Discours de L'Honorable E.-James Flynn, prononces a l'Assemblee Legislative, aux seances des 8, 13 et 16 mai 1884, en reponse aux reproches de l'opposition d'avoir vote en 1879, contre le gouvernement Joly
1 1 mu i il ii mim 1 1 1 1 ni ni 1 1 1 nui iiniiiiui u 1 1 1 1 1 1 1 1 un uni m n iiiiniii mi 1 1 u un ni un tu i ni ni il
The EDITH and LORNE PIERCE COLLECTION of CANADI ANA
Queens University at Kingston
DE
L'HON. E.-J. FLYM
Devant rassemblée Législative
Séance du mardi h 13 mai 1884.
(Suite de la discussion de la proposition de l'honorable M. Mercier, sur le budget général pour 18S5).
L'ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de l'honorable M. Mercier, sur le budget général, pour l'exercice 1885.
L'honorable M. Fltnn, député de Gaspé, commissaire des chemins de fer, dit : — Je regrette d'être obligé de réfuter certaines paitios du discours de l'honorable chef de l'Opposition (M. Mercier. Je ne dirai rien de personnel, bien qu'il se soit montré agressif, cela depuis le commencement de la session.
L'honorable député ne s'est pas borné à critiquer les administrations depuis 1867, et à conclure par dire que le parti conservateur a ruiné le pays, mais ii a voulu m'attaquer personnellement. Je dois dire que j'ai été surpris, car s:il y a un homme dans cette enceinte qui n'a pas le droit de parler comme il le fait, c'est bien l'honoi chef de l'opposition.
Puisqu'il a remoi loin dans le passé, pourquoi, en parlant
des administrations depuis 1867, n'a-l-il parlé des années qui se sont écoulées de 18 1867? Pourquoi ne nous a-t-il pas
parlé de lui-même, de 1862 à 1867, en nous donnant une page de son histoire? On ne doit pas entendre parler de trahison par des hommes qui n'ont cessé d'être traités de traîtres ! Je reviendrai tout à l'heure sur celle parlie de mon sujet.
On dit que l'honorable premier minisire a renversé le gouvernement-Joly, en ayant recours au Conseil législatif. Je nie la vérité de celte assertion.
Quels sont les faits, M. le président ? Si l'honorable député de Québec-est était ici, il nous les raconterait tels que je vais le faire.
Le cabinet-Joly est tombé victime d'un concours de circonstances incontrôlables. Eu revenant si souvent sur le passé, ou m'oblige à y revenir moi-même. On parle de trahison ! 11 n'y en a pas eue, car ce cabinet est tombé sous le poids immense de son impuissance à dominer les événements qui ont amené sa ruine. C'est la seule conclusion logique à laquelle on est forcé d'arriver après avoir examiné les faits sous leur vrai jour. Que l'on voie quelle était la position de ce gouvernement par les journaux de cette Chambre, et on arrivera vite à la vérité. Le gouvernement de rhonorâble député de Lotbinière était-il né parfaitement viable? Bien que je l'aie aidé à surmonter les obstacles qui se dressaient dans son chemin, je dois à la vérité et à ma conviction de dire qu'il n'était pas né viable. La preuve réside dans les humiliations qu'il a du subir sur l'adresse en réponse au discours du trône, à la session ne 1878.
Cependant, nous avons voulu l'appuyer afin de le voir à l'œuvre et pour nous assurer si le sentiment public lui reviendrait favorable. Nous avons été les tristes témoins d'un spectacle inouï, celui de voir le gouvernement, comme certain ministre être censurés par la majorité. On a vu le premier ministre aller présenter une adresse dans laquelle on lisait ce qui suit :
« Celte Chambre, tout en exprimant sa ferme détermination d'insister sur la plus stricte économie dans toutes les branches du service public, et la surveillance la plus sévère sur toutes les dépenses administratives, regretle que les aviseurs actuels de Son Excellence le lieutenant-gouverneur aient persisté à rester au pouvoir sans avoir été appuyés par la majorité de la Chambre d'Assemblée, lors de leur outrée en office, et sans être encore appuyés par celle majorité. »
Il a fallu voter un nouveau paragraphe, avec le concours du vote du président, pour donner un semblant de force au cabinet ainsi censuré. Et que disait-on dans cet amendement? Le voici :
«Néanmoins, dans les circonstances actuelles, cette Chambre croit de son devoir de donner un «support général et indépendant ! » qn'on remarque bien ces mots, un « support » général et indépendant au gouvernement, de manière à ce que les mesures qu'il propose soient soumises au jugement de cette Chambre.»
