‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 251 sur 459 · CONTRE UNE ADRESSE DE LA SECTION DES GARDES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

CONTRE UNE ADRESSE DE LA SECTION DES GARDES FRANÇAISES

D'après le Journal des Débats, le Moniteur et le Républicain français.

(Convention, mardi soir 28 mai 1793, 8 heuresi)

[La section des Gardes-françaises présente une adresse à la Convention ; elle déclare *< qu'il est temps qu'une troupe de scélérats cachés sous le masque du patriotisme, disparaisse, qu*il est temps qu'une minorité turbulente s'effraie du retour de l'ordre ». Elle ajoute que les députés peuvent compter sur elle pour les défendre en cas de péril : « Alors on Verra d'un côté le courage des bons citoyens et de l'autre la lâcheté et la perfidie de quelques brigands. (1) Vous avez laissé trop longtemps entre les mains du peuple les instruments révolutionnaires. Il erre au gré des passions de quelques agitateurs adroits et sert les projets des ambitieux qui veulent nous lasser de la liberté, pour nous redonner un maître. » Les pétitionnaires demandent une constitution libre qui assure aux citoyens leurs droits civils et politiques.

Le Président répond et invite les pétitionnaires aux honneurs de la séance. — On demande l'impression de l'adresse.]

Danton. — Je m'y oppose. — Personne ne respecte plus que moi le droit de pétition; (2) j'ai applaudi à l'opinion

(i) Danton va reprendre les différents termes de l'adresse, et les tourner en ridicule. (Par exemple les pétitionnaires lui disent qu'il est un brigartd. et lui les traite d'honnêtes gens, etc..)

(2) Merc. un. : « Personne, plus que moi, ne défendra ett toutes circonstances le droit de pétition. » Républicain : « Je suis loin de vouloir attenter au droit sacré de pétition. »

principale contenue dans celle que vous venez d'entendre; nous sentons tous la nécessité d'une constitution, et sous ce rapport, je ])artage les vœux des pétitionnaires. Mais ordonnerez-vous l'impression d'une adresse où l'on dit qu'il faut arracher au peuple les instruments de la Révolution? (1) Si j'entends bien ce que signifient ces mots, cela veut dire la faculté de se réunir pour délibérer sur les affaires publiques (2).

Or, les pétitionnaires nous ont demandé ce qu'il nous est impossible de faire, car le peuple français est au-dessus de nous. (3) Il est digne de se servir de ces instruments de Révolution, il est tout prêt à les tourner contre ses ennemis (4). Le peuple français, avec ces mêmes instruments, fera, quand il voudra, rentrer en un seul jour dans le néant les hommes (5) assez stupides pour croire qu'il y a de la distinction entre le peuple et les citoyens. (6)

(i) Merc. un. : « Mais je ne crois pas que l'on puisse dire que vous laissez trop longtemps les instruments révolutionnaires entre les mains du peuple. Add. C'est supposer que le peuple est assez stupide pour se laisser abuser; et sous prétexte que l'on a pu abuser son jugement... »

(2) Merc. un. : « ... les pétitionnaires voudraient donc que l'on désarme le peuple, et'qu'on lui défende de se mêler des affaires publiques ? — {Des voix. — Ce n'est pas cela). » Républicain : « Je vous rappelerai ce qu'on vous a dit dans cette adresse : Législateurs, vous laissez trop longtemps dans les mains du peuple les instruments révolutionnaires. Cela ne veut il pas dire : Otez lui la faculté de se réunir pour délibérer sur les affaires publiques, Add. et surtout ce droit sacré qu'il maintiendra toujours, celui de résister à l'oppression? »

(3) Add. Aud. nat. : « Jamais rien de plus avilissant ne fut proféré contre le peuple français que cette phrase de la pétition qui accuse le peuple de n'être pas capable de se servir, pour ses intérêts, des instruments révolutionnaires que ses droits et ses victoires lui ont mis dans les mains, et de les abandonner à quelques intrigants pour l'asservir. »

(4) Add. Aud. nat. : «... il ne dépend pas de vous de les lui arracher; aucune puissance humaine ne pourra ôter au peuple le droit de résistance à l'oppression. Merc. un. Le peuple français veille sur nous, il [s'] est saisi de ces instruments révolutionnaires; Républicain, il est prêt tout à seconder cette minorité qui vient de remporter sur vous un triomphe complet en vous forçant à être justes. Merc. un. — Le peuple français méprise ses ennemis. » — Var. Merc. un. : « Il appréciera cette minorité qui sur vous a remporté un triomphe complet. »

(5) Add. Merc. un. : « ... assez lâches pour l'avilir ici,...»

(6) Merc. un. : « ... et ceux qui, assez stupides, pensent mettre de la différence entre le peuple et les citoyens. »

Page 1