‹ Discors de combatChapitre 6 sur 11 · Bossuet : Oraison funèbre d'Anne de Gonzague · texte numérisé non relu

Bossuet : Oraison funèbre d'Anne de Gonzague

On n'a généralement retenu de ce passage que l'invective aux libertins : nous y voyons surtout, pour notre part, et nous croyons y reconnaître l'expression, sinon des « doutes», — le mot, dont je me suis servi jadis, 1878, est trop fort, — mais des u difficultés de croire », ou des »< perplexités » qui ont été celles de Bossuet.

était même des langues de l'Inde et de la Perse, les éléments n'en étaient pas seulement assemblés.

Ce sont ces difficultés sur lesquelles je voudrais attirer votre attention. Il y en a à' historiques, il y eu a de critiques, il y en a de philosophiques : je vais, Messieurs, essayer d'y répondre, mais non pas et d'abord sans vous en avoir montré toute la gravité. Nous nous devons à nous-mêmes, et à la dignité de notre cause, de ne pas estimer nos adversaires au-dessous de leur valeur; j'inclinerais même plutôt à l'exagérer ; et puis, vous le savez, nos opinions ne deviennent des convictions ou des croyances qu'autant qu'elles ont subi l'épreuve des croyances adverses et des opinions ennemies.

Qu'il n'y ait pas, qu'il ne puisse pas y avoir de contradiction radicale, ou d'opposition entre la science et la foi, nul, — à moins, Messieurs, que cène soit vous, — n'en est plus profondément convaincu que moi. La vérité ne s'oppose pas à ellemême, et quand nous ne réussissons pas à en concilier les aspects, ce n est pas elle qu'il faut mettre en doute, mais la justesse de nos raisonnements, la perspicacité de notre intelligence, ou l'étendue de notre esprit. C'est peut-être aussi, — et plus

souvent encore, — la force ou la capacité de notre attention. Si nous étions moins légers, moins prompts, et moins emportés ou moins étourdis dans nos jugements, beaucoup de choses, Messieurs, se concilieraient qui nous semblent contradictoires, et même, pour user de l'expression hégélienne, n'est-ce pas une forme du progrès scientifique que la résolution des conlradictoires clans l'identité? Mais, après cela, je ne puis pas faire^ ni vous, ni personne au monde, que, depuis trois ou quatre cents ans, la Science, d'une manière générale, par l'intermédiaire de ses vulgarisateurs philosophes, et môme de quelques-uns de ses représentants les plus autorisés, n'ait envisagé ses conquêtes successives comme autant de victoires sur la Foi. Rappelez-vous à ce propos, Messieurs, le mot que l'on prête à Laplace : « Dieu? je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse ! » lisez l'ouvrage de l'Américain W. Draper sur les Conflits delascience et delà religion, celui d'Ernest Haeckel, leprofes-

seur dléna, sur les Enigmes de r Univers1; ou

1. Ajoutez encore le livre plus récent d'un autre Américain, M. André AVithe, qui a été longtemps Président, ou Recteur, de l'une des grandes Universités de l'Est, l'Université Cornell : A Hislory of thewarfareof Science ivithTheology in Chrislendom, New-York 1897, Appleton.

Quant au livre du professeur Haeckel sur les Enigmes de VUnivers, l'objet en est de montrer que, si toutes les religions prennent en quelque manière leur point d'appui dans Y Inconnaissable, le domaine de cet Inconnaissable se rétrécit tous les

encore, rappelez-vous le mémorable tableau, si beau de sa grandeur et de sa précision, que Taine, dans ses Origines de la France contemporaine , a tracé du progrès de l'incroyance, en môme temps que de l'esprit scientifique, à travers l'Europe du xviue siècle. Et en vain dira-t-on que ni Copernic, ni Descartes, ni Huyghens, ni Leibniz, ni Newton, ni Ampère, ni Pasteur n'ont eux-mêmes été des « incrédules » ! En vain dira-t-on, qu'alors comme aujourd'hui, la Science, quand elle prétendait s'expliquer sur les choses de la Foi, dépassait son droit et ses prémisses; — ce qui peut-être est la seule manière dont la Science puisse en effet dépasser son droit! En vain disting-uera-t-on la Science, infaillible par définition, d'avec les savants, qui sont hommes, et comme tels, qui se trompent ! Il ne s'agit ici que du fait! Et Je fait, Messieurs, — il faut avoir le courage de le reconnaître, — le fait

jours; et le professeur annoncerait volontiers le temps où l'Univers n'aura plus d'Énigmes pour nous.

