‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 222 sur 459 · INTERVENTION EN FAVEUR DE LA NOUE · texte numérisé non relu

INTERVENTION EN FAVEUR DE LA NOUE

[Vers 4 heures, Stengel et La Noue sont introduits à la barre (1). — Le Président les interroge. — Danton intervient alors pour faire respecter le droit de la défense dans la personne de La Noue. — Julien (de Toulouse) avait demandé que l'aide de camp du lieutenant-général qui se trouvait également à la barre, fut tenu de se retirer, parce qu'il avait « suggéré plusieurs réponses » à ce général.]

Danton. — (2) J'observe à l'Assemblée qu'elle doit être froide. Le citoyen qui est à la barre n'est pas décrété d'accusation ; il est demandé pour vous rendre compte de sa conduite à l'affaire d'Aix-la-Chapelle; il a le droit de se faire redire par ceux qui étaient avec lui (3), les circonstances où il s'est trouvé (4). (La Montagne murmure.) (5)

Je serai aussi inexorable que qui que ce soit contre ceux qui ont pu trahir la République; (6) mais aussi c'est à nous à être impassibles; (7) quand même le citoyen (8) serait en état (9) d'accusation, il aurait (10) le droit d'avoir un conseil (11). (Plusieurs voix : Non !)

J'observe en outre que ce n'est point ici à proprement parler un interrogatoire judiciaire. Au surplus, tout ceci doit porter sur des faits que les allégations du citoyen lieutenant-général ni celles qu'on pourrait lui suggérer ne détrui-

(t) Sur le décret d'accusation rendu contre eux, Cf. supra, p. 289.

(2) Add. Rép. fr. : « Citoyens, pourquoi ces mesures? «

(3) Mon. : (( Il a le droit de se faire dire par ceux qui commandaient avec lui... « Rép. fr. : « ... par ceux qui étaient à côté de lui. » Add. Rép. fr. : « ... et qui ont été non seulement ses compagnons d'armes mais même les porteurs de ses ordres. »

(4) Add. Mon. : « ..., ce qu'il a pu oublier, et ce qu'il croit propre à sa justification. »

(5) Mon. : « {Murmures de l'extrémité.) » Rép. fr. : « {Les murmures recommencent.) »

(6) Mon. : «... envers tous les ennemis de la patrie. » Rép. fr. : «... envers ceux qui ont trahi... »

(7) Mon. :«...; mais je serai impassible lorsqu'il s'agira de remplir les fonctions sacrées de juge; ...»

(8) Add. Mon. : «... qui est à la barre... » (g) Mon. : «... décrété... »

(10) Add. Mon. : « ... encore... »

(11) En italique dans le Moniteur.

ront jamais. (1) Rien ne dénaturera son crime, s'il est coupable (2). Plus nous nous proposons d'être sévères, plus nous devons nous montrer impassibles. (3)

Ainsi, je vous invite, citoyens, à ne pas montrer cette envie de trouver (4) des coupables. (Applaudi.) (5) 11 est de la dignité de la Convention qu'elle entende tranquillement et sans interruption le citoyen qui est à la barre, car tout homme accusé a le droit de répondre comme il le juge convenable.

[L'Assemblée passe à l'ordre du jour sur la proposition de Julien. — Le Président, annonçant qu'il a épuisé la série des questions à poser à l'inculpé, Danton reprend la parole.]

Danton. — Ces questions sont insuffisantes; il faut que les Comités fassent un rapport de l'ensemble de cette affaire, qu'ils proposent une série de questions, qu'elles soient discutées dans l'Assemblée, et ensuite on les présentera à Taccusé.

[La proposition est décrétée.] (6)

(i) Âdd. Rép. fr. : « Tout ce qu'il pourra dire ne détruira pas les faits sur lesquels est fondée l' accusation intentée contre lui, c'est-à-dire la défaite d'Aix-la-Chapelle et la surprise inopinée de nos troupes. »

(2) Mon. : « J'observe que les réponses du général ne peuvent rien changer s'il est coupable. »

(3) Rép.fr. : « Je termine en vous observant que, plus nous voulons être sévères et plus nous devons être justes. »

(4) Add. Mon. : « ... sans cesse... » — Var. Rép. fr. : « ... perpétuellement... »

(5) Add. Rép. fr. : « Les tribunaux feront leurs devoirs; nous, écoutons tranquillement les renseignements que nous donne un homme qui n'est pas encore décrété d'accusation. Soyons tranquilles, immobiles. »

(6) Ce passage n'existe que dans le Moniteur.

3l6 SUR SA CONDUITE EN BELGIQUE

D'après le Moniteur.

(Convention, samedi 30 mars 1793.)

[Après une dénonciation faite contre le député Salle (1) à propos d'une lettre où il aurait attaqué certains membres de la Convention, on décrète d'attendre la production de la lettre incriminée avant de poursuivre.

Danton demande le dépôt des réponses reçues par Salle à sa lettre.

Cette demande où les Girondins voient sans douté une attaque, provoque un violent tumulte ; plusieurs voix s'élèvent pour accuser Danton.]

Un membre du côté droit. — Je demande que Danton rende ses comptes !

DuPERRET. (2) — Qu'il nous dise à quoi il a employé les quatre millions de dépenses secrètes ?

N.... — Je demande l'exécution du décret en vertu duquel Danton devait nous rendre compte de l'état de la Belgique au moment de son départ. Il importe que nous connaissions toutes les opérations de nos commissaires dans cette partie.

[Danton peu après monte à la tribune.]

Danton. — Citoyens, vous aviez par un décret, ordonné que Camus et moi, seuls des commissaires près l'aimée de la Belgique, qui se trouvent actuellement dans la Convention, (3) rendions compte de ce que nous avions vu et fait

(i) Jean-Baptiste Salle, député de la Meurthe à la Convention, appartenait au parti Girondin.

(2) Claude-Romain-Laus Duperret, député des Bouches-du-Rhône à l'Assemblée législative et à la Convention, appartenait au parti girondin.

(3) Rép. fr.: «. ..., seuls des commissaires à l'armée de la Belgique actuellement présents à Paris,... »

dans la Belgique. (1) Le changement des circonstances, les lettres nouvelles parviennes à votre Comité de défense générale, ont rendu ce rapport moins important quant à ce qui concerne la situation des armées, puisque cette situation a changé; elles ont nécessité des mesures provisoires que vous avez décrétées. (2)

J'étais prêt et je le suis encore à m'expliquer amplement, et sur l'historique de la Belgique et surles généraux, et sur l'armée, et sur la conduite des commissaires. Il est temps que tout soit connu. (Un grand nombre de voix de toutes les parties de la salle : Oui, oui !)

Si la saine raison, si le salut de la patrie et celui de l'armée a obligé vos commissaires d'être en quelque sorte stationnaires, aujourd'hui, le temps de bannir toute espèce de politique est arrivé; il l'est d'autant plus que je m'aperçois qu'on a insinué dans l'Assemblée que les malheurs de la Belgique pouvaient avoir été plus ou moins amenés par l'influence, les fautes et même les crimes de vos commissaires. (3)

Eh bien ! je prends à cette tribune l'engagement solennel (4) de tout dire, de tout révéler, de répondre à tout. J'appellerai tous les contradicteurs possibles d'un bout de la République à l'autre; j'appellerai le Conseil exécutif, les commissaires nationaux; j'appellerai tous mes collègues en témoignage et, après cette vaste explication, quand on aura bien sondé l'abîme dans lequel on a voulu nous plonger, on reconnaîtra que ceux-là (5) qui ont travaillé la

(i) Logotach. : «... dans le cours de leur mission. » Rép. fr. : «... de ce que nous avions fait dans... « /. des Débats : «... vous rendraient un compte détaillé de leurs opérations. » Add. /. des Débats : « — Je viens obéir à votre décret. »

(2) Logotach. : « Des circonstances nouvelles annoncées par des lettres parvenues à votre Comité de sûreté générale, ont nécessité une mesure provisoire que vous avez décrétée aujourd'hui. » Rép. fr. : « ... ont nécessité la mesure provisoire que vous avez décrétée cematin. »

(3) Logotach. : «... pouvaient avoir été plus ou moins amenés par l'influence des commissaires, ou par les fautes, ou par les crimes des commissaires dans la Belgique. »

(4) Logotach., Rép. fr. : « ... sacré... »

(5) Rép. fr. : «... on reconnaîtra que ceux-là ont rempli leur devoir qui ont... >>

3l3 • SUR SA CONDUITE EN BELGIQUE

réunion, (1) qui ont demandé des renforts, qui se sont empressés de vous annoncer nos échecs pour hâter l'envoi des secours, s'ils n'obtiennent pas l'honorable fruit de leurs travaux, sont au moins bien fortement ininculpables.

Je rendrai (je pourrai me tromper sur quelques détails) les comptes qui me sont demandés; mais je puis annoncer à l'avance qu'il n'y aura unanimité dans le témoignage de vos commissaires sur les principaux objets de ces rapports.

Je demande que la séance de demain, soit consacrée à un rapport (2) préliminaire, car il y aura beaucoup de personnes à entendre, beaucoup de chefs à interroger ! (3)

On verra si nous avons manqué d'amour pour le peuple, lorsque nous n'avons pas voulu priver tout à coup l'armée des talents militaires dont elle avait besoin, dans des hommes dont cependant nous combattions les opinions politiques, ou si nous n'avons pas, au contraire, sauvé cette armée. (4)

On verra par exemple, que si nous avions donné à cette fameuse lettre qui a été lue partout, excepté dans cette enceinte, les suites que nous aurions pu lui donner dès qu'elle nous a été connue, (5) on verra (6) que si nous n'avions pas, dans cette circonstance, mis dans notre conduite la prudence que nous dictaient les événements, l'armée, dénuée de chefs, se serait repliée sur nos frontières avec un tel désordre, que l'ennemi serait entré avec elle dans nos places fortes. (7)

(i) Logotach. : «... qui ont travaillé à la réunion de la Belgique à la République... »

(2) Add. Logotach. : «... en quelque sorte... »

(3) Logotach. : « Beaucoup de citoyens doivent être entendus; il faudra que les chefs le soient. »

(4) Logotach. : « On verra que, si en faisant entendre à l'Assemblée que nous pouvions encore tirer parti de leurs talents militaires, lorsque nous combattions vigoureusement leurs projets politiques, nous n'avions pas sauvé les débris de l'armée de la Belgique. »

(5) Add. Logotach. : «... si lorsqu'elle a paru cette lettre, elle eût produit l'effet naturel qu'elle doit produire sur les représentants d'un peuple qui ne composera avec personne, pas même avec ceux qui auraient sauvé la République,... »

(6) Add. Ibid. : « ..., dis-je,... »

(7) Logotach. : « ... serait entré avec nos fuyards dans nos places fortes. »

Je ne demande ni grâce, ni indulgence. J'ai fait mon devoir dans ce moment de nouvelle révolution, comme je l'ai fait au 10 août. — Et, à cet égard, comme je viens d'entendre des hommes qui, sans doute, sans connaître les faits, mettent en avant des opinions dictées par la prévention, (1) me disent que je rende mes comptes, (2) je déclare que j'ai rendu les miens et que je suis prêt à les rendre encore. (3) Je demande que le Conseil exécutif soit consulté sur toutes les parties de ma conduite ministérielle. Qu'on me mette en opposition avec ce ci-devant ministre qui, par des réticences, a voulu jeter des soupçons sur moi. (4)

(5) J'ai fait quelques instants le sacrifice de ma réputation pour mieux payer mon contingent à la République, en ne m'occupant que de la servir. Mais j'appelle aujourd'hui sur moi toutes les explications, tous les genres d'accusation, car je suis résolu à tout dire. (6)

Ainsi, préparez-vous à être aussi francs jusque dans vos haines, et francs dans vos passions car je les attends. (7)

(i) Ihid. : « ..., mettant en avant des opinions vraies ou fausses,... >>

(2) Logotach. : « ... j'ai entendu des membres dire qu'il fallait que Danton rendit ses comptes. «

(3) Add. Ibid. : « Je demande qu'on revise les pièces, et que le Conseil exécutif vienne ici, s'il est nécessaire, pour vous faire connaître les dépenses extraordinaires qui ont eu lieu pour la deuxième révolution, ainsi que les dépenses secrètes que j'ai faites de son consentement et sous ses ordres. »

(4) Logotach. : « ... et qu'on mette en opposition avec moi, le citoyen ci-devant ministre, qui a paru vouloir faire peser des soupçons sur moi. »

(5) Add. Ibid. : « Je les ai longtemps méprisés. »

(6) Logotach. : « J'ai sacrifié beaucoup d'instants de ma réputation pour mieux payer mon contingent à la République. Mais j'appelle tous les genres d'accusation contre moi, car je suis bien résolu à tout dire à la République. » Rép. fr. : « J'ai pu dédaigner quelques temps les doutes qu'un ci-devant ministre élevait sur moi par forme de réticences ; mais enfin je les appelle sur moi tous les doutes, tous les genres d'accusation, car je suis résolu à tout dire. »

(7) Logotach. : « Ainsi, préparez-vous à vous montrer français jusque dans vos haines, à vous montrer grands jusque dans vos passions, car je les attends toutes, et je n'ai jamais qu'un but : le bonheur de la République.» Rép. fr. : « Ainsi, préparez- vous... à vous montrer aussi francs que moi, à vous montrer français jusque dans vos haines, jusque dans vos passions. «

Toutes ces discussions pourront peut-être tourner encore au profit de la chose publique.

Nos maux viennent de nos divisions; eh bien! connaissons nous tous. Car, comment se fait-il qu'une portion des représentants du peuple traite l'autre de conjurés? que ceux-ci accusent les premiers de vouloir les faire massacrer? (1) Il a été un temps pour les passions; elles sont malheureusement dans l'ordre de la nature; mais il faut enfin que tout s'explique, que tout le monde se juge et se reconnaisse. (2)

Le peuple, il faut le dire, ne sait plus où reposer sa confiance. Faites donc que l'on sache si vous êtes un composé de deux partis, une assemblée d'hommes travaillés de soupçons respectifs, ou si vous tendez tous au salut de la patrie. (3)

Voulez-vous la réunion? — Concourez d'un commun accord aux mesures sévères et fermes que réclame le peuple indigné des trahisons dont il a été si longtemps victime. Instruisez, armez les citoyens; ce n'est pas assez d'avoir des armées aux frontières, il faut, au sein de la République, une colonne centrale, (4) qui fasse front aux ennemis du dedans, pour reporter ensuite la guerre au dehors. (On applaudit.)

(i) Logotach. : « Connaissons-nous donc, car comment se fait-il que nous paraissions effectivemerit conjurés contre la liberté? Les uns disent que nous voulons un roi, les autres que nous voulons les faire massacrer. »

(2) Ibid. : « Citoyens ! il a pu être un instant, où nous devions mettre de côté toutes ces imputations ; mais il est malheureusement trop vrai qu'il faut que tout s'explique et se connaisse. » Rép. fr. : « On a pu mettre longtemps tous ces soupçons de côté ; mais ils ne doivent plus subsister. »

(3) Logotach. : « Il faut que l'on sache si nous sommes véritablement deux partis ennemis, ou si nous n'avons été jusqu'ici qu'un composé d'hommes tourmentés par des soupçons respectifs. »

(4) De tout le discours, du contexte et des différents journaux, il résulte que Danton propose la formation d'une armée de réserve centrale (idée qu'on retrouve dans le discours du surlendemain, lorsqu'il propose la formation d'un camp près de Paris). Le rédacteur du Logotachigraphe ,GmTa.ut, dont l'intelligence est souvent assez courte, croit que la colonne dont il s'agit est la Convention nationale elle-même.

Non seulement je répondrai catégoriquement aux inculpations qui m'ont été et me seront faites ici, dans cette Assemblée qui a l'univers (1) pour galerie, mais je dirai tout ce que je sais sur les opérations de la Belgique, persuadé que la connaissance appronfondie du mal peut seule nous en faire découvrir le remède. (2)

Ainsi, s'il est un seul d'entre vous qui ait le moindre soupçon sur ma conduite, comme ministre; s'il [en] est un seul qui désire des comptes itératifs, lorsque déjà toutes les pièces sont (3) déposées dans vos Comités; s'il en est un seul qui ait des soupçonç sur mon administration, relativement aux dépenses secrètes de Révolution, qu'il monte demain à la tribune, (4) que tout se découvre, que (5) tout soit mis à nu, et, libres de défiances, nous passerons ensuite à l'examen de notre situation politique.

