BIS, UUE BONAPARTE, 70 BIS
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le 24 mai W^
ASSE;MBLÉE NATIONAl E
tafolDENCE DE M. ^C?FET
M, le pvéalcleiit. La parole est à Mi le Président de la République.
M. Tbiers^ Vrésidentde la Bépublique,'\j'Xsèeinb\éef qui me fuit l'honneur de m'écouter, ne sera cerlaineinent pas étonnée de me voir à la tribune en ce inoment. Si quelqu'un -doit des explicaliQj^s à l'Assemblée et au pays sur cette politique, tapt dénigiée hier, c'est moi îissvirément. Si je ne suis pas je seul responsable, — et je me hûle de dire que je ne suis pas le seul, car refuser à mes collègues,
3ui se sont dévoués à la même mission que moi, une part e responsabilité, ce serait leur refuser l'influence qui leur est due let la participation qu'ils ont toujours loyalement apportée aux affaires, — h, dis-je, je ne suis pas le seul responsable, parce que je n'ai pas été fe seul influent, je suis le principal, et s'il y a un coupable, — je lo dis devant l'Assemblée et devant le pays, — c'est moi ! (Tri^s-bion ! très-bien ! h gauche et au centre gauche.)
Et je ne craioj pas de porter cette responsabilité devant Yous^ devant le pays qui nous écoute^ devant l'Europe qui nous écoute aussi, et qui aliactie à nos affaires l'intérêt que l'on doit attacher à l'ordre général. Je suis donc le grapd coupable ; je viens le déclarer et na'expliquer ici avec la fierté d'une conscience honnête et la franchise d'un citoyen dévoué. (Vifs applaudissements à gauche et au centre gauche.)
M. €le liOr^eril prononce quelques paroles qui se perdent au noilieu du bruit.
M. le président. Veuillez ne pas interrompre, messieurs ! J'invile les membres qui sont debout à s'asseoir, et je rappelle à ! Assemblée que le Président de la République a seul le droit de prendre la parole dans cette séani e^ et que^ par conséquent, toute interruption serait non- seulement une infraction à l'ordre, mais une illégalité. (Oui ! oui ! — Très-bien! très- bien!)
M. le président de la Républlqtue. Permettez-moi, messieurs^ en passant, cette réflexion.
J'avais raison, il y a quelques mois, lorsque, devant la commission des Trente, je disputais vivement pour que le Président de la République put non -seulement prendre la parole sur les lois, mais sur les interpellations; car toute la politique de l'Etat peut être comprise dans une interpellation. Oui, j'avais raison^ au moins ce jour-Ià. J'aurais voulu être écouté davantage quand je désirais abréger les délais, dont vous aurez à souffrir peut-être d^s cette discussion^ si elle se prolonge.
Je suis donc^ par la loi, et, comme je l'ai dit hier, par la raison, obligé de m'expliquer, moi surtout, devant vous. J'ai cru, et je ne me suis pas trompé, que dans cette occasion solennelle l'altaçiue se dirigerait spécialement contre moi. Cela doit être ; je ne m'en plains pas, c'est à moi qu'elle devait arriver, t'est ainsi que je la prends, franchement^ loyalement^ sans détours.
Et certes, bien que dans mon opinion il eût été à la fois plus sage et plus patriotique d'attendre cinq semaines, — car dans cinq semaines l'étranger quittera notre sol... (Mouvements), — je n'ai pas hésité un moment à accepter^ au jour
même que fixeraient mes adversaires, cette grande discussion ; je n*ai pas voulu l'éloigner d'un moment.
Seulement^ il m'en coûterait^ je dois le dire, en Tabord^nt si nettement^ qu*on me fît une position qui n'est pas la mienne. On a vu quelquefois des ministres s'attacher à conserver le pouvoir^ le disputer jusqu'au dernier moment. Je ne les blâme pas : l'ambition est permise dans un litat libre, elle est quelauefois commandée par le devoir, et des hommes r]ui représentent une opinion et une < ause f*>nt bien de lui conserver l'avanldge du pouvoir le plus longtemps qu'ils peuvent. Je ne blâme donc pas les ministres qui, dans le passé, ont pu s'attacher au pouvoir et le défendre jusqu'à la dernière extrémité. Mais telle n'est pas ma position : je ne suis pas un ministre dans des circonstances ordinaires, qui ait désiré le pouvoir, qui l'ait recherché, qui s'efforce d'en prolonger la possession; non, ie ne suis pas cela.
J'ai été appelé au pouvoir dans une des circonstances les plus graves de notre histoire, peut-être la plus srave, — car je ne sais pas une situation comparable à celle de la France en 1871. Celle de 1815,. celle des temps passés, quand les Anglais occupaient la moitié de notre territoire, n'étaient peut-être pas aussi graves que celle -que j'ai vue il y a deux ans et demi, — dans ces circonstances, vous le savez bien, je n'ai pas cherché le pouvoir, je ne l'ai pas désiré : j'en étais épouvanté. Vous n*avez pas délibéré en me le donnant, je n'ai pas délibéré en l'acceptant. Vous et moi nous étions sous le poids de la nécessité. Pour moi,^ j*ose le dire sans crainte d'être démenti, — et je suis sûr que, si je suis démenti quelque part, ce ne sera pas dans le pays, — pour moi, j'ose le dire, lorsque j'ai accepté le pouvour que vous m'avez offert, cela a été de ma part un acte de dévouement. (Applaudissements à gauche.)
