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LXXVIII SOUVENIRS

Les premières années du parlement provincial avaient été douces, paisibles et heureuses pour M. Chauveau et le» membres de son gouvernement. M. Chauveau conduisait la barque ministérielle comme un bon berger conduit son troupeau en jouant du chalumeau, et M. Joly, le chef de l'opposition, était un véritable chevalier du moyen âge. Ils se combattaient en se couvrant de fleur» et se hâtaient de panser les blessures légères faites par leurs lances bienveillantes.

Lorsque, après les élections générales de 1871, la session s'ouvrit, parmi les nouveaux députés, celui qui attirait le plus l'attention publique était Laurier. Il venait d'être élu par une grande majorité dans le comté de Drummond-Arthabaska. C'était le premier battement d'ailes de la victoire qui devait pendant quarante ans lui être si fidèle.

On avait hâte, à Québec surtout, la ville curieuse par excellence, de le voir et de l'entendre. On s'attendait à un début brillant, à quelque chose de nouveau.

Parlerait-il sur l'adresse ? C'est la question qu'on se posait partout.

Il parla et on s'en souvient, on en parle encore dans la vieille capitale et ailleurs. Ce fut un charme, un éblouissement, une grande fête littéraire et oratoire. Les députés qui avaient proposé l'adresse et le premier ministre s'étaient mutuellement félicités dans les termes les plus flatteurs, et avaient fait de la situation de la province le tableau le plus attrayant.

Le discours de Laurier éclata comme une bombe au mi-

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