie des chaînes de montagnes, le rôle prédominant des affaissements, la conception des mouvements eustatiqiies, sont aujourd’hui fortement battus en brèche. Mais c’est plutôt par la méthode dont l’auteur fait usage que par les idées mises en circulation que le livre de Suess a exercé une action profonde. L’auteur de la Face de la Terre a su, le premier, grouper en unités géographiques des régions caractérisées par une même histoire géologique, en les opposant à d’autres unités dont l’évolution n’est pas la même. Il caractérise les chaînes de montagnes, non par leur direction, comme faisaient Elie de Beaumont et son Ecole, mais par les discordances qui séparent leurs séries sédimentaires. Il distingue

ainsi, en Europe, une chaîne Calédonienne, une chaîne Armoricaine-Yarisque, une chaîne Alpine. Plus tard il parle de Calédonides, dAltaïdes. d’Alpides,de Saharides, d'Océanides. Les vieilles masses continentales deviennent la Laurentia,\çr continent d’Angara, le continent de Gondwana, l’Antarctide.

Les derniers chapitres du livre sont pleins de contradictions, d'inconséquences, de conclusions hasardées. Alors que dans les premiers volumes Suess dépouillait avec une scrupuleuse minutie les travaux de ses devanciers et leur rendait hommage à chaque page, dans son dernier fascicule, il ignore d’une manière systématique les travaux synthétiques de ses contemporains. Il est resté Obstinément fermé à certaines notions, qui constituent en quelque sorte la base des synthèses modernes. Bien des lacunes de son œuvre s’expliquent par une pratique insuffisante de la Stratigraphie, par une prédominance trop exclusive du point de vue géographique sur le point de vue historique.

Y. — La Géologie appliquée

Il nous reste, pour terminer, à jeter un coup d’œil rapide sur celle des disciplines de la Géologie qui est fondée sur le point de vue exclusivement utilitaire, la Géologie appliquée. A vrai dire elle constitue une branche hétérogène de nos connaissances, car elle réunit dans un corps de doctrine assez disparate les applications multiples de chacune des disciplines définies dans les chapitres précédents de cette étude. D’autre

part, la connaissance des données géologiques est à la base d’un certain nombre de branches de la Technologie et les progrès réalisés dans ces branches sontdirectementfonction de l’évolution de certaines parties de la Géologie. C’est ce que quelques exemples vont mettre en évidence.

Les industries extractives sont tout particulièrement tributaires de la Géologie; celle-ci ne fait d’ailleurs que leur rendre ce qu’elle leur doit, car l’exploitation de mines de cuivre dans l’Allemagne centrale a permis d’établir, dès le xviii® siècle, des successions de terrains tout à fait précises et certains noms introduits à cette époque sont encore d’un usage assez courant en Stratigraphie, et c’est aussi au langage des mineurs qu’est empruntée la terminologie des gîtes minéraux filoniens. Il est manifeste, en outre, que tout ce que nous savons sur l’origine des gîtes métallifères et sur le mode de formation des combustibles minéraux résulte d’observations réunies au cours de longues années d’exploitations minières. Néanmoins, dans les traités de Géologie, les questions relatives à la genèse des minerais, des roches sédimentaires d’origine chimique, des combustibles se trouveront réparties dans des chapitres divers de la Géologie dynamique. Par contre, dans la partie d’un ouvrage didactique de Géologie appliquée relative aux industries extractives, on devrait traiter successivement les diverses catégories de produits suivant leur utilisation. Un chapitre serait consacré aux gîtes métallifères; pour chaque métal on passerait en revue les divers minerais

et l’on étudierait, pour chacun d’eux, la composition minéralogique, les conditions de gisement, les procédés d’extraction. Un autre chapitre comprendrait l’étude des sels alcalins ou alcalinoterreux employés dans l’alimentation, dans l’écoriomie rurale, dans l’industrie chimique. Les combustibles minéraux seraient étudiés à part et l’on traiterait séparément des combustibles solides et des combustibles liquides ou gazeux. Un chapitre non moins important, quoique souvent négligé, devrait avoir pour objet les matériaux de construction et d’ornementation. Enfin, il y aurait lieu de consacrer un chapitre spécial aux pierres précieuses.

