‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 253 sur 459 · FAIT AU NOM DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

FAIT AU NOM DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

(Convention, mercredi 29 mai 1793.)

De r Instruction publique.

Un autre objet importe bien au salut public. Vous n'en recueillerez pas subitement les fruits, mais, pour être tardifs, ils n'en seront que plus bienfaisants et plus doux. L'éducation publique, les écoles primaires surtout, sont une dette sociale qui est à échéance depuis que vous avez renversé le despotisme et le règne des prêtres; c'est une dette sacrée qui est réclamée par tous les départements, et dont l'acquittement peut seul consoler des maux que l'anarchie vous a faits et vous fait encore.

pocrisie, plus dangereux que les despotes déclarés, viennent ici, en personne, proclamer leurs principes liberticides, il est temps que ceux qui reçurent de la nature une âme brûlante pour la liberté, se montrent, n'attendent plus leur ennemi et le provoquent pour le terrasser. Je demande la question préalable sur l'impression de l'adresse. « L'ordre du jour sur l'impression, mis aux voix, est adopté. » (i) Ce rapport fut lu par Bar ère à la Convention; tout le début que nous ne donnons pas ici est de lui. — Cf. (La Révolution française, i8go, t. XIX, p. 184), l'article de M. Bornarel, qui le premier signala la collaboration de Danton et de Barère, et la prouva par deux extraits, l'un, du Républicain, (n» du 31 mai, 1793 p. 900), l'autre de la Chronique de Paris (no du 31 mai, p. 2, seconde colonne).

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Les enfants dont les pères ont volé à la défense des frontières, ont droit d'obtenir de la Nation une instruction qui les dédommage de l'absence de leurs instituteurs naturels; les enfants des agriculteurs, transformés par le patriotisme en militaires, sont devenus les enfants de la patrie. — Ouvrez donc pour eux, ouvrez dès demain s'il est possible, les écoles primaii es, les écoles de la République; il ne manque aux campagnes que des lumières, et aux villes, [qu'] un patriotisme plus assuré. Une lacune affreuse se présente devant nous; cette lacune sera bien sensible dans l'Assemblée nationale qui existera dans dix ans; c'est alors que paraîtra cette influence de l'état actuel des esprits sur l'éducation publique, et la génération qui s'élève, moins éclairée que les autres, reprochera à votre mémoire ce délit de lèse-liberté.

; De la Constitution.

Le dernier et principal moyen de salut public que vous avez déjà entrepris, moyen qui repose dans vos mains, mais qui marche avec trop de lenteur, c'est le travail de la Constitution républicaine. Voilà votre principal devoir, voilà votre mandat. Faire la constitution la plus démocratique dans les bases, celle qui assure le plus l'exercice des droits du peuple dans tous ses développements, qui établisse les meilleurs moyens de faire des lois, et qui donne le gouvernement le plus énergique, sans être usurpateur, serait sans doute le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Mais peut-être, au milieu des orages de la Révolution, trop d'intérêts, de passions et de préjugés nous divisent; allons au bien comme cela nous est possible dans ce moment, et renvoyons le mieux au temps qui perfectionne tout.

Nos ennemis réunissent cependant leurs forces, font taire leurs intérêts personnels, prennent de concert leurs mesures avant de nous attaquer. — Des concitoyens, des représentants de la même nation, ne peuvent-ils pas aussi se réunir dans le calme de la raison pour élever une constitution qui doit faire tant d'heureux?

Combien tous ceux qui se tourmentent pour un instant de célébrité ou d'opinion, se ralentiraient dans

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ces mouvements irascibles, s'ils voulaient réfléchir aux caprices de la faveur des hommes et aux fluctuations de l'opinion des contemporains? Ah ! combien ceux qui s'agitent dans quelque intrigue pour des jouissances de la haine, de l'envie ou de la domination, se refroidiraient, s'ils songeaient que, dans quelques mois, ils n'occuperont plus la pensée des citoyens, et qu'il est difficile d'obtenir quelques suffrages de ceux qui sont gouvernés !

