‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 25 sur 37 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

SOMMAIRE

Maladroite politique de la Compagnie du Nord-Ouest. — Duncan Cameron, au fort Gibraltar, sur les bords de la Rivière Rouge. — Ses intrigues auprès des colons pour les décourager. — Il conseille aux colons d'abandonner la Rivière Rouge, et de voler tous les objets dont ils pourront s'emparer au fort Douglas. — Il s'empare des armes que les colons avaient pour se défendre contre les indiens. — Il fait prisonnier le gouverneur Miles Macdonell. — Il chasse les colons qui ne veulent pas descendre en Canada avec lui. — Les serviteurs de la Compagnie brûlent les maisons des colons.

Si la Compagnie du Nord- Ouest, au lieu de s'acharner à faire périr dans son berceau l'œuvre civilisatrice de Lord Selkirk, (i ) eut continué son commerce en laissant la colonie se développer tranquillement sur les bords de la Rivière Rouge, ses traiteurs, pendant plusieurs années encore, auraient réalisé d'immenses bénéfices.

Maîtresse, comme elle l'était, des voies de communication entre la Rivière Rouge et le Canada, elle commandait à toute la partie du pays baignée par les grands lacs et les rivières qui les réunissent.

Au nord, son influence s'exerçait sur les tribus

(i) Les compagnies marchandes n'ont jamais contribué à la civilisation d'aucun pays ; au contraire, elles ont été un obstacle.

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indiennes jusqu'au bord de l'Océan Glacial ; à l'ouest, elle avait franchi la barrière des Montagnes Rocheuses et ses comptoirs établis sur les côtes de l'Océan Pacifique lui assuraient tout le commerce de ces contrées. Mais, avec l'esprit qui l'animait, son existence eut été un malheur pour les peuples de ce pays, et voilà pourquoi la Divine Providence, qui avait sur eux des vues de miséricorde, ne permit point qu'elle devinât la politique qu'il lui eut été avantageux de suivre. C'est bien ici le cas de dire que Dieu se sert même des sottises des hommes pour arriver à ses fins.

La Compagnie du Nord-Ouest avait intérêt à tenir le pays de la Rivière Rouge dans la sauvagerie, et ce fut justement le moyen qu'elle mit enjeu dans ce but, qui ouvrit la porte à la vraie civilisation.

Avant d'en venir à des moyens de rigueur, Duncan Cameron essaya de l'intrigue. Décourager les colons et les amener à quitter d'euxmêmes la Rivière Rouge pour passer en Canada, était un procédé moins odieux que de les chasser par la force brutale.

Ecossais de naissance, parlant par conséquent le même langage que les colons, le gaélique, il fut facile à Cameron de s'insinuer auprès d'eux. Il alla leur rendre visite, s'informa de leur situation, fit connaissance avec ceux qui paraissaient avoir le plus d'influence auprès de leurs compa-

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triotes, et les invita à venir le voir au fort Gibraltar.

Touchés de l'intérêt qu'il semblait leur porter et ne lui soupçonnant aucune arrière- pensée, les montagnards écossais lui donnèrent peu à peu leur confiance et quelques-uns le regardèrent comme un ami sincèrement dévoué à leur cause.

Lorsqu'il eut ainsi gagné leur confiance, il se mit à jeter dans leur esprit des germes de mécontentement contre leurs supérieurs et, pour les dégoûter de leurs travaux, il leur fit envisager l'avenir sous l'aspect le plus sinistre. Il leur dit, entre autres choses, qu'il savait, de source certaine, que des bandes de sauvages se préparaient à fondre au printemps sur la colonie pour la détruire et que l'unique moyen pour les colons d'échapper au péril qui les menaçait, était de se placer sous la protection de la Compagnie du Nord-Ouest.

Il n'en fallait pas plus pour jeter l'épouvante parmi ces pauvres gens. Aussi plusieurs d'entre eux crurent ne pas devoir repousser la généreuse protection offerte par. Cameron.

Mais cette protection ne devait pas s'exercer à la Rivière Rouge. La Compagnie ne se montrait compatissante au sort des écossais qu'à la condition de les transporter immédiatement en Canada, où elle leur promettait des terres et des provisions pour les nourrir pendant un an. Nous trouvons les preuves de ces basses menées dans

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les témoignages donnés sous serment, devant un juge de paix, par les colons eux-mêmes, en 1815.(1)

Il était facile à Cameron de faire le prophète et d'annoncer l'arrivée des sauvages pour le printemps suivant. C'était pour les réunir que McDonell, son second dans cette odieuse campagne, était allé au fort Qu'Appelle, et il laissait prévoir ses plans quand écrivant à un ami de Montréal, il lui disait : // y aura sans doute

quelque chose de sérieux, peut-être la ririne

complète de la colonie.

