‹ Discours de l'Hon. solliciteur-général Angers [microforme]Chapitre 3 sur 3 · PEN 10 TE · texte numérisé non relu

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—des voies qui serviront de débouché an chemin du Nord— des voies dont la nécessité est sentie dans la Province et aussitôt que le chemin de fer de la Rive Nord sera construit, on les trouvera nécessaire pour former des lignes de raccordement. Il est inutile, M. l'Orateur, vu que tous les membres de la Chambre connaissent les compagnies qui ont été formées et savent quels sont les mérites de chacune, il est inutile, dis-je, que je mentionne le nom de celles qui ont déployé tant d’énergie, en vue de la construction de ces lignes. Certainement, la voie ferrée de la Rive Nord une fois construite, nous sentirons la nécessité de finir certaines lignes de la Rive Sud. Je viens de déclarer que je montrerai à ceux qui se trouvent en dehors de la Chambre, que ce que nous demandons aujourd’hui est simplement un acte de justice, et que ce n’est nullement une tentative de spoliation de la caisse publique dans l’intérêt de notre projet. Nous ne proposons réellement pas de prendre cet argent, car nous rendons à la province plus de valeur en terre que nous ne prenons en argent. Si je fais cette observation, c’est comme je l’ai déjà dit, dans le but de détruire l’effet de la fausse interprétation donnée à notre projet, interprétation qu’on a à dessein répandue au moyen des journaux et de circulaires dont se sont servies de puissantes compagnies pour exciter la division, et faire naître un esprit de jalousie au milieu de nous. Il me faut donc dire que la population échelonnée sur la Rive Sud, depuis Lévis jusqu'aux frontières Ouest de la province, est moins nombreuse que la population de la Rive Nord. M. l’Orateur, lorsque nous faisons la demande qui est aujourd’hui devant la Chambre, nous ne sollicitons pas que la majorité nous donne ce qui lui appartient, mais nous demandons, nous qui constituons la majorité, qu’on nous rende simple et bone justice. Et en faisant cette assertion, je n’inclus pas la population des rives Sud et Nord en bas de Québec, tels que Montmorency, Charlevoix, Chicoutimi et Saguenay, Bellechasse, Montmagny, L’Islet, Kamouraska, jusquà Gaspé, quoique leurs interêts soient communs aux nôtres. Je compare seulement la population de cette partie de la province à travers laquelle le chemin projeté doit passer, à celle de la rive Sud entre les mêmes hornes.

Un autre fait important, que je dois mentionner et que la Cham-

bre n’ignore pas, est celui-ci: Nous demandons de convertir 2,727,000 acres de terre en une somme d'argent, mais nous, la rive Nord, avons versé dans le trésor provincial cinq fois cette somme, Prenez, par exemple, les états du revenu des forêts de la Province pour l’année expirée le 30 juin 187 5, et vous verrez que les forêts du St. Maurice, dePontiac et d'Ottawa ont rapporté une somme de $468,773, tandis que celles de la Rive Sud n’ont donné qu’un revenu de $53,953 pour la même période. Ce que nous demandons à la caisse publique n’est pas plus que notre part légitime, et la proportion qui vient d’être établie démontre que notre demande ne sort pas des bornes de la justice. D'un autre côté, la Rive Nord, sur les ventes de terres, a produit un revenu de $13,552, tandis que la Rive Sud a donné $20,413, ce qui montre que les chemins de fer de la Rive Sud ont donné à ses terres une valeur bien supérieure ; c’est ce qui explique comment il se fait que pour cet item, mais pour cet item seulement, la contribution du Sud excède celle de la Rive Nord de $7,000. |

De plus, pour montrer au public de cette Province que nous ne demandons pas un partagé inégal, comme je l'ai dit tout à l'heure, et pour étouffe: les germes de divisions qui tendent à se produire, je prendrai comme preuve additionnelle l'item des licences. On voit par cet item que, sur la Rive Noïd, les districts de Québec, T rois-Rivières, Joliette, Terrebonne, Montréal, Ottawa et Pontiac fournissent, sous ce chef, $142,585.83, tandis que, sur la Rive Sud, les districts d’Arthabaska, Bedford, Richelieu, St. Hyacinthe, Beauce, Beauharnois, St. François et Iberville ne contribuent que $23,535.10. Comparez ce chiffre avec celui de la Rive Nord Ÿ142,585.83 ; la disproportion est frappante,

M. Picarp.—Combien donnent les cités de Québec et de Montréal ?

M. ANGERs.— Québec donne $16,920.56, et Montréal $r 14,- 943.38.

M. Picarb.—Bon !

M. ANGERS.—Je suis heureux, M. l'Orateur. de voir que l’Hon. député désire réclamer Montréal et Québec comme appartenant à la Rive Sud (on rit) et je dois en augurer que, animés de pareils sentiments, tous les députés de la Rive Sud n’hésiteront pas à accorder leur concours aux résolutions qui sont maintenant devant

cette Chambre (marques d’assentiment). Je suis content de constater que l’Hon. député de Wolfe est le premier député du Sud qui, mu par cette impulsion spontanée, ait voulu réclamer les cités de Québec et de Montréal comme appartenant à la Rive Sud. (Applaudissements et hilarité.)