Ces défiances, quand on veut se rapprocher, sont-elles donc si difficiles à faire disparaître? (6) Je le dis (7) : il s'e.n faut qu'il y ait dans cette Assemblée les conspirations qu'on se prête (8). Trop longtemps, il est vrai, un amour mutuel de vengeance, inspiré par les préventions, a retardé la marche de la Convention et diminué son énergie en la divisant souvent. Telle opinion forte (9) a été repoussée par tel ou tel côté, par cela seul qu'elle ne lui appartenait pas. (10) Qu'enfin donc, le danger vous rallie ! Songez que vous vous

(i) Logotach. : « ... qui a presque l'univers... »

(2) Ibid. : «... j'expliquerai tout, car il est un instant où la connaissance approfondie du mal... »

(3) Add. Logotach. : « ... entre les mains de Cambon et... »

(4) Logotach. : «... qu'il articule les faits contre moi demain... » Add. Rép. fr. : « ...qu'il se lève demain comme comptable, qu'il se lève demain, comme au Conseil ordonnateur des dépenses secrètes, qu'il se lève demain;... «

(5) Add. Logotach. : «... demain... »

(6) Add. Logotach. : « Je le sais;... »

(7) Add. Ibid. : « ... à la France : ... »

(8) Add. Ibid. :« ... et dans Paris, dans les départements, toute cette foule de conspirations et le désir de la ruine publique qu'on suppose. »

(9) Add. Ibid. : « ..., bonne en elle-même,... »

(10) Rép. fr. : « On s'acharne contre une idée parce qu'elle ne nous appartient pas. Add. Mais aujourd'hui, il faut que tout soit à jour. »

trouvez dans la crise la plus terrible (1) : vous avez une armée entièrement désorganisée et c'est la plus importante, car d'elle dépendait le salut public, si le vaste projet de ruiner en Hollande le commerce de l'Angleterre eût réussi. (2) Il faut connaître ceux qui peuvent avoir trempé dans la conspiration qui a fait manquer ce projet; (3) les têtes de ceux qui ont influé, soit comme généraux, soit comme représentants du peuple sur le sort de cette armée, (4) ces têtes doivent tomber les premières (5). (Des applaudissements et des cris : Oui ! Oui ! Oui ! s'élèvent à la fois dans toutes les parties de V Assemblée.)

D'accord sur les bases de la conduite que nous devons tenir, nous le serons facilement sur les résultats. Interrogeons, (7) entendons, comparons, tirons la vérité du chaos (6), alors nous saurons distinguer ce qui appartient aux passions et ce qui est le fruit des erreurs; nous connaîtrons où a été la véritable politique nationale, l'amour de son pays, (8) et l'on ne dira plus qu'un tel est un ambitieux, un usurpateur parce qu'il a un tempérament plus chaud et des formes plus robustes. (9)

Non, la France ne sera pas réasservie. Elle pourra être ébranlée, mais le peuple, comme le Jupiter de l'Olympe,

(i) Logotach. : «... songez que la plus terrible crise est arrivée. »

(2) Ibid. :«... si elle eût consommé le grand projet d'invasion de la Hollande qui ruinait le commerce de l'Angleterre. »

(3) Add. Ibid. : « ... il faut qu'on punisse tous ceux qui ont pu coopérer à cette désorganisation. (Applaudissements.) Que nul ne soit épargné;... »

(4) Add. Logotach. : « ... (je déclare que la mienne sautera la première si elle est coupable)... »

(5) Add. Ibid.-.o. ...si elles sont coupables. » — Var. Rép. fr. : « ... toutes doivent tomber, s'il en est parmi eux de coupables. »

(6) Add. Logotach. : « .... demandons... »

(7) Add. Ibid. : «... obscur ... »

(8) Logotach. : « Vous saurez distinguer là où est véritablement la politique nationale et le véritable amour de son pays. » Rép. fr. : «... où était l'amour de la patrie... »

(9) Logotach. : « On dit que les hommes à qui la nature a donné un tempérament plus impétueux ou des formes plus robustes veulent devenir des tyrans et tout asservir... »

d'un seule signe, fera rentrer dans le néant tous les ennemis. (1) (On applaudit.)

Je demande que demain (2), le Conseil exécutif nous fasse un rapport préliminaire; (3) je demande à m'expliquer ensuite, car le peuple doit être instruit de tout. Les nouvelles reçues hier des armées transpirent déjà. (4) C'est en soulevant petit à petit le voile, c'est en renonçant aux palliatifs que nous préviendrons l'explosion que pourrait produire l'excès de mécontentement (5).

Je demande que le Conseil exécutif, pièces en main, nous rende compte des rapports de ses différents agents. (6) Que la vérité colore le civisme et le courage ; que nous ayons encore l'espoir de sauver la République, et de ramener à un centre commun (7) ceux qui se sont un moment laissés égarer par leurs passions (8).

Citoyens, nous n'avons pas un instant à perdre. L'Europe entière pousse fortement la conspiration. (9) Vous voyez que ceux-là (10), qui ont prêché plus persévéramment (11) la

(i) Ibid. :« Asservir la République ! Elle pourra bien être ébranlée, mais le peuple, comme le Jupiter de l'Olympe, d'un seul signe, fera rentrer tous ces ambitieux dans le néant. » Rép. fr. :« ... fera rentrer dans le néant ses téméraires ennemis. » Merc. un. : «... il les ferait rentrer dans la poussière. »

(2) Add. Logotach. : « ... la Convention décrète que Camus rendra compte... {Interrompu par ces mots : Il est parti !) — Je demande que... »

(3) Logotach. : «... que le pouvoir exécutif soit tenu de faire un rapport demain, sur l'affaire de la Belgique, rapport qui ne sera que préliminaire;... »

(4) Ibid. : « Les dernières dépêches arrivées de Belgique ont déjà transpiré. »

(5) Ibid. : « ... il peut y avoir une très grande fermentation, et c'est en commençant à soulever le rideau qu'on pourra empêcher des excès, Add. qu'il est prudent de prévenir ou de redouter. »

(6) Add. Logotach. : « Je m'expliquerai en détail, et je dirai ce que je vous ai déjà dit. «

(7) Add. Ibid. : « ... d'unité et d'énergie,... »

(8) Logotach. : « Sûr que la vérité pourra colorer ce que je dirai, je dirai la vérité, ayant encore l'espoir de servir mon pays et de ramener à un centre d'unité et d'énergie, tous ceux qui sont égarés par les passions, ou qui se sont laissé égarer Add. par des insinuations perfides. »

(9) Logotach., Rép. fr. : «... conjuration. »

(10) Logotach. : «... ceux-mêmes, ... »

(11) Logotach. : « ... vigoureusement ... »

nécessité du recrutement qui s'opère enfin pour le salut de la République, que ceux qui (1) ont demandé le Tribunal révolutionnaire, que ceux qui ont provoqué l'envoi des commissaires dans les départements pour y souffler l'esprit public, sont présentés presque comme des conspirateurs. (2) On se plaint (3) de misérables détails? (4) Et des corps administratifs (5) n'ont-ils pas demandé ma tête ? — Ma tête !... (6) elle est encore là, elle y restera ! (7) Que chacun emploie celle qu'il a reçue de la nature, (8) non pour servir de petites passions, mais pour servir la République. (On applaudit.)

Je somme celui qui pourrait me supposer des projets d'ambition de dilapidation, de forfaiture quelconque, de s'expliquer demain franchement sur ces soupçons, sous peine d'être réputé (9) calomniateur. (10)

Cependant, je vous en atteste tous, dès le commencement de la Révolution, j'ai été peint sous les couleurs les plus odieuses. (11)

(i)Add. Logotach.'.K ..., pour sanction de ceux qui corrompent tout Paris,... »

(2) Logotach.:« ...que ceux qui ont demandé que des commissaires se répandissent dans tous les départements, y soufflassent de nouveau l'esprit de la liberté, et portassent de nouveaux secours aux départements; vous voyez que ceux-là vous ont été représentés presque comme des conspirateurs. »

(3) Add. Logotach. : «... ici... »

(4) Add. Ibid. : « — Et moi aussi ! — »

(5) Logotach., Rép. fr. : «... des adresses de départements... »

(6) Points de suspension dans le texte.

(7) Add. Logotach. : « {Applaudissements.) »

(8) Logotach. : « Que chacun se serve des moyens qu'il a reçus de la nature... »

(9) Add. Ibid. : «... un vil... »

(10) Logotach. : « Demain donc, je somme tout citoyen qui aura quelque inculpation à me faire, qui a pu croire à un projet quelconque funeste à la République, à un projet de dilapidation, à un projet quelconque désastreux, émané de moi, de s'expliquer franchement devant vous, sous peine d'être regardé comme un vil calomniateur. »

(11) Rép. fr. :«..., j'ai été peint sous les plus affreuses couleurs...» Logotach. : « Pendant le cours de l'autre Révolution, j'ai été peint sous des couleurs affreuses, sous lesquelles on me présente aujourd'hui. » Add. Rép. fr. : « Je n'ai jamais fait un trait de plume pour ma justification. » — Var. Logotach. : « Je n'ai jamais employé... »

Je suis resté inébranlable; (1) j'ai marché à pas fermes vers la liberté. (2) On verra qui touchera au terme où le peuple arrivera, après avoir écrasé tous les ennemis. (3) Mais puisque aujourd'hui l'union, et par conséquent une confiance réciproque nous est nécessaire, (4) je demande (5) à entrer, après le rapport du Conseil exécutif, dans toutes les explications qu'on jugera. (6)

(Danton descend de la tribune au bruit des applaudissements d'une partie de V Assemblée et de V auditoire.)

D'après le Journal des Jacobins.

(Club des Jacobins, dimanche 31 mars 1793.)

[Desfieux annonce que trois jacobins qui ont découvert les trahisons de Dumouriez vont faire leur rapport. — Marat s'écrie : « Les dangers qui menacent la patrie sont portés à leur comble... Danton est ici. Je le somme de monter à la tribune et de déchirer le voile qui couvre les trahisons qui nous environnent (7)! » — Danton monte à la tribune.]

Danton. — Citoyens, vous qui n'êtes pas membres de la Convention, vous avez bien rempli vos devoirs en les surveillant. Je suis- votre justiciable, je suis responsable de

(i) Logotach., Rép. fr. : « ... immobile... »

(2) Add. Logotach. : « Tel encore je suis aujourd'hui. »

(3) Add. Logotach. : « On verra qui de moi ou de mes détracteurs a véritablement voulu la liberté ou le bonheur auquel le peuple touchera, malgré ses ennemis du dedans et ses ennemis extérieurs. »

(4) Add. Rép. fr. : « ... je demande que demain le Conseil exécutif nous fasse un rapport préliminaire sur les affaires de Belgique,...»

(5) Add. Ibid. : «... ensuite... »

(6) Rép. fr. : « ... qu'on exigera.»

(7) D'après le Point du Jour.

ma conduite devant les Amis de la liberté. Puisque vous m'avez sommé de vous rendre compte de ma mission, (1) je vais vous donner des explications que vous désirez. — Si je n'ai pas paru à cette tribune depuis mon retour, Marat me doit la justice de convenir que j'ai fait au Comité de défense générale un rapport circonstancié des faits, et que j'ai fmi par dire : « Il n'y a plus rien à espérer de Dumouriez; il est insolent envers le peuple, altier avec la Convention; (2) il faut le décrocher de l'armée et nous en ferons ensuite justice. »

Je suis né dans le peuple, j'en ai reçu l'éducation; j'ai étudié le cœur humain, et je déclare que je n'eus jamais confiance dans un seul noble : c'est ici la guerre du peuple contre ces scélérats. J'ai vécu avec une partie de ces hommes de la minorité de la noblesse, qui d'abord montrèrent beaucoup de courage et de philosophie; mais ils se sont relâchés dès qu'ils ont vu qu'on attaquait tous les abus dont ils profitaient. A cette place, La Fayette a été démasqué par moi, et, si l'on m'avait écouté, La Fayette, après le départ du Roi, eût payé de sa tête sa trahison. (3)

L'ambition de Dumouriez est de jouer un grand rôle dans le ministère; il a eu l'art de ménager l'un et l'autre parti, et sa conduite a prouvé qu'il voulait une première place, quel que fût le système qui prévalût. L'intérêt de la République me détermina à épuiser les moyens de ramener cet homme aux bons principes. J'eus des rapprochements avec Dumouriez, je le dis; je flattai d'abord son ambition, Dumouriez nous servit par ses vices. J'ai fait son éloge dans un moment où il pouvait perdre toute notre armée.

Entré dans la Belgique, il débuta par pervertir l'opinion en répandant des écrits empoisonnés. Le parti de Roland, le parti de Brissot peignaient les Jacobins de Paris comme des scélérats, comme des buveurs de sang.

Dumouriez se crut bientôt au-dessus de la Convention,

(i) Cf. Aulard, Recueil des Actes du Comité de salut public, t. I, p. 283, et t. II, p. 364.

(2) P. du Jour. : « ... insolent envers la Convention...»

(3) Cf. supra, p.

parce qu'il correspondait avec des hommes qui lui présentèrent la Convention comme influencée par des scélérats. J'étais moi-même l'objet de leurs calomnies. Moi qui n'ai jamais eu d'autre ambition que celle de défendre la cause du peuple, on prétendait que j'aspirais à la dictature.

Nous étions obligés de mettre beaucoup de circonspection dans notre conduite. Lorsque Dumouriez fut maître de la Belgique, il manifesta le désir d'être le payeur de l'armée. Dans les conférences que nous eûmes avec lui, nous lui représentâmes plusieurs fois qu'il ne devait point avoir de système, qu'il n'était que le bras de la République.

Le peuple belge est à la hauteur de la Révolution, il est digne de la liberté. Tout ce qui n'est point attaché aux corporations des prêtres et des nobles veut sincèrement la liberté.

Dumouriez revint à Paris; vous savez la conduite qu'il y tint. Tour à tour, il donna l'espérance qu'il reparaîtrait parmi nous. Des vérités fortes, prononcées contre lui, l'aigrirent; la faction de Roland l'entraîna. Longtemps il avait demandé au Conseil exécutif de l'autoriser à entrer en Hollande. Observez que tout était concerté pour qu'il manquât son expédition.

Miranda avait fait le siège de Maëstricht, sans avoir des boulets de calibre, sans avoir des munitions suffisantes; aussi fut-il obligé de lever le siège. Miranda écrivait à Dumouriez que l'échec n'était rien, qu'il pourrait continuer son expédition, et qu'il répondait de tous les événements.

C'est alors que j'arrivai dans la Belgique, c'est alors que Dumouriez écrivit cette lettre (1) dont la lecture n'a pas été publique; quand on lut cette lettre au Comité de défense générale, tout le monde était d'avis de décréter d'accusation ce général contre-révolutionnaire. Nous proposâmes d'essayer la persuasion, nous promîmes d'apporter sa rétractation ou de demander nous-mêmes le décret d'accusation contre lui. Le Comité adopta nos vues (2); nous partîmes. Arrivés dans la Belgique, nous nous portâmes aux postes les

(i) Âdd. Abrev. un. : « ... en date du 12 mars... » (2) Abrev. un. : « ... accéda à nos vues... »

plus avancés. Nous ralliâmes nous-mêmes les bataillons de i'armée; nous passâmes la soirée avec Dumouriez; nous trouvâmes en lui un homme anéanti.

Tout ce qu'il y a de plus insolent contre le peuple et la Convention, il le proféra. Nous lui déclarâmes que nous allions en rendre compte à la Convention.

Après lui avoir fait envisager sa chute certaine, nous lui dîmes que nous allions le faire arrêter, au risque de passer pour des désorganisateurs, s'il n'écrivait pas pour prier la Convention de regarder sa première lettre comme non-avenue et de l'ensevelir dans l'oubli; il nous promit satisfaction.

Figurez-vous ce que sont les commissaires de la Convention. Quand nous parlions aux soldats de la République, nous étions écoutés avec tout l'intérêt et la vénération qui naissent du vrai patriotisme; à cinquante pas de là, nous passions pour des secrétaires des généraux.

J'ai été tenté plusieurs fois de faire arrêter Dumouriez, mais je me suis dit : si je tente ce grand coup, et que l'ennemi prévenu de la disparition du général vienne à en profiter, je serai en butte aux reproches, et peut-être soupçonné. Je vous le demande, citoyens, qu'eussiez-vous fait à ma place? (1)

Cet homme, qui a trahi la cause du peuple, nous l'avons trouvé, combattant lui-même et s'exposant à la tête de ses bataillons; cet homme singulier a encore la rage militaire. Nous étions fort indécis sur le parti qu'il convenait de prendre. Si vous aviez été à notre place, vous eussiez fait comme nous. Nous voulions une résolution du Comité; le Comité en a pris une.