Quelques-uns de ces chapitres ont une importance telle qu’ils peuvent fournir la matière de volumes spéciaux. Les gîtes métallifères ont fait l’objet d’ouvrages classiques en France (Fuchs et de Launay), en Allemagne (Beck, Bergeat), en Amérique. Des monographies locales ont été consacrées à certains districts miniers. A côté des descriptions détaillées de certains gîtes métallifères des Etats-Unis, il convient de mentionner tout spécialement les monographies de bassins houillers français publiées par le Service des Topographies souterraines, annexé à celui de la Carte géologique détaillée. On pourra se rendre compte, en les parcourant, du rôle capital que jouent les données stratigraphiques, paléontologiques et tectoniques dans l’étude des gîtes minéraux.

Il est une substance minérale qui, plus que toute autre, a attiré l’attention des techniciens,

c’est l’eau. L’eau des mers intéresse les océanographes et les ingénieurs hydrographes, l’eau des fleuves et des rivières est du ressort des ingénieurs des ponts et chaussées, mais les eaux souterraines sont essentiellement du domaine des géologues.

Leur étude constitue aujourd’hui une science spéciale, I’Hydrogéologie. Elle suppose, chez ses adeptes, des notions d’IIydraulique, de Chimie minérale et de Bactériologie, mais surtout des connaissances étendues en Stratigraphie et en Tectonique. De véritables traités ont été consacrés à l’étranger à cette discipline, mais en France, le livre fondamental de Daubrée, « les Eaux souterraines », n’est plus au courant des progrès récents. En Amérique, en Italie, des services spéciaux ont la charge des adductions d’eau (Water Supply,Magistrato aile Acque); en France, les projets de captage des sources destinées à l’alimentation des agglomérations sont sous le contrôle de géologues désignés par le directeur du Service de la Carte géologique.

Dans tous les pays civilisés, des monographies ont été consacrées à des problèmes hydrogéologiques locaux. Parmi les plus connues on peut citer « la Seine » de Belgrand, ouvrage fondamental pour l’étude des nappes aquifères des environs de Paris, ou encore le livre où Suess a résolu le problème de l’alimentation en eau potable de la ville de Vienne.

Un des domaines de la Technologie où les connaissances géologiques sont le plus indispensables est le Génie civil. Les applications de la

Géologie aux grands travaux d’art sont nombreuses, mais elles devraient l’être davantage. Dans l’étude du tracé des lignes de chemin de fer, l’appel à la compétence d’un géologue était encore l’exception il y a peu d’années, mais il tend heureusement à se généraliser.

Dans le percement des tunnels, l’établissement du profil géologique du tracé doit naturellement toujours précéder les premiers travaux; aussi, dans le cas des grandes percées alpines, des géologues ou des géophysiciens de grand renom ont été appelés à établir des prévisions relatives aux températures que, en se basant sur les lois de la géothermie, on devait rencontrer en profondeur. Des mémoires importants ont été publiés sur quelques-unes de ces percées, notamment en Suisse et en Autriche.

L'étude des condititions géologiques est non moins nécessaire lorsqu’il- s’agit de la construction de remblais, de ponts, etc., car la connaissance du degré de perméabilité des terrains qui doivent supporter ces ouvrages est essentielle. Il en est de même pour les barrages destinés à retenir les eaux d’un lac ou d’un cours d’eau encaissé, en vue de l’établissement de hautes chutes ou de réserves destinées à l’irrigation. Le mémoire publié en 1912 par Maurice Lugeon sur le projet de barrage du Haut-Rhône français à Génissiat’ peut, pour ce qui concerne cet ordre de travaux, être cité comme un modèle d’application delà Géologie aux arts de la construction.

Dans un tout autre domaine delà Technologie, l’Agronomie, la connaissance de la Géologie

n’est pas moins essentielle, mais il ne suffît pas à Tagronome de s’assimiler quelques notions générales de géologie, souvent très vagues ; il doit se familiariser avec les résultats de l’étude des sols, car le choix des méthodes de culture qui conviennent à un terrain déterminé dépend essentiellement des caractères physiques et chimiques du sol. La connaissance approfondie de ces caractères est devenue une science indépendante, à laquelle on donne aujourd’hui le nom de Pédologie, tandis que le terme d’Adiogéologie doit être plutôt réservé à l’application de la Pédologie à l’Agriculture. En France, l’étude des sols a surtout été l’œuvre de chimistes éminents, généralement peu accoutumés à l’emploi du microscope polarisant ; en Allemagne, par contre, l’étude pétrographique des sols a servi de base àl’établissement des cartes agrogéologiques extrêmement détaillées publiées dans cepays. Mais c’est aux Etats-Unis (Hilgard), en Hongrie (Treitz), en Roumanie (Murgoci) et surtout en Russie (Dokoutchaïefï, Sibirtsefï,. Glinka, etc.) que la Pédologie a réalisé ses principaux progrèspar l’introduction du facteur climatique, d’où dépendent en première ligne les formations végétales.