Voilà rengagement que j'ai pris conjointement avec mes collègues en 1878.
Nous l'avons tenu et même nous avons dépassé la mesure, afin de donner à cette administration toutes les chances possibles de surmonter les obstacles. Et, pendant toute cette session de 1 878, le gouvernement ne s'est maintenu au pouvoir que par le vote du président.
A la session suivante, en 1879, le gouvernement-Joly avait deux ou trois voix de plus qu'en 1878 ! Mais retournons aux journaux de la Chambre, et voyons ce qui s'est passé.
Du moment que M. Lelellier a été démis, je dis que le cabinet était mort de fait, sinon constitulionnellement. Il n'avait qu'une existence éphémère. Le coup de l'automne de 1879 n'a fait simplement que mettre fin à la crise.
Un gouvernement viable, à mon sens, c'est un gouvernement qui commande une majorité. Or, qu'on prenne les Journaux de la Chambre, et l'on verra si j'ai raison de parler comme je le fais.
M. Letellier a été démis le 25 juillet 1879. Immédiatement après ce renvoi d'office, il se produisit un incident qui indique la situation du gouvernement vis-à-vis de la députation. L'honorable M. Chapleau avait dit, à propos d'une assertion faite par M. Langelier, que ce n'était pas la première foisqu'il était convaincu d'avoir fait des assertions fausses, et que deux fois déjà il avait été convaincu de mensonge devant la Chambre. Ces paroles
donnèrent lieu à un incident qui se termina par une proposition de l'honorable député de Lotbinière, alors premier ministre, laquelle se lit comme suit :
« Attendu que l'honorable M. Chapleau, représentant la division électorale de Terrebonne, a fait usage d'une expression qu'il refuse de retirer entièrement et à la satisfaction de la Chambre, quoique requis de ce faire par M. le président, M. Chapleau soit réprimande, à sa place, par le président.))
Le vote fut pris et trois membres ministériels se détachèrent du gouvernement et donnèrent la majorité à l'opposition ! Au nombre de ces trois députés, je vois l'honorable député de Québec-Est.
L'honorable député de Lotbinière comprit tellement bien la signification de ce vote qu'il demanda sur le champ l'ajournement de la séance.
Le lendemain, l'honorable M. Irvine, alors comme aujourd'hui député de Mégantic, proposa un vote de confiance dans les termes suivants : « que cette Chambre approuve la politique d'économie suivie par le gouvernement et a plaine confiance qu'il continuera à mettre sa politique en pratiquent qu'il réussira parla à exempter l'imposition de nouvelles taxes sur la province. »
Voilà à quel moyen on avait recours pour tenir debout un cabinet chancelant. Je relate ces faits afin de prouver que le gouvernement était mort conslitutionnellement lorsque nous avons voté contre lui, le 29 octobre 1879.
A propos des résolutions concernant le chemin de fer du I Saint-Jean, ce gouvernement déclara qu'il les retirerait si l'opposition ne voulait pas s'engager à les appuyer, parce que ses amis refusaient de ies approuver.
L'honorable M. Jon, député de Lotbinière. — Oui, parce que ceux qui avaient promis du côté de l'opposition de les voler ne voulaient plus les appuyer.
L'honorable. M. Flyisn. — Dans tous les cas, l'honorable député
a admis qu'il avait retiré ses résolutions pour les motifs que j'ai donnés.
Les événements qui se succédaient, rapidement prouvaient que le cabinet perdait de sa force. Les défections arrivaient tous les jours.
Le 11 août 1879, M. Sliehyn abandonne ses amis à propos du loop Une, de Trois-Rivières. On se rappelle ce qui est arrivé alors. L'honorable député de Quebec-Est avait peine à sortir delà Chambre, vu qu'on avait soulevé la population contre lui ! Toujours le même système. Depuis 1879, l'opinion a toujours cherché à empêcher les manifestations de l'esprit d'indépendance de la part des députés.
