‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 27 sur 37 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

SOMMAIRE

Lord Selkirk prend à sa solde cent soldats licenciés et les conduit à la Rivière Rouge comme colons. — Après son départ de Montréal, il apprend en route que la colonie a été détruite de nouveau. — Il marche sur le Fort William et s'en empare. — Les associés de la Compagnie du Nord-Ouest sont faits prisonniers et envoyés en Canada. — Explication de ce qui s'est passé à la Rivière Rouge à l'automne de 1815 et durant l'hiver de 18 16. - Cameron fait prisonnier.— Fort Gibraltar détruit. — Complot formé dans le nord pour détruire la colonie entièrement.

Lord Selkirk avait perdu tout espoir d'obtenir des secours pour sa colonie, quand une circonstance vint lui fournir l'occasion de pourvoir à la sûreté de son établissement, tout en augmentant le nombre de ses colons.

A la suite d'un traité de paix conclu avec les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre venait de licencier en Canada trois régiments de soldats : les régiments de Meuron, de Watteville et de Glengary. Ceux de ces militaires qui ne voulaient pas retourner en Europe avaient droit à des terres en Canada pour s'y établir. Quelques uns d'entre eux, désirant aller à la Rivière Rouge, s'engagèrent à Lord Selkirk aux mêmes condi-

l'ouest canadien

tions que les colons d'Ecosse. Ils exigèrent en outre que celui-ci les feraient reconduire en Europe à ses frais, s'ils n'étaient pas satisfaits du pays.

Sa Seigneurie les engagea régulièrement par écrit et leur fournit des armes, comme il l'avait fait pour tous les autres colons ; précaution fort utile, qui avait déjà été approuvée par le gouvernement en 1813.

Lord Selkirk, suivi de cette petite troupe, se mit en route pour la Rivière Rouge vers le commencement de juin ; les préparatifs qu'il avait été obligé de faire avaient retardé son départ jusqu'à ce moment.

Dès les premiers jours de mai, cependant, il avait envoyé en avant un détachement d'hommes montés sur des canots légers pour aller annoncer aux colons sa prochaine arrivée. Il espérait être rendu à la Rivière Rouge avant que de nouvelles hostilités contre la colonie eussent été entreprises. Le gouverneur du Canada avait accordé à Lord Selkirk une garde composée d'un sergent et de sept soldats pour sa sûreté personnelle. C'était de l'Ile Drummond dans le lac Huron que cette garde devait l'accompagner, cette île étant la dernière où il y avait une garnison anglaise dans ces quartiers.

A la tête de la petite brigade que Lord Selkirk avait dépêchée en avant, se trouvait M. Miles Macdonell, le premier gouverneur de la colonie,

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

que la Compagnie du Nord-Ouest avait envoyé prisonnier à Montréal Tannée précédente. Mais comme on n'avait fourni aucune preuve des accusations portées contre lui, il n'avait pas subi de procès et Lord Selkirk le renvoyait à son poste, au Fort Douglas.

Lorsque Lord Selkirk et ses hommes arrivèrent au Sault Ste-Marie, à la décharge du lac Supérieur, ils aperçurent deux canots, sur l'un desquels était M. Miles Macdonell. Ce dernier venait annoncer que la colonie avait été détruite une seconde fois par la Compagnie du Nord-Ouest et qu'il n'en restait plus que des ruines.

Les détails qu'il avait recueillis en route étaient navrants. Le gouverneur Semple, de la Compagnie de la baie d'Hudson, à qui était confié le soin du Fort Douglas, avait été tué ainsi que vingt-et-un de ses hommes ; le fort Douglas était tombé aux mains de la Compagnie du Nord- Ouest. Quelques-uns des colons avaient été conduits prisonniers au fort William ; les autres avaient été placés sur des bateaux et envoyés à la baie d'Hudson.

Cette affligeante nouvelle obligea Lord Selkirk à changer son itinéraire. Il s'était d'abord proposé de passer par l'endroit appelé Fond dzc Lac, à l'extrémité ouest du lac Supérieur, puis par la rivière St-Louis et le lac Rouge, où il devait rencontrer les canots et les provisions qu'il avait

l'ouest canadien

commandé de lui envoyer de la Rivière Rouge. Il avait choisi cette route pour éviter toute collision avec les établissements de la Compagnie du Nord-Ouest, surtout avec l'établissement du fort William, qui était son château-fort.