Cameron promettait aux colons, non seulement de les faire transporter en Canada aux frais de la Compagnie, mais il offrait encore à plusieurs, des sommes considérables pour les déterminer à le seconder dans son complot. Parmi les émigrants, il y avait des charpentiers et des menuisiers venus pour construire les maisons et autres bâtiments nécessaires dans le fort et dans la colonie ; ces ouvriers se servaient des outils envoyés par Lord Selkirk. Cameron les engagea à déserter de la Rivière Rouge avec tout ce qu'ils pourraient emporter du magasin de la colonie, outils, armes et autres objets d'utilité, leur promettant d'acheter d'eux tous ces articles.

Une telle conduite paraîtrait incroyable s'il n'y

(I) Ces documents se trouvent dans la brochure intitulée. — " Précis touchant la Colonie de Lord Selkirk." (Appendice, p. XXIII, etc )

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avait des preuves authentiques pour confirmer la trop parfaite exactitude de ces récits.

Le 10 de février 1815, Cameron écrivait du fort Gibraltar où il passait l'hiver, les deux lettres dont nous allons citer des extraits ; elles sont adressées à deux colons qui avaient longtemps résisté à ses sollicitations et qui semblaient consentir à passer en Canada. Les lettres leur furent remises par le bostonais Pangman de la Compagnie du Nord- Ouest.

A Messieurs Donald Livingston

et Hector McEachern.

" Messieurs,

" Votre lettre du 28 janvier, que vous m'avez envoyée par Jordan, m'a été remise entre les mains. Je suis charmé de voir que quelques-uns d'entre vous commencent à ouvrir les yeux sur la situation où vous vous trouvez dans ce pays barbare et que vous reconnaissez enfin la folie que vous avez faite, en obéissant aux ordres d'un brigand et, je puis le dire, d'un voleur de grand chemin.

" Par pitié pour la situation déplorable où vous vous trouvez, car je vous considère comme étant ici dans la plus triste des prisons, j'accepte vos offres et je me trouverai heureux de pouvoir tirer de l'esclavage un aussi grand nombre de mes compatriotes qu'il me sera possible. Je sais que

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Lord Selkirk ne renverra jamais personne de vous dans son pays.

" Vous avez déjà été trompés et il n'aura pas honte de vous tromper encore, car faire des dupes est pour lui et Macdonell le commerce le plus profitable. Je me ferai un honneur d'être votre libérateur ; je ne vous demande pas un sou pour votre passage, non plus que pour les provisions dont vous aurez besoin sur la route. Vous allez dans un bon pays où vous pourrez procurer à vos familles une subsistance honnête.

" Nous nous obligeons à procurer des terres à ceux qui en voudront avoir, et nous ne mettrons aucun de vous sur le grand chemin comme des mendiants avant que vous ne soyez mis en état de gagner votre vie. Je n'ai en vous faisant ces promesses aucun autre intérêt que celui que me suggère l'humanité

" Ne craignez pas que le capitaine Macdonell sache jamais aucun de mes secrets, mais prenez garde que madame McLean ne connaisse aucun des vôtres, car elle vendrait jusqu'à son frère." (i)

Votre ami sincère,

(Signé) D. Cameron.

(i) Alex. McLean était un colon dévoué à la cause de Lord Selkirk et content de son sort à la Rivière Rouge.

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Quelques semaines plus tard, au commencement de mars, Cameron écrit de nouveau aux mêmes personnes.

" Votre lettre du 6 mars m'a été remise par l'honnête John Sommerville. Je me réjouis pour vous en voyant que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments, d'autant plus que j'en aurai occasion de délivrer de l'esclavage un plus grand nombre de personnes et non seulement cela, mais de vous sauver la vie, car tous les jours votre vie est en danger du côté des Sauteux et des Sioux.

