‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 17 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Compagnie du Nord-Ouest après 1787. — Son plan de rester seule maîtresse du commerce de la traite. — Elle construit des forts jusque dans l'extrême Nord pour arrêter les sauvages qui allaient à la baie d'Hudson. — Travaux des découvreurs Alex. Mackenzie, Fraser, Quesnel. — Voyage chez les Mandanes. — Réflexions d'un chef sauvage.

Délivrée après 1787 de toute compétition sérieuse, la Compagnie ne songea plus qu'à étendre le champ de ses opérations commerciales et à s'assurer le monopole exclusif de la traite dans tout le Nord-Ouest. Pendant qu'au sud de la rivière Saskatchewan, les tribus, après la découverte, s'étaient, empressées d'avoir des rapports avec les traiteurs français, celles du nord avaient toujours continué depuis un siècle à porter leurs fourrures aux anglais de la baie d'Hudson. Pour attirer les sauvages de ces régions vers le sud et les détourner de la baie d'Hudson, l'unique moyen était de se mettre sur leur chemin et de faire alliance avec eux.

Les associés de la Compagnie étaient des hommes habiles et qui avaient le génie du commerce. Ils comprenaient que, pour devenir les maîtres de ces immenses pays, il ne fallait pas reculer devant les entreprises dispendieuses,

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parce que la mine à exploiter dédommagerait abondamment des dépenses encourues pour l'ouvrir. Ils échelonnèrent donc leurs forts sur la route depuis le lac Supérieur jusqu'au grand lac des Esclaves, et munirent tous ces postes d'un personnel assez nombreux pour qu'aucun camp sauvage n'échappa à leur surveillance. De cette façon, la Compagnie de la baie d'Hudson, confinée sur les bords de la mer, allait périr par la famine, ou bien elle serait obligée de sortir de sa tanière pour venir engager la lutte ; alors les membres de la Compagnie du Nord-Ouest la ruineraient en peu de temps et ils seraient débarrassés d'elle pour toujours. Tel était leur calcul. Nous verrons plus tard qu'ils se trompaient et qu'après une lutte opiniâtre, entremêlée de succès et de revers, la Compagnie de la baie d'Hudson devait absorber la Compagnie du Nord-Ouest, quand la mission de celle-ci serait finie.

Il en est des associations d'hommes comme des individus, quelque méchants qu'ils soient, ils ne laissent pas cependant de faire de temps à autre des actions louables, au milieu d'une série de crimes. La Compagnie du Nord-Ouest, que l'histoire doit juger avec impartialité, a fait beaucoup de mal durant sa courte existence ; nous saurons dire sur elle la vérité toute entière. Ses grands succès et le rôle brillant qu'elle ajoué dans son temps ne lui donnent aucun droit à l'im-

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punité. Elle s'est rendue coupable de grands crimes ; il est bon que la postérité le sache ; l'histoire est écrite pour servir de leçon. Mais, comme malgré ses fautes nombreuses, quelques membres de cette Compagnie ont accompli des travaux dignes d'être loués, nous nous hâterons de les mettre à son crédit avant d'entrer dans le chapitre de ses méfaits.

A la différence des autres compagnies marchandes incorporées, et qui tiennent leurs privilèges du gouvernement sous certaines conditions, comme par exemple l'obligation de travailler à la colonisation ou au soutien d'une œuvre d'utilité publique, celle du Nord-Ouest, qui s'était formée seule, ne dépendait que d'elle-même et était libre de toute redevance envers qui que ce fut.

Le but unique de son existence était de faire la fortune de quelques particuliers. Aucun but de civilisation n'entrait dans ses entreprises ; exploiter à son profit l'immense territoire du Nord-Ouest, en tirer par tous les moyens imaginables le plus de richesses possible, le ruiner même moralement et matériellement, si la chose lui paraissait nécessaire, pour satisfaire son ambition : telle était l'unique ambition de cette Compagnie. Avec de pareils principes, on peut soupçonner ce qu'elle se permit dans ces pays lointains.