Je désire maintenant que cette affaire s'éclaircisse, pour confondre les scélérats qui voudraient faire retomber sur les commissaires la désorganisation actuelle. — Voilà quelle a été ma mission.

J'interpelle les commissaires du pouvoir exécutif de

(i) P. du Jour : « Je n'ai pas cru devoir prendre sur moi de le mettre en état d'arrestation; la position était délicate... et je vous demande, citoyens, ce que vous auriez fait à ma place? »

déclarer si je n'ai pas déployé le zèle le plus ardent et le plus efTicace pour opérer une réunion contre laquelle Dumouriez s'élevait constamment.

Avant de me rendre à Paris, j'ai dit que je partais pour rendre un compte sévère de tous les faits; j'ai dit, avant tout, que c'était pour demander la peine de mort contre les généraux qui s'immisceraient dans les opérations politiques.

J'ai reconnu le projet perfide d'une faction criminelle; elle aurait voulu diviser la Montagne, mais la Montagne est indivisible, comme les Jacobins et la République. (Applaudi.)

(1) La France est bien loin d'avoir perdu sa force; il faut combattre nos ennemis intérieurs, il faut que les résolutions fortes partent des Jacobins. Toutes les sociétés populaires sont aujourd'hui au dernier degré d'ébullition. Oui, il faut nous lever, et voici comment.

Il nous faut une armée centrale qui raffermisse nos frères qui sont aux frontières; cette armée doit se composer indépendamment du recrutement général. C'est ensuite à nous, Jacobins, à faire un appel à tous les bons citoyens de se rendre au milieu de nous. Qu'un camp de cinquante mille homrnes se forme. Nous devons annoncer à l'univers que Paris sera toujours le centre de la liberté, ou que Paris périra !

Les ennemis n'entreront à Paris qu'à travers un monceau de cendres; et de ma main, secondé par tous les bons citoyens, j'y mettrai le feu plutôt que de le livrer aux Autrichiens. (Applaudi.)

Point de dissolution de la Convention, mais que les sociétés populaires disent au peuple : « On ne peut représenter la nation française que lorsqu'on a eu le courage de dire : il faut tuer un roi. » Demandons tous que ceux qui se sont montrés assez pusillanimes ou assez pervers pour ne pas augmenter la liste de ceux qui ont voté la mort du

(i) Républicain. : « Danton jette ses regards sur les ressources de la République; elle en a encore de grandes, dit-il, Add. et que nous importe que la statue de la liberté soit couverte de haillons pourvu qu'elle conserve sa beauté et la vigueur de ses forces. »

dernier des tyrans, qu'ils s'écrient, ce sont des lâches î (1) (Applaudissements.)

Ici, nous ne voulons rien qu'en vertu de la raison et de la loi. Si les départements nous secondent, si les adresses arrivent de toutes parts, nous nous serrerons dans la Convention, et, forts de l'opinion publique qui nous bloquera de toutes parts, nous emporterons ce décret qui nous délivrera des hommes qui n'ont pas su défendre le peuple.

La Convention est infectée d'anciens constituants et d'aristocrates; tâchons qu'elle se purge sans déchirements. La France entière fera justice, quand nous aurons épuisé tous les moyens de l'opinion publique.

Tâchons que cette armée centrale puisse devenir assez nombreuse pour se porter de Paris aux frontières. Puisque nous avons perdu l'illusion de la conquête de la Belgique, (2) faisons de la France un camp retranché et impénétrable : exerçons-nous au maniement des armes; nos ennemis se consumeront, s'anéantiront par leur seule force d'inertie.

Employons contre nos ennemis intérieurs des mesures fortes; ayons soin surtout que le Tribunal révolutionnaire ne tourne pas au détriment de la chose publique. (3) Disons à nos ennemis : « Nous voulons bien encore nous montrer sages (4) et froids; mais, si vous levez encore la tête, vous serez tous anéantis. » (Applaudissements.)

[Marat somme Danton de monter à la tribune de la Convention, et de « déciiirer le voile ».]

Danton. — '- J'en ai pris l'engagement et je le remplirai. (5)

(i) Abrev.un. : «... avouent qu'ils sont des lâches. » P. du Jour: « Demandons que tous les hommes pusillanimes ou pervers, qui n'ont pas voté, sans restriction, la mort du tyran soient chassés de la Convention : ce sont des lâches ! »

(2) P. du Jour : « Puisque l'illusion de la conquête de la Belgique s'est évanouie,... »

(3) Add. P. du Jour : « Que le tribunal révolutionnaire fasse justice des traîtres et disons aux aristocrates,... »

(4) Ibid. : a ... bons... »

(5) Add. P. du Jour : «... avec la fermeté que j'ai montrée jusqu'à ce jour. »

D'après le Logotachigraphe (i).

(Convention, lundi 1''^ avril 1793.)

[Danton vient d'arriver de Belgique. Il a vu la trahison de Dumouriez, la défaite de l'armée, et sent plus que jamais le besoin d'union qui s'impose à la Convention et à la France. Il veut, selon son mot, tendre à droite et à gauche « l'olivier de paix ». Une violente attaque de Lasource, greffée sur une interpellation de Penières (2), brise ses espérances. La veille au soir, il a pris l'engagement, aux Jacobins, de « déchire le voile ». Bouleversé de ce qu'il a vu à la frontière, aigri par la mort de sa femme, par les attaques haineuses dont il est l'objet, il déclare la guerre à la Gironde.]

Danton. — Je commence par bien préciser l'interpellation qui m'est faite (3). Elle se réduit à ceci : « Vous aviez dit, Danton, que, si vous et Lacroix (4) vous ne parveniez pas à faire rétracter par Dumouriez la (5) première lettre (6)

(i) Nous avons emprunté le texte du premier discours au Logotachigraphe. Nous nous sommes servis du Moniteur pour le second, jusqu'au grand résumé fait par Danton, de sa justification. Le Logotachigraphe seul donne ce résumé, et c'est à lui par conséquent que nous nous sommes adressés. — On comprend aisément que Guiraut, fatigué par le travail accablant d'une longue séance, ait pris moins correctement le second discours, et l'on sent très bien, en lisant son compte-rendu, tout le parti qu'il tire des incidents de séance (dont il ne parle pas) pour mettre ses notes en ordre. — A part les variantes indiquées, les textes du Moniteur et du Républicain français, sont identiques.

(2) Jean-Augustin Pénières-Delzors, député de la Corrèze à la Convention, membre du parti girondin.

(3) Add. Rép. fr. : « ... par Penières... »

(4) Delacroix.

(5) Lire probablemant sa.

(6) Il s'agit de la fameuse lettre du 12 msurs.

en lui en faisant écrire une seconde qui détruisit l'effet de la première, vous viendriez demander un décret d'accusation contre lui, et cependant vous ne l'avez pas demandé. (1)»

Voilà bien, je crois, la manière dont je suis interpellé. Eh bien! je vais donner des éclaircissements positifs.

D'abord, j'ai fait ce que j'avais vigoureusement annoncé. (2) La Convention a reçu une lettre par laquelle Dumouriez demandait qu'il ne fût pas fait lecture de sa première, jusqu'à ce qu'il eût envoyé des renseignements plus exacts, d'après une conférence qu'il devait avoir avec les commissaires de la Belgique. (3) A cet égard, j 'en appelle à la mémoire de l'Assemblée.

(i) Mon. : « Cette lettre n'ayant point eu lieu, pourquoi n'avez-vous pas tenu votre promesse? »

(2) Tous les autres journaux impriment : « D'abord j'ai fait rigoureusement ce que j'avais annoncé », qui paraît être le véritable texte.

(3) Rép, fr., J. des Débats : « Dumouriez a écrit une lettre par laquelle il demandait qu'on ne prononçât pas sur sa conduite avant qu'il ait pu avoir une explication avec les commissaires de la Convention. » Mon. : « La Convention a reçu une lettre par laquelle Dumouriez demandait qu'il ne fût fait de rapport sur sa première qu'après que la Convention aurait entendu les renseignements que devaient lui donner ses commissaires. »

Voilà comment les Commissaires rapportent la chose dans leur Rapport à la Convention, i'"^ partie, p. 144 : « La sixième entrevue se passa comme on l'a déjà dit, le 20 mars entre Delacroix et Danton d'une part et Dumouriez de l'autre. C'était à la suite d'un combat, dans lequel celui-ci, loin de réparer les pertes de la journée de Nerwinde, en avait essuyé de nouvelles. Delacroix et Danton lui représentèrent ses torts envers la Convention nationale, lui firent sentir la nécessité de les réparer, et l'assurèrent que, s'ils ne se hâtait de le faire, ils ne pourraient pas se dispenser de prendre contre lui, de concert avec leurs collègues réunis à Bruxelles, les mesures que leur prescrivait le caractère dont ils étaient revêtus.

Après beaucoup de débats Dumouriez parut se rendre et il écrivit à la Convention nationale une lettre qui, sans être décissive sur ses dispositions, paraissait néanmoins un acheminement à une rétractation absolue. Cette lettre était ainsi conçue :

« Citoyen président, j'ai appris que la Convention a renvoyé à son Comité de défense générale, ma lettre en date du 12 de ce mois, qui contient des opinions et des mesures que je crois indispensables pour le salut de nos frères et de l'armée de la Belgique. Comme les circonstances nouvelles où je me trouve peuvent amener des modifications ^ans les mesures que je proposais, et qu'il est nécessaire que je confère

CONVENTION, I^r AVRIL I793 333

Il y a plus (1) : cette lettre ne nous avait point satisfaits, nous, commissaires. Après avoir conféré nous-mêmes avec Dumouriez, après l'avoir trouvé à la tête de l'armée, avoir été avec lui au feu de Nerwinden, être revenus conférer avec lui à Louvain, nous acquîmes la conviction qu'il n'y avait plus rien à attendre de Dumouriez (2) pour la République.

Et voici ce que je fis en arrivant. Il est très vrai que je ne suis pas allé à la Convention le jour même. Arrivé à neuf heures du soir (3), je ne me suis pas de suite transporté au Comité, parce que j'avais couru toute la nuit; mais (4), dès que j'ai pu y aller, j'ai dit textuellement (5) que Dumouriez était devenu tellement atroce, qu'il nous avait dit (6) que la Convention n'était composée que de trois cents imbéciles, qni se laissaient conduire (7) par quatre cents brigands. (8) Je fus même présenté comme un homme qui portait tout à l'extrême sur Dumouriez. (9) J'annonçai aux membres du

avec vos commissaires, je prie la Convention de surseoir à ce rapport jusqu'à ce qu'elle ait reçu le résultat de nos conférences avec les commissaires. « Dumouriez. »

{Rapport des citoyens Delacroix, Gossuin, Danton, Merlin de Douai, Treilhard, Robert, membres de la Convention et nommés par elle commissaires près l'armée et dans le pays de la Belgique, Liège, etc..)

(t) Rép. fr., J. des Débats : « Cependant... »

(2^ Add. /. des Débats « ... que de funeste... »

(3) Add. Rép. fr. : « ....fatigué du voyage, ignorant s'il y avait un Comité de défense générale, je ne m'y rendis pas sur-le-champ... » — Var. /. des Débats : « ... ignorant si le Comité de défense générale était assemblé... »

(4) Add. Rép. fr. : « ... le lendemain, j'interpelle ceux qui y étaient... «

(5) Rép. fr. : « ... formellement... »

(6) Ibid. : «... qu'il avait osé dire... »

(7) Ibid. : «... mener... «

(8) « La France est un peuple de fous, d'enragés, conduits par des brigands auxquels les assassinats ne coûtent rien. Il faut de force ou de gré, que cela finisse, que les honnêtes gens se rallient, autrement tout est possible et la France est perdue. » Le dire d'un homme en place, note de Goguet, lieutenant-colonel de volontaires, commandant temporaire à Bruxelles transmise par Delacroix à Danton, imprimée dans le Rapport des citoyens Delacroix Gossuins Danton, etc., pp. 149-15 1, et relatant une série de propos tenus par Dumouriez.

(9) Ibid., J . des Débats : « Je fus regardé au Comité comme un homme extrême, comme exagéré contre Dumouriez. »

Comité de défense générale, qu'il fallait que je m'expliquasse. (1) Je demandai que tout fut dévoilé et je l'ai encore demandé dernièrement à l'Assemblée; ainsi, aucun de ceux qui se sont trouvés présents aux faits principaux que j'ai présentés au Comité (2), n'a pu méconnaître que j'étais dans l'opinion qu'il fallait arracher Dumouriez à l'armée, le faire juger et frapper si l'on acquérait la conviction de tous ses crimes. (3)

Ce fait et son éclaircissement ne me suffisent pas; il importe à la vérité plus qu'à moi-même, que la Convention et la Nation saisissent bien le point de la conduite que nous avons tenue à l'égard de Dumouriez. (4)

Qu' a voulu D umouriez ? — Établir un système à sa manière dans la Belgique, y faire des emprunts, disposer des esprits, s'accorder avec l'aristocratie de ce pays et traiter avec elle. (5) — Qu'a voulu Dumouriez? — Point de réunion. (6) — Qui sont ceux qui ont voulu la réunion de la Belgique ? ( 7 ) — Vos commissaires (8). — Quels sont ceux que Dumouriez accuse (9)? — Vos commissaires. Vousne devez pas l'oublier; il dit textuellement: «La réunion du Hainaut et de la Belgique a été faite à coups de sabre ». — Et quels sont les auteurs de la réunion? — Ce sont vos commissaires de la Belgique (10)

(i) Ibid. : « J'ai déclaré à ce Comité que. dès le lendemain, il fallait une explication franche et décisive. »

(2) Add. Rép. fr. : « .... et le Comité était nombreux... »

(3) Rép. fr., J. des Débais : « ... avant qu'on eût acquis la conviction de tous ses crimes. »

(4) Mon. : « ... la conduite qu'ont tenue vos commissaires à l'égard de Dumouriez. « Add. Rép. fr., J. des Débats : « Mais, chose étrange ! Qui est accusé par Dumouriez? Ce sont les commissaires, partout les commissaires, et moi particulièrement. — Cependant on nous soupçonne de complicité ! — Mon. Il est étrange que ceux qui constamment ont été en opposition de principes avec lui, soient aujourd'hui accusés comme ses complices ! »

(5) Rép. fr., J. des Débats : «... et se ménager des moyens de traiter avec les aristocrates de la Belgique. »

(6) Rép. fr. : « Empêcher les réunions. »

(7) Ibid. : « Qui a demandé, qui a effectué les réunions? »

(8) Ibid. ; « Vos commissaires dans la Belgique. »

(9) Add. Rép. fr. : « ... d'atrocité... »

(10) Add. Ibid. : « ... qui l'ont faite malgré lui,... »

et moi; c'est nous que Dumouriez accuse de tous les malheurs de la Belgique; c'est nous que Dumouriez accuse d'avoir méconnu l'esprit du peuple (1); c'est nous que Dumouriez accuse d'avoir fait verser (2) le sang (3) pour opérer la réunion ; (4) et, par une fatalité assez inconcevable, on nous accuse d'avoir protégé, défendu Dumouriez ! (5)

Remarquez bien notre position (6). Dumouriez était un de ceux qui avaient le plus la confiance de l'armée. J'ai dit que Dumouriez avait conçu un très bon (7) plan d'invasion de la Hollande, et j'ai dit la vérité; si ce plan eût été exécuté (8), la vanité de Dumouriez, satisfaite à cet égard, eût pu lui épargner son crime. (9) Peut-être cependant, eût-il voulu faire tourner cette gloire (10) à son profit? (11) La République aurait(12)d'abord eu cet avantage que le crédit de l'Angleterre aurait (12) été ruiné, (13) que la conjuration (14) des rois aurait été déj ouée, et que bientôt, celui qui aurait voulu s'élever au dessus d'elle, après avoir vaincu la République

(i) Add. Ibid. : « ... belge... »

(2) Mon., Rép. fr. : « ... couler... »

(3) Add. Mon. : «... dans le Hainaut... »

(4) Delacroix, dans le discours qu'il lut à la Convention le 24 pluviôse an II, discours qu'il serait intéressant de comparer à la défense de Danton, dit : « M'auraient-ils soupçonné [les patriotes], s'ils avaient réfléchi que Dumouriez, dans sa lettre dictatoriale du 12 mars 1793, nous dénonce Danton et moi, comme ayant menti à la Convention sur la liberté des assemblées primaires dans la Belgique, comme l'ayant trompée sur l'esprit des Belges, comme ayant fait faire la réunion de la ville de Mons à coups de sabres et à coups de fusils?... »

(5) /. des Débats, Rép. fr. :«... d'avoir agi de concert avec Dumouriez.»