La nation française veut une constitution ; c'est son besoin le plus pressant; la retarder, c'est risquer de perdre la liberté : on se lasse de ne pas avoir de lois fixes, et on embrasse avidement tout ce qui en présente l'apparence.

La trop grande lenteur des discussions peut retarder un accomplissement du vœu très prononcé du peuple, au point de lasser sa patience et de le forcer, en quelque sorte, à sacrifier au désir de la paix une partie de cette liberté acquise au prix de tant de sang et de tant de sacrifices.

Mais cette lenteur est surtout à craindre si la Constitution ne se borne point aux articles essentiels, à, ceux qui doivent être rendus irrévocables pour prévenir les usurpations du pouvoir législatif ou les effets de la corruption sur une assemblée nationale , à ceux encore qui sont nécessaires pour assurer et garantir les droits des citoyens, et si l'on y insère des articles de détail qui peuvent être appelés constitutionnels puisqu'ils statuent sur l'organisation des pouvoirs, mais qui peuvent être révocables au gré des législatures, sans aucun danger.

En effet, les opinions sont surtout divisées sur ces articles de détail; les discussions s'y prolongent précisément parce qu'elles sont moins importantes.

D'ailleurs, on trouverait plusieurs avantages à borner ainsi la Constitution aux articles nécessaires :

1° Une plus grande espérance qu'elle sera acceptée par le peuple.

2° Une plus grande espérance encore que les citoyens ne demanderont point si promptement, une réforme de la Constitution.

3t> On détruirait par cette seule résolution, même avant que la Constitution fût faite, une partie des espérances de

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nos ennemis, parce qu'alors ils commenceraient à croire que la Convention donnera une constitution à la France, ce que, jusqu'à présent, ils ne croient pas.

En effet, il est difficile de se tromper dans des articles généraux importants, sur ce qui convient véritablement à la nation française et l'on n'a pas à craindre ces difficultés, cette presque impossibilité d'exécution qui, si on se livre aux détails, pourraient faire désirer la réforme d'une constitution, d'ailleurs bien combinée.

On pourrait donc proposer de borner la Constitution à ces articles essentiels, dans le nombre desquels on sent que doit être compris le mode de réformer la Constitution lorsqu'elle cessera de paraître, à la majorité des citoyens, suffisante pour le maintien de leurs droits; et si l'Asssemblée adoptait cet avis, elle chargerait quatre ou cinq de ses membres, adjoints au Comité de salut public, de lui présenter un plan de constitution, borné à ces seuls articles, et combiné de manière que ces articles puissent être soumis immédiatement à la discussion.

Le travail de ce Comité ne prendrait qu'une semaine, et l'Assemblée pourrait suivre ses discussions sur la Constitution, car rien ne serait plus facile que de placer dans ce plan les points déjà arrêtés par la Convention.

Ce travail même serait utile, quand même l'Assemblée voudrait se livrer ensuite à plus de détails :

1° Parce qu'il en résulterait un meilleur ordre de discussions.

2P Parce qu'on aurait toujours alors, un moyen d'accélérer le travail selon que des circonstances impérieuses l'exigeraient. C'est d'après cette idée simple que nous vous proposerons de décréter que la Convention charge une commission, composée de cinq de ses membres adjoints au Comité de salut public, de lui présenter, dans le plus court délai, un plan de constitution réduit aux seuls articles qu'il importe de rendre irrévocables par les assemblées législatives, pour assurer à la République son unité, son indivisibilité et sa liberté, et au peuple l'exercice de tous ses droits.

Reprenons donc avec confiance le travail de la Constitution et discutons-en le petit nombre d'articles vraiment

constitutionnels avec cette sagesse qtii n'exclut pas l'énergie, et avec ce talent que ne flétrissent pas les défiances.

Songez que le dernier article de la Constitution sera le commencement du traité de paix avec les puissances. Il leur tarde de savoir avec qui elles peuvent traiter, quelle que soit la forme de notre gouvernement.

Nous oublions trop souvent que l'Europe a les yeux ouverts sur nous et qu'elle nous demandera compte de nos moments et de nos travaux qui lui appartiennent.