Le 21 août 1879, le gouvernement est consulté pour savoir s'il
a l'intention de faire adopter les mesures annoncées dans le discours du trône. On voit que le premier ministre dit qu'il n'y
aura rien de fait pour arriver à l'abolition du Conseil législatif tel que promis dans le discours d'ouverture. Le règlement du fonds d'emprunt municipal est laissé de côté ; l'affermage du chemin de fer aussi. C'est que les amis du cabinet n'en voulaient pas, bien que telle fût la politique des ministres. La question des inspecteurs d'école non plus n'est pas touchée ! Que penser d'un gouvernement qui donne de telles preuves de faiblesse et d'impuissance ?
Le 28 août, le Conseil législatif suspend l'adoption de la loi des subsides. 11 fallait rétablir l'harmonie entre les deux branches de la Législature.
On voit, sur Tordre du jour, une proposition censurant le Conseil législatif, et une autre de M. Chapleasi demandant qu'un gouvernement plus fort fui formé. Moi-même j'ai parlé contre cette proposition do VI. Chapleau, et j'ai émis l'opinion que le gouvernement ne pouvait être renversé par le Conseil ; et j'ai voté pour la proposition de protestation contre l'action de la Chambre haut".
Le 2 septembre, on proposa l'ajournement jusqu'au 28 octobre. Quelle était la position du gouvernement alors ? Elle n'était plus
tenable. De fait nous n'avions plus de gouvernement du tout dans le vrai sens du mot.
Le 12 septembre 1879, M. Chauveau remet son portefeuille. De ce moment, le ministère n'avait plus de majorité. Le premier ministre avait même déclaré ceci, dans le cours du débat sur la formation du nouveau gouvernement le 28 octobre 1879.
« En rapport avec cette question de chemins de fer, que l'on me permette de dire que je n'ai pas hésité à perdre deux voix de la majorité de quatre que le gouvernement avait dans cette Chambre, plutôt que de commettre une injustice envers cei tains intéressés. »
Voilà un gouvernement qui retirasses mesure-,, qui voyait ses membres s'en aller, ainsi que sa majorité. On m'a envoyé chercher pour remplacer M. Chauveau, mais j'ai dit à l'honorable député de Lotbinièro que je ne pouvais pas accepter le portefeuille qiril m'offrait. Je lui ai dit en môme temps que j'étais en faveur d'une politique de conciliation, qu'il importait d'offrir la branche d'olivier aux adversaires, afin de mettre un terme à une lutte ruineuse pour les intérêts delà province. Dans le temps, j'ai consulté mes électeurs et je leur ai demandé ce que j'avais à faire.
Jamais, je n'ai été élu avec l'engagement d'appuyer le gonvernement-Joly quand même. Je m'étais réservé toute la latitude nécessaire sous ce rapport. Quand je suis revenu de (iaspé, la situation était encore modifiée par des circonstances nouvelles. Qu'on lise le Morning Chroniclc de l'époque, et l'on y verra le compte-rendu d'une entrevue que j'ai eue alors avec mes électeurs. Ils savaient complètement à quoi s'en tenir.
Dans une réunion des amis du ministère, on m'a demandé de soumettre une proposUionà l'effet de censurer l'action du Conseil législatif. J'ai refusé, parce que, dès le deux sepiembre 1879, j'ai dit que je voterais pour une proposition visant à la conciliation, à une trêve entre les combattants sur un terrain honorable pour tous. Dans ces circonstances, après les déclarations que j'avais faites, je ne pouvais accepter la proposition de l'honorable
député de Lolbinière, d'entrer dans son cabinet, sans me déshonorer. Et quand je l'ai anpuyé, je l'ai fait par amitié personnelle. Mais quand j'entends dire que je n'ai pas agi d'une manière honnête, je dis qu'on avance là une fausseté.
Lorsqu'on m'a offert, ce portefeuille, on a accompagné cette offre de paroles bienveillantes, aussi ai-je le droit d'être étonné de l'attitude prise depuis et encore aujourd'hui par ceux-là même qui me prodiguaient ces paroles de bienveillance.
Lorsque j'ai écrit à l'honorable dépulé de Lotbinière que je ne pouvais accepter, il m'a donné en réponse ce qui est au fond un certificat de bonne conduite. Voici sa lettre, telle que consignée à la page 383 des Débals par M. Desjardins, pour 1879 :
E. J. Flyinn, M. P. P.,
Mon cher Monsieur, — J'ai reçu hier soir votre lettre du 14 courant, par laquelle vous m'annoncez que vous/ en êtes venu à la conclusion, non sans un sentiment de regret, de ne pas accepter un portefeuille dans le gouvernement dont je suis le chef. Je regrette votre décision mais j'ai trop de respect pour vous et pour moi-même pour insister.