(6) Add. Rép. fr. : « ...; Dumouriez est le seul qui la méconnaisse. »

(7) Rép. fr., J. des Débats :« ... beau ... » Mon. : « ... superbe... »

(8) Mon., Rép. fr., J. des Débats : «... eut réussi,... »

(9) Rép. fr. J. des Débats, : «... la vanité satisfaite de Dumouriez lui eût évité beaucoup d'écarts, beaucoup de crimes. »

(10) Rép. fr. : « ... ses victoires... »

(11) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Mais toujours... » {12) Rép. fr., J. des Débats : « ... eût... »

(13) Ibid. : «... ébranlé. » Mon. : « Mais l'Angleterre n'en aurait pas été moins abaissée, Add. et la Hollande conquise... »

(14) Rép. fr. J. des Débats : « ... ligue... »

française, aurait été obligé de se soumettre à ses lois ou de périr. (1)

Remarquez bien quel est l'ensemble du système de Damouriez : il se plaint des massacres qui ont eu lieu à Paris; il se plaint des sociétés populaires; il se plaint du Tribunal révolutionnaire que vous avez établi.

Eh bien ! qui sont ceux qui ont sollicité les mesures extraordinaires que vous avez prises?

Dumouriez fait plus; d'après le mémoire qui vous a été lu, Dumouriez dit que bientôt vos décrets n'auraient plus de crédit que dans la banlieue de Paris. (2)

Je passe à un fait plus important : c'est que Dumouriez a dit publiquement à l'armée, que si Danton et Lacroix (3) y reparaissaient, il les ferait arrêter (4); et d'ailleurs, les faits ne parlent-ils pas assez clairement? Quel est le citoyen de bonne foi, qui ne voit pas (5) que la Commission a fait son devoir; et par quelle singularité me rend-on responsable des erreurs qu'aurait pu commettre la Commission? (6) Qui n'en a pas commis d'erreurs ?

Dumouriez s'est rendu criminel, (7) et la source de ses crimes sera connue dans les circonstances critiques où nous sommes.

J'avais déjà annoncé que Dumouriez était égaré et

(i) Rép. fr., J . des Débats : «... et que bientôt celui-là même eût été abattu qui, pour s'élever, eût employé la force nationale. »

(2) Mon. : «... que bientôt Danton n'aura plus de crédit que dans la banlieue de Paris. — {Une voix : Ce sont les décrets de l'Assemblée et non vous !) — On m'observe que je suis dans l'erreur ; — je passe à un autre fait plus important. »

(3) Delacroix.

(4) « M'auraient-ils soupçonné, dit Delacroix dans son discours du 24 pluviôse an II, s'ils avaient réfléchi que Dumouriez avait envoyé des ordres pour me faire arrêter avec mes collègues et nous faire conduire à son camp comme des gredins, des coquins qui avaient voulu le faire arrêter lui-même. »

(5) Add. Mon. : «... facilement... »

(6) Rép. fr. : « S'il en est un qui puisse trouver des rapprochements entre la conduite de Dumouriez et la nôtre qu'il paraisse; je suis prêt à lui répondre. »

(7) Add. Mon. : «... mais ses complices seront bientôt connus.... »

entraîné dans le crime, par (1) les opinions (2) funestes (3) qu'il recevait de Paris. Dumouriez regardait les sociétés populaires comme un composé de scélérats. Dumouriez était perpétuellement aigri par ces placards répandus par toute la République, qui représentaient les citoyens les plus vigoureux (4) comme des scélérats. (5) Eh bien ! citoyens, s'il en est un qui trouve le moindre rapprochement entre ma conduite et mes opinions et celles de Dumouriez, qu'il précise ces interpellations comme on vient de le faire, je serai prêt à lui répondre. (6)

Je demande que la Convention nomme une Commission extraordinaire pour développer cet indigne chaos (7). Il faut que les auteurs de nos maux soient connus, (8) car le mal remonte de plus loin; (9) et certes, quand on verra ce •que nous avons fait, comment nous avons combattu tous les projets de Dumouriez, opéré la réunion, empêché qu'il ne s'emparât des deniers de la Belgique; quand on verra que nous sommes tous solidaires par l'identité de notre conduite ; quand on verra que vous avez ratifié toutes nos opérations, car tous les arrêtés que nous avons pris ont été successivement à vos lumières, il ne restera, j'espère, aucun doute sur notre conduite.

[i) Aià.Rép.fr.: « ...la suggestion,... » — Var. /. desDébats:n ....l'influence... »

(2) Mon. : « ... impulsions... »

1(3) Rép. fr. : «... perfides... »

(4) Mon. : «... énergiques... »

(5) Add. Mon. : « La plupart de ces écrits sont partis de cette enceinte Rép. fr. Dumouriez, constamment aigri par ceux qui l'entouraient, calomniait journellement et Paris et ses sociétés. »

(6) Le Républicain français place ici la phrase : « Mais, citoyens, -sans vouloir détourner votre attention...» Du reste, toute cette fin du •discours est reproduite avec un certain désordre parles divers journaux. Le Logotachigraphe., presque seul, donne à peu prés correctement, l'enchaînement des phrases.

(7) Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... qui nous environne... »

(8) Mon. : « Je demande que la Convention nomme une Commission pour débrouiller ce chaos et pour connaître les auteurs de ce •complot,... M

(9) Rép. fr. : « ... le projet remonte de plus haut ! »

Mais, citoyens, sans vouloir détourner votre attention, ni de ce qui concerne la Commission, ni de ce qui me concerne individuellement, je dois terminer cette explication purement préliminaire (1), en vous ramenant à l'intérêt public. Ce n'est point assez d'examiner (2) nos maux; il faut (3) un remède immédiat. Vous avez (4) ordonné un recrutement : mais (5), indépendamment de ce recrutement, je crois qu'il est expédient de nommer à l'instant même un Comité (6) de guerre, chargé de s'occuper sans délai, de la situation d'une armée désorganisée, et de la prompte création d'une nouvelle armée.

Tous les efforts des ennemis veulent se porter sur Paris. Le ci-devant général (7), indigne de porterie nom [de] Français, qui, après avoir servi la République, veut l'asservir, vous démasque les plans qu'il a tracés avec nos ennemis : c'est au cœur qu'on voudrait attaquer la liberté en attaquant Paris (8). Eh bien ! je demande qu'il soit pris des mesures pour établir un camp à vingt lieues de Paris, composé au moins de quarante ou cinquante mille hommes, qui pourra ôter à nos ennemis l'espoir d'arriver à Paris, (9) ou qui pourra fournir des renforts à nos armées, et mettre nos places fortes à l'abri d'un coup de main. (10)

Je demande que ma proposition soit mise aux voix, et que le Conseil exécutif rende un compte détaillé et appuyé

(i) Rép. fv. : « ... particulière... »

(2) Mon. : «... découvrir Add. d'où viennent... »

(3) Add. Mon. : «... leur appliquer... »

(4) Add. Mon. : « .... il est vrai,... »

(5) Add. Ibid. : «... cette mesure est trop lente; ... «

(6) Add. Rép. fr. : « ... extraordinaire... »

(7) Dumouriez.

(8) Add. Rép. fr., J. des Débats :«...; c'est au cœur qu'on veut frapper le coup mortel. »

(9) Rép. fr. : «... qui ôte à nos ennemis l'espoir d'arriver jusqu'à nous,... »

(10) Add. Rép. fr. :« Je demande que tous les commissaires dans la Belgique soient tenus de revenir ici. (Plusieurs voix : Cela est décrété.) » — Var. Mon. : « Je demande aussi que mes collègues dans la Belgique soient rapi>elés sur-le-champ. {Plusieurs membres : Cela est fait.) »

CONVENTION, I^r AVRIL 1793 339

des pièces (1) et renseignements qu'il a des commissaires de Belgique pour que l'Assemblée se prépare les lumières convenables à cette affaire.

On verra, par le rapport des commissaires du pouvoir exécutif, que nous avons été constamment en opposition avec ce qu'a pu faire Dumouriez, et, quand on saura pour quelle raison nous lui avons rendu une sorte de justice sur les projets de la Hollande, on saisira qu'il était de notre devoir de combiner la prudence avec la fermeté républicaine, car si Dumouriez eût été enlevé à l'armée lorsqu'il était en présence de l'ennemi, combien ne serait-on pas fondé à dire que la désorganisation de l'armée serait venue de l'imprudence qu'auraient faite vos commissaires? (2)

Remarquez qu'il y avait, indépendamment du danger de l'armée, une impossibilité physique de le faire arrêter. Vos commissaires à vos armées, quoique investis de votre confiance et de grands pouvoirs, n'ont cependant rien de ce qui peut en assurer l'action : on croit que nous sommes de simples secrétaires de commission; (3) rien ne parle aux yeux. Il eût fallu quelque chose qui égalât l'ascendant des généraux et de l'état-major; il eût fallu une sorte de décoration, moitié civile, moitié militaire, à ceux qui auraient pu être chargés de promulguer, au nom de la Convention, à la tête de l'armée (4), soit une arrestation, soit... (5) (Interrompu.) (6)

J'obsei've, qu'indépendamment des motifs que nous avions de ne pas engager une sorte de combat en présence de l'ennemi, j'observe, dis-je, que nous eussions très probablement échoué. Que pouvaient faire de plus vos commis- Ci) Add. Rép. fr. : «... probantes, ... »

(2) Rép. fr.ui... on n'aurait pas manqué de dire que notre défaite était le fruit de cet enlèvement. » Mon. : «... on aurait rejeté sur eux la désorganisation de cette armée. »

(3) Mon. : «... les soldats ne nous prennent, en arrivant aux armées, que pour de simples secrétaires de commission; ... »

(4) Add. Mon : «... soit ses lois,... »

(5) Points de susp)ension dans le texte.

(6) Add. Rép. fr. : « {Des murmures s'élèvent; plusieurs voix : Point de licteurs !) »

saires à l'armée? (1) Il y a urgence, il faut arracher (2) Dumouriez à l'armée (3) ! — Eh bien, nous l'avons dit, j'en atteste tous les membres du Comité de défense générale. Si nous eussions voulu employer la force, les moyens nous auraient manqué; (4) car, quels sont les officiers généraux de Dumouriez qui se seraient prêtés à arrêter Dumouriez sur notre réquisition dans le moment où l'ennemi canonnait toujours son armée dans sa retraite? (5)

Ici, il est bon que vous sachiez que ce même homme, en manifestant son opinion, et contre la Convention, et contre le peuple français, ce même homme, dis-je, par une singularité étrange, par un reste de vanité militaire, a été constamment à cheval, (6) et que jamais, tant que nous avons été dans la Belgique, il n'y a eu de retraite qu'il n'y ait eu un combat. (7) Ce n'était donc pas au milieu des combats qui se livraient continuellement que nous pouvions faire arrêter Dumouriez : nous ne l'avons pas fait, par impossibilité. \f Nous avons provoqué le Comité à prendre des mesures de rigueur contre Dumouriez. Nous avons satisfait à ce que notre devoir exigeait; et au surplus, j'appelle de nouveau, soit pour mes collègues, soit pour moi, toute la responsabilité, (8) toute espèce de dénonciation, (9) sûr que ma tête, loin de tomber, (10) sera toujours comme la tête de Méduse pour les aristocrates contre-révolutionnaires. (11)

(i) Â^d. Mon. : « ... sinon de dire : ...»

(2) Âdd. Ibid. : «... promptement... »

(3) Mon. : «... de la tête de son armée. »

(4) Mon.,Rép. fr. : « ...elle [la force] nous eût manqué sans doute ; ...»

(5) Rép. fr. : «... lorsque le canon autrichien suivait les Français dans leur retraite. » Mon. : « ... au moment où Dumouriez exécutait sa retraite, et lorsqu'il était entouré d'une armée qui lui était dévouée. »

(6) Rép. fr. : « ... puisque cet homme, étrange dans sa perfidie, dans ses talents, dans son service a été constamment à cheval, Add. que les Français dans leur retraite, n'ont cédé le terrain que pied à pied... »

(7) Rép. fr. : «... qu'ils n'ont pas fait deux lieues sans livrer combat. »

(8) Rép. fr. : «... j'appelle sur ma tête toute ma responsabilité. »

(9) Mon. : « Nous avons fait notre devoir et j'appelle sur ma tête toutes les dénonciations... »

(10) Ibid. : « ... sûr que ma tête ne tombera pas. parce qu'elle n'est pas coupable. »

(11) Ibid. : « ... sûr que ma tête, loin de tomber, sera la tête de Méduse

CONVENTION, jer AVRIL 1793 341

[Lasource monte à la tribune : Il n'apporte pas, dit-il, une accusation formelle contre Danton, mais soumet à l'Assemblée des « conjectures », des « probabilités », ses réflexions. La conduite des commissaires lui paraît peu claire. Pourquoi Danton a-t-il hésité à arrêter Dumouriez quand il témoignait tant de défiance, au Comité ? Danton s'est efforcé de couvrir les mauvaises opinions politiques du général en relevant ses talents militaires. Dumouriez complotait le rétablissement de la royauté; il fallait qu'il gardât sa place; Danton, dès son arrivée, fit son éloge et chercha à le rendre populaire. Danton est revenu à Paris; Delacroix est resté en Belgique, afin de « tenir les deux extrémités du fil de la conjuration ». Danton, envoyé pour rendre compte de l'état de l'armée, ne paraît pas...]

Danton. — Cela est faux ! J'ai parlé dans le Comité

Tous ces indices semblent très nets à Lasource : ... on a voulu exciter un mouvement populaire, dissoudre la Convention, faire marcher Dumouriez sur Paris et rétablir la royauté. (1)

qui fera trembler tous les aristocrates. » Rép. fr. : « ... sûr qu'elle sera encore longtemps une tête de Méduse, l'épouvantail de tous les ennemis de la Liberté. »

(i) On sait que les Mémoires de Levasseur, ne sont en réalité qu'un délayage de notes laissées par le conventionnel. Nous n'hésitons cependant pas à leur emprunter ce passage qui porte trop la marque de la chose vue, pour ne pas être véridique : « Je n'oublierai jamais, dit Levas seur, l'instant où, dans la séance du 3 avril (c'est le i^^" avril qu'il faut lire), Lasource commença son inconcevable accusation contre Danton. Lorsqu'à l'aide de rapprochements captieux il essayait de transformer ce redoutable Montagnard en un partisan secret de Dumouriez; lorsqu'il rassemblait des inductions forcées pour former un fantôme de corps de délit, et qu'il coordonnait tous les éléments de cet échafaudage misérable sans cacher une espèce de complaisance et de contentement secret; Danton, immobile sur son banc, relevait sa lèvre avec une expression de mépris qui lui était propre et qui inspirait une sorte d'effroi; son regard annonçait en même temps la colère et le dédain; son attitude contrastait avec les mouvements de son visage, et l'on voyait dans ce mélange bizarre de calme et d'agitation qu'il n'interrompait pas son adversaire parce qu'il lui serait facile de lui répondre et qu'il était certain de l'écraser. Mais lorsque Lasource eut terminé sa diatribe, et qu'en passant devant nos bancs pour s'élancer à la tribune, Danton dit à voix basse, en montrant le côté droit : '< Les scélérats! ils voudraient rejeter leurs crimes sur nous !»; il fut facile do comprendre que son impétueuse éloquence, longtemps contenue, allait rompre enfin toutes les digues, et que nos ennemis devaient

[Birotteau (1) intervient et affirme que Fabre d'Églantine, l'ami de Danton, a déclaré que ce dernier seul pouvait sauver la patrie, et un peu plus tard, à mots couverts, que la France avait besoin d'un roi...]

Danton (à Birotteau). — Vous êtes un scélérat, la France un jour vous jugera ! (2)

[Alors commence une scène d'une violence inouïe, et partant, très obscure.

Delmas (3) monte à la tribune. « Moi aussi, dit-il, j'ai fait des rapprochements, j'ai des soupçons. Mais je suis convaincu que l'explication qu'on ouvre en ce moment perd la patrie. Je demande à l'instant que toute discussion cessant, vous décrétiez l'établissement d'une Commission telle que l'a proposée Lasource. »

La Convention décrète l'établissement d'une Commission extraordinaire, chargée d'examiner la conduite des commissaires en Belgique et de chercher à découvrir toutes traces de conjuration.]