Nous répétons souvent les mots de patrie et de peuple. Eh bien ! que ce ne soit plusdevains noms; que ces mots attendrissants nous servent enfin de signal de ralliement; que les hommes ardents se gardent de repousser de leurs rangs ceux qui ont une âme moins élancée vers la liberté, mais qui ne la chérissent pas moins qu'eux.

N'imputons pas à incivisme ce qui n'est souvent que l'effet d'une raison moins forte; qu'à leur tour, les hommes moins prononcés qui croient terminer la Révolution en invoquant l'ordre public, n'accusent pas ceux qui, servant la liberté avec enthousiasme, croieat qu'il n'est aucun sacrifice à négliger pour l'obtenir. Détruisons le privilège exclusif du patriotisme, et marchons ensemble; et si l'amour de la patrie en péril ne peut nous réunir, alors prenons un dernier parti : c'est une victoire momentanée sur nous-mêmes.

Ajournons nos haines personnelles jusqu'après la Constitution faite; ne soyons plus nous, mais soyons le peuple, soyons la Nation, car c'est elle que nous représentons.

Combien il importe que le peuple se confie à ses représentants ! La confiance est la suite nécessaire des discussions sages. Il faut attacher le peuple à la Constitution pour qu'il en devienne le premier défenseur et le conservateur intrépide; car, ne vous le dissimulez pas, les Français ne peuvent plus être gouvernés que par la raison et la morale publique.

Quels avantages vous avez pour y parvenir î La marche du gouvernement est à découvert sous les yeux de la Nation. S'il est grand d'admettre l'Europe à vos délibérations les plus importantes, il est bien plus grand encore de dire au peuple : Vous pouvez nous juger dans nos travaux^ et

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quand ils seront terminés, votre éloge ou votre blâme seront nos peines ou nos récompenses.

Citoyens, l'esprit de nos ennemis nous obsède; il se place aux avenues de cette enceinte ; il cherche à nous détourner de notre but unique, la liberté, les lois et la propriété. La représentation nationale a ses ennemis au dehors, mais nos ennemis les plus redoutables, au dedans, sont les divisions dans cette Assemblée ; ce sont ceux-là qui annuleront tout ce que la France a droit d'attendre de vous.

Vous voulez le bien, vous voulez une constitution libre, vous l'aurez; en voilà assez pour que vous soyez haïs, persécutés, immolés peut-être. On a cherché à vous aliéner la confiance de la Nation. On cherche à vous diffamer dans l'Europe, afin de nationaliser au dedans la guerre qu'on fait à la liberté, et de diviser le peuple français d'opinion et de volonté; mais les efforts des stipendiés de Londres qui, de tous les côtés, attaquent l'Assemblée et excitent le peuple, seront des efforts vains.

Le peuple a sa morale et son instinct de liberté qui ne l'abandonnent jamais; il juge d'une manière aussi juste ses agitateurs et ses adversaires, c'est-à-dire tous ses ennemis. Il aime la liberté; il respecte les propriétés, et il sent bien que ce n'est pas par des crimes ou par des intrigues qu'on fonde une république; il sent aussi que ce n'est pas par des divisions éternelles dans cette Assemblée, qu'on établit la paix, qu'on rallie les volontés, et qu'on éteint les dissensions civiles.

On vous parle de révolte. Ce n'est pas la révolte des émigrés et des fanatiques de la Vendée qu'il est impossible d'arrêter, c'est la révolte des cœurs, contre laquelle il n'y a pas de ressource, et tous les cœurs sont à vous, si vous amenez le régne des lois.

En entrant dans cette enceinte, l'étranger comme le citoyen sont frappés par cette inscription sublime, qui seule est une constitution, qui comprend tous nos devoirs, qui ravive l'esprit qui doit nous animer, qui exalte le courage que vous devez apporter dans vos travaux, et qui doit faire pâlir les tyrans de l'Europe. I^e mot unité qui est inscrit «ur la porte du Palais national devrait être aperçu de tous

les départements, et gravé dans le cœur de leurs députés.