« Je vois avec plaisir que vous avez compris qu'en vous faisant l'offre d'un portefeuille, je ne cherchais pas seulement à combler une lacune dans le cabinet, mais surtout à y faire entrer un homme généralement respecté pour son talent et son intégrité, qui aurait pu faire honneur au cabinet.
« Vous avez rempli votre promesse en m'avertissant franchement de vos intentions au sujet de l'offre que je vous ai faite d'un portefeuille.
« Quant à la ligne de conduite que vous suivrez dans l'avenir vous m'annoncez que vous n'avez pas l'intention, dans ce moment, de mettre votre conduite future en contradiction avec votre conduite passée, mais, qu'en même temps, vous désirez vous réserver cette liberté d'appréciation et d'action nécessaire
pour tout député qui aime à a.çir honnêtement et par conviction, dans l'intérêt du pays.
« Depuis qu suis au pouvoir, mon ambition a été de mériter la confiance des hommes honnêtes et intelligents, et ce n'est pas moi qui trouverais à redire à votre manière de voir.
« Veuillez accepter, mon oh r monsieur, l'assurance de ma considération.
« Votre dévoué serviteur,
o lï. Ti. Jolt. »
Maintenant, je le demande, qu'ai-je fait pour mériter les calomnies dont on m'abreuve depuis cinq ans, pour qu'on n; cesse de
discuter mes actes? On parle de flétrissure Qui peut flétrir,
qui a ce droil ici ? Les honorables membres de l'opposition ? Où ont-ils donc pris ce droit ? En 1879, M. le président, j'ai été élu par acclamation lorsque je me suis présenté devant, mes électeurs, après mon entrée dans le gouvernement Chapleau. On n'a pu trouver un seul homme pour me combattre devant ces électeurs intelligents. Eu 1881, p.irîou t, dans tout le reste de la province, oi a fait une geurre à mort au cabinet-Chapleau. J'ai ercore été réélu par acclamalio
Et, epfin, j'ai été réélu rii dernier, par une écrasante ma-
jorité.
Cette fois, on a voulu e On a trouvé un can-
didat, et, pendant un mois, on m'a soumis à toutes les vexations possibles. On a emplov ma candidature i
plus indignes, tout en répandant par milliers d'exem -, une
feuille qui se nourrit de mansonges et de calomnies. Mal cela, j'ai été réélu par une immense majorité. Si ce sont là des flétrissures, j'ai donc été llétri trois fois ; deux fois à l'unanimité d m ss comm liant'-, et la dernière, par u ise majorité.
J'ai raison de dire que mi position est meill qu'oc-
cupent mes détrael pas besoin de m" défendre,
lorsqu s je reçois des marq munit le la confiance de mes-
élc et d., pays.
Je ne faisais pas partie du cabinet précédent, celui de M. Mouss m '. Maison semblait sympathiser avec moi, on m'adressait des paroles bienveillantes. Mais, depuis que cette session est commencée ; l'opposition n'a pas cessé de nVattaquer. Avec ce système de dénigrement violent on arrivera à me rendre plus fort que jamais, car le peuple, qui est bon, ne se laissera pas entraîner par ces violences et ces calomnies ! Que mes adversaires continuent donc; c'est grâce à leurs attaques peut-être que je suis arrivé à la position que j'occupe.
M. le président, l'honorable chef de l'opposition (M Mercier) s'amuse à attaquer tous les gouvernements conservateurs. Il prépare peut-être des fouets pour les mains des intransigents qu'il ameute aujourd'hui contre moi. Dans trois ou quatre ans, peutêtre siègera-t-il avec les conservateurs ! Il a toujours été conservateur.
Il n'y a pas un homme qui ait plus dénigré les rouges que lui.
Qu'on ouvre le Journal qu'il a rédigé depuis 1862 jusqu'à 1867, et on en verra de belles. Le fait est que toute sa vie est une suite de contradictions. Je ne veux cependant pas le juger ni le faire juger par ce qu'ont dit de lui ses adversaires. Non, mais je ferai mieux, car l'honorable chef de l'opposition a écrit son histoire de sa propre main. Quand on voit l'honorable député de Lotbinière l'applaudir, on ne peut s'empêcher de penser à la fable de la brebis et du loup.