Danton. — J'ai été accusé; je demande à être entendu !

Plusieurs voix. — Vous le serez à la Commission ! (Un mouvement violent éclate à l'extrémité de la salle.)

Danton. — Je somme Cambon, sans personnalités, sans s'écarter de la proposition qui vient d'être décrétée, de s'expliquer sur un fait d'argent, sur 100.000 écus qu'on annonce avoir été remis à Danton et à Delacroix, et de dire la conduite que la commission a tenue relativement à la réunion... (4)

trembler. » — (Levasseur, Mémoires, 1. 1, p. 138-139.) — On peut voir dans l'Histoire des Girondins (t. III, pp. 152 et suiv.) l'amplification romanesque que Lamartine a faite de ce récit.

(1) Jean-Bonaventure-Blaise-Hilarion Birotteau, député des Pyrénées-Orientales à la Convention, appartenait au parti girondin.

(2) Version du Journal des Débats du Républicain français. Le Moniteur dit : « C'est une scélératesse ! Vous avez pris la défense du Roi, et vous voulez rejeter vos crimes sur nous ! » Le Mercure universel dit : « Danton furieux menace Birotteau. »

(3) Jean-François-Bertrand Delmas, député de la Haute-Garonne à l'Assemblée législative et à la Convention.

(4) Points de suspension dans le texte.

Plusieurs voix. — Le renvoi à la C.ommission!

Cette proposition est décrétée. Danton retourne à sa place. — Lorsque Danton a atteint sa place ; toute l'extrême gauche se lève et l'invite à retourner à la tribune pour être entendu. (Des applaudissements s'élèvent dans les tribunes et se prolongent quelques instants.)

Danton {de sa place). — Vous voulez faire assassiner les patriotes ; mais le peuple ne se trompera pas[...] {De vifs applaudissements éclatent dans les tribunes.) [...] la Montagne vous écrasera... (1) — {Danton court à la tribune au milieu des applaudissements de V extrémité [et] des tribunes. La partie opposée se soulève tout entière en demandant le maintien du décret.)

[Le Président se couvre.

Lasource, Duquesnoy (2) demandent que Danton soit entendu. — La Convention décrète à l'unanimité que Danton sera entendu.]

Danton (à la tribune). — Je dois commencer par vous rendre hommage comme (3) vraiment amis du salut du peuple, citoyens qui êtes placés à cette Montagne (se tournant vers r amphithéâtre de U extrémité gauche) : vous avez mieux jugé que moi. (4)

J'ai cru longtemps que, quelle que fut l'impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis, je devais employer, dans les circonstances difficiles où m'a placé ma mission, la modération que m'ont paru commander les événements. (5) Vous m'accusiez (6) de

(i) Points de suspension dans le texte.

(2) Ernest-Dominique-François Duquesnoy, député du Pas-de- Calais à l'Assemblée, législative et à la Convention, appartenait au parti de la Montagne.

(3) Logoiach. : « ... hommes... »

(4) Rép. fr. : « Je commence par vous rendre hommage, citoyens vraiment amis du salut du peuple. O vous, qui êtes placés à cette Montagne, vous avez mieux jugé que moi!... »

(5) Logotach. : « J'ai cru longtemps que, quelle que fut l'impétuosité de mon caractère, je devais, en quelque sorte, tempérer les moyens que la nature m'avait donnés, pour m'occuper du salut de la République... »

(6) Add. Logotach. : « ... d'une sorte... »

faiblesse, (1) vous aviez raison, je le reconnais (2) devant la France entière !

Nous, faits pour dénoncer ceux qui, par impéritie ou scélératesse, ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi (3)... (4) (Un très grand nombre de membres se lèvent en criant : « Oui, oui ! «, et en indiquant du geste les membres placés dans la partie droite. — Des rumeurs et des récriminations violentes s'élèvent dans cette partie.) [...} Eh bien ! ce sont ces mêmes hommes... (4) (Les murmures continuent à la droite de la tribune. — L'orateur, se tournant vers les interrupteurs :) Vous me répondrez, vous me répondrez !... (4) Citoyens, ce sont, dis-je, ces mêmes hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs (5)... (4) (Grangeneuve (6) interrompt. — Les murmures d'une grande partie de l'Assemblée couvrent sa voix.)

Grangeneuve. — Je demande à faire une interpellation à Danton... (4)

Un grand nombre de voix. — Vous n'avez pas la parole !... (4> A l'Abbaye !

Danton. — Et d'abord, avant que d'entrer aussi à mon tour dans des rapprochements, je vais répondre.

Que vous a dit Lasource ? — Quelle que soit l'origine de son roman, qu'il soit le fruit de son imagination ou la suggestion d'hommes adroits... (4) (De nouveaux murmures s' élèvent dans la partie de la salle à la droite de la tribune.)

Albitte. — Nous avons tranquillement écouté Lasource- Soyez tranquilles à votre tour.

(i) Âdd. Logotach. : «... eh bien !... »

(2) Add. Ibid. : « ..., je le proclame... »

(3) Logotach. : « Quels sont ici les accusateurs? Ce sont ceux qui, par leur astuce et leur adresse, ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi. (Applaudi) »

(4) Points de suspension dans le texte.

(5) Rép. fr., J. des Débats, Logotach. : « ... d'accusateurs... »

(6) Jean-Antoine Lafargue de Grangeneuve député de la Gironde à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du parti girondin..

CONVENTION, I^r AVRIL I793 345

Danton. — ... (1) soit que cet homme, dont on s'est emparé plusieurs fois dans l'Assemblée législative, (2) ait voulu préparer, ce que j'aime à ne pas croire, le poison de la calomnie contre moi pour le faire circuler pendant [l'intervalle qui s'écoulera entre sa dénonciation et le rapport général qui doit vous être fait sur cette affaire, je n'examine pas maintenant ses intentions. Mais, que vous a-t-il dit? Qu'à mon retour de Belgique je ne me suis pas présenté au Comité de défense générale? — Il en a menti. Plusieurs de mes collègues m'ont cru arrivé vingt-quatre heures avant mon retour effectif, pensant que j'étais parti le jour même de l'arrêté de la Commission; je ne suis arrivé que le vendredi 29, à huit heures du soir. (3) Fatigué de ma course et du séjour que j'ai fait à l'armée, on ne pouvait exiger que je me transportasse immédiatement au Comité. (4)

Je sais que les soupçons de l'inculpation m'ont précédé. (5) On a représenté vos commissaires comme les causes (6) de la désorganisation de l'armée. Nous, désorganisateurs ! nous, qui avons rallié les soldats français, nous qui avons fait déloger l'ennemi de plusieurs postes importants ! Ah ! sans doute, tel a dit que nous étions venus pour sonner (7) l'alarme, qui, s'il eût été témoin de notre conduite, vous aurait dit que nous étions faits pour braver le canon autrichien comme nous braverons les complots et les calomnies des ennemis de la liberté ! (8)

(i) Points de suspension dans le texte.

(2) /. des Débats: « Quelle est l'origine de son roman? Soit qu'il soit le fruit de son imagination, dont on s'est emparé plus d'une fois dans l'Assemblée législative, soit qu'il ait voulu préparer le poison... »

(3) Logotach. « Je suis arrivé à Paris à huit heures du soir. Plusieurs citoyens me croyaient de retour un jour auparavant. Pourquoi? — Parce qu'on avait lu l'arrêté qui portait mon arrivée dans cette ville. »

(4) Logotach. : « Je suis arrivé à huit heures du soir fatigué de ma course et du temps que je suis resté à l'armée. » /. des Débats : «... fatigué de mes travaux à l'armée. »

(5) Rép. fr. : « Je sais que des soupçons, des inculpations m'ont précédé Add. à cette tribune. »

(6) Rép. fr. : « ... comme les auteurs... »

(7) Rép. fr. : « ... semer... »

(8) Logotach. : «Oui (je dois le dire), [De] lacroix et moi, nous avoug

J'en viens à la première inculpation de Lasource. En arrivant, je n'étais pas même instruit qu'il dût y avoir comité, ce jour-là. Me fera-t-on un crime d'avoir été retenu quelques heures chez moi pour réparer mes forces affaiblies par le voyage et par la nécessité de manger? (1)

Dès le lendemain, je suis allé au Comité; et quand on vous a dit que je n'y avais donné que de faibles détails, on a encore menti. J'adjure tous mes collègues qui étaient présents à cette séance : j'ai dit que Dumouriez regardait la Convention comme un composé de trois cents hommes stupides et de quatre cents scélérats. (2) « Que peut faire pour la République, ai-je ajouté, un homme dont l'imagination est frappée de pareilles idées? (3) Arrachons-le à son armée (4). » (L'orateur se tournant vers Vextrémité gauche de la salle). N'est-ce pas cela que j'ai dit? (5) (Plusieurs voix : Oui, oui !). (6)

Il y a plus. — Camus, (7) qu'on ne soupçonnera pas

rallié les soldats français ; nous les avons replacés ensuite devant l'ennemi; nous l'avons fait déloger d'un endroit d'où il tirait de toutes parts sur nous ; et celui qui a dit ici que nous étions venus pour semer la division, se serait aperçu, s'il avait été notre compagnon de voyage, que nous étions faits pour braver le canon autrichien, comme nous bravons les lâches complots, dirigés contre les vrais amis de la liberté. »

(i) Logotach. : « J'étais, dis-je, arrivé sur les huit heures et je ne savais point s'il y avait comité; je ne sache pas qu'on ait eu le droit de m'imposer la dure nécessité d'y aller à l'instant même, quand il fallait que je refisse mes forces épuisées par le voyage et par la nécessité de manger. »

(2) Rép. fr. : « ... un composé de quatre cents hommes stupides guidés par 300 scélérats... » Logotach., J. des Débats : « ... un composé de trois cents imbéciles conduits par 400 scélérats. »

(3) Logotach. :« Et j'ai dit : «Qu'avons-nous à attendre d'un pareil individu? Il ne peut être que funeste à la République. » /. des Débats : « J'y annonçai que nous ne devions plus attendre de Dumouriez rien que de funeste à la République. »

(4) Ibid. : « Il faut le faire arrêter, Add. et ensuite nous le jugerons. »

(5) Logotach. : « N'ai-je pas dit cela? «

(6) Add. Logotach. : « Je vous demande si ce n'est pas la déclaration la plus formelle que je regardais Dumouriez comme un homme que le glaive de la loi devait frapper? »

(7) Armand-Gaston Camus député de la Haute-Loire à la Convention avait été envoyé en mission à l'armée de Dumouriez.

d'être mon partisan individuel, a fait un récit qui a coupé le mien; et ici, j'adjure encore mes collègues. Il a fait un rapport dont les détails se sont trouvés presque identiques avec le mien. (Plusieurs voix : Cela est vrai !)

Ainsi, il en est résulté (1) de ce que nous avons dit en commun un rapport effectif au Comité. (2)

Lasource trouve étrange que je sois resté à Paris tandis que ma mission me rappelait dans la Belgique ; (3) il cherche à faire croire à des intelligences entre Delacroix et moi, dont l'un serait resté à l'armée et l'autre à Paris, pour diriger à la fois les deux fils de la conspiration. (4)

Lasource n'est pas de bonne foi; Lasource sait bien que je ne devais partir qu'autant que j'aurais des mesures à porter avec moi; (5) que (6) j'avais demandé et déclaré que je voulais rendre compte (7) à la Convention de ce que je savais. Il n'y a donc dans ma présence ici aucun rapport avec les événements de la Belgique, (8) aucun délit, rien qui puisse faire soupçonner une connivence (9).

Lasource vous a dit : « Danton et Delacroix ont proclamé que si un décret d'accusation était porté contre Dumouriez, il s'exécuterait, et qu'il suffirait que le décret fût connu par les papiers publics pour que l'armée l'exécu-

(i) Add. Logotach. : «... de ce qu'a dit Camus, de ce que j'avais exposé d'abord, et... «

(2) Logotach. : « Ainsi il est résulté... de ce que nous nous sommes rendus commun, il en est résulté, dis-je, un rapport qui à été fait à votre Comité de défense générale. » /. des Débats : « Il est résulté de ces deux récits un rapport effectif au Comité. »

(3) Logotach. : « ... tandis qu'il semblait naturel que je retournasse au poste que vous m'aviez assigné. »

(4) Logotach. : « ... et, remarquez bien ce qu'il trouve étrange, il cherche à le lier avec une intelligence établie entre Lacroix et moi, afin de pouvoir tenir les deux fils. «

(5) /• des Débats : « ... il sait bien que je ne devais partir que pour reporter des mesures qui ne sont pas encore adoptées. « Logotach. :

«... que dans le cas qu'il y eût des mesures que je pourrais apporter... » Add. Logotach. : « Il y a plus, il sait bien ... >>

(6) Add. Logotach. : « ... depuis quelques jours... »

(7) Logotach. : « ... que je demandais à rendre compte... »

(8) Add. Logotach. : «... aucune faute de ma part,... » (g) Add. Logotach. : « ... avec Dumouriez. »

tât elle-même. (1) Comment donc ces mêmes commissaires n'ont-ils pas fait arrêter Dumouriez ? — Je ne nie pas le propos cité par Lasource; (2) mais avions-nous ce décret d'accusation dont j'ai parlé? (3) Pouvions-nous prendre la résolution d'enlever Dumouriez, lorsque nous n'étions à l'armée que Delacroix et moi, lorsque la Commission n'était pas rassemblée? (4)

(5) Nous nous sommes rendus vers la Commission (6) et c'est elle qui a exigé que Delacroix retournât vers (7) l'étatmajor, (8) et qui a jugé qu'il y aurait du danger pour la retraite même de l'armée, à enlever Dumouriez. Comment se fait-il donc qu'on me reproche à moi, individu, ce qui est du fait de la Commission? (9) La correspondance des commissaires prouve qu'ils n'ont pu se saisir de l'individu Dumouriez. Qu'auraient-ils donc fait en notre place, ceux qui nous accusent, eux qui ont signé des taxes, quoiqu'il y eût un décret contraire. (10) (On applaudit dans une grande partie, de r Assemblée.)

(i) Logotach. : « Danton et Lacroix avaient dit, ajoute-t-il, que s'il y avait un décret d'accusation rendu contre Dumouriez, non seulement l'armée l'exécuterait, mais même que si elle le voyait dans les papiers publics, elle n'attendrait pas, pour le mettre à exécution, qu'il lui fût envoyé. »

(2) Add. Logotach. :« ... mais dans quelle situation étions-nous?...»

(3) Add. /. des Débats : « Ne nous aurait-on pas imputé nos derniers revers, si, pendant une retraite importante, nous eussions arraché ce général à l'armée? «

(4) Logotach. : « Pouvions-nous, n'étant que deux, nous hasarder d'enlever Dumouriez? Add. L'objet n'était-il pas d'une nature qui demandait le rassemblement de tous les commissaires? »

(5) Add. Logotach., J. des Débats : « Eh bien ! qu'avons-nous fait? »

(6) /. des Débats : « Nous sommes revenus consulter la Commission... » Add- Logotach. : « ..., nous lui avons fait notre rapport,... »

(7) Logotach. : « ... qui a exigé que Lacroix, se portât vers... «

(8) Add. Logotach. : «... et que je revinsse ici; ...»

(9) Logotach. : « ... c'est la Commission tout entière qui a jugé que vainement, nous essayerions d'arrêter Dumouriez; qu'il y avait danger, même pour la retraite de l'armée, si Dumouriez était arrêté. Comment se fait-il qu'on impute à moi seul, ce qui est le résultat de la Commission, et ce qui m'est étranger? »

(10) Rép. fr. :<( Je voudrais savoir ce qu'ils auraient fait, ceux qui m'adressent ce reproche, eux qui... » Logotach. : « Remarquez que ce sont ceux qui me reprochent de la manière la plus dure de ne pas

Je dois dire un fait qui s'est passé dans le Comité même de défense générale. C'est que, lorsque je déclarai que je croyais du danger à ce qu'on lût la (1) lettre de Dumouriez, et à s'exposer d'engager un combat au milieu d'une armée en retraite, en présence de l'ennemi, je proposai cependant des mesures pour que l'on parvînt à se saisir du général, au moment où on pourrait le faire sans inconvénient. Je demandai que les amis mêmes de Dumouriez, que Guadet, Gensonné (2) se rendissent à l'armée; que, pour lui ôter toute défiance, les commissaires fussent pris dans les deux partis (3) de la Convention, et que, parla, il fut prouvé en même temps que, quelles que soient les passions qui vous divisent, vous êtes unanimes pour ne jamais consentir à recevoir la loi d'un seul homme. (On applaudit.) — « Ou nous le guérirons momentanément, leur disais-je, ou nous le garrotterons (4). » Je demande si l'homme qui proférait ces paroles (5) peut être accusé d'avoir eu des ménagements pour Dumouriez ?