L'unité de 25 millions d'hommes, l'unité de tant de volontés doit vous rendre invincibles.

Mais cette inscription sera-t-elle donc toujours mensongère? Verra-t-on sans cesse dans le palais de l'unité les fureurs de la discorde et quarante mille petites républiques y agitant leurs dissentions par des représentants?

Faites donc disparaître les images de ces Lycurgue, de ces Solon, de ces Bru tus, l'honneur et l'appui de leur patrie; substituez à ces images vénérées les hideuses peintures de la jalousie, de Tambition et de l'anarchie; effacez sur la porte du Palais national le mot d' unité qui semble attendre des législateurs plus sages et des patriotes plus dévoués; ou bien, si vous voulez sauver votre malheureuse patrie, vous n'avez plus qu'un moyen, c'est celui de concourir tous au salut de la République et à son affermissement par des mesures sages, mais fermes : c'est à vous de diriger le mouvement populaire vers la liberté; c'est à vous de marcher à la tête de la Révolution républicaine. Il faut qu'à votre voix tous les Français se prononcent, que l'égoïste et l'avare soient flétris par l'opinion, et punis dans leurs richesses. Ne vous y méprenez pas, il n'y a plus de gloire et de bonheur pour vous que dans le succès de la liberté, dans le rétablissement de l'ordre et dans l'affermissement des propriétés.

Voilà la base de toutes les sociétés politiques, et le législateur qui la méconnaîtra sera en horreur à ses contemporains et à la postérité. Il sera aussi exécré, le législateur qui aura méconnu les droits du peuple, et qui n'aura pas écouté la plainte des malheureux.

Si vous perdez cette occasion d'établir la République, vous êtes tous également flétris, et pas un de vous n'échappera aux tyrans victorieux, quelle que soit la nuance de votre opinion ou le principe de vos actions. Le glaive exterminateur frappera les appelants au peuple, (1) et les votants pour la mort du tyran, et c'est la seule égalité que vous

(i) C'est-à-dire ceux qui dans le procès du roi ont voté pour l'appel au peuple.

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aurez fondée. Vos noms ne passeront à la postérité que comme ceux des rebelles et des coupables, vous aurez reculé le perfectionnement des sociétés humaines, vous aurez perdu les droits des peuples,, vous aurez fait périr 300 mille hommes, et dilapidé des trésors que la liberté avait déposés dans vos mains pour son affermissement, vous aurez fait rétrograder la raison publique, vous serez complices de la tyrannie des rois et de la barbarie de l'Europe, et l'on dira de vous : la Convention de France pouvait donner la liberté à l'Europe, mais par ses dissensions, elle riva les fers du peuple, et servit le despotisme par ses haines.

Combien, au contraire il sera beau de se dire Français et d'appartenir à une nation qui, attaquée par tous les tyrans, aura montré le spectacle imposant d'un grand peuple sans esclaves et sans maîtres, sans vassaux et sans nobles, qui, sans cesse trahie par ses législateurs, par ses rois, par ses généraux, par ses ministres, par ses castes privilégiées, par ses propres enfants, se débattant contre la corruption que lui a léguée le despotisme en expirant, crée tour à tour, et contre les brigands qui l'infestent, des armées sur toutes les frontières, travaille à couvrir la mer de ses vaisseaux, fait à la fois la guerre civile et la guerre étrangère, punit les traîtres, honore les généraux fidèles, rend le pauvre industrieux ou propriétaire, prépare des honneurs et des récompenses territoriales à ses soldats victorieux, élève l'édifice d'une constitution républicaine en présence des hordes d'esclaves, stipule pour le genre humain, et prépare la paix du monde contre les rois coalisés.

[La déclaration des droits a été lue et adoptée : plusieurs projets de décrets ont été présentés par le Comité et adoptés à la suite de ce rapport.]

D'après le Moniteur.

(Convention, vendredi 31 mai 1793.)