Le savant russe K. Glinka a résumé dans deux ouvrages didactiques, publiés l’un en russe, l’autre en allemand (1914), les principes de la Pédologie et leur application à l’étude des sols de la Russie d’Europe et d’Asie*.

1. K. Glinka. : Die Typen der Bodenbildung, ihre Klassifikation und geographisrhe Verbreitung. 1 yol. in-8*, 365 p., 65 fig., 1 carte. Berlin, 1914.

Des conférences internationales agrogéologiques ont réuni, dans une fructueuse collaboration, les pédologues du monde entier. La France, malgré l’appui des pouvoirs publics, n’y a peut-être pas apporte de contributions suffisamment importantes.

Conclusions

Pour conclure ce trop long exposé de l’évolution des différentes disciplines de la Géologie, il est utile de rappeler les principaux noms qui jalonnent la routedu progrès et qui en marquent les étapes. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de rappeler la nationalité de ces savants, ce qui dissipera plus d’une légende.

Je laisserai de côté, dans l’exposé de ce bilan, les sciences qui ont évolué d’une manière indépendante et qui doivent être envisagées comme des disciplines auxiliaires de la Géologie : la Minéralogie, cela va sans dire, la Paléontologie et aussi la Pétrographie. J’insisterai surtout sur les grands noms qui illustrent l’histoire de la Géologie dynamique, de la Géologie historique et de la Géologie régionale.

Je rappellerai tout d’abord les noms des précurseurs. Pour la Dynamique externe, j’en citerai trois, tous lestroisFrançais, tous lestrois pendant trop longtemps méconnus : Guettard, Lamarck et Alexandre Surell.

En ce qui concerne le Volcanisme, c’est encore Guettard qui mérite de figurer parmi les pré-

N. Desmarest. Mais c’est du grand Ecossais Hutton que se réclame, dès la fin du xvme siècle, l’Ecole plutonienne, et nous rencontrons, à la même époque, en la personne du Genevois de Saussure et du Français Dolomieu, de véritables chefs de file de la Tectonique.

Les bases Je la Géologie historique sont jetées, dès le xvne siècle, par le Danois Sténon. Au xvme, le Vénitien Arduino, le Saxon Werner et notre grand Lavoisier posent d’importants jalons. Au commencement du xix° siècle, l’Anglais William Smith et le Français Brongniart sont avec raison considérés comme les fondateurs de la Stratigraphie et de la Paléontologie stratigraphique.

Guettard, grand précurseur dans les domaines de la Paléontologie et de la Géologie dynamique, l’est également dans celui de la Géologie régionale, où il est suivi de près par l'abbé Palassou et par Giraud-Soulavie, tous deux Français.

Le xixe siècle est l’àge des classiques de la Géologie. Dans le domaine de la Géologie dynamique je rappellerai les noms de l’Anglais Ch. Lyell, de l’Américain Dana, des Suisses L. Agàssiz, Escher de la Lint.h et Heim, des Français Constant Prévost et Marcel Bertrand. Pour la Géologie historique, je citerai seulement un Français, Alcide d’Orbigny, deux Allemands, Oppel et Neumayr, un Américain, James Hall. Dans l’histoire de la Géologie régionale, le grand nom du Viennois Ed. Suess plane au-dessus de tous^ les autres.

Malheureusement, à plusieurs reprises, l’évolu-

LBS DISCIPLINES DE LA GEOLOGIE

tion des Sciences géologiques a subi un fâcheux ralentissement du fait d’hommes qui occupaient dans leur pays une haute situation scientifique. Ils ont aiguillé la Géologie sur des voies sans issue. Je citerai Werner, avec son neptunisme ; Léopold de Buch. avec sa théorie des cratères de soulèvement ; Elie de Baumont, avec son réseau pentagonal; Rosenbusch, avec son hypothèse de l’origine dynamométamorphique des gneiss ; Suess , avec son assimilation des transgressions tà des mouvements eustatiques. Un seul d’entre eux était Français : son influence, salutaire par ailleurs, a été néfaste par le fait qu’il a imposé à ses disciples, dans le but d’étayer son dodécaèdre, l’observation stérile de directions, qui souvent ne répondaient à aucune réalité. Le grand mérite d’Edmond Hébert a été de déterminer en France une réaction contre cette tendance en orientant son Ecole vers des études stratigraphiques de détail, fondées sur la Paléontologie.

