SOUVENIRS LXXXVII
voyé ses ministres fournit à Laurier l'occasion de faire un discours puissant en faveur de l'autonomie provinciale. Il s'appliqua à démontrer que l'acte de Letellier était peutêtre imprudent, mais qu'il n'en était pas moins constitutionnel et qu'à tout événement sa destitution par le parlement fédéral serait un coup fatal porté à l'indépendance des provinces, et ferait des lieutenants-gouverneurs des serviteurs du gouvernement fédéral.
Mais ce furent encore les troubles du Nord-Ouest qui inspirèrent les plus beaux accents de son éloquence.
Des bords de la Saskatchewan comme des rives de la rivière Rou^e s'élevaient depuis longtemps des protestations et des plaintes sérieuses contre les procédés injustes et vexatoires des agents du gouvernement t\ l'égard des Métis. Ces pauvres gens réclamaient la jouissance paisible de leurs champs que des nuées d'arpenteurs taillaient, coupaient et rognaient sans tenir compte des usages et des traditions de cette population. Ils finirent par s'impatienter, allèrent chercher Riel aux Etats-Unis et le décidèrent à venir les aider à défendre leurs droits. Après des tentatives inutiles de conciliation, des coups de feu retentirent sur les bords de la Saskatchewan et l'insurrection se propagea jusque parmi les sauvages.
Les insurgés furent écrasés, leur chef Riel fut arrêté et condamné à mourir sur Téchafaud, malgré les protestations et les prières de toute la population de la province de Québec et des hommes justes des autres provinces.
Pendant la session de 1886, l'opposition demanda compte au gouvernement de cette grande injustice et Laurier prononça le plus beau discours de sa vie.