On ne saurait trop regretter que, pour soutenir cette thèse, M. Haeckel, qui d'ailleurs a toujours aimé les grosses plaisanteries, les plaisanteries de corps de garde ou de brasserie, se soit donné plus amplement carrière dans ce livre qu'il ne l'avait fait dans aucun des écrits qui ont fondé sa réputation.

Oserai je ajouter que, s'il connaît admirablement l'histoire des Éponges Calcaires, — on le dit du moins, et je veux bien le croire, — le professeur Haeckel, dans ses Énigmes de l'Univers, n'a pas même pris la peine de comprendre les questions qu'il traitait, et rien n'est plus pénible à lire, — j'entends pour lui, — que les quelques pages qui lui sont échappées, par exemple, sur « l'Immaculée Conception ». Ce grand savant serait-il, d'aventure, un grand sot?

est que, depuis trois cents ans, quelques-unes des principales « difficultés de croire » se tirent de l'impossibilité prétendue de concilier les conclusions dernières de la Science positive avec les données fondamentales et essentielles de la Foi.

Ne nous égarons donc pas en dehors de la vraie question, et au contraire, essayons plutôt de préciser la nature de la difficulté. N'essayons pas d'établir, par exemple, qu'aucune donnée de la physiologie ne s'oppose aux guérisons miraculeuses dont le récit est consigné dans les Évangiles. Nous n'y réussirons pas! et je m'en félicite, puisque, en vérité, si nous y réussissions, comment ne remarque-t-onpas que ces guérisons n'auraient plus rien de « miraculeux » ? Car, un « miracle », Messieurs, ce n'est pas un effet dont la production excède les forces définies et classées de la nature, ou dépasse les limites actuelles de notre connaissance, mais c'est une dérogation aux lois de la nature, c'en est au moins la suspension, et plus souvent le renversement. Je n'ai jamais admis, n'ayant jamais compris, pour ma part, le raisonnement de ceux qui vous disent : « Le mystère vous scandalise? Et comment donc! est-ce que vous n'êtes pas entourés de mystères? » Non ! nous ne sommes pas entourés de mystères, mais de choses que nous ne comprenons pas! Si nous voulons parler avec exactitude, la Trinité, l'Incarna-

tion, la Rédemption sont des « mystères » ; mais notre origine ou notre destinée n'en sont pas un pour nous : elles ne sont que des « inconnues ». A plus forte raison les prétendus mystères de la mort et de la génération. Pareillement, Messieurs, au vrai sens du mot, un « miracle » n'est pas un effet peu ordinaire de grandeur ou d'intensité, mais c'est un effet, — comme la multiplication des pains ou la résurrection de Lazare, — qui contrarie les lois de la nature, et qui les contrarie, non pas en tant que nous les ignorons, mais au contraire en tant que nous les connaissons, et que nous les connaissons pour être universelles, nécessaires, immuables1. Et voilà justement le conflit, voilà Messieurs, la vraie difficulté.

Ce qu'en effet la science, depuis trois cents ans, a essayé de mettre hors de doute, c'est précisément la « stabilité des lois de la nature » ; c'en est la constance absolue sous la variété de leurs manifestations apparentes; c'est l'impossibilité, pour Dieu môme, d'y déroger, et c'est ce fait, à tout le moins, qu'à aucune de celles de ces lois qui nous sont connues, et depuis qu'elles nous sont con-

1. Voyez sur Fétat de la question du « Miracle », dans la T/teologia Fundamenlalis du Père Ignace Ottiger, S. J , t. I, Fribourg en Brisgau, 1897, Herder, les thèses VI et VII, sur la Possibilité (195, 209) et sur la Gognoscibilité (209, 233; du Miracle; et, du côté protestant, le livre tout récent du Pasteur Fulliquet : Le Miracle dans la Bible, Paris, 1904, Fischbacher.

nues, Dieu n'aurait dérogé. « Jamais, nous dit Littré dans son Introduction à la vie de Jésus de Strauss, jamais dans les amphithéâtres d'anatomie, et sous les yeux des médecins, un mort ne s'est relevé... Jamais, dans les plaines de l'air, aux yeux des physiciens, un corps ne s'est élevé contre les lois de la pesanteur... Jamais dans les espaces intercosmiques, aux yeux des astronomes, la terre ne s'est arrêtée dans sa révolution diurne, ou le soleil n'a reculé vers son lever, ni l'ombre du cadran n'a manqué de suivre l'astre dont elle marque le pas » *. Ainsi, Messieurs, se sont exprimés les