" Vous ne devez attendre aucune justice dans ce pays-ci. Quoiqu'il en soit, avant de partir, enlevez du magasin de la colonie tout ce que vous pourrez enlever ; j'achèterai les articles qui pourront être d'usage ici et je vous les paierai en Canada. Ma porte sera ouverte, en tous temps, à tous ceux qui voudront venir au fort et nous tâcherons de nous arranger de manière à vivre du mieux que nous pourrons d'ici à ce printemps.'' Je suis votre ami sincère,

D. Cameron.

Parmi les émigrants arrivés l'automne préce dent (1814), se trouvait un nommé George Campbell, qui, à cause de la condition plus aisée qu'il avait occupée en Ecosse avant son départ, paraissait jouir d'une certaine influence auprès de

ses compatriotes à la Rivière Rouge. Cameron l'ayant remarqué n'épargna ni promesses ni argent pour se l'attacher. Il le fit venir au fort Gibraltar avec sa famille où il fut nourri jusqu'au printemps, aux frais de la Compagnie. De plus, on lui promit, en outre des frais de son passage jusqu'en Canada, la somme de cent louis sterling payable au fort William, à la condition qu'il ferait son possible pour faire abandonner la colonie à ses compatriotes.

Comme preuve qu'il ne réussit que trop bien dans son dessein pervers, nous allons donner ici le témoignage rendu, au mois de novembre 1 8 1 5, par un colon écossais en présence du juge de paix J. N. Mondelet, à Montréal. Ce témoignage est assermenté.

Déposition de Michael McDonell.

28 novembre 181Ô. ") Montréal, j

" Michael McDonell, ci-devant de la Rivière Rouge, dans les territoires de la Compagnie de la baie d'Hudson, maintenant dans la ville de^ Montréal, dans la province du Bas-Canada, dépose qu'il connait le nommé George Campbell, un des colons qui ont émigré d'Ecosse pour s'établir dans la colonie de la Rivière Rouge ; que le dit George Campbell est arrivé dans la dite colonie dans l'année de Notre Seigneur 1814 ; étant arrivé à l'un des postes de la Compagnie

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de la baie d'Hudson, sur les côtes de la mer, durant l'été de 1813 et y ayant demeuré jusqu'au printemps suivant ;

Que durant l'hiver de 18 15, le dit George Campbell abandonna la dite colonie, et se rendit à un poste de commerce de la Compagnie du Nord-Ouest dans le voisinage de la colonie. Que le dit George Campbell, lorsqu'il abandonna la colonie, conduisit avec lui un parti d'habitants de la dite colonie, qui partirent avec lui et que lui et le dit parti d'habitants volèrent et emportèrent de la dite colonie, en félons, neuf pièces de canon qui avaient été fournies pour la défense de la colonie et qui étaient gardées dans un bâtiment appartenant à Lord Selkirk ; qu'ils les conduisirent au poste de la Compagnie du Nord- Ouest appelé " Fort Gibraltar " où elles furent reçues par Duncan Cameron, un des associés de la Compagnie du Nord-Ouest, qui les retint ;

Que le dit Campbell, en parlant au déposant, lui déclara qu'il avait pris ces canons pour répondre au désir de Duncan Cameron et qu'il n'en craignait pas les conséquences, ayant pour se justifier un ordre par écrit du dit Duncan Cameron.

Signé : Michael McDonell.

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Au commencement d'avril 1815, Campbell avait déjà réussi à conduire au fort Gibraltar une soixantaine de colons dont le nombre total dans la Rivière Rouge se montait à deux cents.

Les autres persistaient à demeurer sur leurs terres et refusaient net les offres de Cameron et de Campbell. Ils avaient pour les raffermir dans leur détermination un nommé Alexandre McLean, homme tout dévoué aux véritables intérêts de la colonie, bien que Cameron lui eut promis ^400 sterling, s'il voulait suivre l'exemple de Campbell.

Le 3 avril 181 5, pendant que le gouverneur Miles Macdonell était absent du fort de la colonie, Cameron y envoya un parti d'hommes armés pour se faire remettre les canons et les armes qui s'y trouvaient. Il les avait munis de l'ordre suivant :

Lundi, 3 avril 1815.

A M. Archiblald McDonell,

Gardien du fort.

"J'ai autorisé les colons à s'emparer de vos pièces de campagne, mais non pas en vue de m'en servir d'une manière hostile, mais uniquement pour empêcher d'en faire un mauvais

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usage. J'espère que vous ne serez pas assez aveugle sur vos propres intérêts pour tenter une résistance inutile, d'autant plus que personne ne veut de mal ni à vous, ni à vos gens."

D. Cameron, Capitaine au corps des voyageurs.

Cet ordre fut remis à George Campbell, le plus actif d'entre ceux qui avaient déserté la colonie.