- Quand l'honorabie député de Saint-Hyacinthe fulminait, dans son journal, contre certains hommes, le représentant de Lotbinière les défendait, ces mêmes hommes, contre ses attaques. Ces hommes qui étaient si impopulaires, ils le devaient au député de Saint-Hyacinthe. Comme rédacteur-en-chef du Courrier de Saint- Hyacinthe, c'est lui qui portait la responsabilité de la rédaction de celte feuille. Il a écrit contre les Lelellier, les Laframboise, les Huntingdon, les Sicotte, et tous les autres hommes politiques dont le parti libéral s'enorgueillit.
Si je prenais, pour baser un jugement sur l'honorable chef de l'opposition, les dires du Pays et du journal de Saint-Hyacinlhe,
rédigés par des libéraux, j'en aurais une bien trisle opinion ; mais je serais injuste. Je tiens à ne mettre devant la Chambre que des faits dont on ne puisse nier l'aulhencité.
En 1862,rhonorable député de Saint-Hyacinthe a débuté comme un conservateur très convaincu. J'ai étudié les documents qui se rapportent à ces faits et je puis en parler en connaissance de cause. 11 a continué de défendre ce parti jusqu'en 1864, et en 1866 il y est revenu.
Mais, en 1872, ce conservateur ardent est descendu dans le comté de Rouville pour combattre le parti conservatecur, et il fut élu à une faible majorité. Pendant que son chef de la veille, Sir George Cartier, faisait une lutte terrible à Montréal contre M. Jette, il contribuait de toutes ses forces à faire battre celui qu'il avait adulé.
De 1866 à 1872, l'honorable député avait trahi son parti et ses chefs. Lui qui avait défendu Cartier partout, il allait se joindre à ses adversaires les plus acharnés et le faire battre par ceux-là même qu'il avait conspués, méprisés et livrés à la vindicte populaire. C'est quand Cartier est au plus fort d'une lutte des plus ardentes, qu'il va lâchement le frapper et travaillera sa défaite.
En 1874, Rouville le renvoya à sa clientèle. En 1878, il tente la fortune à Saint-Hyacinthe, mais il est battu. En 1870, à la suite de la mort de M.Bachand, ilse présente de nouveau, et, cette fois, il réussit grâce au fait qu'il est ministre. Personne ne connaissait son histoire. Moi, je croyais qu'il n'avait jamais changé de parti !
En 1879, il pensait comme moi sur la situation politique. Et en 1881, il ne voulait pas se présenter, se désintéressant parla même du sort du parti, ou des convictions qu'il défend avec la vigueur et le zèle d'un néophyte. Pour le décider, il a fallu lui donner ce qu'il a appelé lui-même carte blanche. Il voulait alors l'abolition du Conseil législatif, et il énonçait cette pensée avec tant de force que j'étais ému de ses accents.
11 tendait encore la main à ses adversaires, prouvant par là même qu'il avait encore un cœur conservateur ! Quand ils ont
vu cela, les libéraux, craignant une nouvelle défection, ont cloué son drapeau au nuit libéral, pour me servir d'une expression qui rend bien ma pensée. Depuis ce temps-là on l'a vu combattre contre les amis de son parti. Le fait est que j'ai eu des sympathies pour lui. Nous savons tous la position que le député de Saiut-Ilyacinthe occupe vis-à-vis du sénateur Rosaire Thibaudeau et quelques-uns des autres chefs libéraux à Montréal. Je ne crois pas qu'un autre homme que lui aurait pu en endurer autant. Les choses en sont venues à un tel point qu'il s'est cru obligé de dire ; il faut choisir entre moi et les poseurs au radicalisme.
Le 25 janvier 1883, il écrivait à son ami, M. Poirier :
«Les libéraux auront à choisir entre un des chefs et quelques
rares poseurs au radicalisme, les pires ennemis des libéraux dans
tous les pays.»
Et, le 3 juin 1883, il adressait une lettre à MM. Aurélien Cauchon et autres, dans laquelle il disait;
«Mes ennemis vont tenter un mouvement contre moi au Club national demain soir (mardi). Il faut les écraser. Seriez-vous assez bon pour donner un coup de main afin d'avoir mes amis présents ? Il faudrait écraser cette clique de la Patrie, si l'on veut faire quelque chose.
