‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 263 sur 459 · CLUB DES JACOBINS, 12 JUILLET · texte numérisé non relu

CLUB DES JACOBINS, 12 JUILLET

relatives aux bataillons jusqu'à ce que nous ayons reçu des renseignements plus certains.

Je demande aussi qu'en envoyant à Paris deux députés pour apporter le procès-verbal de son vote sur la Constitution, (1) chaque assemblée primaire envoie deux hommes armés qui, réunis à Paris, pourront former une armée centrale de réserve pour rétablir la paix intérieure et se porter aux points des frontières où la République serait le plus imminemment menacée. (2) {On applaudit.)

[Après quelques débats, la Convention adopte la première proposition, et renvoie la seconde à l'examen du Comité.]

D'après le Journal des Jacobins.

(Club des Jacobins, vendredi 12 juillet 1793.)

[Dalbarade (3), ministre delà marine,avait choisi un nommé Peyron qui lui avait été présenté par Danton, pour aller à Toulon, y inspecter les ports, nommer aux places, et faire droit aux réclamations du corps de la marine. Dans la séance du mercredi 10, un violent débat s'engagea à propos de cette nomination, le ministre de la marine fut accusé d'incivisme, et on attaqua même Danton. — Le vendredi

(i) Rép. fr.': « Et peut-être est-ce ici le moment de décréter la proposition que je fais, que les assemblées primaires, après avoir nommé un député pour apporter ici leur vœu sur la Constitution,... »

(2) /. des Débats : «... que chaque commune envoie deux hommes armés qui coopéreront à la formation d'une armée de réserve dont on pourra diriger le courage d'une manière utile pour la défense de la République. « Add. Rép. fr. : « Vous ferez voir par là que, loin de redouter l'arrivée des Français à Paris, vous les y appelez afin qu'ils jugent votre conduite. »

(3) Jean Dalbarade, contre-amiral', avait remplacé Monge au ministère de la marine en avril 1793.

Escudier{l) reprend les accusations lancées la veille contre Dalbarade.]

Danton. — Je demande que la lettre du ministre me soit communiquée, car c'est moi qui, après avoir pris des renseignements de (2) Granet (de Toulon) (3) et (4) autres patriotes, ai dit au ministre que, tout compté (5), on pouvait envoyer Peyron inspecter le port de Toulon mais sans autres pouvoirs et avec (6) la précaution de le faire surveiller luimême par d'autres.

[On lit la lettre du ministre de la marine.]

Danton. — Je n'ai qu'une très petite explication à donner (7) à la Société.

Je ne m'occupe pas de la dénonciation contre le ministre, (8) je n'y suis pour rien; c'est à lui de se disculper; s'il est comme moi, il ne les craindra jamais. (9)

Je n'ai qu'un point de contact dans (10) cette affaire, c'est ce qui regarde la recommandation que j'en ai faite. (11)

J'ai vu Peyron cinq à six fois, singulièrement (12), lors de l'arrivée des Marseillais à Paris. Peyron, qui me parut

(i) Jeaji-François Escudier, député du Var à la Convention.

(2) /. de la Montagne : « ... auprès de.. »

(3) Il s'agit probablement de Marc-Antoine Granet, avocat à Toulon, administrateur du Var, qui avait été député de ce département à l'Assemblée législative où Danton avait pu le connaître. Il n'avait pas été élu à la Convention et était retourné à Toulon. — Il y avait dans la même ville, un autre Granet, négociant. Ce dernier, Honoré Granet, fut également administrateur du Var.

(4) /. de la Montagne : « ... et d'autres... »

(5) /• ^^ ^^ Montagne : « ...qu'après tout... »

(6) Ibid. : «... en prenant toutefois... »

(7) Add. J. de la Montagne : «... sur cet article... »

(8) J. de la Montagne : « ... de la dénonciation en elle-même qui ne regarde que le ministre... »

(9) J. de la Montagne : « ... il ne craindra jamais les dénonciations. »

(10) y. de la Montagne : « ... en... »

(11) J. de la Montagne :« ... et c'est celui de la recommandation que j'en ai fait au ministre. Add. Voici les faits. »

(12) J. de la Montagne., F. du Salut Public. :« ... jmrticuliéremcnt... »

un bon patriote, me dit (1) qu'il avait commandé les six mille hommes levés à Marseille par nos commissaires, (2) pour la défense de nos frontières, qu'il fut emprisonné par le tribunal anti-populaire qui siéga quelque temps dans cette ville, et qu'il en fut toujours persécuté. (3)

Que voulait-on que je fisse? Quel intérêt avais-je à son avancement? (4) — Mais il me semblait patriote, et, comme tel, il dut m'intéresser.