Tous les dimanches, les colons se réunissaient au fort Douglas (fort de la colonie) pour assister à la lecture de la bible qui tenait lieu de sermon et, chaque lundi, ils revenaient pour recevoir une ration de provisions pour la semaine. A l'issue de l'assemblée du dimanche, Campbell lut aux colons l'ordre que lui avait confié Cameron et les avertit qu'il serait exécuté le lendemain. Malgré un tel avertissement, le gardien du fort, Archibald McDonell, croyait si peu que la Compagnie en viendrait à cet excès qu'il ne prit aucune précaution pour se garder et ne demanda aucun secours aux colons.

Après les sinistres prédictions de Cameron, qui annonçait l'arrivée de bandes de sauvages pour ruiner la colonie, c'était un acte de la dernière infamie que de dépouiller les colons des armes qu'on leur avait données pour se défendre contre la férocité des indiens. Mais nous allons

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voir que les sauvages étaient moins redoutables que les associés de la Compagnie.

Le lundi, 9 avril, pendant que les colons étaient au magasin du fort pour recevoir des vivres, George Campbell, suivi de plusieurs métis engagés au service de la Compagnie et parmi lesquels étaient Cttthbert Grant, William Shawy et Peter Pangman, se présenta à la maison du gouverneur de la colonie et signifia régulièrement à M. Archibald McDonell de lui remettre les armes, canons et fusils qui se trouvaient dans le fort, et, pour montrer qu'on ne venait pas seulement pour parlementer, les portes du magasin furent immédiatement brisées et on enleva neuf pièces de campagne. Cameron, qui s'était tenu caché à quelque distance du fort avec une autre bande d'hommes armés, vint se joindre à Campbell pour emporter le butin au fort Gibraltar.

Une fois le fort Douglas désarmé, il ne restait plus à Cameron que de s'emparer du gouverneur Macdonell pour être complètement maître de la situation et exécuter son plan. Les fermiers écossais, sans chefs et sans protection, n'avaient plus alors qu'à quitter leurs terres, soit pour retourner en Ecosse par la baie d'Hudson, soit pour descendre en Canada par les canots de la Compagnie du Nord- Ouest qui leur offrait un passage gratis.

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Quelques semaines avant la saisie des canons du fort Douglas par Cameron, un autre associé de la Compagnie, Norman McLeod, magistrat pour les territoires sauvages, avait lancé contre le gouverneur Macdonell un mandat d'arrêt sur l'accusation de s'être emparé des vivres qui appartenaient à la Compagnie.

Cameron et ses gens se chargèrent de faire exécuter ce mandat.

Le gouverneur refusa d'abord de s'y soumettre, ne reconnaissant à McLeod aucune juridiction sur sa personne, mais voyant que des menaces on en venait aux actes de violence et afin d'éviter l'effusion du sang, il se livra prisonnier pour être conduit à Montréal. Au fond, on ne tenait pas à lui faire un procès, mais on voulait priver les colons de sa protection. Cameron avait promis aux colons que les hostilités cesseraient contre eux du moment que le gouverneur serait prisonnier. Ce fut une répétition de la fable du loup conseillant aux moutons de se défaire du berger. A peine Miles Macdonell était-il embarqué sur les canots que Cameron et ses gens levèrent le masque ; les affaires marchaient trop bien à leur gré pour s'arrêter en chemin.

Vers le milieu de mai, Alexandre McDonell, l'associé de Cameron, qui avait passé l'hiver

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à Qu'Appelle pour enrégimenter des sauvages et des métis, était arrivé avec ses bandes annoncées depuis longtemps. La Compagnie eut bien désiré faire commettre par les indiens tous les actes odieux qu'elle méditait contre la colonie. Mais ceux-ci ne voulurent pas s'y prêter et se montrèrent, en vérité, plus civilisés que ceux qui les employaient. Après quelques semaines, ils retournèrent chez eux, peu satisfaits de leur voyage, mais, avant de partir, ils envoyèrent le " calumet de paix " aux colons comme gage de leur amitié.