« A vous,
« Honoré Mercier. »
« Cette clique qu'il veut .écraser, » se compose de MM. Thibeaudeau, Beaugrand, et autres chefs libéreaux. Il n'y a rien d'étonnant à ce que ces Messieurs n'en veulent pas ; ils se souviennent encore de la lutte qu'il leur a faite de 1862 à 1866.
A six heures la séance est suspendue jusqu'à huit heures.
M. le président, à six heures j'étais à parler de la conduite de l'honorable chef de l'opposition à mon égard. Un accusé doit se défendre, quand sa défense surtout offre autant d'avantages que la mienne. Voltaire a dit : Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » Cette infernale maxime est mise en pratique à mon préjudice.
.l'ai longtemps gardé le silence, mais il arrive des circonstances ou on ne saurait laissser sans réponse des accusations qui s'adressent à nos amis et au parti avec lequel on marche.
Comme je l'ai déjà dit, je ne veux pas sortir du domaine que me fournissent les Documenls et le Journal de la Chambre.
On a dit l'histoire des différentes administrations qui se sont succédées au pouvoir depuis 1867, et surtout du cabinet Chapleau. On a voulu faire ressortir ma conduite en 1879. 11 y a cinq ans que cela s'est passé, et on y revient encore tous les jours comme si c'était de l'actualité. Jamais, en Angleterre, un pareil système ne s'est vu. Ici, certains hommes croient avoir fait un grand coup lorsqu'ils ressassent continuellement le même sujet. Il est malheureux qu'ils s'oublient au point de se donner ce plaisir douteux.
L'honorable chef de l'opposition aurait du être le dernier à m'attaquer, lui qui a eu tant à souffrir des persécutions de ses propres amis. Son autorité comme chef a été même contestée. Aussi je n'ai pu m'empêcher de faire contraster sa conduite avec la mienne, et, de cette comparaison, je suis arrivé à cette conclusion que l'honorable député de Saint Hyacinthe n'occupe pas la position qu'il devrait occuper en celte province. Il s'apercevra, s'il n'en a pas déjà des preuves, qu'il se trouve en compagnie de gens avec lesquels il y a entre eux et lui une grande divergence d'opinion.
Je ne désire pas fatiguer la Chambre, mais il est bon, il n'est que juste que nous répondions aux attaques qui sont dirigées contre nous. On m'a attaqué, et il est juste qu'à côté l'on trouve la défense.
L'honorable député de Saint-Hyacinthe a écrit de belles choses en faveur de la cause conservatrice. Comment donc en un vil plomb l'or pur s'e^t-il changé ? Il y a eu un temps où le drapeau conservateur était à ses yeux le drapeau national, à l'ombre duquel il a combattu et qu'il désirait toujours défendre,
Pour repousser ces attaques, je ne me sers pas des accusations de ses amis où de ses adversaires de la veille. Non, M. le pré-
sident, qu'on lise le Pays et Ton verra les opinions de ceux qu j sont maintenant ses amis. En 1866, le chef de l'opposition fai sait une profession de foi politique telle que je n'en ai jamais vue. La vo'ci, empruntée au «Courrier de Sainl-Hyacinthe » du 27 février 1866 :
Aux lecteurs du «Courrier de Saint-Hyacinthe » : « Pas n'est hesoin de dire que les principes qui dirigeront la collaboration et inspireront la rédaction du «Courrier» sous le nouveau régime dans lequel il entre, seront les principes conservaeurs, tels qu'entendus et compris par l'école catholique, dans l'ancien comme dans le Nouveau Monde
« Les principes conservateurs ont subi l'épreuve et reçu la sanction de siècles ; ils sont tout à la fois, la garantie du pouvoir et la sauvegarde des libertés ; la force de la loi et la protection des nationalités. Leur drapeau est celui de la conscience et du devoir ; leur école, celle du patriotisme et de la religion. »
Il y a là tout un programme conservateur, et c'est le chef actuel du parti libéral qui écrivait cela ! Ses amis doivent se demander quelle position ils ont vis-à-vis de lui. Lui, qui a contribué plus que tout autre à déprécier les hommes qui étaient les chefs natu- 9ls de ce parti, même le grand Letellier, et dont il nous disait que la mémoire était vengée ! C'est lui qui a été, jusqu'en 1872 le plus grand ennemi de cet homme dont il fait aujourd'hui la louange. Que n'a-t-il pas dit contre l'honorable M. Laframbroise ?