En apprenant que sa colonie était ruinée et ses habitants dispersés, il changea son plan et résolut daller droit au fort William demander la mise en liberté de ses gens emprisonnés.

Avant de quitter le Sault Ste- Marie, il écrivit lui-même la dépêche suivante à sir John Coape Sherbrooke, tout récemment nommé gouverneur du Canada.

Sault Ste-Marie, 29 juillet 18 16.

Excellence,

" C'est avec un sentiment de la plus vive douleur que j'ai à vous annoncer la nouvelle qui m'est parvenue, il y a peu de temps, du succès qui a couronné cette année les trames affreuses de la Compagnie du Nord- Ouest. De nouveau, elle a réussi à détruire l'établissement de la Rivière Rouge et, cette fois, elle y a joint le massacre du gouverneur et d'une vingtaine de ses habitants.

" Les circonstances qui ont accompagné cette catastrophe et celles qui l'ont amenée ne me sont encore parvenues que d'une manière imparfaite. Je suis persuadé que la Compagnie du Nord-

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

Ouest en est beaucoup mieux informée, mais l'intérêt qu'elle a à présenter les faits sous un faux point de vue, est trop évident pour qu'il soit nécessaire de faire aucune remarque à ce sujet. Tout ce dont je suis certain, c'est que M. Semple n'était pas un homme à agir d'une manière assez violente ou illégale pour autoriser une attaque semblable à celle qui a eu lieu. Je me flatte d'obtenir sous peu de jours des renseignements plus exacts sur ce sujet au fort William où se trouvent actuellement un grand nombre de personnes qui doivent avoir une connaissance personnelle de ces faits et auxquelles je me propose, comme magistrat, de demander des informations.

" Dans la situation délicate où je me trouve, étant moi-même partie intéressée, j'aurais désiré que quelqu'autre magistrat se chargeât de cette affaire.

" Dans cette vue, je me suis adressé à deux magistrats pour le district de l'ouest dans le Haut- Canada, les deux seules personnes ainsi commissionnées (MM. Askin et Ermatinger) que l'on pouvait espérer vouloir se rendre à une telle distance. Mais ces deux messieurs ont des affaires qui les empêchent de se rendre à ma prière ; je suis en conséquence réduit à l'alternative, ou d'agir seul, ou de laisser impuni un crime affreux. Dans de semblables circonstances,

l'ouest canadien

je crois qu'il est de mon devoir d'agir, quoique je ne sois pas sans redouter que cette classe d'hommes accoutumés à considérer la force comme le seul droit reconnu, ne s'oppose ouvertement à l'exécution de la loi.

J'ai l'honneur d'être, etc., etc.,

Selkirk.

Du Sault S te- Marie, Lord Selkirk suivit le côté nord du lac Supérieur et se dirigea en toute hâte vers le fort William, où il arriva dans l'après-midi du 12 août. Il fit entrer ses bateaux dans la rivière Kaministigoya, débarqua tout son monde et fit dresser les tentes à un mille audessus du fort, sur le côté sud de la rivière. Le total de sa brigade se montait à cent dix hommes : deux capitaines, deux lieutenants, quatre-vingts soldats du régiment de Meuron, vingt de celui de Watteville, six hommes et un officier du 37ème comme garde de corps de Lord Selkirk, le capitaine De Lorimier, interprète, et un sauvage de Caughnawaga, près de Montréal. Il y avait alors dans le fort William un grand nombre d'associés de la Compagnie du Nord-Ouest. M. William McGillivray, leur principal agent, s'y trouvait pour assister à l'assemblée annuelle. Autour du fort, plus de deux cents hommes, tant canadiens que sauvages, étaient campés.