A peu près vers la même époque, au printemps de 1813, deux associés de la Compagnie avaient offert à un chef sauvage, au lac du Sable, toutes les marchandises et le rhum qu'il y avait dans les magasins du Fort William, s'il voulait déclarer la guerre aux colons de la Rivière Rouge. Voici la déclaration donnée par ce chef sauvage devant le juge de paix J. Askin, à l'île Drummond, au département des indiens :

" Katawabetay (c'est le nom du chef) déclare qu'au printemps de 181 5 comme il était au lac du Sable, McKenzie et Morrisson lui dirent à lui qu'ils lui donneraient à lui et à ses gens tous les effets ou marchandises ainsi que le rhum qu'ils avaient au fort William et au lac du Sable, si, lui,

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Katawabetay et ses guerriers, voulaient déclarer la guerre aux colons de la Rivière Rouge ; sur quoi, il demanda à McKenzie et à Morrisson si la demande de faire la guerre aux colons était faite par les ordres des grands chefs à Québec et à Montréal, ou par les officiers commandant à l'île Drummond ou enfin par le juge de paix J. Askin. La réponse de McKenzie et Morrisson fut que la demande venait des agents de la Compagnie du Nord-Ouest qui désiraient que l'établissement fut détruit parce qu'il leur nuisait ; sur quoi Katawabetay dit que ni lui ni ses gens n'acquiesceraient à leur demande avant d'avoir vu et consulté le juge de paix J. Askin ; qu'après cela, lui, chef des indiens, se gouvernerait suivant l'avis qu'il aurait reçu."

(Extrait des minutes tenues au département des sauvages de l'île Drummond.)

John Askin J. P.

Telle était la malice infernale de ces associés de la Compagnie du Nord- Ouest qui ne reculaient pas devant le crime épouvantable de faire massacrer toute la colonie de Lord Selkirk afin de rester les seuls maîtres dans le pays. Mais nous ne sommes pas au bout de leurs infamies.

Le moment du départ des canots pour le fort William approchait, et plus des deux tiers des colons n'avaient pas encore consenti à abandonner

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leurs terres pour accepter les promesses de Cameron. Les indiens amenés par McDonell n'ayant rien voulu entreprendre contre la colonie, force fut donc aux associés de la Compagnie d'agir eux-mêmes, avec les serviteurs et les métis qui demeuraient autour du fort Gibraltar.

Après plusieurs manifestations menaçantes, Cameron voyant que rien n'avançait et que les colons continuaient à travailler sur leur fermes, se détermina à recourir à la violence pour les chasser du pays.

Le ii juin au matin, (c'était un dimanche), Séraphin Lamarre, commis, Cuthbert Grant, William Shaw, Peter Pangman, dont les noms ont déjà figuré, sortirent du fort Gibraltar avec une quantité de fusils pour armer les métis et les serviteurs de la Compagnie qui demeuraient dans les environs. Au nombre d'une vingtaine, ils se rendirent dans un taillis non loin de la résidence du gouverneur et commencèrent leurs opérations en tirant sur le chirurgien, M. White, qui passait près de là. Ceux qui étaient à l'intérieur de la maison ayant voulu riposter, le feu des assaillants devint plus vif et plus nourri ; quatre des assiégés furent grièvement blessés ; l'un d'eux mourut le lendemain.

Cameron était resté dans son fort pour surveiller de loin l'attaque. Après quelques heures, il vint

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au-devant de ses gens pour les féliciter sur la manière dont ils s'étaient acquittés de leur mission.

Les colons s'étaient donc gravement trompés en s'imaginant que les hostilités cesseraient du moment que le gouverneur se serait livré prisonnier.

Quelques jours après cette lâche, attaque, les hostilités commencèrent de nouveau. On tira sur les habitants de la colonie ; plusieurs fermiers qui travaillaient sur leurs fermes, furent faits prisonniers. Les chevaux furent amenés au fort Gibraltar et le bétail chassé au loin. Un magnifique taureau appartenant à l'établissement fut tué et coupé en morceaux en présence des habitants du fort de la colonie ; et, pour montrer qu'il était déterminé à compléter son plan de destruction, Cameron établit vis-à-vis de l'établissement écossais un camp composé d'une soixantaine d'engagés, commis et métis, pour repousser tout secours qu'on tenterait de porter à la colonie.

Dès lors, il était visible que les colons n'avaient qu'à tout abandonner pour retourner dans leur pays ou bien à se laisser conduire en Canada.

Le vingt-deux juin, ils firent avertir Cameron qu'ils seraient tous prêts à partir dans deux jours. Le 24 juin, une soixantaine de colons, sous la conduite de deux sauvages, gagnèrent

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le lac Winnipeg, en route pour la baie d'Hudson. Le 25 juin, Séraphin Lamare, commis de la Compagnie du Nord-Ouest, accompagné de cinq ou six serviteurs, se rendit à l'établissement écossais pour y brûler les maisons et autres bâtiments construits par les colons. Le soir, tout était réduit en cendres ; la colonie de Lord Selkirk était détruite et l'œuvre de Cameron consommée.

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