[Les actes arbitraires de la Commission, l'arrestation d'Hébert, avaient excité une indignation profonde et, dans la nuit du 30 au 31, l'insurrection éclata. Le tocsin sonna dans tous les quartiers. Dès trois heures les citoyens s'étaient rendus dans leurs sections ; dès quatre heures, la Convention était en séance. — Plusieurs sections sont admises, et annoncent que le commandant provisoire leur a donné l'ordre de faire tirer le canon d'alarme. — Valazé demande aussitôt que ce commandent soit traduit à la barre.— Thuriot observe qu'une mesure préalable est indispensable ; la cassation de la Commission « ce fléau de la France ». — Vergniaud réclame l'ajournement de cette proposition ; mieux vaut, selon lui, mander à la barre le commandant provi-

(i) D'après Cambon ( «... un autre fait non moins important, dont à la vérité je ne connais d'autre témoin que moi, c'est que, la veille où vous reçûtes la première pétition tendant à demander le décret d'accusation contre 22 membres de la Convention, j'ai vu, en traversant une salle du Comité, que Danton la remit à l'orateur 'qui vint la lire. » Discours prononcé le i^"" brumaire, an III, Cf. Bornarel, Cambon et la Révolution française, p. 276) et d'après Barère : « ... j'appris postérieurement au 31 mai, mais trop tard, que Danton et Lacroix, quoique membres du Comité de salut public, s'étaient placés à la tête de ce mouvement, mis sur le compte de la commune de Paris. Ils avaient écrit sur le bureau même du Comité, la veille de l'émeute communale la pétition qu'ils firent passer au Procureur de la Commune, lequel osa venir en faire lecture le 31 mai à la barre de la Convention,... » Mémoires de Barère (t. II, p. 91.). Danton aurait remis, le 30 mai, au Procureur de la Commune la pétition lue le lendemain à la barre, qui demandait le décret d'accusation contre les Vingt-Deux. Rien ne prouve que Danton en soit l'auteur. Certains passages portent sa marque, mais il est difficile de dire si la pétition a été rédigée sur des notes fournies par lui, ou s'il l'a corrigée au Comité en compagnie de Delacroix.

soire. — On réclame d'un côté la priorité pour la motion de Thuriot, de l'autre, la priorité pour la motion Valazé- Vergniaud, mandant à la barre Henriot le commandant provisoire.]

Jeanbon Saint-Andri^. — Je demande la parole.

Le Président. — Je consulte l'Assemblée [)our savoir si Jeanbon-Saint-André sera entendu.

Danton. — C'est un droit; Jeanbon, parlez... (7) Vous parlerez ou je parlerai.

Le Président. — On a demandé que le commandant général soit mandé à la barre.

Danton. — Faites donc justice, avant tout, de la Comission ! (1)

U s'élève quelques débats sur la question de priorité. (2)

Danton. — J'ai demandé la parole pour motiver la priorité en faveur de la motion de Thuriot. (3) Il ne sera pas difficile de faire voir que cette motion est d'un ordre supérieur à celle même de mander le commandant (4) à la barre. Il faut que Paris ait justice de la Commission ; (5) elle n'existe pas comme la Convention.

Vous avez créé une commission impolitique (6) (7) ..(Plusieurs voix. — Nous ne savons pas cela 1)... (7) Vous ne le savez

(i) Merc. un. : « Avant tout, il faut faire justice de la Commission des Douze. Add. (Applaudissements des tribunes.) »

{2)Ihid.: «{On demander ajournement de cette proposition. — Débats.)

(3) Républicain: « J'invoque la priorité pour la proposition de Thuriot. » Aud. nat. : « Il n'est pas difficile de prouver que vous devez accorder la priorité à la proposition de Thuriot.» Rép. fr., J. des Débats: « Je demande que la proposition de Thuriot soit mise aux voix. «

(4) Add. /. des Débats : « ... provisoire... » — Var. Rép. fr. : « ... général... »

(5) Rép. fr., J. des Débats :« Il faut, avant tout, que Paris obtienne justice... » Add. Aud. nat. : « ... qui n'existe que par vous. »