Quels sont ceux qui ont pris constamment des ménagements (6)? Qu'on consulte les canaux de l'opinion, qu'on examine ce qu'on disait partout, par exemple dans le journal qui s'intitule : Patriote français. On y lisait que Dumouriez était loin d'associer ses lauriers aux cyprès (7) du 2 septembre. (8) C'est contre moi qu'on excitait Dumouriez. Jamais on a eu la pensée de nous associer dans les mêmes

avoir fait arrêter Dumouriez, qui ont signé des taxes, quoiqu'ils eussent dans les mains des décrets à faire exécuter. {On rit et on applaudit) . » ' (i) Add. Rép. fr. : « ... dernière... »

(2) Marguerite-Elie Guadet, Armand Gensonné, députés de la Gironde à l'Assemblée législative et à la Convention.

(3) Rép. fr. : « ... parties... » Logotach. : « ... parties de la salle... »

(4) Add. Logotach. : « ... et nous l'amènerons... »

(5) Rép. fr. : «... qui tenait de tels propos... »

(6) Add. Logotach. : « ... funestes, à l'égard de Dumouriez? Vous le savez assez. J'ai dit que je croyais que, jusqu'à ses vices, tout en lui pouvait nous servir à cause de ses talents militaires. »

(7) Add. /. des Débats, Logotach. : « ... des massacreurs... »

(8) Add. Logotach. : « C'était moi qu'on voulait désigner par cette dénomination. /. des Débats. C'était moi qu'on représentait comme un homme de sang ! »

complots. — Nous ne voulions pas prendre sur nous la responsabilité de l'enlèvement de Dumouriez ; mais je demande si l'on ne m'a pas vu déjouer constamment la politique de ce général, ses projets de finances, les projets d'ambition qu'il pouvait avoir sur la Belgique; (1) je les ai constamment mis à jour (2). Je le demande à Cambon; il dira, par exemple, la conduite que j'ai tenue relativement aux 300.000 livres de dépenses qui ont été secrètement faites dans la Belgique.

Et aujourd'hui, parce que j'ai été trop sage et trop circonspect, (3) parce qu'on a eu l'art de répandre que j'avais un parti, que je voulais être dictateur, (4) parce que je n'ai pas voulu, en répondant à mes adversaires, produire de trop rudes combats, occasionner des déchirements dans cette Assemblée, on m'accuse de mépriser et d'avilir la Constitution (5) !

Avilir la Convention (6) ! Et qui, plus que moi, a constamment cherché à relever sa dignité, à fortifier son autorité? (7) N'ai-je pas parlé de mes ennemis même avec u»e sorte de respect? (8) (^e tournant vers la partie droite,) Je

(i) Logotach. : « ... ; je demande à Cambon s'il ne m'a pas vu chercher constamment à déjouer les projets d'ambition et de cupidité que pouvait avoir Dumouriez sur la Belgique? »

(2) Add. Logotach. : «... j'ai constamment mis ma conduite à jour envers tous les membres de l'Assemblée qui ont voulu me parler de Dumouriez. »

(3) Add. Logotach. : «... parce que je n'ai pas voulu paraître trop ardent à ceux qui m'accusent aujourd'hui,... » — Var. Rép. fr. : « ... parce que je n'ai pas voulu me montrer trop terrible,... »

(4) Logotach. : « ... parce qu'ils avaient l'art de faire répandre que j'avais des amis qui voulaient me proposer pour dictateur, ou pour roi Add. Logotach., J. des Débats, enfin... «

(5) Logotach. : « ... aujourd'hui, c'est moi que l'on présente comme ayant calculé les moyens d'avilir la Convention, Add. tandis que Dumouriez la menaçait ! »

(6) Add. /. des Débats : «... nationale... »

(7) Add. /. des Débats : « Et qui, plus que moi, lui a recommandé le calme et la dignité ? » — Var., Logotach. : « Qui de vous a plus que moi recommandé la dignité de cette Assemblée ? «

(8) Logotach. : « Qui, plus que moi, a parlé des membres de la Convention, même de ceux qu'on regarde comme ennemis du peuple, avec une sorte de respect? n J. des Débats : « A-t-on jamais parlé de ses ennemis avec plus de respect que moi? »

CONVENTION, I^r AVRIL 1793 35 1

VOUS interpelle vous qui m'accusez sans cesse... (1)

Plusieurs voix. — Tout à l'heure vous venez de prouvez votre respect.

Danton. — Tout à l'heure, cela est vrai; ce que vous me .reprochez est exact; mais pourquoi ai-je abandonné le système du silence (2) et de la modération? Parce qu'il est un terme à la prudence; parce que quand on se sent attaqué par ceux-là mêmes qui devraient s'applaudir (3) de ma circonspection, il est permis d'attaquer à son tour et de sortir des limites de la patience ! (On applaudit dans une grande partie de V Assemblée.)

Mais comment se fait-il que l'on m'impiite à crime la conduite d'un de mes collègues? (4) Oui, sans doute, j'aime Delacroix; on l'inculpe (5) parce qu'il a eu le bon esprit de ne pas partager, je le dis franchement, je le tiens de lui, parce qu'il n'a pas voulu partager les vues et les projets (6) de ceux qui ont cherché à sauver le tyran (7). (De violents murmures s'élèvent dans la partie droite. — Les plus vifs applaudissements éclatent dans une grande partie du côté opposé et dans les tribunes.)

Quelques voix s'élèvent pour demander que Danton soit rappelé à l'ordre.

DuHEM. (8) — Oui, c'est vrai, on a conspiré chez Roland,

(i) Points de suspension dans le texte. {2) Rép. /r. : « ... de la patience... »

(3) Add. Rép. fr. : « {Murmures dans la partie droite)... oui s'applaudir... »

(4) Add. Logotach. : « Delacroix, dit-on, ne s'était jamais montré si fervent patriote; jamais il n'avait siégé dans la Montagne, que depuis qu'il était revenu de l'armée. »

(5) Add. Logotach. : « ... parce qu'il n'a pas voté dans la grande question qui fait le schisme de cette Assemblée, /. des Débats parce qu'il a eu le bon sens de ne pas voter pour l'appel au peuple,... »

(6) Dans le procès du roi, Delacroix vota pour « la mort ».

(7) Add. Logotach., J . des Débats : « ... de ceux qui voulaient tirer la Convention de Paris,... »

(8) Pierre-Joseph Duhem, député du Nord à l'Assemblée législative et à la Convention.

et je connais le nom des conspirateurs! Maure. (1) — C'est Barbaroux, c'est Brissot, c'est Guadet î

Danton. — (2) Parce que Delacroix s'est écarté du fédéralisme et du système perfide de l'appel au peuple; parce que (3), lorsqu'après l'époque de la mort de Le Peletier, on lui demanda s'il voulait que la Convention quitta Paris (4) il fit sa profession de foi, en répondant: «(5) J'ai vu qu'on a armé de préventions tous les départements contre Paris, (6) je ne suis pas des vôtres. » On a inculpé Delacroix (7), parce que, patriote courageux, sa manière de voter dans l'Assemblée a toujours été conséquente à la conduite qu'il a tenue dans la grande affaire du tyran; il semble aujourd'hui que moi j'en aie fait mon second en conjuration? — Ne sont-ce pas là les conséquences, les aperçus jetés en avant par Lasource? (8)

Plusieurs voix, à la droite do la tribune.— Oui, ouil Une autre voix. — Ne parlez pas tant, mais répondez!

Danton. — Eh ! que voulez-vous que je réponde ? J'ai d'abord réfuté pleinement les détails de Lasource; j'ai démontré que j'avais rendu au Comité de défense générale le compte que je lui devais, qu'il y avait identité entre mon rapport et celui de Camus qui n'a été qu'un prolongement du mien; que si Dumouriez n'a pas été déjà amené pieds

(i) Nicolas-Sylvestre Maure, député de l'Yonne à la Convention.

(2) Add. Logotach. : « Parce que Lacroix, a eu des rapports avec moi par la nature de notre commission,... »

(3) Add. /. des Débats : «... il a reconnu qu'on le trompait... »

(4) Logotach. : « ... parce que Lacroix, lorsqu'on lui disait, lors de la mort de Peletier, qu'il fallait éloigner la Convention de Paris, a dit... »

(5) Add. Logotach. : « S'il ne fallait plus que le meurtre d'un seul député pour que la Convention ne restât plus à Paris, bientôt il serait massacré. »

(6) Add. Logotach. :«...; allez, je vous quitte, j'évite vos erreurs, je ne suis plus dans vos opinions, j'abjure vos erreurs,... «

(7) Add. Logotach. : « ... parce qu'il a fait cette déclaration, parce qu'il a manifesté ses sentiments. (Applaudi.)... n

(8) Logotach. : « N'est-ce pas là les aperçus qui résultent de ce que Lasource a dit... »

et poings liés à la Convention, ce ménagement n'est pas de mon fait. J'ai répondu enfin, assez pour satisfaire tout homme de bonne foi. (Plusieurs voix dans Vextrémité gauche : Oui, oui!); et certes, bientôt, je tirerai la lumière de ce chaos. (1) Les vérités s'amoncelleront et se dérouleront devant vous. Je ne suis pas en peine de ma justification.

Mais tout en applaudissant à (2) cette Commission que vous venez d'instituer (3), je dirai qu'il est assez étrange (4) que ceux qui ont fait la réunion, contre Dumouriez, (5) qui, tout en rendant hommage à ses talents militaires, ont combattu ses opinions politiques, se trouvent être ceux contre lesquels cette Commission paraît être principalement dirigée. (6)

Nous, vouloir un roi ! — Encore une fois les plus grandes vérités, les plus grandes probabilités morales restent seules pour les nations. (7) Il n'y a que ceux qui ont eu la stupidité, la lâcheté de vouloir ménager un roi, qui peuvent être soupçonnés de vouloir rétablir un trône. (8) Il n'y a, au contraire, que ceux qui constamment ont cherché à exaspérer Dumouriez contre les sociétés populaires et contre la majorité de la Convention, il n'y a que ceux qui ont présenté notre empressement à venir demander des secours pour une armée

(i) Logotach. : « ... et certes, je tirerai de ce chaos quand il sera au sein de cette Assemblée [c'est-à-dire quand la Commission nommée apportera les pièces d'accusation], quand les pièces s'amoncelleront, je tirerai des inductions bien frappantes.» /. des Débats. .•« ...et certes je tirerai de ce chaos des inductions bien plus frappantes. »

(2) Add. Logotach. : «... à la création de... »

(3) Add. Logotach. : « ..., que j'ai demandée moi-même ...»

(4) Add. /. des Débats : «... de vouloir persuader à la France. . . » — Var. Logotach. : «... Je déclare d'avance qu'il est assez étrange que l'on veuille faire entendre à la Nation... »

(5) Logotach. : «... contre l'intention de Dumouriez,... »

(6) Logotach. : « ... que ceux-là soient devenus les complices de ses crimes ! »

(7) Add. Logotach. : « On vous demande un roi. Eh bien ! qui peut-on soupçonner de demander un roi? »

(8) Add. Logotach. : « (Applaudi.) »

délabrée, comme une pusillanimité, (1) il n'y a que ceux qui ont manifestement (2) voulu punir Paris de son civisme, armer contre lui les départements... (3)

{Un grand nombre de membres se levant, et indiquant du geste la partie droite. — Oui, oui, ils l'ont voulu !)

Marat. — Et leurs petits soupers !

Danton. - — Il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez quand il était à Paris... (3) (On applaudit dans une grande partie de la salle.)

Marat. — Lasource !.... Lasource en était!.... Oh! je dénoncerai tous les traîtres!

Danton. — Oui, eux seuls sont les complices de la conjuration! (De vifs applaudissements s'élèvent à V extrémité gauche et dans les tribunes.) Ki c' est moi qu'on accuse !..'. (3) Moi !... (3) Je ne crains rien de Dumouriez ni de tous ceux avec qui j'ai été en relation. (4) Que Dumouriez produise une seule ligne de moi qui puisse donner lieu à l'ombre d'une inculpation, et je livre ma tête. (5)

Marat. — Il a les lettres de Gensonné(6)!... (3) C'est Gensonné qui était en relations intimes avec Dumouriez.

Gensonnk. — Danton, j'interpelle votre bonne foi. Vous avez dit avoir vu (7) la minute de mes lettres ; dites ce qu'elles contenaient. (8)

(i) Logotach. : « ... il n'y a que ceux qui ont présenté nos démarches de salut public comme des mesures de pusillanimité »

(2) Logotach. : « ... constamment... »

(3) Points de suspension dans le texte.

(4) Logotach. : « A cet égard, je ne crains rien de Dumouriez ni de tous ceux qui ont eu des relations avec lui. » Âdd. /. des Débats. : « Une voix. — Et vous, Danton, où sont vos lettres à Dumouriez? : »

(5) Logotach. : « Que Dumouriez produise contre moi une assertion infamante, je consens que ma tête tombe. »

(6) Add. Rép. fr. : « ... qui prouvent la relation intime de cet homme d'état avec lui. »

(7) Rép. fr. : « ... avoir eu... »

(8) Âdd. Rép. fr. : « Marat. — C'est moi qui en ai parlé 1 »

CONVENTION, I^r AVRIL 1793 355

Danton. — Je ne parle pas textuellement de vos lettres; je n'ai point parlé de vous. Je reviens à ce qui me concerne.

J'ai, moi, (1) quelques lettres de Dumouriez : elles prouveront qu'il a été obligé de me rendre justice; elles prouveront qu'il n'y avait nulle identité entre son système politique et le mien. — C'est à ceux qui ont voulu le fédéralisme... (2)

Plusieurs voix (3). — Nommez-les !...

Marat (se tournant vers les membres de la partie droite). — Non, vous ne parviendrez pas à égorger la patrie !

Danton. — Voidez-vous que je dise quels sont ceux que je désigne ?

Un grand nombre de voix. — Oui, Oui !

Danton. — Écoutez !

Marat (se tournant vers la partie droite). — Ecoutez !

Danton. — Voulez-vous entendre un mot qui paye pour tous ?

(Les mêmes voix s'élèvent. — Oui ! oui! (4).

Danton. — Eh bien ! je crois qu'il n'est plus de trêve (5) entre la Montagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran, (6) et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans la France ! (Un grand nombre dt membres de la partie gauche se lèvent simultanément et applaudissent. — Plusieurs voix se font entendre : Nous sauverons la patrie !)

(i) Add. Logotach. « ..., à la vérité,... » — Voir infra Addenda.

(2) Points de suspension dans le texte.

(3) Rép. fr. : « Plusieurs voix à droite... «

(4) Add. Rép. fr. : « Marat. — Silence 1 »

(5) Au lieu du mot trêve, Guiraut, le rédacteur du Logoiachigraphe, a entendu et noté querelle; ceci vient probablement de la façon dont on prononçait ce dernier mot en « mangeant » en quelque sorte la première syllabe.

(6) Logotach. : « ... entre l'autre côté... »

Eh ! qui pourrait se dispenser de proférer ces vérités, (1) quand malgré la conduite immobile que j'ai tenue dans cette Assemblée, quand vous représentez ceux qui ont le plus de sang-froid et de courage, comme des ambitieux; quand, tout en semblant me caresser vous me couvrez de calomnies; quand beaucoup d'hommes qui me rendent justice individuellement, me présentent à la France entière; dans leur correspondance, comme voulant ruiner (2) la liberté de mon pays?

Cent projets absurdes de cette nature ne m'ont-ils pas été successivement prêtés? (3) Mais (4) jamais la calomnie n'a été conséquente dans ses sytèmes; elle s'est repliée de cent façons sur mon compte, cent fois elle s'est contredite.

Dès le commencement de la Révolution, j'avais fait mon devoir (5) et vous vous rappelez que je fus alors calomnié. J'ai été de quelque utilité à mon pays, lorsqu'à la révolution du 10 août, Dumouriez lui-même (6) reconnaissait que j'avais apporté du courage dans le Conseil (7), et que je n'avais pas peu contribué à nos succès (8). Aujourd'hui (9) les homélies misérables d'un vieillard cauteleux (10) reconnu tel, ont été le texte de nouvelles inculpations; (11) et puisqu'on veut des faits, je vais vous en dire sur Roland. (12)

(i) Logotach. : «... de dire la vérité? »

(2) Logotach. : «... miner... »

(3) Logotach. : « Ils m'ont prêté cent intentions plus absurdes les unes que les autres. »

(4) Add. Logotach. : « ... ici je prends ceux qui m'accusent par leurs propres absurdités : ...»