1. Strauss lui-même d'ailleurs et Renan ont insisté sur ce point que, s'ils refusaient d'admettre le « Miracle » et le « Surnaturel », ce n'était pointdu tout a priori, par l'effet d'une conviction philosophique, mais a posteriori, et, par conséquent « au nom de la Science Expérimentale ». Je ne comprends pas làdessus ce que de certains théologiens croient gagner à s'aveugler sur la position de la question et sur la réalité du conflit qu'une « fausse science », ainsi qu'ils l'appellent, a soulevé entre la science et la religion. Car encore leur faudrait-il montrer que cette science est « fausse », et généralement, c'est ce qu'ils n'ont pas essayé de faire, et pour cause. Il n'y a pas d'opposition entre la science et la religion ; cela est vrai, et j'en suis convaincu ; mais c'est à une condition, qui est qu'on ne demande pas à la religion de décider des questions scientiûques, et à la science d'intervenir dans les questions religieuses.

Il faut aussi renoncer, sur ce point, à cette manière de raisonner qui consiste à croire que l'on prouve « la Vérité de la religion » en établissant que de grands mathématiciens ou d'illustres chimistes y ont cru. Car on nous répondra, trop aisément, que de non moins illustres chimistes, et de non moins grands mathématiciens n'y ont pas cru, d'une part; et d'autre part, qu'en matière de religion, pour être un grand mathématicien ou un chimiste illustre, on n'en est pas, si je l'ose dire, un plus « grand clerc ». Pascal opposait jadis à l'autorité du

Strauss, les Littré, les Huxley, les Spencer, les Hseckel, — c'est-à-dire quelques-uns des guides ou des maîtres des intelligences contemporaines, — se faisant de l'immutabilité des lois de la nature un argument contre la possibilité du surnaturel, et, pour ainsi parler, diminuant ou rétrécissant, de tout ce qu'ils ajoutaient au domaine acquis de la science, le champ de la religion. Je suis étonné qu'ils n'aient pas fait un pas de plus, et tâché de prouver, — car ils l'auraient pu, dans leur système, — qu'en raison de la solidarité qui lie toutes les sciences entre elles, la suspension ou l'interruption d'une seule des lois delà nature entraînerait l'arrêt ou le renversement de toutes les autres, et ainsi, delà production d'un seul miracle, ferait l'origine et la cause d'un cataclysme universel.

C'est une première « difficulté de croire », dont je ne pense pas, Messieurs, que personne de vous se dissimule la gravité. En voici maintenant une seconde.

Quelque autorité que l'on reconnaisse à la tradition, — et, quant à moi, dois-je vous dire que je lui en reconnais une considérable, — il n'y a pas

nombre que des « moines ne sont pas des raisons » ; pareillement, des autorités chimiques ou mathématiques n'en sont point dans une question de croyance. Je ne vois pas encore ce que Ton croit gagner à ce genre d'argumentation, ni, s'il est suranné, les motifs qu'on a de s'en servir.

de religion sans une « Écriture » qui la fonde, Coran, Bible ou Védas, et qui, pour ainsi parler, dans toutes les phases de son développement, la contrôle et la vérifie. Mais cette « Écriture » n'est pas toujours parfaitement claire ; elle a besoin qu'on l'interprète ; et, originairement, vous le savez, Messieurs, c'est là toute l'exéçèse. La tâche de l'exégèse orthodoxe est d'expliquer le texte sacré ; d'en développer la concision ; d'en éclairer les obscurités; d'en préciser, d'en fixer, et d'en arrêter le sens. Il lui appartient de dire quelle est, dans nos Évangiles, l'exacte signification de ce « Royaume de Dieu » dont ils sont l'annonce ou la prédication1; et, dans le cas où les Pères eux-mêmes ont

j. Je ne saurais ici donner une idée, même sommaire, d'une controverse à l'exposition et à la discussion de laquelle, avant que M. Harnack et l'abbé Loisy l'eussent portée à la connaissance du grand public, tant allemand que français, un pasteur protestant. M. Wilfred Monod, avait consacré deux volumes entiers : L'Espérance Chrétienne, t. 1, le Roi, t. II, Le Royaume, librairie Fischbacher, sans date. Il suffira donc de dire qu'y ayant trois manières, au moins, d'entendre ce que c'est que le « royaume de Dieu » ou le « royaume des Cieux », et des textes évangéliques à l'appui de chacune de ces trois manières, la tâche de la haute critique est peut-être de les opposer, mais celle de l'exégèse orthodoxe est de les concilier.