Voix.—Nous contribuons autant, à Québec et à Montréal seuls, pour les licences, que toute la Rive Nord.

M. ANGERS.—Je suis prêt à l’admettre (assentiment). Mais quels sont ceux qui font et alimentent le commerce, et qui, par leur énergie ont bâti Montréal et en ont fait la grande métropole commerciale de la province de Québec. Ce sont ceux-là mêmes qui vous demandent aujourd’hui une voie ferrée afin de continuer et d'étendre la prospérité du pays vers le nord et amener vei.; ces régions le même état de prospérité qui règne au Sud.

Ï1 m'est inutile, en terminant ces remarques, de démontrer à cette Province pourquoi nous devons contracter de suite cette nouvelle obligation, et pourquoi nous devons, quant à présent seulement, du moins je l'espère, construire à nos dépens cette voie ferrée qui doit s'étendre de Québec jusqu’au Portage du Fort.

Notre Province avait acquis certains droits de la Législature fédérale. Nous devions avoir notre part des avantages du chemin du Pacifique. Mais avec la chute du parti conservateur s’est envolé ce que nous regardions comme des droits acquis. Ces droits ont été violés pour le profit d'Ontario. Néanmoins, je suis d'avis, M. l'Orateur, qu’en présence de ces faits, nous ne devons point nous décourager, ni permettre à l’Avenir de dire que nous avons eu à notre portée les moyens d’assurer la prospérité de notre Province, que nous en avons laissé échapper l’occasion, et que nous nous sommes croisés les bras pour en attendre une plus favorable, Ce n’est point là le langage, ni la ligne de conduite que doivent tenir des hommes d’énergie ; disons plutôt : atteignons l’objet que nous avons en vue, soyons à la hauteur de la tâche ! n’allons pas attendre qu'il soit trop tard pour construire cette route ! n’attendons pas pour faire les sacrifices que l’encreprise entraînera néces sairement, que ces sac:ifices soient faits sans utilité! Ces considérations ont forcé le gouvernement à adopter sans hésitation la marche qu'il suit. (C'est sous l'empire de telles circonstances que sa politique a été préparée, politique qu’au point de vue

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commercial, je considère comme à la fois raisonnable et juste. Le gouvernement a dit : Si nous différons la construction du chemin de fer de Québec au Portage du Fort, si cette ligne n’est complétée qu'après la construction d’autres lignes rivales, jamais elle ne sera en état de lutter avec avantage contre le Canada Central, et les autres voies qui seront construites dans le but de diriger le trafic d’Ontario et des Etats de Ouest sur d’autres points au détriment de la province de Québec. (Ecoutez ! Ecoutez!) Je pense que le gouvernement a été sage et qu’il a prouvé sa sagesse en disant que nous devons construire cette route, afin d’être, pour ainsi dire, hors des atteintes d’une ligne rivale ; car, quand notre voie sera complétée, aucune compagnie ne s’aventurera à en construire une autre. En Angleterre aucun capital ne serait souscrit pour un tel objet. Les capitalistes anglais répondraient à ceux qui en feraient la demande : Vous avez été devancés par la province de Québec qui, bien pénétrée de l'importance du trafic de l'Ouest, n’est pas. restée en arrière, et même avant que ce trafic fût créé, a tenu le feu de ses locomotives allumé et ses chars attachés les uns aux autres prêts à transporter les produits de ce grand commerce à Montréal et le surplus à Québec. (Applaudissements.)