Parmi les membres de cette célèbre association,

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il y eut des hommes remarquables sous le rapport de l'intelligence, des hommes devant qui les horizons s'étendaient plus loin que les profits tirés de la traite des fourrures.

Seuls, les travaux accomplis par ces hommes ont jeté un certain lustre sur la Compagnie. Pendant qu'aujourd'hui les noms des grands Seigneurs du Nord, qui régnèrent sur les lacs et les plaines, sont tombés dans un profond oubli, ceux des Mackenzie, des Fraser, des Quesnel continueront à vivre dans la mémoire des hommes, aussi longtemps que le résultat de leurs découvertes.

Ici, nous avons la preuve qu'il ne suffit pas d'avoir été riche ou d'avoir brassé des affaires pour laisser un nom dans le monde, mais qu'il faut l'avoir attaché à une œuvre durable, utile au bien général de la société.

La renommée des égoïstes périt avec eux. La chose se conçoit facilement ; n'ayant travaillé que pour eux-mêmes, leur mémoire doit s'éteindre avec leur personne : Memoria eorum periit cum sonifoi.

Par ses découvertes, entreprises en vue de la science, Sir Alexandre Mackenzie restera une figure intéressante dans l'histoire du Nord-Ouest.

Né en Ecosse, il vint en Canada à un âge peu avancé. Dès son arrivée à Montréal, il entra dans la maison de commerce de Gregory et

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McLeod. Il était là en 1 784, lors de la formation de la Compagnie du Nord-Ouest. Voici comment en parle l'Hon. Masson dans son intéressant livre ' ' Les Botcrgeois de la Compagnie du Nord- Ouest!'

" Nature énergique, tempérament vigoureux, " volonté de fer, il était un de ces hommes taillés " pour la lutte et les grandes entreprises. Depuis " quelques années, il avait rendu de grands " services à ses patrons qui avaient conçu la plus " grande estime pour ce jeune Ecossais. Jus- " qu'alors son nom avait été ignoré, mais il allait " bientôt être écrit en caractères ineffaçables " dans l'histoire du Nord-Ouest, comme il l'a été " plus tard sur les falaises désertes de l'Océan " Pacifique, qu'il devait le premier atteindre en " traversant les immenses solitudes de l'Ouest."

En 1789, Alexandre Mackenzie était chargé du district d'Athabaska à la place du bourgeois Ross, qui avait été tué deux ans auparavant dans une rixe entre les hommes des deux Compagnies. Depuis longtemps, il avait formé le dessein d'aller vers le nord à la recherche d'une grande rivière, qui, d'après les rapports des sauvages, se rendait à l'Océan Glacial. La Compagnie n'était pas favorable au projet d'un tel voyage, n'y voyant aucun profit net et immédiat pour son commerce. Mais la détermination du jeune Mackenzie était bien arrêtée ; il voulait à tout prix faire ce voyage périlleux, lui eût- il fallu pour cela sortir

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de la Compagnie. Cependant il finit par obtenir l'assentiment de ses collègues, à la condition expresse que la Compagnie n'en souffrirait aucune perte et que les districts du Nord continueraient à être bien administrés.

Alex. Mackenzie eut la bonne fortune de trouver dans le dévouement d'un cousin, M. Rodrigue Mackenzie, un intelligent et fidèle remplaçant, sur qui il pouvait compter sans crainte pendant son absence.

Il fit donc les préparatifs de son voyage, et le 3 juin 1789, il se mettait en route, ayant pour l'accompagner quatre canadiens et un allemand.

Dans la narration de son voyage à l'Océan Glacial, Sir Alexandre Mackenzie nous donne les noms de ces braves et fidèles serviteurs à l'énergie desquels il doit d'avoir accompli cette dangereuse exploration. Ce sont François Barrieau, (1) Charles Doucette, Joseph Landry, Pierre Delorme et John Sieinbuck.