(5) Logotach. : « Dès l'origine de cette Assemblée, j'avais fait mon' devoir dans le ministère... »

(6) Add. Logotach. : « ..., et ceux qui m'ont calomnié,... «

(7) Add. Logotach. : «... exécutif... »

(8) Add. Logotach. : «... ; que j'avais contribué, par la mesure salutaire de l'envoi des commissaires dans toute la République, à sauver la patrie (Oui, oui !). —- Eh bien,... »

(9) Add. Logotach. :« ...les contes les plus absurdes,... »

(10) Add. Logotach. : « ...ennemi de la République,... »

(11) Logotach. : « ... ontservide texte à la calomnie la plus absurde;... »

(12) Add. Logotach. : « Quand je vous cite des faits à l'égard de celui qu'on a tant soutenu, qu'on a tant prôné, qui a été appuyé de tout

CONVENTION, I^r AVRIL I793 357

Tel est l'excès de son délire, et (1) Garât (2) lui-même m'a dit que ce vieillard avait tellement perdu la tête, qu'il ne voyait quelamort, qu'il croyait tous les citoyens prêts à le frapper, qu'il dit un jour, en parlant de son ancien ami qu'il avait lui-même porté au ministère (3) : Je ne mourrai que de la main de Pache depuis qu'il se met à la tête des factieux de Paris... (4) Eh bien ! quand Paris périra, il n'y aura plus de République. Paris est le centre constitué et naturel de la France libre. C'est le centre des lumières. (5)

On nous accuse d'être les factieux de Paris : Eh bien ! nous avons déroulé notre vie devant la Nation; elle a été celle d'hommes qui ont marché d'un pas ferme (6) vers la Révolution (7). Les projets criminels qu'on m'impute, les épithètes de scélérats, tout a été prodigué contre nous (8) et l'on espère maintenant nous effrayer ! — Oh \ non. (De vifs applaudissements éclatent dans Vextrémité gauche de la salle;

le parti ennemi de l'unité de la République, je ne dois pas laisser ignorer que... »

(i) Logotach. : «... que Add. le ministre... »

(2) Joseph-Dominique Garât avait remplacé Danton au ministère de la justice.

(3) Logotach. : « ... qu'il accusait un homme que vous avez fait ministre, de vouloir attenter à sa vie. »

(4) Points de suspension dans le texte.

Pache, ancien auxiliaire de Roland au ministère de l'intérieur, puis ministre de la guerre en remplacement de Servan, était devenu l'adversaire des Girondins. Ceux-ci l'avaient renversé le 2 février 1793. Il avait alors été élu maire de Paris.

(5) Logotach. : « Eh bien ! je dis que la République n'a d'ennemis véritablement funestes que ceux qui n'ont pas senti que, quand Paris périrait, il n'y aurait plus de liberté dans la République ; car il ne peut y avoir de liberté là où il n'y a pas un centre de lumières, composé de toutes celles des départements. » Rép. fr. : « ... composé de toutes celles de cette République. »

(6) Add. Rép. fr. : « ..., uniforme et courageux... »

(7) Add. Logotach. : « ..., elle a été digne de ceux qui veulent la République. »

(8) Add. Logotach. : « On m'accuse d'être du parti des vils scélérats qui ont précédé ceux qui les continuent si bien, du parti de La Fayette, de la minorité de la noblesse, de la faction d'Orléans, de ceux qui voulaient anéantir la République. Oui, toutes ces inculpations, tous ces contes ridi:ules ont été faits contre nous... » — Var. /. des Débats. : « Depuis le commencement de la Révolution, on a tout employé pour

ils sont suivis de ceux des tribunes. — Plusieurs membres demandent qu'elles soient rappelées au respect qu'elles doivent à r Assemblée) (1)... (2) Eh bien (3) les tribunes de Marseille ont aussi applaudiàlaMontagne...(2) J'ai vu, depuis la Révolution, depuis que le peuple français a des représentants, j'ai vu se répéter les misérables absurdités que je viens d'entendre débiter ici. Je sais que le peuple n'est pas dans les tribunes, qu'il ne s'y en trouve qu'une petite portion, que les Maury, les Cazalès et tous les partisans du despotisme (4) calomniaient aussi les citoyens des tribunes. (5)

(6) Il fut un temps où vous vouliez une garde départementale. {Quelques murmures se font entendre.) (7) — On voulait l'opposer aux citoyens (8) égarés par la faction de Paris : Eh bien ! vous avez reconnu que ces mêmes citoyens de& départements que vous appeliez ici, lorsqu'ils ont été à leur tour placés dans les tribunes, n'ont pas manifesté d'autres sentiments que le peuple de Paris, peuple instruit, peuple qui juge bien ceux qui le servent, (9) (On applaudit dans les tribunes et dans une très grande partie de l' Assemblée) [...] peuple qui se compose de citoyens pris dans tous les départements; peuple exercé aussi à discerner quels sont ceux qui prostituent leurs talents, (10) peuple qui voit bien que, qui combat avec la Montagne, ne peut pas servir

nous perdre ; nous avons vu contre nous dans l'Assemblée constituante la minorité de la noblesse; nous avons vu contre nous dans l'Assemblée législative la cour et tous ses satellites; nous avons tenu tête à tous, et l'on espère... »

(i) Add. Ibid. : « ... La lïépublique nous juge. — «Les tribunes 1 », « disent quelques membres. — »

(2) Points de suspension dans le texte.

(3) Add. J. des Débats : <c ... oui? les tribunes. »

(4) /. des Débats : «... et tous les misérables qui voulaient le despotisme,... » Add. Logotach. : « ... et toute la clique aristocratique,... »

(5) Add. Logotach. : « {Applaudi.) »

(6) Add. Logotach. : « Citoyens,... »

{7) Logotach. : « {Oui, oui !) »

(8) Aid. Logotach. : «... qu'ion disait... »

(9) Logotach. : « ...ceux qui divergent... »

(10) Add. Logotach., J. des Débats : « ...qui vendent leur âme... »

CONVENTION, 1^^ AVRIL 1793 35g

les projets d'Orléans. (1) (Mêmes applaudissements.) Le projet lâche et stupide qu'on avait conçu, d'armer la fureur populaire contre les Jacobins, contre vos commissaires, contre moi, (2) parce que j'avais annoncé que Dumou» riez avait des talents militaires, et qu'il avait fait un coup de génie en accélérant l'entreprise de la Hollande; ce projet vient sans doute de ceux qui ont voulu faire massacrer les patriotes; car il n'y a que les patriotes qu'on égorge. (3)

Un grand nombre de voix. — Oui, oui ! Marat. — Le Peletier et Léonard Bourdon I

Danton. — Eh bien ! leurs projets seront toujours déçus; le peuple ne s'y méprendra pas. (4) J'attends tranquillement et impassiblement le résultat de cette Commission. Je me suis justifié de l'inculpation de n'avoir pas parlé de Dumouriez (5). J'ai prouvé que j'avais le projet d'envoyer dans la Belgique une commission composée de tous les partis pour se saisir, soit de l'esprit, soit de la personne de Dumouriez. (6)

Marat. — Oui, c'était bon, envoyez-y Lasource !

Danton. — J'ai prouvé, puisqu'on me demande (7) des preuves pour répondre à de simples aperçus de Lasource, que si je suis resté à Paris, ce n'a été en contravention à aucun de vos décrets (8). J'ai prouvé qu'il est absurde de

(i) Logotach. : «... des intrigants... »

(2) Logotach. : « Toujours ils se sont opposés aux projets lâches et perfides qu'on avait conçus, en voulant armer les préventions populaires, contre la Société patriotique, et notamment contre quelques membres de la commission de Belgique, contre moi,.. »

(3) Add. Rép. fr. : « (Danton montre le tableau de Peletier). » D'après le Journal des Débats, il aurait ajouté : « En voilà la preuve ! »

(4) Logotach. : « Eh bien ! ces hommes lâches seront tous trompés dans leurs projets, le peuple ne les craindra pas. »

(5) Add. Logotach. : « ... au Comité de défense générale. »

(6) Logotach. : « ... j'avais demandé qu'il y eût des membres de tous les partis de la Convention nationale, à l'effet de proposer des mesures, pour se saisir de la personne de Dumouriez. »

(7) Add. Logotach. : « ... sans cesse... »

(8) Add. Logotach. : «... ni contre mon devoir. Rép. fr. J'ai même été autorisé en cela par la Commission. »

dire que le séjour prolongé de Delacroix dans la Belgique était concerté avec ma présence ici, puisque l'un et l'autre nous avons suivi les ordres de la totalité de la Commission; que si la Commission est coupable, il faut s'adresser à elle et la juger sur des pièces après l'avoir entendue, mais qu'il n'y a aucune inculpation individuelle à faire contre moi. (1) J'ai prouvé qu'il était lâche et absurde de dire que moi, Danton, j'ai reçu cent mille écus pour travailler la Belgique. (2) N'est-ce pas Dumouriez qui, comme Lasource, m'accuse d'avoir opéré à coups de sabre la réunion? — Ce n'est pas moi qui ai dirigé les dépenses qu'a entraînées l'exécution du décret du 15 décembre. Ces dépenses ont été nécessitées pour déjouer les prêtres fanatiques qui salariaient le peuple malheureux; ce n'est pas à moi qu'il faut en demander compte; c'est à Lebrun. (3)

Cambon. — Ces cent mille écus sont tout simplement leg dépenses indispensablement nécessaires pour l'exécution du décret du 15 décembre.

Danton. — (4) Je prouverai subséquemment que je suis un révolutionnaire immuable, que je résisterai à toutes les atteintes, et je vous prie, citoyens (se tournant vers les membres de la partie gauche), d'en accepter l'augure. J'aurai (5) la satisfaction de voir la Nation entière (6) se lever en masse pour combattre les ennemis extérieurs, et en même temps pour adhérer aux mesures que vous avez décrétées sur mes propositions. (7)

(i) Add. Logotach. : « : J'ai prouvé que je n'avais pas reçu d'argent ! >>

(2) Add. Logotach. : « J'ai interpellé Cambon à ce sujet : Cambon dira ce qui a été arrêté par le Comité des finances, de concert avec le niinistre des affaires étrangères par qui l'argent avait été donné. »

(3) Logotach. : « ... s'il y a eu 100.000 écus donnés pour déjouer les complots des aristocrates, pour déjouer les manoeuvres des prêtres qui fanatisaient le peuple de la Belgique, s'il y a eu de l'argent employé pour cela, ce n'est pas par moi. »

Lebrun disposait des fonds comme ministre des affaires étrangères.

(4) Add. Logotach. : « J'ai dit tout ce que j'ai fait. »

(5) Logotach. : « J'espère avoir... »

(6) Add. Logotach. : « ..., oui, tout entière,... »

(7) Logotach. : «... et j'ai la certitude de voir arriver des adhésions aux mesures que j'ai proposées. »

CONVENTION, le' AVRIL 1793 361

(1) A-t-on pu croire un instant, a-t-on eu la stupidité de croire que moi, je me sois coalisé avec Dumouriez? — Contre qui Dumouriez s'élève-t-il? — Contre le Tribunal révolutionnaire : c'est moi qui ai provoqué l'établissement de ce tribunal. — Dumouriez veut dissoudre la Convention? — Quand on a proposé, dans le même objet, la convocation des assemblées primaires, ne m'y suis-je pas opposé? (2) — Si j'avais été d'accord avec Dumouriez, aurais-je combattu ses projets de finances sur la Belgique? — Aurais-je déjoué son projet de rétablissement des trois États? (3)

(4) Les citoyens de Mons, de Liège, de Bruxelles, diront si je n'ai pas été redoutable aux aristocrates (5), autant exécré par eux qu'ils méritent de l'être; ils vous diront qui servait les projets de Dumouriez, de moi ou de ceux qui le vantaient dans les papiers publics, (6) ou de ceux qui exagéraient les troubles de Paris, et publiaient que des massacres avaient lieu dans la rue des Lombards. (7)

(i) Add. Logotach. : « Il est assez étrange que j'aie passé pour un homme qui voulait vous désorganiser, vous avilir, vous effrayer, quand je vous ai proposé des mesures que vous avez adoptées unanimement. Eh ! ne voyez-vous pas que tout cela enveloppe des contradictions, car ces mesures sont celles qui effrayaient le plus Dumouriez ! »

(2) Logotach. : u Avez- vous lu le rapport contre les sociétés populaires? contre cette belle institution, le Tribunal révolutionnaire? contre qui encore? Contre la Convention ! Eh ! qui a demandé que la Convention restât, immobile ? — Je l'ai demandé aussi; quand on a proposé les assemblées primaires; j'ai fait voir aussi le danger qu'il y avait, de dissoudre la Convention. »

(3) Logotach. : «... ses projets d'élever un gouvernement fondé sur trois ordres. »

(4) Add. Logotach. : « Je n'aurais pas déjoué ses projets, je n'aurais pas cherché à détruire, dans les sociétés populaires, l'autorité, l'ascendant que Dumouriez avait donnés aux agents de l'Etat. Toute la Belgique, les expatriés, ceux qui ont suivi l'étendard de la liberté,... »

(5) Add. Logotach., J. des Débats : « ... de la Belgique,... »

(6) Logotach. : « ... si je n'étais pas autant exécré par les gens d'état, que je le suis par les scélérats qui voudraient rompre l'indivisibilité de la République et qui, par là, serviraient les proj ets du scélérat Dumouriez qu'ils ont défendu dans les papiers publics, qu'ils ont servi en avilissant la Convention, en la représentant comme gouvernée par les factieux... »

(7) Logotach. :«..., en disant que Paris était en feu, qu'on demandait un roi, qu'on s'était égorgé dans la rue des Lombards. »

Tous les citoyens vous diront : quel fut son crime? C'est d'avoir défendu Paris. (1)

(2) A qui Dumouriez déclare-t-il la guerre ? — (3) Aux sociétés populaires. — (4) Qui de nous a dit que, sans les sociétés populaires, sans le peuple en masse, nous ne pourrions nous sauver? — De telles mesures coïncident-elles avec celles de Dumouriez (5) ou la complicité ne seraitelle pas plutôt de la part de ceux qui ont calomnié à l'avance les commissaires (6) pour faire manquer leur mission? (Applaudissements.) — Qui a pressé l'envoi des commissaires? (7) Qui a accéléré le recrutement (8), le complètement des armées?

C'est moi; moi, (9) je le déclare à toute la France, qui ai le plus puissamment agi sur ce complètement. — Ai-je, moi, comme Dumouriez, calomnié les soldats de la liberté qui courent en foule pour recueillir les débris de nos armées (10). N'ai-je pas dit(ll)que j'avais vu ces hommes intrépides porter aux armées le civisme qu'ils avaient puisé dans l'intérieur? (12) N'ai-je pas dit que cette portion de l'armée qui, depuis qu'elle habitait sur une terre étrangère, ne montrait

(i) Logotach. : « Qui plus que moi a soutenu les citoyens de Paris? »

(2) Add. Logotach. : « Et contre qui Dumouriez est-il armé? »

(3) Add. Logotach. : « Encore plus au peuple de Paris qu'à la Convention, il la déclare encore... »

(4) Add. Logotach. : « Eh bien ! qui plus que moi a défendu les sociétés populaires? »

(5) Add. Logotach. : « ..., avec le système de ceux qui ont voulu faire haïr Paris, qui ont voulu que Paris devînt en horreur à tous les départements; de ceux qui ont écrit dans tous les temps dans les départements, contre le civisme des meilleurs républicains,... »

(6) Add. Logotach. : « ... que vous aviea envoyés dans la Belgique,... »

(7) Logotach. : « Eh bien! qui a proposé cette mesure des commissaires? »

(8) Add Logotach. : « ... que je suis venu presser ici... »

(9) Rép. fr. : «... oui c'est moi,... »

(10) Add. Logotach. : « ... et pour la renforcer [l'armée], Rép. fr. en attribuant à leur manque de courage la défaite que nos armées ont éprouvée dans la Belgique. »

(11) Add. Rép. fr. : « .... au contraire,... »

(12) Rép. fr. : « ... dans leurs foyers. »

plus la même vigueur, reprendrait, comme le géant de la Fable, en posant le pied sur la terre de la liberté, toute l'énergie républicaine (1)? — Est-ce là le langage de celui qui aurait voulu tout désorganiser? (2) N'ai-je pas montré (3) la conduite d'un citoyen qui voulait vous tenir en mesure contre toute l'Europe?

