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Discours de C.S. Cherrier, Ecr., C.R. [microform]

Au moment où dans la France, cette fille ainée de PEglise, la voix de l’Episcopat est étouffée, les organes de lopinion catholique supprimés ou menacés, un sentiment de reconnaissance doit s’élever ici de tous les cœurs jusqu’au trône du Dieu des nations pour le remercier de la liberté dont nous, descendants de la France, jouissons dans ce coin reculé du globe, et qui nous permet d’exprimer toutes nos sympathies pour les angoisses du Père commun des fidèles. Quel plus noble usage pouvons-nous faire de cette liberté et des institutions qui nous la garantissent que de protester comme nous allons le faire, au nom de la faiblesse opprimée contre l’abus de la force, au nom des titres les plus légitimes contre des tentatives de spoliation, au nom de la vérité contre une illusion produite par des paroles officielles qui ont rassuré la France et avec elle tout le monde catholique, sur le sort des Etats Pontificaux maintenant menacés de démembrement. Dans l’opinion de publicistes éclairés les motifs que l’on invoque pour justifier cette séparation conduiraient logiquement non seulement à Paffaiblissement du pouvoir temporel du Souverain Pontife, mais à son anéantissement même. Dès lors, il n’est pas étonnant que le monde catholique se soit ému à la vue des graves atteintes qui menaçaient ce pouvoir et que, partout où la pensée catholique n’a pas été étouffée, on ait vu des manifestations qui, comme celle-ci, ont un double but, celui de témoigner du dévoüment filial des catholiques pour la personne

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auguste du Saint Père et celui de proclamer leur opinion sur la nécessité et la légitimité de sa puissance temporelle.

Le temps ne me permet pas de discuter cette question du pouvoir temporel des Papes comme elle le mériterait, de démontrer que leur souveraineté repose sur les titres les plus sacrés et que dans Pétat actuel du monde, elle est essentielle à l’indépendance du Saint Siége. Du reste, la nécessité du pouvoir temporel des Papes n’a-t-elle pas été prouvée jusqu’à l'évidence, non seulement par l'Episcopat Catholique, mais encore par des écrivains laïcs éminents et des publicistes distingués, unanimes sur ce point, quoique professant d’ailleurs et sur d’autres sujets des opinions opposées. Lorsque des intelligences d’élite comme les Dupanloup, les Montalembert, les Villemain, les Thiers, etc., se sont tous accordés à défendre la puissance temporelle des Pontifes Romains et à en faire ressortir la nécessité et la salutaire influence dans des écrits remarquables par la vigueur du raisonnement, la profondeur de l’érudition, Pélévation des idées et l'énergie du style, qui oserait contester cette vérité proclamée par ces formidables athlètes de la pensée ? Parmi les défenseurs du pouvoir Papal, les uns l’ont regardé comme l’appui le plus sûr de l'Unité Catholique, d’autres ont vu dans sa destruction, non seulement l’ébranlement du monde moral, mais encore celui des bases sur lesquels repose le Droit Public Européen, dont la Souveraineté Papale forme l’un des éléments les plus essentiels. Quelques-uns enfin ont pensé, avec raison, qu’il était le rempart le plus solide de l’inviolabilité de la conscience et de lindépendance de la pensée humaine.

M. Thiers, dans un mémorable rapport qu'il fit comme membre d’une Conunission de l'Assemblée Législative, disait : “ En effet sans l’autorité du Sou- ‘° verain Pontife, PUnité Catholique se dissoudrait :

(y) “ sans cette unité, le Catholicisme périrait au milieu des sectes; et le monde moral, déjà si fortement ébranlé, serait bouleversé de fond en comble”?

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“ Mais lPUnité Catholique qui exige une certaine soumission religieuse de la part des nations chré- “ tiennes, serait inacceptable, si le Pontife qui en est le dépositaire n’était complètement indépendant, si au milieu du territoire que les siècles lui ont assi- ‘ yné, que toutes les nations lui ont maintenu, un ‘ autre Souverain, prince ou peuple, s’élevait pour lui dicter des lois. Pour le Pontificat il n’y a d’indépendance que la Souveraineté même. C’est là un ‘ intérêt de premier ordre, qui doit faire taire les intérêts particuliers des nations, comme dans un état, Pintérèt public fait taire les intérêts individuels ; et il autorisait suffisamment les puissances catholi- “ ques à rétablir Pie IX sur son Siége Pontifical.”

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Longtemps avant M. Thiers, Fleury avait dit:

Tant que Empire Romain avait subsisté il renfer- “ mait dans sa vaste étendue presque toute la Chré- “4ienté; mais depuis que l’Europe est divisée entre “ plusieurs princes indépendants les uns des autres, “ si le Pape eùt été sujet de l’un deux, il eùt été à craindre que les autres eusse"it peine à le reconnai- “tre pour père commun, et que ie+ schismes n’eussent ‘“ été fréquents : on peut donc croire que c’est par un “ effet particulier de la Providence que le Pape s’est trouvé indépendant.”

L’on voit par ces passages que l’homme d’état moderne et l'historien ecclésiastique se réunissent pour regarder l’indépendance temporelle du Pape comme la sauvegarde de l'Unité Catholique.

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Quant à l’inviolabilité de la conscience, à lindépendance de la pensée, écoutons un auteur protestant encore vivant: “ L'Eglise, dit-il, a maintenu que la “ force mavait aucune action sur le système des croy- “ ances, des espérances, des promesses religieuses,

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