Je crois, M. l’Orateur, que la Chambre comprendra la sagesse de cette politique, et je pense qu’elle sera disposée à rendre justice au gouvernement en décidant que cette question n’a pas été soumise à la Chambre prématurément, et en déclarant que nous n'avons pas demandé trop tôt que la province fasse les sacrifices qu’elle doit faire en pareil cas. Voici le moment de le faire, et pour peu que nous remettions encore, nous devons renoncer à jamais à l’idée d’avoir un chemin de fer s'étendant de Québec au Portage du Fort, chemin qui nous restituera les avantages du Pacifique. (Ecoutez ! Ecoutez :) Je considère que nous avons amené la question devant les Chambres en temps opportun, car si nous vou” lons avoir ce chemin, il faut nous décider, dès aujourd’hui, à le construire. En attendant, serait-il convenable que j’essayasse encore de rassurer la Chambre sur le succès de ce chemin? Devrais-je m’efforcer de montrer dans quelle proportion le grand trafic sur lequel nous comptons affluera sur cette ligne? Non, M. l’Orateur, il n'appartient pas à un membre de ma profession de se prononcer

Gars. Apres

sur une question de cette nature. Cependant, j'ai en ma possession, des témoignages écrits affirmant l'importance de cette ligne (assentiment) et prédisant son succès futur. (M. Angers montre ici la requête de la compagnie du Grand-Tronc) (marques d’assentiment.) Comment, ce chemin de fer est donc assez important pour faire trembler M. Potter, à Londres même, et pour le forcer à venir, en suppliant, devant cette Chambre, crier à la province de Québec : ‘“ Grâce, grâce ! ne nous ruinez pas en construisant le chemin de fer du Nord (assentiment et applaudissements). Nous n'avons pas ici à voir si notre politique doit ruiner M. Potter ou les créanciers de son chemin de fer; ce que nous avons réellement à considérer et à sauvegarder, ce sont les intérêts de la Province qui doivent avoir le pas sur les intérêts des créanciers qui ont fourni leurs capitaux au Grand-Tronc (assentiment.)

La question, maïntenant, se résume donc à ceci :

Consentirons-nous à sacrifier les intérêts de notre Province pour ne pas froisser les susceptibilités d’un petit nombre de créanciers anglais, ou d’un monsieur Potter? Allons-nous laisser cheoir notre projet en présence du progrès et de la prospérité que ce chemin de fer doit apporter à toute la province de Québec? Non, M. l'Orateur, et comme je l’ai déjà dit, il est urgent que nous construisions ce chemin et nous le construirons ! D'ailleurs, la Province n’a jamais entrepris et n’entreprendra jamais d'établir une ligne qui puisse ruiner le chemin du Grand-Tronc, car les deux voies ne sont pas parallèles. On a essayé mille fois de représenter en Angleterre que ce chemin de fer n’aura pas un trafic suffisant pour payer l'huile nécessaire aux roues des chars et aux pièces de la machine à vapeur, mais si telle est le cas, pourquoi donc tant vous alarmer, M. Potter, et mettre devant la Chambre une requête comme celle que nous y voyons? Pourquoi faire tant d’efforts pour empêcher de naître un projet qui doit, suivant vous, mourir e raissant ?

‘2 pétition dit en outre que, dans l'intérêt de la Province, ce proje ne doit pas se réaliser ; le pétitionnaire donne des conseils à 1: Législature! Mais de quel droit M. Potter vient-il nous aviser? Il dit: vous pouvez faire ceci, mais vous ne devez pas aller au-delà de telle limite ; votre devoir est de sacrifier les intérêts

de la province de Québec et de respecter ceux du Grand-Tronc. (Ecoutez, écoutez!) Rejettons loin de nous cette requête et les conseils intéressés qu’elle contient, pour n’écouter que ce que nous inspire l’amour de notre pays et le désir patriotique de le faire riche et grand ! (applaudissements.)

J'espère que cette Chambre me pardonnera de l'avoir entretenu si longtemps, et qu’elle admettra de suite quelle tâche difficile c’est, pour un avocat, parmi tous, de traiter une question de chiffres. Sur ce point, je tiens, cependant, à rassurer la Chambre sur l’exactitude des chiffres que j'ai donnés. Elle peut les accepter sans la moindre hésitation ; ils sont extraits de documents officiels, et offrent une vérification facile. Les uns sont extraits des comptes publics de 1871, et du Year Book, tandis que les autres, se rapportant aux revenus et aux dépenses de cette Province, sont les chiffres mêmes fournis par l’hon. Trésorier.

Je demande encore une fois pardon à cette Chambre d’avoir occupé son attention si longtemps. Mais l'importance de la question exigeait ces développements. Et si la Chambre n’acceptait pas cette excuse, j'espère qu’un jour l'Avenir me justifiera, lorsque notre voie ferrée sera complétée et que nous pourrons nous rendre par le train, de Québec au Portage du Fort, et, du Portage du Fort, j'en ai du moins l'espoir si la Puissance fait son devoir, aller rendre visite à nos frères canadiens de la Colombie britannique. (Applaudissements prolongés.)

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