(6) Add. Aud. nat. : « ... et dont les effets sont très funestes; votre devoir est de la supprimer. » — Var. Merc. un. : « C'est vous qui l'avez créée, et si vous reconnaissez qu'elle est impolitique, par cela seul qu'elle a produit de mauvais eflets, vous ne pouvez répéter cette mesure. »

(7) Points de suspension dans le texte.

pas ! Il faut donc vous le rappeler, — Oui, votre Commission a mérité 1' (1) indignation populaire. Rappelez-vous mon discours sur cette Commission, ce discours trop modéré. (2) Elle a jeté dans les fers des magistrats du peuple par cela seul qu'ils avaient combattu dans des feuilles cet esprit de modérantisme que la France veut tuer pour sauver la République. (3)

(4) Je ne prétends pas inculper ni disculper la Commission; il faudra la juger sur un rapport et sur sa défense. (5)

Pourquoi avez-vous ordonné l'élargissement de ces fonctionnaires publics? (6) — Vous y avez été engagés par le rapport d'un homme que vous ne suspecterez pas, d'un homme que la nature a créé doux, sans passions, (7) le ministre de l'in-

(i) Âdd. Merc. un., Aud. nat. : « ... la juste... »

(2) Il s'agit du discours du 28 mai (Cf. pages 452 et suiv.).

Aud. nat. :« Rappelez-vous que, dans mon discours trop modéré sur cette institution, Add. je vous fis observer qu'on voulait vous faire servir des haines particulières. S'il existait des faits, il suffit de renvoyer aux tribunaux ordinaires les renseignements recueillis par cette Commission ; mais il ne fallait pas lui accorder la facilité de faire saisir arbitrairement des individus et de jeter dans les fers... » — Var. Merc un. : « ... vous lui avez donné le droit d'arrêter à sa volonté quiconque n'était pas de son opinion. »

(3) Républicain : « ... par cela seul qu'ils avaient imprimé des feuilles où ils combattaient ce funeste modérantisme que la France tuera comme l'aristocratie. « Merc. un. : « ... elle a fait incarcérer des magistrats du peuple pour cela seul qu'ils avaient fait des feuilles contraires à cet esprit de modérantisme que la France veut anéantir.» Aud. nat. : K ... qui imprimait des feuilles contre le modérantisme qu'il faut détruire comme l'aristocratie. »

(4) Add. Aud. nat. : « Remettez-vous sous les yeux le titre de création de cette Commission et cela vous stifïira pour vous la faire supprimer. »

(5) Rép. fr., J. des Débats : « Sans doute, quand il s'agira de juger les membres qui composent cette Commission, il faudra les juger sur un rapport et d'après une défense. » Add. Merc. un. : « Il faut juger ces membres ; il ne suffit pas de les destituer; Aud. nat. ...il faudra les juger, afin que leur conduite, quelle qu'elle ait été, soit mise au grand jour. — Je ne traite en ce moment cette question que sous le rapport politique. »

(6) Aud. nat. : « Vous avez ordonné l'élargissement des citoyens qui avaient été arrêtés par ordre de cette Commission. Add. Vous avez rendu un pareil décret ou par faiblesse ou par justice. »

(7) Ihid, : « Vous y avez été déterminés par le rapport d'un homme que

teneur (1). Il s'est expliqué clairement, textuellement, avec développement sur le compte d'un des magistrats du peuple (2). En ordonnant de le relâcher, vous avez été convaincus que la Commission avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que j'en demande, non pas la cassation, car il faut un rapport, mais la suppression. (3)

Vous l'avez créée, non pour elle, mais pour vous. Si elle est coupable, vous en ferez une exemple terrible qui effrayera tous ceux qui ne respectent pas le peuple, même dans son exagération révolutionnaire. (4)

(5) Le canon a tonné; (6) mais si Paris n'a voulu donner qu'un grand signal pour vous apporter ses représentations... (7) (Les citoyens des tribunes applaudissent avec 'une partie de V Assemblée.)... (7) si Paris, par une convocation trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir tous les citoyens de vous demander une justice éclatante, Paris a encore bien mérité de la patrie (8).