Le lac Athabaska, d'où partaient nos voyageurs, communique avec le Grand lac des Esclaves par une rivière dont le cours très rapide est de plus de deux cents milles. Ils la descendirent montés sur un léger canot d'écorce, portant avec eux des provisions, des armes et des outils.

(1) L'orthographe de ce nom doit être Bériau. Ce voyageur s'est marié au Nord-Ouest et y a laissé des descendants. Il y a plusieurs familles de Bériau à Manitoba.

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Dans ces régions boréales, à cette époque de l'année, le soleil demeure constamment sur l'horizon ; on peut dire que durant les mois de juin et juillet, il n'y a pas de nuit.

On conçoit combien ces longs jours sont avantageux pour des voyageurs qui ont de longues marches à faire. Sous ces latitudes, pendant cette saison d'été, les variations atmosphériques sont moins fréquentes que sous des zones plus tempérées, sans doute pour dédommager les habitants de ces tristes contrées de leurs hivers interminables.

Si les compagnons d'Alex. Mackenzie n'eussent pas été doués d'un courage à toute épreuve, les renseignements que leur donnaient les sauvages sur la route, étaient bien de nature à les faire retourner sur leurs pas. Partout on leur traçait un tableau effrayant de la cruauté des indigènes qui habitaient sur les bords de la mer. On leur disait que jamais ils ne reviendraient de ce voyage et que, si par hasard ils échappaient à la mort, ils seraient vieux quand ils reviendraient tant la distance était grande pour se rendre à l'Océan.

Mais rien ne put ébranler leur courage. Quoique ni eux, ni leurs interprètes sauvages ne connussent le pays où ils s'avançaient, ils y marchaient cependant avec autant d'assurance que sur un territoire déjà exploré. Aussi, trois mois à peine après leur départ, ils avaient descendu la grande

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rivière jusqu'à l'Océan Glacial, pris possession de ces contrées au nom de l'Angleterre et étaient tous, sains et saufs, de retour au lac Athabaska. Le grand fleuve Mackenzie, l'un des quatre plus grands de l'Amérique, était découvert.

Vous croyez que maintenant la Compagnie va combler d'éloges le hardi voyageur dont la gloire ne manquera pas de rejaillir sur elle ? Eh bien, non ! la Compagnie non seulement ne le félicitera pas, mais elle aura des paroles de blâme contre cette expédition. Nous l'avons dit : elle n'existait que pour le commerce des pelleteries. Hors de là, elle ne comprenait rien. Ce fait nous la montre sous son vrai jour.

" Pendant l'été de 1790 (dit l'Hon. Masson), " M. Mackenzie descendit au Grand Portage " pour assister à l'assemblée générale des Bour- " geois qui devaient décider de la réorganisation " de la Compagnie. Le séjour qu'il y fit, ne fut " pas de nature à l'encourager à rester dans " cette association, dont plusieurs membres ne " semblaient pas apprécier le relief qu'il lui avait " donné par son expédition à la Mer Polaire. " My expédition was hardly spoken," écrivait-il " à son ami le 16 juillet 1790, " but it is what I " expected." Il laissa le Grand Portage le cœur " triste et reprit son poste l'âme remplie d'amer- " tume contre ses collègues." (" Les Bourgeois du Nord-Ouest," page 42).

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Une intelligence d'élite comme celle de Sir Alex. Mackenzie ne pouvait s'accommoder longtemps de la vie des traiteurs ; le séjour dans les forts est trop monotone, trop abrutissant, disons le mot, pour convenir à un homme qui pense.

Aussitôt après la découverte de l'Amérique, la grande préoccupation des navigateurs avait été de trouver un passage à travers le continent pour arriver à la mer de l'ouest. Christophe Colomb l'avait cherché dans le contour du golfe du Mexique, disant que s'il n'existait pas, la nature s'était trompée. D'autres après lui le cherchèrent dans les mers du nord, pendant de longues années, jusqu'à ce qu'enfin on eut acquis la certitude qu'il n'existait pas.