En voici un échantillon :
« En devenant membre du ministère Macdonald-Dorion, M
Laframboise se rend solidaire des actes et de la politique de ses collègues ; en acceptant ce portefeuile, il endosse la position que le ministère fait au Bas-Canada, et il se rend responsable comme les autres ministres.
« Ce qui veut dire que M. Laframboise a trahi le Bas-Canda et qu'il a foulé aux pieds les intérêts de ses compatriotes, de sa patrie, pour un portefeuille de cinq mille piastres. »
En 1866, lorsqu'il était soupçonné de tergiverser en politique,
on lui a demandé une profession de foi afin de rassurer les conservateurs, et l'honorable dépulé écrivait ce que je vais lire : C'est à la date du 26 avril 18G6 :
« Les principes conservateurs ont subi l'épreuve et reçu la sanction des siècles ; ils sont tout à la fois la garantie du pouvoir et la sauvegarde des libertés : la force de la loi et la protection des nationalités. Leur drapeau est celui de la conscience et du devoir : leur école celle du patriotisme et de la religion.
« Ainsi s'exprimait la collaboration du «Courrier» il y a deux mois, lorsqu'elle prenait la rédaction de cette feuille. Ainsi peutelle et doit-elle s'exprimer encore aujourd'hui
« La population canadienne française est et doit rester conservatrice ; l'élément conservateur domine, il faut lui conserver sa domination ; l'esprit conservateur fait de nous un peuple moral et honnête ; tenons à ce double brevet de respectabilité qui nou3 a déjà valu tant d'appréciations flatteuses, mais justes.
« La Providence semble avoir placé la réalisation de nos grandes destinées dans la conservation de l'idée salutaire qui a, jusqu'à ce jour, inspiré tous les acts importants de notre politique ; qui nous a donné force et courage dans les grands jours de mal" heurs dont le souvenir est consigné dans nos annales historiques, qui a assuré la victoire d'une nationalité qui s'immortalise dans la lutte au lieu d'y mourir.
« L'esprit conservateur fera de nous un peuple distinct, et les principes qu'il protège et défend, en nous rendant forts, nous maintiendront dans la conservation des institutions qui sont la meilleure et peut-être la seule garantie de notre nationalité.
« Nous devons tous travailler à l'extension pratique de cette grande idée conservatrice, à l'augmentation de sa force morale et à la propagation sûre du principe qu'elle protège. Elle peut sauver notre nationalité dans les jours d'orages et de tempêtes gui se préparent à l'horizon. C'est par le patriotisme et l'intelligeneeque les natonalités se soutiennent, vivent et prospèrent ;
^et les principes conservateurs ont toujours abrité ces deux grandes choses qui éclairent et sauvent les peuples. »
Et il terminait ainsi cet article !
« Quant à nous, quoi qu'il arrive, nous serons toujours fîdèles à ces principes; nous les défendrons avec une ferme indépendance ; leur drapeau sera le nôtre dans l'avenir comme il l'a été dans le passé ; il nous servira de guide, et l'idée placée à l'ombre de sa protection sera notre inspiration......... >.»