la nature a créé sans passion, Add. sans fiel, sans amertume et pour être l'organe de la vérité... »

(i) Add. Aud. nat. : «... dont il vous est plus aisé d'empoisonner les intentions que de réfuter les raisonnements,... »

(2) Aud. nat. : « Le ministre de l'intérieur s'est expliqué clairement sur la conduite de Hébert, Add et a déterminé votre justice à prononcer son élargissement. »

(3) Ibid. : « La Commission avait donc été injuâte en faisant arrêter ce magistrat. Eh ! pourriez-vous donc hésiter à la supprimer à l'instant? »

(4) Aud. nat. : « ...; vous examinerez ensuite la conduite des individus qui la composent,''et alors, s'il y a lieu, vous ferez un exemple terrible contre ceux qui ne respectent pas le peuple, même dans ses excès révolutionnaires. »

(5) Add. Aud. nat. : « Quelques personnes paraissent craindre le canon d'alarme. [Les Girondins avaient mandé à la barre le commandant général provisoire qui avait donné l'ordre de le tirer.] Celui que la nature a créé capable de naviguer sur l'Océan orageux, n'est point effrayé lorsque la foudre atteint son vaisseau ! Merc. un. Il faut que le canon... [Une voix. — tonne)... — Oui, sans doute, et déjà, ... »

(6) Aàà.Aud.nat. :« ...sans contredit, vous devez faire en sorte que les mauvais citoyens ne mettent pas à profit cette grande secousse. Merc. un. J'espère qu'il ne se produira pas aujourd'hui d'effet désastreux. »

(7) Points de suspension dans le texte.

(8) ^«i. wa^ :«...; mais si elle n'a été imprimée [la secousse], que parce que Paris vous porte ses justes réclamations; si, par cette convocation,

Je dis donc que si vous êtes législateurs, loin de blâmer cette explosion, vous la tournerez au profit de la chose publique, d'abord en réformant vos erreurs, en cassant votre Commission... (1) (On murmure.)

(2) Ce n'est qu'à ceux qui ont reçu quelques talents politiques que je m'adresse, et non à ces hommes stupides qui ne savent faire parler que leurs passions. (3) Je leur dis : (4) Considérez la grandeur de votre but : c'est de sauver le peuple de ses ennemis, des aristocrates, de le sauver de sa propre colère. Sous le rapport politique, la Commission a été assez dépourvue de sens, pour prendre de nouveaux arrêtés et les notifier au maire de Paris qui a eu la prudence de répondre qu'il consulterait la Convention.

Jedemandela suppression de la Commission et le jugement de la conduite particulière de ses membres. Vous les croyez irréprochables; moi, je crois qu'ils ont servi leurs ressentiments. (5) Il faut que ce chaos s'éclaircisse, mais il faut donner justice au peuple... (1) (Quelques voix. — Quelpeuple?) [....]

peut-être trop solennelle, il ne vous demande qu'une justice éclatante contre ses calomniateurs, il aura encore bien mérité de la patrie. y)Répuhlicain. : « Si Paris donc, par cette sorte de convocation, par ce simulacre d'insurrection n'a voulu qu'avertir les citoyens qu'il fallait vous demander une justice éclatante, Paris a encore bien mérité de la patrie, Add. puisqu'il a appris qu'en révolution le peuple peut se présenter, avec cette attitude imposante qui fait toujours trembler les traîtres et les tyrans. S'il y a quelque chose de trop prononcé dans cette attitude, vous ne devez pas l'envisager, mais songer qu'il n'y a point de violation de la loi, là où est la résistance à l'oppression. — Aud. nat. Dans un temps de révolution, le peuple doit se produire avec toute l'énergie qui annonce la force nationale. «

(1) Points de suspension dans le texte.

(2) Add. Merc. un. : « La Commune de Paris indignée, vous a donné un grand acte de son indignation. {Des voix. — C'est vous !) ».