Plus tard, les voyageurs qui remontèrent les grands fleuves n'eurent pas plus de succès pour arriver à la mer de l'Ouest. Enfin, les fils de la Vérendrye s'étaient arrêtés au pied des Montagnes Rocheuses, et La Vérendrye était mort au moment où il s'apprêtait à franchir cette redoutable barrière. Depuis lors, aucun voyageur n'avait osé se risquer dans cette entreprise. Cependant vers la fin du dix-huitième siècle, les américains poussaient activement les explorations du côté de l'Ouest, et, en vertu du droit du premier occupant, menaçaient de s'emparer de

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tous ces beaux territoires. Il eut été de l'intérêt de la Compagnie de les prévenir dans ces empiétements, mais elle ne l'eut certainement pas fait sans le génie d'Alexandre Mackenzie.

Celui-ci, animé d'une nouvelle ardeur pour les découvertes par le brillant succès de son premier voyage, résolut de traverser la haute chaîne des Montagnes Rocheuses et de se rendre jusqu'à l'Océan Pacifique. Le projet était hardi; il s'y prépara d'avance. En 1791, il passa en Europe pour se familiariser avec certaines connaissances qui lui manquaient ; puis, muni de tous les instruments dont on a besoin dans ces sortes de voyage, il revint au Nord-Ouest, et, au printemps de 1 793, il partait sans guide, accompagné par six voyageurs canadiens et deux interprètes sauvages.

Parmi les canadiens qui suivirent Alexandre Mackenzie dans sa seconde expédition, deux avaient déjà fait avec lui le voyage à la mer du Nord en 1 789, c'étaient Charles Doucette et Joseph Landry ; les autres étaient François Beaulieu, François Comtois. Baptiste Bisson et Jacques Beauchamp. (1)

(1) Il est regrettable de ne pas savoir de quelles paroisses du Canada venaient ces voyageurs, surtout les deux qui prirent part aux deux expéditions. Ces noms méritent de passer à la postérité. François Beauliea s'établit plus tard à l'Ile à la Crosse, s'y maria à une montagnaise et y laissa une nombreuse famille, très estimée des missionnaires.

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Il faut lire, dans la narration qu'en a faite Mackenzie lui-même, les intéressants détails de ce périlleux voyage.

Pour aller à l'Océan Glacial, il avait surmonté les craintes sérieuses qu'on éprouve en s'aventurant dans un pays inconnu et qu'on nous dit plein de dangers. Mais en réalité, pour descendre le cours rapide du fleuve Mackenzie, il n'avait rencontré aucun passage dangereux comparé à ceux qui l'attendaient dans les défilés des montagnes. Pour aller au Nord, il avait traversé des steppes arides, des landes désertes, des pays à l'aspect désolé. Mais là au moins, le pied du voyageur était sûr. Ici, à l'entrée des montagnes, c'est tout autre chose. Pendant quatre mois, à travers ces gorges et ces défilés où se précipitent des torrents, il n'échappe à un danger que pour se trouver en face d'un autre. Deux fois, ses hommes exténués de fatigues sont sur le point de revenir en arrière et d'abandonner le dessein de se rendre à l'océan. Un jour Mackenzie leur dit : si vous m abandonnez, je continuerai seul mon voyage. Cette parole leur rendit courage ; ils lui promirent de le suivre jusqu'au bout.

Le 2 juillet, un peu moins de deux mois après leur départ, ils arrivaient sur les côtes de l'Océan Pacifique, et saluaient cette mer de l'Ouest qui depuis deux siècles, était le rêve des navigateurs et des explorateurs.

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Alexandre Mackenzie, prenant possession de ce pays au nom du Canada, écrivit sur les falaises de l'océan :

" Alexander Mackenzie from Canada, by land, " the 22 of July, one thousand seven hundred and k< ninety three." Sans prendre un jour de repos, Alexandre Mackenzie et ses compagnons reprirent la route des montagnes et ils étaient de retour à Athabaska vers la fin du mois d'août.