D'ailleurs, je n'ai point répondu de Peyron. Si j'eusse dit au ministre : « Je vous donne (5) un homme dont je suis sûr (6) », je serais véritablement coupable de ses fautes; (7) mais (8) je n'ai voulu qu'on l'employât qu'en le faisant surveiller lui-même par d'autres espions, et l'on sait que c'est là la vraie, la seule politique, c'est de faire toujours surveiller cette espèce de gens-là les uns par les autres (9).

Voilà mes torts; sans doute on les a un peu chargés (10)

Il est possible que, quand j'étais enchaîné au Comité (11), et qu'il n'était pas en mon pouvoir d'assister à vos séances,

(i) Ihid. : « ... il me sembla excellent patriote; il me dit... »

(2) Add. /. de la Montagne : «... et qui devaient se transporter d'ici aux frontières du Nord,... »

(3) /. de la Montagne : « J'appris qu'il avait été emprisonné par le tribunal anti-populaire établi alors dans cette ville. « Rép. fr.: « Peyron avait été persécuté àMarseillepar le tribunal. » Add. ,/. de la Montagne. « C'en fut assez pour fixer mon opinion; Rép. fr. je ne pouvais que le croire un bon patriote. {On murmure) . »

(4) /. de la Montagne. « ... de procurer une place à Peyron? »

(5) Ibid. : « Voilà... »

(6) Add. Ibid. : «... employez le^sur ma parole. »

(7) Ihid. : «... je serais véritablement responsable des fautes qu'il aurait pu commettre. »

(8) Add. /. de la Montagne : «... lorsque j'y mets la condition expresse de ne l'envoyer qu'en le faisant surveiller lui-même, [lorsque] ... » — Var. F. du SaltU public : «... d'ailleurs, en le recommandant au ministre, j'ai mis la condition expresse... »

{<)) Add. Ibid. : « ... je crois que mes intentions doivent être à l'abri du soupçon comme du reproche. »

(10) Add. Ibid. :«Je sens bien qu'on a dû envenimer prodigieusement

cette démarche aux yeux de la Société. »

00 Add. Ibid. : « ... de salut public... »

on ait bien profité de ce nioment (1); qu'on ait fait circuler sur mon compte toutes les petites histoires (2) qu'on aura cru devoir mettre en jeu pour me rendre suspect à mes concitoyens (3). Mais (4), en rétablissant la vérité, j'espère qu'on sentira que j'ai pu être trompé moi-même, qu'il n'est pas un mortel qui n'y soit sujet comme moi, mais que pourtant mon intention n'en était pas moins de donner à la République un sujet qui la servît avec zèle et fidélité.

[Un membre (5) donne quelques renseignements surPe} ron. Il dit que Peyron est venu à Paris en même temps que Barras et qu'on l'a surpris à diffamer ce dernier dans les cafés du Palais-Royal.]

Danton. — (6) Encore un coup, il avait été persécuté à Marseille par le tribunal (7). Je ne pouvais que le croire un bon patriote [...] (Murmures) [...] Oui ! Aujourd'hui que vous êtes instruits, vous ne pesez pas assez l'influence d'une présomption aussi forte; au surplus, il fallait qu'on m'écrivît un mot, et ce qui est devenu depuis un si grand mal, n'aurait souffert alors aucune difficulté.

Mais je vais écrire au ministre que je le prie de retirer à Peyron tous pouvoirs, de le faire arrêter et traduire même, s'il est besoin, devant un tribunal. (8)

(i) Add. Ibid. : « ..., que des hommes qui y avaient leur petit intérêt, se soient déchaînés contre moi... »

(2) /. de la Montagne : « ... un tas de petites histoires Add. fort bien imaginées... »

(3) Add. /. de la Montagne : « ... et qui ne laissent pas que d'obtenir créance dans l'esprit des faibles ou de ceux qui se laissent trop aisément prévenir. «

(4) Add. Ibid.(^ ... je vous dislavérité, la vérité toute nue. J'ai cru faire à la République le cadeau d'un patriote et d'un homme à talents... »

(5) Add. /ôîci. : « ... rappelle qu'on n'avait pas dénoncé Danton dans la séance de mercredi dernier, mais qu'on avait dit seulement qu'il avajt recommandé Peyron. Le même membre... »

(6) Add. J, de la Montagne : « Danton répète qu'il ignorait tous ces faits. »

(7) Add. Ibid. : « ... soi-disant populaire,... c'était pour lui une présomption favorable. »

(8) Add. J. de la Montagne, F. du Salut Public. : « Danton finit par

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