La dissertation de M. l'abbé Loisy sur ce sujet, dans son livre Y Evangile et l'Eglise, est un modèle de oc haute critique ».

Mais si l'on prêterait peut-être une exégèse plus modeste, on en trouverait un excellent exemple dans deux Sermons de Bourdaloue sur le Royaume de Dieu que la Revue Bourdaloue publiait dans son numéro d'avril 1904 ; et de la lecture attentive desquels il résulte que les divers sens du « royaume de Dieu » dans les textes évangéliques, non seulement ne se contrarient pas ni par conséquent ne s'excluent, mais au contraire, « se coordonnent » et ne font ensemble qu'un seul sens.

interprété de trois ou quatre manières différentes, ou qui semblent l'être, la parole fondamentale : lu es Pet rus et super hanc petram Ecclesiam meam œdificabo, c'est à l'exégèse qu'il appartient de choisir entre la diversité de ces interprétations, ou de montrer qu'elles ne font qu'une, et comment, et pourquoi1. Quinze ou seize cents ans durant, tel a été le rôle de l'exégèse, et pendant quinze ou seize cents ans, orthodoxe d'ailleurs ou hétérodoxe, catholique ou protestante, juive aussi, l'exégèse n'a été que cela.

Mais, à mesure que la connaissance de l'antiquité grecque ou orientale faisait, au xviir3 et surtout au xixe siècle, les progrès que vous savez ; à mesure que s'opérait dans le domaine de l'érudition et delà philologie classiques l'évolution qu'Ernest Renan, dans son Avenir de la science, a si bien décrite, et dont il aurait plutôt exagéré les conséquences ; à mesure que surgissait et s'orga-

1. Tu es Petrus. .. Voyez sur ce point Dominico Palmieri, TractaLus de Romano Pontifîce, 2e édition, Prato, 1891. Giachetti et Cie, pp. 297 et suivantes.

Le problème est de savoir quelle est la « pierre » ou le « fondement » que le Christ a voulu dire, si c'est Pierre lui-même ; ou si c'est le collège des apôtres; ou si c'est la profession de foi que Pierre vient de faire en disant à Jésus : Tu es Filius Dei vivi ; ou enfin si c'est le Christ lui-même.

On établit aisément, par l'examen du contexte, que la seconde interprétation doit être écartée ; et, parla confrontation des témoignages des Pères, que, des trois autres interprétations, en en préférant une, ils ne l'ont cependant jamais considérée comme exclusive des deux autres.

nisait à côté et au-dessus des « sciences de la nature » la science des « produits de l'esprit humain », le nom d'exégèse devenait synonyme du nom même de « critique » ; et ce n'était plus seulement de la discussion ou de l'interprétation des textes qu'il s'agissait, mais de leur existence même, pourraiton dire, puisque c'était de leur authenticité, de leur intégrité, de leur autorité.

Les questions se posaient d'une manière toute nouvelle ; et, pour en faire en passant la remarque, d'une manière tout à fait analogue à celle dont Wolff les avait posées dans ses Prolégomènes sur Homère, ou Niebuhr dans son Histoire romaine1. Saint Paul est-il vraiment l'auteur de ses Epitres

et saint Jean de son Evangile? Le texte de saint Marc ou celui de saint Luc nous sont-ils parvenus tels qu'ils les ont écrits? Et pourquoi les ont-ils écrits? En quel temps, à quelle intention, et dans quel esprit? Quelle en est la valeur historique? L'interprétation que l'Église en donne, — et disons, si l'on veut, les Églises, — est-elle conforme au véritable esprit de leur contenu ? Peut-on le prouver, et par quels moyens? Sont-ils constitutifs, et

1. Je ne me rappelle plus celui qui a signalé le premier l'influence que la critique de Wolf, dans les dernières années du dix-huitième siècle, a dû exercer sur le développement de l'exégèse biblique, mais ce serait sans doute une recherche intéressante que celle qui se proposerait de montrer le rapport ou plutôt l'identité de ces deux formes de la critique, et l'appui qu'elles se sont donné.