« Tout ce que nous avons écrit jusqu'à ce jour n'a pas voulu dire autre chose, et nos amis ne doivent pas attacher d'autre sens à nos paroles. »
Et le 28 avril 1866, il ajoutait :
« Nous avons confiance dans les chefs du parti conservateur, et nous aimons à croire que les craintes du Canadien ne se réaliseront pas, et qu'il s'apercevra lui-même qu'il a été trop prompt à jeter le cri d'alarme. *
Ainsi, de peur que la conscience de ses amis ïes conservateurs ne fut troublée, il donne une profession de foi des plus catégoriques. Est-il capable de trouver une seule parole qui soit en contradiction avec ce que j'ai dit jusqu'à aujourd'hui ? Quand je me suis présenté à (jaspé, j'ai dit que j'étais contre le parti rouge qui avait à sa tête Dorion et les autres chefs alors dans l'arène politique, et que j'attendais être libre si j'étais élu. Quand j'ai reçu le mandat des électeurs de Gaspé, et que je suis venu ici pour en accomplir les devoirs, j'étais libre comme je déclarais devoir l'être. J'ai aidé le gouvernement Joly à surmonter les obstacles qu'il a rencontrés pendant son règne, mais je n'ai pas sacrifié un seul principe. Le chef de l'opposition peuUil en dire autant ? Non, car on trouve une contradiction flagrante entre sa conduite au début de sa carrière et celle d'aujourd'hui. Il approuve ce qu'il a condamné et condamne ce qu'il a approuvé, Il fait maintenant ce qu'il reprochait aux autres, et ce qu'il trouvait alors injuste et tyrannique il l'emploie pour combattre ceux qui ne lui |)1 aisent pas. Il se sert des armes qu'il repoussait. A preuve,
les ligues suivantes que j'extrais d'un autre écrit que Ton trouve dans le même journal, à la date du 8 avril 1866 :
« Le plus grand crime dont un homme puisse se rendre coupable à leurs yeux, c'est de ne pas penser comme eux, et la plus grande erreur dans laquelle il puisse tomber, c'est de les croire dans une fausse route et de les penser capable de faire une fausse appréciation et de porter un jugement erronné.
« Vous êtes leur ennemi du jour où vous ne penser pas comme eux, un traître du moment que vous vous affranchissez du joug qu'ils voudraient vous imposer. Quand vous êtes assez hardi pour leur dire qu'ils se trompent, ils vous prennent pour un imbécile, ou un maniaque ; quand vous leur dites qu'ils sont fanatiques enragés, ils prient le ciel de vous pardonner parce que vous ne savez ce que vous dites.
« Ces hommes n'ont guère d'opinions et encore moins de convictions ; ils n'ont que des préjugés. Ils ne voient dans les ministres que des traîtres et dans les membres de l'opposition que desambitieux. L'injure est leur arme favorite, la chicane leur désir, et la haine leur bonheur. »
En 1864, il écrivait encore :
« Le triomphe du parti conservateur sera un beau et grand triomphe, parce que ce triomphe sera le triomphe du pays et de ses intérêts. Le triomphe du vrai est le droit ; le triomphe d'une sainte cause est de justiee.
Le Glorieux Etendard, l'Etendard National, à l'ombre duquel les chefs du parti conservateur ont combattu et combattent encore avec tant de gloire pour eux-mêmes et de succès pour le pays, ce drapeau à l'ombre duquel nous sommes heureux de combattre, se relève plus glorieux que jamais ; aujourd'hui, cet étendard est un guide ; à nos jeux c'est l'étendard de la patrie, te drapeau des grandes idées, protégeant de son ombre les saintes doctrines, et portant dans ses plis l'espérance du pays.
« Le pays était hier sans gouvernement ; aujourd'hui deshom* mes de talent sont à la tête ; ils doivent être aidés. »
Et depuis qif il est parvenu à la direction du parli qu'il a si fortement condamné, comment est-il traité ? Tantôt ce sont les jeunes gens du club national qui l'attaquent, tantôt ce sont les chefs mêmes de Montréal qui conduisent la lutte.
En mai 1883, le club de réforme discute une résolution pour blâmer les membres démette Chambre de l'avoir choisi domme chef de l'opposition, et M. Trenholm fait un discours violent contre son chef.
En janvier 1887, lors de la contestation de Jacques-Cartier, il déclare que jamais il ne l'abandonnerait. On sait ce'qui est arrivé. Et le Witness de Montréal, que n'a-il pas dit du député de Saint-Hyacinthe ? Et ce journal ne l'a pas accepté comme chef.
En effet, comment tous ces libéraux convaincus pouvaient-ils l'accepter, après ce qu'il avait fait contre leur parti, et surtout quand tout récemment, il était prêt à offrir la branche d'olivier aux conservateurs. De 1882 à 1883, il a travaillé dans ce sens. Certains organes libéraux à la dévotion du député de Saint-HyacintKe en ont dit beaucoup sur ce sujet. Ainsi, on me permettra de citer Y Electeur du 14 décembre 1882. L'article que je vais lire a été écrit par un homme politique ou inspiré par un homme important. Là, on trouve qu'aux yeux de ces messieurs de Y Electeur, il n'y a pas de différence d'opinion entre les deux partis : Je cite :