Lord Selkirk envoya sur le champ demander

à M. McGillivray la mise en liberté des personnes emmenées de la Rivière Rouge et gardées prisonnières parce qu'elles avaient pris part à la défense de la colonie. MM. P embrun, Pritchard, Nolin et quelques autres eurent la permission de sortir pour aller au camp de Lord Selkirk ; les renseignements qu'ils donnèrent sur les affaires de la colonie se trouvèrent d'une nature tellement grave que Sa Seigneurie se décida à lancer immédiatement des mandats d'arrêt contre plusieurs associés de la Compagnie du Nord-Ouest.

Le lendemain, 13 août, il confia ces mandats à John McNabb et M. McPharson, pour les faire exécuter. Accompagnés de neuf hommes armés, montés sur un bateau, ils traversèrent la rivière Kaministigoya et vinrent aborder près du Fort. Voici .comment John McNabb rend compte de sa mission.

" Lorsque nous fûmes arrivés vis-à-vis la " porte, nous mîmes pied à terre et nous nous " rendîmes au fort en passant à travers un " nombre d'hommes qu'il y avait à l'entrée. Nous " demandâmes M. McGillivray qui nous dit " d'entrer dans son appartement et là le mandat " lui fût donné. Il se conduisit comme un gen- " tilhomme et se prépara à nous accompagner, " demandant un peu de temps pour s'entretenir " avec deux de ses associés, MM. Kenneth " McKenzie et John McLaughlin. Le but de

l'ouest canadien

" cet entretien était de les porter à l'accompa- " gneretà se proposer pour caution. Cela lui fut " accordé et les trois messieurs nous accompa- " gnèrent dans un de leurs canots comme ils " l'avaient demandé. Peu après leur arrivée, " Lord Selkirk ordonna que nous arrêtassions " MM. McKenzie et McLaughlin, parce qu'il y " avait de fortes accusations portées contre eux. " Cela fait, on nous dit de retourner au fort avec " le capitaine d'Orsonnens, le lieutenant Fauche " et vingt-cinq hommes du régiment de Meuron " pour arrêter tous les autres associés de la Com- " pagnie du Nord-Ouest. Nous nous rendîmes " devant la porte du fort où étaient assemblés " beaucoup de sauvages. Le mandat fut donné u à deux des associés, mais quand nous voulûmes " arrêter le troisième, on opposa de la résistance " et on déclara qu'on ne se soumettrait plus aux " ordres, à moins que M. McGillivray ne fut " relâché. En conséquence, on me poussa en " dehors du fort, et on essaya de fermer les " deux battants de la porte. En ce moment, " j'exprimai au capitaine d'Orsonnens le désir " d'être soutenu ; il accourut aussitôt à la porte " avec plusieurs hommes et empêcha qu'elle ne " fut fermée. Le capitaine ordonna que celui " qui avait opposé de la résistance fut saisi et " mené à l'un des bateaux. McPherson et moi " nous avançâmes alors dans le fort, soutenus

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

" par le lieutenant Fauche. Le capitaine d'Or- " sonnens arriva promptement avec le reste des " hommes qui étaient tous armés. Ils coururent " en avant et en un moment prirent possession " de deux petits canons qui étaient placés dans " la cour en dedans de la porte. Les canadiens " se dispersèrent et toute apparence de résis- " tance cessa. Nous exécutâmes ensuite régu- " lièrement notre devoir en arrêtant les autres " messieurs nommés dans le mandat."

Les prisonniers furent envoyés à Lord Selkirk, qui, après les avoir examinés, leur permit de retourner, pour la nuit à leurs appartements respectifs dans le fort, sous la condition expresse qu'ils ne commettraient aucun acte d'hostilité ; ce qu'ils promirent sur leur parole d'honneur.

Vingt hommes armés, sous les ordres du lieutenant Graffenreid, passèrent la nuit au fort et tous les papiers de la Compagnie furent mis sous scellés.

Bien que les associés de la Compagnie du Nord-Ouest eussent donné leur parole d'honneur que tout resterait comme Sa Seigneurie l'avait ordonné, cependant ils firent partir durant la nuit un canot chargé d'armes et de munitions et brûlèrent un grand nombre de lettres de nature à les compromettre. Le lendemain, les hommes de Lord Selkirk trouvèrent dans un champ, près du fort, huit barils de poudre qui avaient été

l'ouest canadien

transportés là durant la nuit. Ils trouvèrent aussi dans une grange, sous un tas de foin, une cinquantaine de fusils chargés tout récemment.

