SUR LES MASSACRES DE BEAUCAIRE DANTON ATTAQUE CUSTINE
D'après le Moniteur et le Journal des Débais.
(Convention, lundi 22 juillet 1793.)
[Julien, au nom du Comité de sûreté générale, propose à la Convention de délibérer sur les événements de Beaucaire et lui présente un projet de décret. — La destitution de la municipalité de cette ville est prononcée sans discussion. Suit le décret d'accusation proposé contre les coupables. — Danton prend la parole.]
Danton. — Le Comité de sûreté générale vous propose de décréter d'accusation ceux qui ont assassiné les patriotes de la ville de Beaucaire. (1)
Cette mesure tend à favoriser l'impunité de ces conspirateurs (2). Renvoyez-les au Tribunal révolutionnaire, sans prononcer des décrets d'accusation dont les actes sont toujours lents à rédiger. C'est à l'accusateur public à le faire, et le Tribunal les expédie. (3) (On applaudit.)
[Delacroix soutient l'opinion de Danton et ajoute : « Je demande que la peine de destitution qu'on vous propose contre les ofliciers municipaux qui ont laissé égorger les patriotes n'est pas suffisante ; je demande que vous prononciez contre eux la dégradation civicjue pendant deux ans.]
Danton. — Je demande la question préalable sur la der-
(i) Rép. fr. : « Ceux qui ont fait couler le sang des patriotes dans la ville de Beaucaire... »
(2) Ihid. : « Cette mesure favorise la conspiration Add. que vous voulez frapper. »
{^)Ibid. : « L'accusateur public dresse les actes et le Tribunal expédie. »
nière proposition de Lacroix. ( 1) Attendez que le peuple vous ait remis sa foudre dans la fédération du 10 août; alors vous frapperez des coups plus forts sur les administrateurs qui n'en sont pas moins coupables, quoiqu'ils se soient rétractés. (2) Vous les rendrez inhabiles à venir empoisonner la législature (3). (On applaudit.)
Un des articles portait que le vieillard patriote qui se distingua à Beaucairc (4) (Voir le récit de Julien, Merc. un., juillet, p. 363. sq.) aurait en récompense une pension qui passerait à ses enfants.]
Danton. — Le secret de tout gouvernement est de savoir punir et récompenser. Je veux aussi qu'on accorde une pension à ce vieillard, mais elle ne doit point passer à ses enfants. Nous ne sommes solidaires ni de nos vices, ni de nos vertus. Ces enfants ne peuvent jouir d'une faveur nationale qu'après qu'ils l'auront méritée.
Je demande que la République fasse au vieillard une pension viagère de 500 livres. (On applaudit.) (5)
[Basire (6) etSimoiid (7) attaquent Gustine et demandent son arrestation « dans les lieux où sont détenus les conspirateurs » puisqu'il aurait dit « qu'il faisait des papillotes des décrets qui ne lui plaisaient pas ».]
Danton. (8) — La Convention ne peut pas rester dans
(i) Delacroix.
(2) Rép. fr. : « Le 10 août le peuple vous remettra sa foudre ; vous frapperez alors des coups plus sûrs sur les administrateurs que leur rétractation ne rend pas moins coupables. »
(3) Ibid. : « ... à venir empoisonner l'Assemblée législative Add. qui va vous succéder. »
(4) Il s'agit probablement de Pierre Noailles, administrateur du district, qui, se rendant à la maison commune, « bravant tous les dangers pour voler à son poste, « fut meurtri de coups ».
(5) Ce passage entier est emprunté au Journal des Débais.
(6) Claude Basire, député de la Côte-d'Or à la Convention.
(7) Philibert Simond, député du Bas-Rhin à la Convention.
(8) Les textes du Journal des Débats, du Moniteur et du Républicain français sont identiques.