Epuisé par les fatigues d'un tel voyage, Alexandre Mackenzie fut indisposé pendant tout l'hiver. Au printemps, il partit pour le Grand Portage quittant pour toujours les pays d'En- Haut. Il continua cependant à faire partie de la Compagnie jusqu'en 1801, époque à laquelle il se mit à la tête d'une nouvelle société formée dans le but de lutter contre la Compagnie du Nord- Ouest, pour laquelle il n'avait jamais eu de fortes sympathies.

Les autres membres de la Compagnie, qui, après Alex. Mackenzie, entreprirent des explorations d'un intérêt général, sont Simon Fraser, Jules Maurice Quesnel et David Thompson. Ils furent les premiers qui descendirent la rivière Fraser et la branche septentrionale de la rivière Colombie jusqu'à la mer. Par ces découvertes, ils ont assuré à notre pays la possession de beaux et vastes territoires qui menaçaient de devenir la propriété des américains. Ces hardis voyageurs

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firent preuve d'une indomptable énergie et d'une persévérance étonnante. Aussi leurs noms restent-ils acquis à l'histoire.

Quant à ceux qui firent dans l'ouest des voyages longs et pénibles, simplement dans le but d'établir des relations avec de nouvelles tribus, aux yeux de la postérité, ils n'ont rien mérité de plus que tous les autres Bourgeois de la Compagnie, car tous incontestablement furent braves et hardis comme des corsaires.

Chaboillez et Larocque, vers 1800, allèrent trouver les Mandanes sur le territoire américain (1). Ce fut un voyage de grandes misères. Sur les bords du Missouri, ils rencontrèrent les capitaines Clarke et Lewis, envoyés par le gouvernement américain pour explorer le haut du Missouri et traverser les Montagnes Rocheuses. Larocque avait emporté avec lui des liqueurs enivrantes ; Lewis l'avertit qu'il ne lui serait pas permis de les verser aux indiens. Ces pauvres sauvages tout ignorants qu'ils étaient, disaient aux blancs qui venaient dans leur pays : " Si vous veniez à nous avec des intentions charitables, vous apporteriez des articles utiles aux sauvages."

Le chef des Mandanes disait à Lewis : " Il n'y a ki que deux hommes sensés parmi vous : celui qui

travaille le fer et celui qui raccommode les fusils."

(1) La Vérendrye avait fait le même voyage soixante-deux ans auparavant, mais dans un but beaucoup plus noble.

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" Les blancs ne savent pas vivre, disait-il à £t Larocque ; ils laissent leur pays par petites " bandes ; ils risquent leur vie sur le grand lac " et chez les nations sauvages qui les prendront " pour ennemis. A quoi leur sert le castor ? " est-ce qu'il les préserve de maladie ? les suit-il " après leur mort ?"

Que de philosophie dans la bouche d'un sauvage. Cette tentative de Larocque pour établir des rapports avec les tribus indiennes du sud n'eût aucun succès. La Compagnie abandonna bientôt ce projet.

En 1790, après le voyage d'Alexandre Mackenzie à la mer du Nord, la Compagnie, à l'assemblée générale du Grand Portage, avait adopté une nouvelle organisation pour neuf ans. Par la retraite de quelques-uns des actionnaires, les intérêts de la société se trouvèrent réunis dans les mains de dix Bourgeois. Plusieurs commis, au lieu d'un salaire fixe, eurent une part dans les profits ; cette part s'élevait jusqu'à la moitié de la traite. Ce moyen était puissant pour stimuler le zèle des employés et développer leur activité. On préparait la grande lutte contre la Compagnie de la baie d'Hudson. Celle-ci cependant persista encore longtemps à se confiner sur les bords de la mer, et ce n'est qu'à la fin du siècle qu'elle secoua son inertie pour engager le combat qui la mit à deux doigts de sa perte.

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