‹ Discours de l'honorable L. Beaubien, commissaire de l'agriculture et de la colonisation, prononcé à l'Assemblée législative le 26 décembre, 1893Chapitre 13 sur 17 · FOURRAGES VERTS · texte numérisé non relu

FOURRAGES VERTS

Mais pour pratiquer cette industrie laitière il faut la culture des fourrages verts. Voila le secret de l'industrie laitière. Que le champ soit bien fumé et bien labouré à l'automne et qu'il soit de grandeur suffisante pour fournir au moment de la sécheresse de l'été un bon supplément aux pâturages. Les

vaches resteront en lait ; on les conduira ainsi jusqu'à l'automne, jusqu'à l'étable. Et dans celle-ci il faudra qu'il y ait la provision de fourrages verts pour l'hiver. Le champ sera afssez étendu pour que la récolte du fourrage vert suffise à remplir le silo ou la lasserie par couches, entremêlé avec la paille en sus de ce quil faut pour la consommation pendant l'été.

Ainsi les vaches resteront dix mois en lait, ainsi elles seront toujours en bon état, soit pour prendre l'étable, soit pour se rendre au pâturage.

Qu'on se rappelle qu'il est toujours difficile sinon impossible de ramener l'abondance du lait, une fois qu'elle a disparu.

Tout à côté de ce mot je veux mettre celui de repeuplement. Repeuplement de nos vieilles paroisses. Dans quelques unes la désertion a passé comme un ouragan, comme un incendie, laissant des vides partout. Nombre de maisons sont fermées à la clef, confiées à un voisin. Si celui ci trouve l'occasion, ce qui n'arrive guère, il en tirera un parti quelconque, au profit des absents.

Combien de terres abandonnées avez-vous dans votre paroisse, demandaisje l'autre jour à un de nos bons curés qui se dépêchait de fonder un cercle agricole ? Trente à quarante, me répondit-il, avec un soupir. Et les paroissiens ? Partis pour les villes.

Ne faut-il pas remplir ces vides désolants pendant qu'on est à faire de nouvelles trouées dans la forêt vierge.

Emparons-nous du sol répète-ton souvent. Encore faut-il pouvoir le garder. Le général habile, après la victoire, laisse bonne garnison dans les villes conquises.

Déjà dans notre culture nous avons beaucoup trop de terre sous la charrue. Si nous en cultivions moins et la cultivions mieux, le profit serait meilleur- J'ai lu un excellent livre sur l'agriculture par un auteur américain j il avait pour unique titre " We farm too much land." Nous cultivons une trop grande étendue de terre. Et tout le long avec pièces à l'appui, il prêche la conden. sation de la culture. (1)

Il est aussi un fait que nous constatons à l'heure qu'il est, c'est qu'aussitôt l'industrie du beurre et du frommage efficacement implantée dans une paroisse le manque de bras s'y fait de suite sentir. On importe les travailleurs. L'in-

(1) L'autre jour, au congrès agricole de Ilunlingdon, un excellent agronome, Mr. D. M. MacPherson, de Lancaster, faisait monter sur l'estrade un cultivateur pour témoigner de l'excellence de cette condensation. Cet homme avait échoué dans l'exploitation d'une terre de cent cinquante arpents sous charrue, et prospérait maintenant sur un lot de cinquante arpents ; il pouvait augmenter son lrou}eau et vendre d'avantage. Et il en rendait témoignage devant la grande assemblée.

duBtrie laitière rémunérant le cultivateur lui fait de suite augmenter ses troupeaux et il a les ressources pour payer l'aide nécessaire.

Nos campagnes ne sont donc pas trop peuplées ; bientôt toutes les paroisses auront leurs fromageries et leurs fabriques de beurre. Malgré cet état de chose, il y aura toujours de la colonisation à faire, à diriger, à aider afin que le colon, ce tirailleur hardi de nos exploitations, ne se prenne pas à désespérer et n'abandonne pas lui aussi sa lâche à moitié faite.

11 y aura toujours des colons à suivre, à protéger au bord de la forêt. Ils y sont conduits par ditlércnt motifs: à un bon nombre on ne pourrait persuader d'aller occuper une de ces terres toutes défrichées et abandonnées dans noH vielles paroisses. Non, c'est le père d'une nombreuse famille qui vend sa petite terre au village pour établir ses fils autour de lui, et leur donner à chacun une grande propriété, héritage de son travail et de sa prévision ; c'est le cultivateur qui, au vieux village, a eu l'infortune en partage ; il s'en va dans la forêt cacher son malheur, faire nouvelle provision d'énergie et de courage ; des jours prospères lui sont peut-être réservés là ; c'est le fils qui ne voit pas d'héritage sérieux, en vue, qui ne l'attend que de ses bras vigoureux ; quand il aura défriché, bâti maison et grange, il reviendra au village y prendre la compagne courageuse de ses travaux et de sa vie.

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