CONSEIL DU 5 FEVRIER I79O
leur extraction avec les sieurs Manceau du Poitou, est établie par des titres si nombreux et si authentiques, qu'ils osent croire que leur demande en maintenue de noblesse serait incontestablement accueillie par Sa Majesté, quand ils n'auraient pas à faire valoir des considérations qui donnent à leurs droits une force surabondante.
[Le généalogiste du Roi « contradicteur né de toutes les demandes en maintenue de noblesse », déclare « qu'ils devraient appuyer rigoureusement tous les degrés de leur généalogie de trois actes civils », mais le Roi s'est toujours réservé de prononcer en pareil cas, d'après l'ensemble des pièces produites et les circonstances. — Danton, après une longue discussion généalogique, établit l'identité d'extraction existant entre les Manceau du Poitou, reconnus nobles, et les Manceau de la Martinique.]
Les troubles de la religion qui furent excessifs au commencement de ce siècle occasionnèrent une secousse violente parmi les protestants.
Toute la famille Manceau était protestante, et, jusqu'en 1704, les deux branches de Jacques et de Jean avaient professé la religion, prétendue réformée. (Il est aisé de s'en convaincre parles actes de baptême ainsi que parles contrats de mariage. Les actes de baptême sont tous passés dans le temple des protestants et suivant leurs rites, les contrats de mariage annoncent tous qu'ils doivent être et ont été célébrés avec les formalités de la religion protestante.)
[En 1704, toute la famille, sauf un de ses membres, abandonna le protestantisme « pour rentrer dans le sein de l'Eglise romaine ».[
Pierre Manceau de Fontenay tourmenté de même pour quitter la religion de ses pères, malheureusement pour lui, demeura ferme dans son opinion. Il aima mieux abandonner sa patrie et ses biens que de renoncer à une erreur qui lui était chère [parce qu'elle était celle de ses pères; il lutta quelques temps contre l'orage, mais enfin, en 1708, fatigué des persécutions qu'il éprouvait, il prit le parti, non d'abandonner son souverain, mais d'aller sous un autre ciel
également de sa domination, essayer de recouvrer la tranquillité. — Il accordait par là et son amour pour son souverain, et son attachement à sa religion. Il résolut de passer à la Martinique.
Il s'embarqua donc à La Rochelle en 1708 avec ses deux seuls enfants... Il emporta avec lui tous ses titres et papiers ainsi que ses effets les plus précieux et les plus transportables. Mais le vaisseau sur lequel ils s'étaient embarqués fut attaqué dans la traversée, pris par des corsaires algériens et conduit à Alger. Le père et les deux enfants eurent la douleur de se voir séparer. Ils furent vendus comme esclaves et dispersés en différentes contrées du royaume d'Alger.
Leur famille fit en vain des recherches sur leur compte ; elles avaient été infructueuses jusqu'en 1785 [lors]qu'ils ont revu avec joie et accueilli avec toute la sensibilité de bons parents le dernier des descendants de cette branche qu'ils croyaient entièrement perdue. Ils ont appris par lui qu'on n'avait jamais pu avoir de nouvelles du père; que Pierre Manceau, son fils, avait trouvé le moyen de s'échapper peu de temps après sa captivité et de s'embarquer pour la Martinique où il s'était établi et marié en 1715; que Philippe Manceau (son frère), était resté pendant vingt-neuf ans en captivité, qu'il n'avait été racheté qu'en 1737 par les RR. PP. Mathurins et de la Mercy; qu'il était alors âgé d'environ cinquante ans et d'une santé altérée par le travail et les souffrances; qu'il n'avait pas survécu longtemps au recouvrement de sa liberté, et qu'il était décédé peu de temps après, sans postérité.
Les suppliants après avoir réclamé la justice de Sa Majesté pourraient encore faire voir qu'ils ne sont point indignes de ses bontés; ils pourraient s'honorer de compter au nombre des individus de leur branche Jean Manceau de la Thifordière qui vendit chèrement sa vie aux ennemis de l'Etat au combat du 17 janvier 1759 (1) ainsi que son extrait mortuaire le prouve; ils pourraient ne pas passer sous silence l'in-
(i) Vers le milieu du mois de janvier 1759 une escadre anglaise de dix vaisseaux escortant un corps de débarquement de six mille hommes vint attaquer la Martinique. Cf. Mercure historique, t. CXLVII, p. 43.