XXXVI INTRODUCTION
lonies faisaient à l'endroit de l'Angleterre l'office d'une meule de moulin au cou d'un homme jeté à la mer. (1)
C'était là un mouvement anormal, presque inexplicable. Aussi suffit-il d'un peu d'ejB^ort pour l'enrayer et provoquer une réaction. Le Greater Britain de sir Charles Dilke parut en temps opportun (1875) pour ramener l'Angleterre à une plus juste appréciation de ses intérêts. Cet ouvrage prouvait à quel point la grandeur de l'Empire dépendait de ses colonies, et combien les traditions impératives du passé commandaient l'expansion de sa puissance maritime et la pi^ence du drapeau sur tous les océans. La conception d'une Angleterre agrandie, étendant son influence sur l'univers, prit un essor encore plus puissant, le jour où Froude, l'historien, et Seeley, le publiciste, entrèrent résolument en scène. Quel élan ces deux hommes ne réussirent-ils pas à lui imprimer! Quelle superbes visions de domination et de prestige mondial, dans VOceana de Froude ! L'orgueil anglais se complaît dans ces descriptions ; il y trouve l'éclatante démonstration de sa supériorité sur les nations voisines. Avec Seeley, le dessein reste le même ; mais les raisons de l'atteindre sont différentes. A son point de vue, c'est une mission que la Grande-Bretagne est appelée à remplir envers l'humanité. Il est dans sa destinée de remplacer l'empire romain comme puissance, et, de plus, de porter sous tous les cieux la civilisation anglo-saxonne. Instaurer partout le panbritannisme prend aux yeux de M. Seeley et de ses adeptes l'importance d'un dogme.
(1) D'Israëli, à lord Malmesbury. "Thèse wretched colonies will ail be independent in a few years, and are a millstone around our neck, " 1852.