Ces découvertes firent soupçonner qu'on avait dessein de faire attaquer, au dépourvu, les hommes de Lord Selkirk par les engagés de la Compagnie. Pour plus de sûreté, ceux-ci furent envoyés de l'autre côté de la rivière Kaministigoya ; on s'assura de leurs canots en les mettant dans le fort et les prisonniers furent surveillés de plus près.

Comme Lord Selkirk ne pouvait plus compter sur la parole d'honneur des associés de la Compagnie du Nord-Ouest, ils furent tous emprisonnés séparément et gardés à vue. Après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de son camp, Lord Selkirk procéda à l'examen des prisonniers et ceux-ci lui parurent tous assez criminels pour être envoyés sous escorte à York, dans le Haut-Canada. Ils partirent le 18 août montés sur trois canots bien pourvus de ce qui était nécessaire pour le voyage.

Reportons-nous maintenant à la Rivière Rouge et reprenons les événements au mois de décembre 1 8 1 5, au moment où J.-B. Lajimonière se mettait en route pour Montréal, porteur d'un message pour Lord Selkirk.

Ce message, nous l'avons dit, était envoyé par Colin Robertson qui avait ramené de J ack River

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

Honse les colons écossais chassés de la Rivière Rouge par Cameron, après la ruine de la colonie et les avait rétablis sur leurs fermes au mois d'août 1815. Robertson qui envoyait porter cette bonne nouvelle à Lord Selkirk, lui demandait en même temps du secours pour prévenir un autre désastre.

Le petit groupe de colons ramenés sur les fermes, se fortifia durant l'automne, par l'arrivée d'un convoi d emigrants venant des montagnes d'Ecosse.

Duncan Cameron, le principal auteur du mal commis contre les émigrants, était revenu à la Rivière Rouge, et s'était installé dans le fort de la colonie resté aux mains des serviteurs de la Compagnie du Nord- Ouest, après la destruction de l'établissement. De là il s'était mis de nouveau à harceler les colons. Colin Robertson voulut mettre un terme à ces intrigues. Au mois d'octobre, aidé par les colons, il reprit le fort Douglas, en chassa Cameron, recouvra deux pièces de canon et trente fusils, que les associés de la Compagnie avaient volés le printemps précédent. Quelques semaines plus tard, ayant surpris Cameron chez les colons, il le fit prisonnier pour le punir de ce qu'il cherchait encore à semer un mauvais esprit parmi eux ; cependant il le relâcha, sur la promesse qu'à l'avenir il resterait tranquille dans son fort Gibraltar.

l'ouest canadien

Alex. McDonell, l'ami de Cameron, avait, lui aussi, été renvoyé à son poste de Qu'Appelle pour soulever les sauvages et les métis. Des lettres interceptées par Colin Robertson lui révélèrent la trame d'un nouveau complot contre la colonie. Le 13 mars 18 16, Alexandre McDonell écrivait de la rivière Qu'Appelle à son ami Cameron au fort Gibraltar.

" J'ai reçu votre lettre de la Rivière la Souris. " je vois avec plaisir les démarches hostiles de " nos voisins. — Il se forme un orage dans le " Nord ; il est prêt à crever sur la tête des misé- " rables qui le méritent. Ils ne connaissent pas " le précipice ouvert sous leurs pas. Ce qu'on a " fait l'an passé n'était qu'un badinage. La nation " nouvelle s'avance sous les ordres de ses chefs " pour nettoyer leur pays de ces assassins, qui " n'y ont aucun droit : Glorieuse nouvelle " d'Athabaska. (1)

Alex. McDonell.

Le même jour A. McDonell écrivait au Sault Sainte-Marie à un de ses amis.

" Je suis au poste de la Rivière Qu'Appelle, <l me donnant des airs avec mon épée et mes " épaulettes d'or, dirigeant et faisant vos affaires. " Sir William Shaw rassemble tous les Bois- Brûlés

(1) Cette glorieuse nouvelle d'Athabaska était la mort de 18 serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, qui avaient tous péri de faim durant l'hiver.