comment cela., de l'autorité qui les interprète? Prouvent-ils eux-mêmes l'Église? Sont-ils des textes à part, « inspirés » ou « révélés », et soustraits de ce chef à la juridiction des méthodes qu'on applique à Y Iliade ou au Ramayana ? Autant de questions nouvelles d'où sortaient naturellement de « nouvelles » difficultés de croire. Tout était simple, la veille encore, pour ainsi parler, quand on admettait universellement que le Christ avait enseigné, que les apôtres avaient prêché, que l'Église avait continué la prédication des apôtres. Mais voici maintenant qu'on se demandait, non plus même, comme au temps de Luther et de Calvin si l'Église avait, et quelle Église? fidèlement continué cette prédication, mais quelle était cette prédication ? et si les Évangiles en pouvaient être considérés comme de sûrs témoins? et s'ils contenaient vraiment la parole du Christ, et quelle preuve décisive on en pouvait produire ? Reconnaissons, Messieurs, qu'il y avait là de quoi trouhler profondément les consciences chrétiennes, et aussi l'ont-elles été, le sont-elles profondément encore. L'exégèse rationaliste a été, de notre temps, la grande ouvrière du doute en matière de religion ; et je suis bien obligé d'ajouter qu'elle le sera pour aussi longtemps que nous ne l'aurons pas vaincue sur son propre terrain, qui est celui de l'érudition.

Car, faites-y bien attention, et, à ce propos, rappelez-vous l'orgueilleuse parole de Renan, que « peu de personnes ont le droit de ne pas croire au christianisme ». Il veut dire, que la grande habileté de l'exégèse rationaliste, en se hérissant de grec et d'hébreu, de sanscrit au besoin, d'archéologie et d'épigraphie, de philologie, de linguistique, d'ethnographie, aura été de porter la question de la vérité de la religion sur un terrain où peu de gens en effet pouvaient la suivre, elle et les siens, pour la discuter. « Entendez-vous le grec? ou lisez-vous couramment l'hébreu? » C'est la question que l'on pose d'abord à ceux qui s'avisent de révoquer en cloute ce qu'on appelle peutêtre un peu prématurément « les résultats de l'exégèse » ; et c'est comme si l'on nous disait que, ne sachant ni l'hébreu, ni le grec, nous n'avons donc qu'à nous incliner devant ceux qui les savent. Tandis qu'ils tiennent, eux, de leur savoir, une compétence qui le dépasse, pour ainsi parler, dans toutes les directions, notre ignorance nous interdit à nous, de les contredire, en quelque point que ce soit de leurs conclusions. Et ainsi, Messieurs, les « difficultés de croire » qui se tirent de l'exégèse, s'augmentent ou s'aggraventde tout ce que nous con sentons de prestige aux érudits qui les ont soulevées1.

i. On pourrait dire qu'à cet égard La domination intellectuelle des Orientalistes au dix-neuvième siècle a rappelé

11 en faut dire autant d'une troisième sorte de « difficultés », qui sont celles que l'on tire de la science des religions comparées, et plus particulièrement d'une comparaison souvent faite entre le christianisme et le bouddhisme.

A la vérité, Messieurs, si les difficultés ne consistaient ici que dans les quelques analogies qu'on a cru découvrir entre les enseignements ou les formes extérieures du bouddhisme et du christianisme, elles ne mériteraient pas de nous retenir plus longtemps. Ces analogies, que vous trouverez résumées dans les livres de MM. de Bunsen et Seydel : The Angel Messiah of Buddhists, Essaies and Christlans ; et Bas Evangelium von Jesu in seinen Verhaeltnissen mit Buddha-Saga und Badda-Lehre, sont assez superficielles K II

celle des Humanistes des quinzième et seizième siècles. « Entendez-vous le latin ? demande Sganarelle à Géronte.

— En aucune façon.

— Vous n'entendez pas le latin?

— Non !

— Cabricias, arci, thuram, catalamus, singulariler, nominativo, Itaec Musa. »

Nos érudits m'ont plus d'une fois rappelé ce dialogue du Médecin malgré lui. Ils abusent contre nous d'un pouvoir que nous ne pouvons pas contrôler, et comme Géronte, ou plutôt comme tous les hommes, nous nous sentons pénétrés d'admiration et de confiance. « Ah ! que n'ai-je étudié ! » disons-nous avec lui, et, avec Jacqueline : « L'habile homme que voilà ! » Mais, de ce que l'on sait le syriaque ou le tamoul, que suit-il? Tout simplement, je pense, que l'on sait donc le syriaque ou le tamoul, et rien de plus, ni rien d'autre. Telle n'est pas l'opinion de nos orientalistes.

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