De ce bref résumé ressort avec évidence le rôle décisif qu’ont joué, à diverses reprises, les savants français dans l’évolu tion des sciences géologiques.

Et maintenant il y a peut-être quelque intérêt à se demander encore laquelle des disciplines de la Géologie possède à l’heure présente la plus grande vitalité.

Les grandes lois qui régissent les phénomènes de glyptogénèse sont aujourd’hui connues et il semble que les recherches futures devront surtout élucider des pointsde détail. Lesphénomènes orogéniques et épirogéniques sont assez

bien connus dans leur modalité, mais leurs causes nous échappent encore presque entièrement. L’introduction du principe de l’isostasie dans les théories sur l’origine des chaînes de montagnes et des continents n’a pas donné tout ce qu’on croyait pouvoir en espérer.

Dans l’étude des phénomènes de lithogénèse, il reste encore à élucider bien des questions relatives au mode de formation des roches sédimentaires, d’autant plus que les sédiments des mers actuelles son t encore très incomplètement connus. Quant à l’origine des roches éruptives et des roches métamorphiques, elle présente encore bien des points obscurs, malgré les progrès réalisés dans l’emploi du microscope polarisant et malgré l’importance croissante qu’ont acquise, dans les études pétrographiques, les considérations chimiques et physico-chimiques .

Dans le domaine de la Géologie historique, les observations stratigraphiques de détail prennent aujourd’hui une importance capitale, car elles contribuent à donner plus de précision aux lois qui régissent les transgressions et les régressions marines. Elles s’encadrent, en outre, dans une classification univoque et universelle, qui rend plus aisé l’établissement des parallélismes à grande distance. Les essais de Paléogéographie, qui constituent le couronnementdes recherches stratigraphiques, sont encore à l’état d’ébauches informes. Aussi bien une bonne moitié de la surface continentale est-elle encore à peine connue au point de vue géologique. Tous les jours des découvertes nouvelles, faites dans des pays plus

ou moins lointains, apportent de nouvelles pierres à l’édifice que plusieurs savants s’efforcent de reconstituer. Les observations de détail relatives au gisement des roches éruptives nous fournissent des contributions à la connaissance de la * répartition de^ centres volcaniquesauxdifférentes périodes géologiques. De même chaque étude tectonique nouvelle permet de donner une plus grande précision au tracé des lignes directrices.

Dès lors on conçoit quel intérêt présentent, au triple point de vue stratigraphique, pétrographique et tectonique, les études de Géologie régionale. C’est d’elles qu’il y a lieu désormais d’attendre les plus grands progrès^ alors qu’on pourrait être tenté de ne leur attribuer qu’un intérêt local. L’importance qu’elles possèdent au point de vue de la Géologie appliquée leur a valu, de la part de certains Etats, une sollicitude toute particulière, qui est la cause principale de leur remarquable vitalité. Dans les pays neufs, les recherches de Géologie régionale revêtent encore le caractère d’explorations, mais ce serait une erreur de croire que, dans les pays d’ancienne civilisation, l’état de cette discipline de la Géologie réponde entièrement aux besoins actuels. Nos voisins du Nord et de l’Est, avec leurs levés géologiques détaillés (au 1/25000, au 1/40000, au 1/50000), accusent, par rapport à nous, une avance considérable, car notre Carte géologique détaillée (au 1/80000) n’a de détaillé que le nom. Les feuilles des Alpes, en particulier, doivent être envisagées comme de simples ébauches et ne peuvent soutenir la comparaison avec les

cartes nouvelles des Alpes Suisses. Il est vrai que, tant que nous ne posséderons pas, pour les pays dont la structure géologique est tant soit peu compliquée, unebase topographique plus précise que notre vieille carte de l’Etat-Major au 1/80000,. nous nous trouverons, par rapport à nos voisins, dans une situation manifestement inférieure et il est à redouter qu’après un passé glorieux la Géologie régionale et, parcontre-coup, les autres disciplines de la Géologie entrent chez nous dans une période de stagnation.

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