(3) Merc. un. : « Je ne m'adresse pas à ceux qui ne servent que leurs passions, à ces êtres vraiment stupides, mais à ceux qui ont reçu de la nature quelques talents et des grandes vues politiques. C'est à ces hommes réellement précieux que je m'adresse pour leur dire : ... »

(4) Add. Merc. un. : « Ne considérez pas si l'énergie dépasse un peu la ligne ; ne considérez que l'intérêt national, le but vraiment politique ! »

(5) Add. Rép. fr. : « Qu'ils s'expliquent donc, mais qu'avant tout, le peuple soit satisfait sur ses justes demandes [...] Merc. un. (Interruption.) N'abusez pas de ma sagesse [...] {Interruption) ; car je défie personne de dire que j'ai eu part à ce qui vient d'arriver. »

Quel peuple, dites-vous ? — Ce peuple est immense, ce peuple est la sentinelle avancée de la République ! (1)

(2) Tous les départements haïssent fortement la tyrannie; [...]{Ungrand nombre de voix. — Oui, oui !) [...] tous les départements exècrent ce lâche modérantisme qui ramène la tyrannie; tous les départements, ea un jour de gloire pour Paris, avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous les ennemis de la liberté ; tous les départements applaudiront à votre sagesse quand vous aurez fait disparaître une Commission impolitique. (3) Je serai (4) le premier à rendre une justice éclatante à ces hommes courageux qui ont fait retentir les airs... (5) {Les tribunes applaudissent). (6)

Je vous engage, vous, représentants du peuple, à vous montrer impassibles. Faites tourner au profit de la patrie cette énergie que de mauvais citoyens seuls pourraient présenter comme funeste. Et si quelques hommes vraiment dangereux, n'importe à quel parti ils appartiennent, voulaient prolonger un mouvement devenu inutile quand vous aurrez fait justice, Paris lui-même les fera rentrer dans le néant. (7)

Je demande froidement la suppression pure et simple de

(i) Merc. un. : « Et quoi qu'on en dise, ce peuple courageux est la sentinelle couronnée de la Révolution. Add. On répète que le peuple doit exprimer son vœu légalement; mais s'il l'eût fait toujours, il n'eût jamais fait de liberté. »

(2) Add. Républicain : « On vous dira que Paris n'est qu'une fraction de la République ; oui, mais il en est la sentinelle avancée, et c'est à lui à donner l'éveil aux départements... »

(3) Républicain : « ... [les départements], n'en doutez pas, applaudiront à son courage, et se lèveront, comme lui, pour exterminer les ennemis intérieurs. « Add- « Merc. un. « Je ne m'oppose pas à ce que vous mandiez le commandant général provisoire, mais... »

(4) Add- Merc. un. : «... toujours... »

(5) Points de suspepsion dans le texte.

(6) Add. Merc. un. : « Des voix. — La violation de la loi ! Danton. — Il n'y a point de violation de la loi, là où une grande

volonté du peuple se manifeste [...] («C'est la vôtre! » [lui crie-t-on à droite]), vous pouvez rétablir la tranquillité. »

(7) Merc. un. : « Mais si des hommes, à quelque parti qu'ils tiennent, voulaient prolonger ce mouvement, Paris, n'en doutez pas, nous seconderait pour anéantir ce funeste modérantisme. »

la Commission sous le rapport politique seul, sans rien préjuger ni pour, ni contre. Ensuite, vous entendrez le commandant-général, vous prendrez connaissance de ce qui est relatif à ce grand mouvement, et vous finirez par vous conduire en hommes qui ne s'effrayent pas des dangers.

Salle. — Nous savons bien que ce n'est qu'un simulacre ; les citoyens courent sans savoir pourquoi.

Danton. — Vous sentez que, s'il est vrai que ce;ne soit qu'un simulacre quand il s'agit de la liberté de quelques magistrats, le peuple fera pour sa liberté une insurrection tout entière. (Applaudissements des tribunes.)

Je demande que (1) pour mettre fin à tant de débats fâcheux, que pour marcher à la Constitution qui doit comprimer toutes les passions, vous mettiez aux voix, par l'appel nominal, la révocation de la Commission. (2)

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