Voltaire, Œuvres complètes, t. XLIII
l'idée de solidarité 57
chrétiens ! Les membres d'un même corps, les enfants d'un même père, les disciples d'un même maître, les héritiers d'un même royaume, les pierres d'un même édifice, les portions d'une même masse ! Les chrétiens! La participation d'un même esprit, d'une même rédemption et d'une même justice! Les chrétiens! Sortis du même sein, régénérés par les mêmes eaux, incorporés dans la même Église, rachetés d'un même prix, sont-ils faits pour se fuir, se faire un supplice de se voir, et ne pouvoir se souffrir les uns les autres? Toute la religion nous lie, nous unit ensemble : les sacrements auxquels nous participons, les prières publiques et les actions de grâces que nous chantons, le pain de bénédiction que nous offrons, les cérémonies du culte-que nous célébrons, les assemblées de fidèles où nous assistons, tous ces dehors ne sont que des symboles de l'union qui nous lie ensemble. Toute la religion elle-même ri est qu'une sainte société^ une communication divine de prières, de sacrifices, d' œuvres et de mérites. Tout nous rassemble, tout nous lie, tout ne fait de nos frères et de nous qu'une seule famille, qu'un corps, qu'un cœur et qu'une âme; et vous croyez aimer votre frère, et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la religion, tandis que vous rompez ceux mêmes de la société...^
Je m'arrête, Messieurs; c'est tout le sermon qu'il faudrait lire. Mais je vous demande, sur ces lignes, si vous concevez de la Solidarité une expression plus éloquente, — encore qu'il s'y môle un peu