DANTON DEFEND LA MÉMOIRE DE DAMPIERRE
D'après le Républicain français.
(Convention primidi, 1«' nivôse an II (samedi 21 décembre 1793).)
[Couthon demande que Chaslier soit mis au Panthéon et « qu'on en expulse un général traître qui a usurpé des honneurs qui n'étaient point dus à sa mémoire. — Romme veut
(i) Mon. : « Le ministre de la guerre a entre ses mains des fonds destinés à ce glorieux emploi ; pourquoi ne les distribue-t-il pas ? »
(2) Mon. : « ... le tableau de tous ceux qui ont été victimes de leur dévouement pour la cause de la liberté. » /. des Débats : « Je demande que le ministre de la guerre soit tenu de vous présenter, sous huit jours, le tableau de tous ceux qui ont droit aux secours de la RépubUque. » F. du salut public : « Je demande qu'il nous donne sous trois jours la liste des citoyens mutilés et des secours qu'il leur a accordés. »
{3) Mon. : « C'est une chose déshonorante pour la Convention de voir à sa barre les martyrs de la liberté. » /. des Débats : « D'après cela, il est inouï, il est déshonorant pour la Convention que les parents des volontaires qui défendent la République aux frontières et ces volontaires eux-' mêmes soient forcés de se présenter à la barre pour réclamer des secours. »
(4) Add. J. des Débats : « ... et «^u'il soit renVoyé au ministre de la guerre. Républicain. Les soutiens de la liberté ne doivent sortir de sou temple que contents et récompensés. »
que l'on fasse un rapport avant d'exclure Dampierre du Panthéon. — Danton monte à la tribune.]
Danton. — (1) J'attends de la justice de la Convention qu'elle ne désorganisera point le monument qu'elle a élevé à la mémoire du général Dampierre, sans un rapport préalable et un profond examen. (2)
Bien avant la Révolution, Dampierre s'était montré l'ami de l'humanité et de l'égalité. Il est notoire dans la cidevant Champagne, que Dampierre, quoiqu'il eut [eu] le malheur de naître au sein de la caste noble, fraternisait avec les cultivateurs et les paysans de ces cantons. (3) On n'a pas oublié dans ce pays qu'un jour il se jeta à la nage pour sauver l'un d'eux, (4) et l'on y raconte avec attendrissement un grand nombre d'actions qui honorent sa vie privée. (5)
Je ne veux pas en conclure rien de positif (6), je me contenterai d'observer que si le plan de trahison qu'on lui impute était jamais entré dans son cœur, il l'eût mis à exécution avec Dumouriez (7). Enfin il est mort pour la
(i) Add. F. du salut public : « Je m'oppose à ce que la mémoire de Dampierre soit flétrie aussi légèrement. »
(2) Mon. : « La Convention nationale ne désorganisera pas le tombeau de Dampierre, sans connaissance de cause. »
(3) Mon. : « Ce général eut le malheur de naître d'une caste justement proscrite, mais il est de notoriété publique qu'il a vécu dans les principes de l'égalité pratique. Il a vécu avec les laboureurs en ami et en frère. » Merc. un. : « J'observe que Dampierre, quoiqu'un ci-devant noble, vivait dans son département avec les habitants de la campagne, selon les principes de l'égalité. » Add. Mon. : « Voici un trait qui le fera connaître. »
(4) Mon. : « ... un malheureux tombe dans une rivière au milieu de l'hiver; Dampierre se jette à la nage et lui sauve la vie. » Merc. un. : « Dans le fort de l'hiver, il se jeta à la nage pour sauver un malheu' reux qui se noyait. »
(5) Add. Mon. : « Il jouissait dans son département de l'estime de tous les citoyens. »
(6) Add. Merc. un. : « Je n'ai pas connu Dampierre, Mon. mais cela suffit au moins pour vous prouver qu'il faut examiner. »
(7) Mon. : 0 Certes si Dampierre eût voulu trahir sa patrie, il 1 aurait fait lors de la défection de Dumouriez Add.; mais vous savez qu'alors il rallia une partie de nos troupes qu'un treiître voulait livrer à l'ennenxi. »