Conférence prononcée à Porrentruy le 1" décembre
Les notes de cette conférence n'ont malheureusement pas été retrouvées dans les papiers de Ferdinand Brunetière. Nous reproduisons simplement le compte rendu qu'en a publié le Journal des Débats.
de la frontière suisse, allemande et française, a prouvé, plus encore que par ses applaudissements, par l'attention visiblement passionnée avec laquelle il suivait le conférencier, combien celui-ci avait su l'intéresser, l'instruire, le captiver.
De fait, par l'élévation, la force et l'originalité de la pensée, par la vigueur pressante et l'babileté de l'argumentation, par l'abondance et la précision de l'information, par l'espèce d'ardeur généreuse qui en inspirait tous les développements, ce discours, qui n'était pas cette fois un « discours de combat », mais un discours de paix et de conciliation, — ce discours compte parmi les plus belles « actions » oratoires de M. Brunetière ; et il serait à souhaiter que l'auteur, en l'imprimant, élargît le cercle, nécessairement un peu étroit, de ses premiers auditeurs.
M. Brunetière a commencé par rappeler combien cette idée de la « réunion » était chère à Léon XllI et à Bossuet ; et il évoque à ce propos le souvenir ému d'un entretien qu'il eut en 1900 sur cette question avec le Pape défunt, à l'occasion précisément d'un discours qu'il avait prononcé au Vatican sur la « modernité » du grand évoque français. D'autres témoignages empruntés à Newman, à Pusey, à Dœllinger, à M. Ernest Navillc, à une bien curieuse lettre, enfin, que l'orateur venait de recevoir de Lyon^, lui servent alors
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à prouver combien l'idée a fait Je chemin durant ces dernières années, même dans les milieux protestants.
Ce n'est pas d'ailleurs que M. Brunelière se dissimule la gravité des obstacles qui, longtemps encore sans doute, s'opposeront au rapprochement souhaité. Ces obstacles sont, d'après lui, de trois sortes. Ils se rapportent, les uns à la différence d'éducation intellectuelle et morale que la Réforme, depuis plus de trois siècles, a mise entre protestants et catholiques ; les autres, à la tendance jalousement nationale, et môme « nationaliste », qu'affectent certaines communions chrétiennes ; les autres , enfin , aux divergences propi'ement dogmatiques. Mais ces divergences doctrinales, il faut aussi le reconnaître, ont diminué de siècle en siècle et de génération en génération. A l'heure actuelle, elles ne portent guère que sur deux points : la question de l'Eucharistie et, surtout, celle de l'Église. Et. à ce propos, M. Brunetière esquisse une très originale et profonde théorie, — qu'il reprendra sans doute quelque jour avec tous les développements qu'elle comporte^ — et qui, fondée tout entière sur les rapports de date qui existent entre les Evangiles et les Épîtres de saint Paul, établit l'antériorité historique de l'Église sur l'Évangile, et ruine quelques-unes des objections les plus
graves que les protestants ont adressées à leurs adversaires.
Sur quoi, cependant, M. Brunetière fonde-t-il le plus d'espérances pour opérer ou pour hâter la réunion? Sur ce qu'il appelle le récent avènement du christianisme social. Social, certes, le catholicisme l'a toujours été ; mais il Test devenu plus particulièrement de notre temps, en raison des circonstances oi^i il vit. Et quant au protestantisme qui, lui, ne l'a pas toujours été, il est en train de le devenir, ainsi que le prouvent des déclarations très significatives de MM. Harnack, Wilfred Monod etHerron. Or, le christianisme ne peut être ou devenir social sans tendre nécessairement à l'unité, c'est-à-dire au catholicisme. Et ce sont les nécessités de l'action sociale qui feront de mieux en mieux comprendre aux protestants la légitimité des dogmes catholiques qui leur répugnent le plus, celui de l'infaillibilité, par exemple.
Pour conclure, l'orateur ajoute que le retour à l'unité chrétienne est d'autant plus désirable que seule la religion est capable de sauver notre civilisation occidentale du naufrage dont la menacent l'invasion noire et Tinvasion jaune : ces nouveaux Barbares auront le nombre, donc la force ; ils s'assimileront notre science; nous ne leur résisterons qu'en les faisant clirétiens.
Telle est, bien imparfaitement résumée, cette