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

" (métis) des départements voisins. Il a envoyé " ordre à ses amis de ces quartiers de se tenir " prêts à entrer en campagne. lia déjà rassemblé tous les Métis jusqu'au fort des Prairies. Dieu " seul connaît ce qui en va résulter."

Cutbert Grant, (métis), commis de la Compagnie du Nord-Ouest et chef principal des métis, écrit du même lieu à Alexandre Fraser

métis, commis de la Compagnie.

(13 niai 1816).

" Je prends la liberté de vous adresser quelques " lignes pour vous donner des nouvelles de nos " compatriotes, les métis du fort des Prairies et " de la Rivière aux Anglais. Je suis bien aise de " vous dire que les métis sont tous d'accord et " prêts à exécuter nos ordres. Ils ont envoyé " ici un des leurs, pour connaître l'état des choses " et pour savoir s'il était nécessaire qu'ils vinssent 4£ tous. Je leur ai fait dire de se trouver tous ici " vers le milieu de mai.

" Je vous recommande de dire à Bostonais de " tenir les métis bien unis ensemble ; quant à " ceux qui sont ici j'en répond, excepté Antoine " Houle que j'ai battu ce matin et que j'ai " renvoyé de service."

Cutbert Grant.

Le même jour, il écrit à Dougald Cameronau Sault Sainte -Marie.

l'ouest canadien

" Les Bois- Brûlés du fort des Prairies et de " la Rivière aux Anglais seront tous ici au prin- " temps ; j'espère que nous l'emporterons haut " la main et qu'on ne verra plus dans la Rivière " Rouge de gens à colonie. Les traiteurs aussi " décamperont pour avoir désobéi à nos ordres " le printemps dernier. Nous passerons l'été " aux Fourches (i) de peur qu'ils ne nous jouent " le même tour que l'été dernier de revenir " encore ; mais s'ils le font, ils seront reçus de la " bonne manière."

Ces lettres, interceptées par Colin Robertson, n'étaient pas les seules preuves de ce qui se tramait contre la colonie. Au mois d'octobre, Duncan Cameron avait réuni dans le fort Gibraltar ses commis et ses serviteurs, pour délibérer sur les moyens les plus sûrs à prendre afin de chasser les colons du pays. Peter Pangman, dit Bostonais, rapporta quelques jours après à un canadien du nom de Nolin le sujet de ces délibérations. Pangman était d'avis d'agir immédiatement, seulement il ne trouvait aucun prétexte plausible pour commencer les hostilités.

Pendant tout le reste de l'automne, Duncan Cameron, malgré sa parole jurée, ne cessa de travailler à jeter le découragement chez les fermiers écossais, et à les attirer à son fort. Il

(i) Ils appelaient la Rivière Rouge à l'endroit de la colonie : Les

Fourches.

LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST

possédait dans le fort Gibraltar une assez grande quantité d'armes volées aux colons lors de la prise du fort Douglas. Dans le cours du mois de mars, Colin Robertson résolut de tenter un coup de main et de s'emparer du fort Gibraltar. Un dimanche soir, vers les six heures, il descendit sur la glace et en suivant les détours de la Rivière Rouge, il arriva sans être aperçu à l'embouchure de l'Assiniboine. Il était accompagné de plusieurs colons. La porte du fort Gibraltar était ouverte.; Robertson s'y précipita les armes à la main avec tout son monde et en quelques minutes il avait fait prisonniers Cameron et ses commis. Pour n'avoir plus à redouter de tels voisins, il rasa les pieux du fort, et fit transporter au Fort Douglas, les armes, canons et fusils qui se trouvaient là. Quant à Cameron, il l'envoya à la baie d'Hudson pour le faire passer en Europe à l'ouverture de la navigation ; les commis furent tous remis en liberté sur parole qu'ils resteraient tranquilles. C'était un coup hardi que venait de faire Robertson, mais il savait, par les nouvelles qu'il recevait du nord, que la colonie était vouée à la destruction et qu'il n'avait rien à perdre en prenant des mesures énergiques immédiatement.

Page 1