R. HOWARD
Cette lettre était digne de son auteur. Elle contenait une accusation que la communauté chargeait pour les malades absents. C'était un mensonge effronté sur lequel le docteur Howard u'’insista pas du reste. Le fameux docteur voulait aussi forcer la communauté à faire des rapports hebdomadaires. Or la communauté n'était pas tenue de faire ces rapports ni en vertu de la loi ni en vertu des contrats. La Sœur Supérieure répondit à cet ordre brutal, qu'elle ne ferait plus de rapports hebdomadaires (malgré qu’elle y eut toujours consenti par le passé) jusqu'à ce que le docteur Howard eut fait apologie. Ce dernier dût s’incliner, reconnaître sa bévue, et la communauté lui continua ensuite les rapports comme elle l'avait fait auparavant. De plus, le gouvernement, pour forcer la communauté a accepter la loi exigeait que les comptes pour l'entretien des malades fussent certifiés par le bureau médical. C'était virtuellement m'ttre les religieuses à la merci de leurs persécuteurs, et on voit que ces derniers voulaient en effet se servir de cet arme qu'on leur mettait entre les mains, parcequ'en vertu de la dernière phrase de la lettre que je viens de citer ils menacaient de ne plus certifier les comptes si les ordres injustes qu’ils donnaient et les reproches non fondés qu'ils adressaient ne recevaient pas l’acquiescement de Ja communauté.
Le 29 septembre, nouvelle lettre de monsieur Howard, dans laquelle il annonce qu'il agit depuis un mois, qu'il n’a encorc réussi en rien et qu'il a reçu des instructions impératives de mettre la loi en force intégralement.
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“ We are acting under the new law and my instructions are impe- ‘“rative to carry out the law in its integrity........but from the course “ you have taken neither the Government nor the board can recognize “that the patients are receiving any medical treatment. Therefore you “have virtually broken your contract..….............; you at the same time “ render yourself responsible as long as you resist the board.”
Yours &c.,
H. HOWARD, Medical Superintendant.
Voilà quelque chose d’inoui: le bureau médical qui déclare que le traitement donné aux patients par les Sœurs, traitement qu’elles ont le droit de donner en vertu de leur contrat, équivaut à une violation de ce même contrat. ‘“ You have virtually broken your contract.” Ce sont -maintenant les Sœurs qui violent le contrat et non plus le gouvernement. N'est-ce pas que c’est grand, que c’est hien trouvé ?
Pendant tout le mois d'octobre la lutte se continua. J’ai expliqué tantôt que le gouvernement refusait aux Sœurs le droit de garder les pièces justificatives en vertu desquelles les patients étaient détenus dans l'asile. Les religieuses durent se soumettre à cela et se contenter de prendre des copies que le bureau médical certifiait. Voyant que les religieuses se contentaient de ces copies, le docteur Howard annonça qu'il ne les certifierait plus, laissant la communauté complètement privée de ces documents.
A peine entré en fonction, le bureau médical, qui en avait le droit, s'était mis à faire des décharges nombreuses, à tort et à travers, dans l'espérance de forcer la communauté à se soumettre à la loi. On faisait sortir, sans qu’ils fussent guéris, des patients qui mettaient en danger la vie des citoyens et la morale publique. Le docteur Durocher, un des médecins de la communauté, voulut faire des représentations sur ce sujet: au gouvernement. Ce dernier, par le ministère de monsieur Jolicœæur, l’assis. tant-Necrétaire, répondit fièrement :
“ Je suis autorisé à vous dire de vous dispenser d'adresser des rap- “ ports à ce département. Il a été organisé un bureau médical avec lequel “ Je gouvernement correspond pour les affaires de l'asile de St. Jean de ‘ Dieu.”
PH J. JOLICŒUR, : Asst.-S.-P,
C’est toujours la même histoire; le gouvernement n’a plus d’aflaire avec les parties avec lesquelles il a contracté ; il n'entend plus correspondre avec d’autres qu'avec son bureau médical; il décide contre les religieuses chaque fois qu'une question se soulève entre elles et le bureau médical. Ce bureau fort de l'autorité qu’on lui donnait, prenait courage, et le 21 novembre, il en était rendu à écrire :
RP RME TRUNCT AIS SIDE SRE rage er mr-rn eee
# Je regrette cette difficulté qui est survenue entre les contracteurs et et “ le gouvernement et j'ai plus d’une fois engagé la Mère Supérieure à ta: “ renoncer à son opposition à la loi. Elle ferait aussi bien de cèder de en ‘ bonne grâce car le gouvernement la forcera de se soumettre à la loi. ve À vous, de H. HOWARD,
Surint. Méd.
Donc nous en voilà rendu aux menaces de force, aux moyens extrêines ; H toujours en vertu, je suppose, de l'idée que le gouvernement n’a pas essayé de mettre la loi a exécution. 6
Le docteur Howard ne se contenta pas de s'adresser aux Sœurs il voulait aussi régenter les médecins réguliers de l'asile, il voulut faire des
remontrances, à l’un d'eux, le docteur Durocher, à propos du rapport qu'il ma avait envoyé au gouvernement, il se fit mettre à sa place comme il le
méritait et je ne puis résister au plaisir de citer ici le magnifique soufflet por qui lui fut infligé à cette occasion, par le docteur Durocher : ord
MonTRÉAL, 28 Nov. 1885.
MoxsIEUR.
J'accuse réception du rapport adressé par moi au gouvernement, “apport que vous avez été chargé de me remettre et qui, de fait, ma été remis par l’un de vos assistants le Dr Duquet. | d'a
Je n'ai aucune observation à vous faire sur l’action du gouvernement lot dont vous êtes l’eriployé. C’est affaire entre le gouvernement et moi. au Mais j'ai à vous dire, quand vous aurez à me transmettre les com- ch missions de vos maîtres, de vous dispenser de faire’ des remarques de votre cru. Je n'ai pas besoin de vos observations, et encore moins de vos No lecons. de Je connais mes devoirs professionnels mieux que vous ne paraissez let connaître les votres. Et ce que le bien des patients qui sont sous mes pli soins exige de moi, je l’accomplirai tant envers le gouvernement que ha devant le public même si c'est nécessaire. Vous pouvez compter sur moi les pour cela. Je ne permettrai nià vous ni à vos assistants de tromjier le public et d'exposer au danger la vie et la morale des citoyens pour faire de plaisir à qui que ce soit, sans protester par les moyens qui sont à ma Cut À disposition. ‘… de
# Comme je ne m'occupe que de ce qui me regarde, je n'ai pas à vous répondre sur votre manière de juger les rapports qui existent ou doivent | exister entre les propriétaires de l’Asile St-Jean-de-Dieu, et le gouver- «|. nement. g
FI Muis ce que j'ai à vous dire c'est que c'est moi qui suis dans la position normale, appelé et choisi par les propriétaires légitimes de l'établissement
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et que c’est vous et vos assistants qui vous placez dans une position fausse, tant au point de vue des convenances que de l'étiquette professionnelle, en cherchant à imposer à ces propriétaires des services dont elles ne veulent pas.
Je laisse au public et à la profession médicale à juger qui de vous ou de moi est l’usurpateur. ù
J'ai l'honneur d’être, Monsieur, Votre etc. etc.