‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 118 sur 459 · SUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

SUR LA GUERRE

peuple, que je ne terrasserai ses ennemis qu'avec la massue de la raison et le glaive de la loi (1).

Qu'il me soit permis d'examiner la situation dans laquelle se trouve l'empire.

M. Brissot paraît penser que toutes les puissances de l'Europe veulent se conduire d'après la combinaison sage qu'il leur prête ; il croit que les rois et leurs agents peuvent être philosophes.

Si on eût dit avant la Révolution que le ministère français, en allant toujours d'absurdités en absurdités forcerait la liberté, vous auriez pu croire d'autres combinaisons à des hommes qui paraissaient exercés dans l'art du gouvernement. Par cela seul que la combinaison défend la guerre aux rois, leur orgueil l'ordonne. — Oui, nous l'aurons cette guerre, mais nous avons le droit de scruter la conduite des agents qui seront employés.

Il existe deux factions : l'une qui tient à tous les préjugés de l'ancienne barbarie. Ce sont ces mêmes hommes qui, en voulant figurer au commencement de la Révolution ont fait confédération entre les Saint-Priest, les Breteuil, les aristocrates de l'Europe. Ceux-là veulent la contre-révolution absolue. Examinons maintenant quel est l'autre parti à redouter. Cette faction est la plus dangereuse; c'est celle de ces hommes qui n'ont pas déguisé leur opinion, que j'ai accusés dans cette assemblée, face à face, qui ont dit que l'on pouvait faire rétrograder la Révolution, que l'on pouvait reproduire un système équivalent à celui de M. Mounier (2).

Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient comme je l'ai déjà dit, nous donner la constitution anglaise, dans l'espérance de nous donner bientôt le gouvernement de Constantinople (3).

Je veux que nous ayons la guerre; elle est indispensable.

(i) Cf. infra, discours n» 63, p. 131-132.

(2) Le système « des deux Chambres ». Cf. supra, discours nos ^^^ ^^ p. 98-101, 102-109.

(3) Cf. supra, discours n» 56, p. 120.

Nous devons avoir la guerre. Mais il fallait, avant tout, épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner.

Comment se fait-il que ces mêmes ministres n'aient pas senti qu'ils sont plus que suspects quand ils viennent nous dire que le moyen de rendre à la France sa prépondérance dans l'Europe, c'est une déclaration de guerre?

Et que pourrait dire ce pouvoir exécutif qui reproche à l'Assemblée nationale de ne pas seconder ses intentions, quand il aurait dû faire lui-même disperser les forces des émigrants?

Quand j'ai dit que je m'opposais à la guerre, j'ai voulu dire que l'Assemblée nationale, avant de s'engager par cette démarche, doit faire connaître au Roi qu'il doit déployer tout le pouvoir que la Nation lui a confié, contre ces mêmes individus dont il a disculpé les projets, et qu'il dit n'avoir été entraînés hors du royaume que par les divisions d'opinion (1)...

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