(4) Qu'on cesse donc de (5) reproduire des fantômes et des chimères qui ne résisteront pas (6) à la lumière et aux explications (7).

Je demande que la commission se mette sur-le-champ en activité, (8) qu'elle examine la conduite de chaque député depuis l'ouverture de la Convention (9); je demande qu'elle ait caractère surtout pour examiner (10) la conduite de ceux qui, postérieurement au décret (11) pour l'indivisibilité de la République, (12) ont manœuvré pour la détruire; (13) de ceux qui, après la rejection de leur système pour (14) l'appel au peuple, nous ont calomniés; (15) et si, ce que je crois,

(i) Logotach. : « N'ai-je pas dit que la portion armée du peuple français, qui semblait n'être pas aussi énergique depuis qu'elle avait séjourné sur le [lire hors du] territoire de la République, reprendrait une vigueur nouvelle Add. et terrasserait nos ennemis? »

(2) Logotach. : « Est-ce là la conduite d'un homme qui a voulu désorganiser son pays ? Add. Je vous adjure, vous tous qui voulez être de bonne foi.... »

(3) Logotach. : «... tenu... Add. , parmi vous,... «

(4) Add. /. des Débats : « J'ai prouvé que je n'avais rien reçu, que je n'étais comptable de rien; j'ai prouvéenmême temps que j'avais été aussi redoutable aux aristocrates de la Belgique qu'aux aristocrates de France; j'ai prouvé que j'ai bien servi la patrie... »

(5) Add. Logotach. : «... venir... «

(6) Rép, fr. : « ... qui ne peuvent résister... «

(7) Add. Logotach. : « ... toujours claires, toujours positives. »

(8) Logotach. : « Je demande que votre commission se mette dès aujourd'hui en pleine activité; Add. je demande... »

(9) Add. Logotach. : « (Applaudi.) »

(10) Add. Rép. fr. : «... scrupuleusement... »

(11) Add. Ibid. : « ... rendu... »

(12) Logotach. :« ... ceux qui, antérieurement aux décrets de l'unité, de l'indivisibilité de la République,... »

(13) Add. Logotach. : « ... je demande qu'on examine la conduite...»

(14) Rép. fr. : « ... de ...»

(15) Logotach. : « ... depuis qu'on n'a pas adopté leur appel au peuple, ont constamment calomnié les meilleurs citoyens; ...»

il y a ici (1) une majorité vraiment républicaine, elle en fera justice.

Je demande qu'elle (2) examine la conduite de ceux qui ont empoisonné l'opinion publique dans tous les départements; (3) on verra ce que l'on doit penser de ces hommes qui ont été assez audacieux pour notifier à une administration qu'elle (4) devait arrêter des commissaires de la Convention (5); de ces hommes qui ont voulu constituer des citoyens, des administrateurs, juges des députés que vous avez envoyés dans les départements (6) pour y réchauffer l'esprit public et y accélérer le recrutement ; on verra quels sont ceux qui, après avoir été assez audacieux pour transiger avec la royauté, (7) après avoir désespéré, comme ils en sont convenus, de l'énergie populaire, ont voulu sauver les débris de la royauté. Car, on ne peut trop le répéter, ceux qui ont voulu sauver l'individu, ont, par là même, eu intention de donner de grandes espérances au royalisme. (8) (Applaudissements d'une grande partie de V Assemblée.)

Tout s'éclaircira; (9) alors on ne sera plus dupe de ce raisonnement par lequel on cherche à insinuer qu'on n'a voulu détruire un trône que pour en rétablir un autre. Quiconque, auprès des rois, est convaincu d'avoir voulu frapper un d'eux, est pour tous un ennemi mortel. (10)

Une voix (11). — Et Cromwell?... (Des murmures s'élèvent dans une partie de l'Assemblée.)

(i) Rép. fr. : « ... et si, comme je l'espère, il se trouve ici... »

(2) Logoiach. : «... que la Convention... »

(3) Add. Logotach. : « {Applaudi.) »

(4) Logotach. : «... pour écrire à des administrations qu'elles... »

(5) Add. Logotach. : «... nationale... »

(6) Logotach.: K ...; on verra quels sont ceux qui ont voulu constituer des administrateurs dans les départements, jugés des commissaires envoyés par la Convention... »

(7) Add. Logotach. : « (Interrompît.) «

(8) Add. Logotach. : « {Interrompu.) »

(9) Logoiach. : « Tout se découvrira; ... »

(10) Logotach. : « Qu'on ne soit plus dupes des raisonnements de ceux qui prétendent qu'on a frappé un roi pour avoir un roi ; quiconque a frappé un roi est devenu l'ennemi de tous les rois. »

(11) Rép. fr. : « J.-B. Louvet. »

Danton - — (1) (se tournant vers F interlocuteur). Vous êtes bien scélérat de me dire que je ressemble à Gromwell. Je vous cite devant la Nation. (2) (Un grand nombre de voix s'élèvent simultanément pour demander que V interrupteur soit censuré; d'autres (3) pour qu'il soit envoyé à l'Abbaye.)

(4) Oui, je demande que le vil scélérat (5) qui a eu l'impudeur (6) de dire que je suis un Gromwell soit puni, qu'il soit (7) traduit (8) à l'Abbaye. (On applaudit). (9) Et si, en dédaignant d'insister sur la justice que j'ai le droit de réclamer, si je poursuis mon raisonnement, je dis (10) que quand j'ai posé en principe que quiconque a frappé (11) un roi à, la tête, devient (12) l'objet de l'exécration de tous les rois, j'ai établi une vérité qui ne pourrait être contestée (13).

(Plusieurs voix — C'est vrai !)

Eh bien ! croyez-vous que ce Gromwell dont vous me parlez ait été l'ami des rois? (Une voix. — Il a été roi luimême !)

Il a été craint, parce qu'il a été le plus fort. Ici ceux qui ont frappé le tyran de la France seront craints aussi. Ils seront d'autant plus craints que la liberté s'est engraissée du sang du tyran. Ils seront craints, parce que la Nation est

(i) Add. Rép. fr. : « Cromwell, fut un tyran... (Une voix à droite. — Vous lui ressemblez.) »

(2) Rép. fr. : « Tu es bien scélérat de me comparer à Cromwell; je te cite au tribunal de la Nation ! n Logotach.:i< Vous êtes un scélérat de dire que je ressemble à Cromwell (// désigne celui qui venait de l'insulter) , je vous cite devant la Nation. Add. Vous êtes un monstre et un scélérat. »

(3) Add. Rép. fr. : « ..., à l'extrémité de la partie gauche,... »

(4) Add. Logotach. : « Citoyens, quelle que soit votre opinion sur moi, je réclame ce qu'il y a de plus sacré chez tous les peuples... »

(5) /• ^^5 Débats : «... intrigant... »

(6) Logotach. : «... l'impudence Add. de m'accuser et... »

(7) Add. Logotach. : «... arrêté et... »

(8) Logotach. : «... conduit... »

(9) Add. Rép. fr. : « [Les cris : A l'Abbaye ! redoublent.) » Add. /. des Débats : « {Cette querelle particulière n'a pas de suites.) »

(10) Add. Logotach. : «... à ces mêmes hommes,... »

(11) Logotach. : « ... avait déclaré qu'il fallait frapper... »

(12) Add. Logotach. : « ..., nécessairement,... »

(13) Rép. fr. : «... détruite, Add. par l'exemple de Cromwell. » ;

avec eux (1). Cromwell n'a été souffert par les rois que parce qu'il a trav^aillé avec eux. Eh bien ! je vous interpelle tous (2) [ ...] (se tournant vers les membres de la partie gauche)[...] Est-ce la terreur, (3) est-ce l'envie d'avoir un roi qui vous a fait proscrire le tyran(4)?[...] (L'Asse/nWec presque unanime. (5) — Non, non!) [...] Si donc ce n'est que le sentiment profond de vos devoirs qui a dicté son arrêt de mort, si vous avez cru sauver (6) le peuple, et faire en cela ce que la Nation avait droit d'attendre de ses mandataires, (7) ralliez-vous [...] (s' adressant à la même partie de V Assemblée), [...] vous qui avez prononcé l'arrêt du tyran contre les lâches [...] (indiquant du geste les membres de la partie droite)[...] quiontvoulul'épargner (8) (une partie de V Assemblée applaudit); [...] (9) serrez-vous (10); appelez le peuple à se réunir en armes contre l'ennemi du dehors, et à écraser celui du dedans, et confondez, par la vigueur et l'immobilité de votre caractère, tous les scélérats (11), tous les modérés, [...] (l'orateur, s' adressant toujours à la partie gauche, et indiquant quelquefois du geste les membres du côté opposé) [...] tous ceux qui vous ont calomniés dans les départements.— Plus de composition avec eux ! (12)(Viy5 applau-

(i) Add. Rép. fr. : « En France, c'est la Nation entière qui a été le Cromwell. Logotach. Cromwell n'a été un scélérat que parce qu'il a travaillé pour lui. »

(2) Add. Rép. fr. : « .... âmes vraiment républicaines,... » — Var. Logotach. : «... révolutionnaires,... »

(3) Add. Rép. fr., Logotach. : « ..., est-ce un Cromwell... »

(4) Add. Logotach. : «... qui proscrirait vos têtes ? »

(5) Rép. fr. : « Barère et plusieurs autres membres se lèvent en criant : Non ! Non ! »

(6) Logotach. : «... servir... «

(7) Add. Logotach. : « ... je vous en adjure, vous tous, pour qui il n'est plus de trêves avec les tyrans,... »

(8) Add. Ibid. : «... contre eux tous,... »

(9) Add. Logotach. : «... ralliez-vous, vous qui avez fait descendre le tyran dans la tombe,... »

(10) Add. Logotach. : « ... ; méfiez- vous, ou des lâches, ou des'pusillanimes, ou des traîtres... »

(11) Add. Rép. fr. : « ..., tous les aristocrates,... «

(12) Logotach. :« Vous ne devez pas transiger avec eux. Add. {Non, non !) »

CONVENTION, ler AVRIL 1793 367

dissements d'une grande partie de V Assemblée et des tribunes.) Reconnaissez -le tous, vous qui n'avez jamais su tirer de votre situation politique dans la nation le parti que vous auriez pu en tirer; qu'enfin justice vous soit rendue. Vous voyez, par la situation où je me trouve en ce moment, la nécessité où vous êtes d'être fermes, et de déclarer la guerre à tous vos ennemis, quels qu'ils soient. (1) (Mêmes applaudissements.) Il faut former une phalange indomptable. (2) Ce n'est pas vous, puisque vous aimez les sociétés populaires (3) et le peuple, ce n'est pas vous qui voudrez un roi! (4) [...] (Les applaudissements recommencent. — Non, non ! s' écrie-t-on avec force dans la grande majorité de V Assemblée.) [...] C'est à vous à en ôter l'idée (5) à ceux qui ont machiné (6) pour conserver l'ancien tyran.

(7) Je rriarche à la République. Marchons-y de concert, nous verrons qui de nous ou de nos détracteurs atteindra le but. (8)

Après avoir démontré que j'ai été au Comité de défense générale aussitôt que j'ai pu; après avoir démontré que, non seulement j'ai établi les crimes de Dumouriez, mais que j 'ai demandé qu'il y eût des commissaires pris indistinctement dans tous les partis de l'Assemblée, pour aller examiner sa conduite; [après avoir démontré] que le récit de Camus coïncidait avec le mien; après avoir démontré que j'étais ici par devoir et non contre vos décrets; après avoir démontré que je n'ai rien reçu pour ma commission dans la Belgique; que je n'ai eu le maniement d'aucun denier; après avoir démontré que j'ai voulu un grand recrutement, un grand mou-

Ci) Add. Logotach. : « Vous voyez par la guerre qu'on vous déclare que vous devez la reporter à tous vos ennemis. {Oui, om\) »

(2) P. du Jour : « ... impénétrable... » Add. Rép. fr. : « Marat. — Nous le ferons ! »

(3) Logotach. : «... vous qui allez aux sociétés populaires... »

(4) Ibid. : «... la royauté ! »

(5) Logotach. : « C'est à vous qu'il appartient d'en détruire jusqu'à l'idée... »

(6) Rép. fr. : «... conspiré... »

(7) Add. Logotach. : « La France nous voit ! Eh bien, elle nous jugera ! »

(8) Add. Ibid. : « {Applaudi.) »

vement, pour que les forces fussent portées vers l'ennemi; après avoir démontré que j'ai voulu la réunion qui était l'objet de l'intention de la Belgique; après avoir démontré que nous n'avons point fait la révolution (1) à coups de sabre, comme Dumouriez nous [en] accuse; après avoir démontré qu'il n'y a aucune connexité entre notre conduite et celle de Dumouriez; après avoir démontré que Dumouriez nous accuse faussement, par sa correspondance, d'avoir voulu faire égorger toute la Belgique; après avoir démontré que Dumouriez nous a accusés d'avoir tout bouleversé, menacés même de nous faire arrêter; après avoir démontré qu'il nous a été impossible, à Lacroix (2) et à moi qui n'étions pas la totalité de la Commission, d'arrêter Dumouriez, sans en avoir conféré avec la Commission, surtout dans un moment où il était au milieu de l'ennemi; après avoir démontré qu'aucune espèce d'inculpation de nous était formellement dénoncée; après avoir invoqué les lumières de vos Comités, du Conseil exécutif, des commissaires nationaux; (3) après, dis-j e, avoir rempli cette tâche à la satisfaction de tout homme de bonne foi; (4) après avoir répondu sur les détails mêmes; je demande aussi que la Commission (5) instituée (6), examine, non seulement la conduite des commissaires dans cette affaire, mais la conduite (7) de ceux qui, par leurs écrits, par leur correspondance scélérate et criminelle, ont essayé de persuader que la République n'était conduite que par des scélérats; et enfin, que la commission fasse un prompt rapport de ceux qui ont perverti l'esprit public, qui ont voulu soulever les départements contre Paris; de ceux qui ont voulu sauver le tyran [...] (8).

(i) Lire probablement réunion.

(2) Delacroix.

(3) Add. Mon. : « ...après avoir répondu à tout; ... »

(4) Mon. : «... après avoir rempli cette tâche de manière à satisfaire tout homme sensé et de bonne foi... »

(5) Add. Mon. : « ... des Six... »

(6) Mon. : « ... que vous venez d'instituer... »

(7) Add. Ibid. :« ...de ceux qui vous ont calomnié, qui ont machiné contre l'indivisibilité de .la République,... »

(8) Add. Ibid. :« {Nouveaux applaudissements d'une partie de l'Assem-

CONVENTION, I^f AVRIL I793 . 369

Je demande que ma proposition soit mise aux voix, et on verra [...] (Applaudi) [...] si je redoute les accusateurs ! Je me suis retranché dans la citadelle de la raison; j'en sortirai avec le canon de la vérité pour pulvériser tous mes ennemis. (1)

[« Pour juger de l'effet que produisit sur nous cette éloquente improvisation, dit Levasseur dans ses Mémoires, il faut se rappeler que Danton avait jusqu'alors cherché à amener une réconciliation entre les deux côtés de l'Assemblée.... La plupart d'entre nous pensaient qu'il jugeait mal quand il espérait établir l'union entre les Girondins et la Montagne. Aussi, lorsque ce chaleureux orateur, maladroitement provoqué,... brûla en quelque sorte ses vaisseaux... nous fûmestous transportés d'un espèce d'enthousiasme électrique; nous regardâmes la résolution inopinée de Danton, comme le signe d'une victoire certaine. Quand il descendit de la tribune, un grand nombre de députés coururent l'embrasser et la salle retentit du bruit réitéré de nos applaudissements. Cependant, cet incident n'eut pas de suites ; Lasource n'ayant fait aucune motion formelle, la Convention reprit simplement la suite de ses travaux. Mais si le discours de Danton n'amenait aucun résultat positif, il en avait un immense pour la direction des esprits. Nous étions rassurés sur notre avenir... ))1

blée et des tribunes) [...]■ enfin de tous les coupables qui ont voulu ruiner la liberté. »

(i) Mon. Rép. fr., : « ... j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser. »

Add. Mon. : « (Danton descend de la tribune au milieu des plus vifs applaudissements d'une très grande partie de l'Assemblée et des citoyens. — Plusieurs membres de l'extrémité gauche se précipitent vers lui pour V embrasser . — Les applaudissements se prolongent.) »

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