Pendant que j'ai occupé ce pouvoir, — je puis le dire encore, personne ne me démentira, — je l'ai exercé abreuvé d'amertume.
Plusieurs voix. C'est vrai !
M. le Président de la Républlaiie. Je le
conserve encore aujourd'hui pour cette discussion ; mais, quand votre verdict sera rendu, sachez-le bien, il ne faut pas le dissimuler^ ce n'est pas à ces loyaux ministres que
j'ai appelés à concourir avec moi aUîc affaires, c'est à molj à moi seul, que ce verdict se sera adressé; c'est pour moi que je 4e prendrai. Il faut delà sincérité ici; et vous savez, maintenatit, messieurs, quel sera le résultat de la décision que vous allez rendre. (Applaudissements à gauche.)
Toute équivoque sur id résul'at du vote que voUs aurez à émettre ayant disparu, le grand coupable étant ici devant vous, personne ne dout«int plUîi que votre verdict s'adres* lîera à lui seul, vous me permettrez, messieurs, de m'expliquef avec une entière franchise. (Ecoutez! écoutezT)
Je lie veux blesser personne ici, je ne veux surtout blesser aucune opinion, — je Ich respecte toutes, surtout quand je jie les partage pas : — personne n*a poussé plus Idiu que moi le respect de la conscience l'eligieuse, et je regarde la conscience politique comme la plus respectable après la conscience religieuse. Mais, messietir^, l'occasion est solennelle; vous allez décider des destinl^ du pays; il faut que vous me permettiez de parler aux piriis, aut indiviilus, à tout le monde, avec la franchise que nous nous devons les uns aux autres. (Parlez! parlez!)
Ëh bien, cette politique qu'on a dépeinte hier comme une politique à double face, — on n'a pas employé l'ex* .pre<sion, j'en conviens, mais, dans l'ensemble, le sens était plus sévère encore que les paroles par lejquelles je le résume, — cette politique, dls-je,-' qu'on a dépeinte, comme une politique à double fece qui, tantôt n'adressait ici, tantôt là, qui ne donnait pas des faits mais des paroles, nous allons voir ce qu'elle a été.
Cette politique, messieurs, mes collègues pas plus que moi nous ne l'avons choisie ; elle nous a été imposée par la s tuation des choses et la nécessité, et notre mérite, si nous en avons eu un, ça. été du comprendre celte situation, de discerner cette nécessité et d'y obé r, d'y obéir comme les honnêtes gens, les hoinmes libres obéissent aux situations, en en tenant un grand compte. Je défie, je l'o<e dire, un homme de bon sens d'avoir suivi, dans les circonstauces que nous avons traversées, une autre conduite que celle qui a été la nôtre.
Messieurs^ songes^ à la situatioi) du pays. Quatld vous nous avez remis les aiïaires, il était envahi au nord par l'ennemi étranger» au midi par la démocratie, devenue démagogie sous l'impuhion des malheurs publics. De gou-
Ydrnement nulle parL Etait-ce le plus granc Le plus grande c'était pas d^exémple dans Ih
point de finances, point d'âi^mée« de nos maux? J*dso dire que non.
a division, division immense oui n^a itstoire ; et c'était avec un pay.^ aivisé, avec des partis antipalhiqueSà qu'on me permette de le dire, les ut)s aux autres, qu il nous a fallu dégager de cette situation une volonté uniaue, un gouvernement qui nous permit dô suffire aux malneurs et aux nécessités du temps.
Eh bien, messieurs, vous nous regarderez, et voua nous jugerez, c*est voire droit ♦, mais votre devoir, c'est de vous regarder vous-mêmes, et de voir dans quel étal de division profondé et sani exemple vous vous trouvez ici. Croyezvous donc que le gouVei^ttement soit facile dans des temps comme ceux-ci, et que, dans les apparences, il puisse toujours y avoir cette unité qui n'est pas en vous et qui n'est pas même dans le pays? C'est avec des efforts sans pareils qu'il faut essayer de dégager une unité qui rende le gouvernement possible.
Permeitez-moi ici, messieurs, de décrire votre état, qui est non pas tout à fait celui du pays, — car la proportinn deâ opinions qui est ici ti'est pas exactement celle qui est dans le pays... (Assentiment a gauche), — permettez-moi de vous présenter la situation telle qu elle est, et promettes^mol de ne pas vous offense^ du tableau véridique que je vais tracer devant vous.
Il y a d'abord une grande division, une très-grande division qui, à elle eeule> suffirait pour troubler un pays -. les uns veulent la monarchie^ les] autres veulent la Bépublioue. Vous êtes tous dans votre droit. Il serait insensé, et je dirai arrogant, de prononcer ici un jugement sur les uni et sur les aiitrei» Lorsque la monafcniô a, pendant tant de siècles, fait la gloire et la prospérité de la France, il serait étrange qu'il ne restât pas dans notre pays de fi lèles représentants de cette religion politique». Je suis donc loin de les blâmer; j*ai trop d'expérience des opinions et des hommes pour n'être point arrivé à (jette impartialité quHl faut avoir quand on veut juger un ipays et un peuple, et qu'il faut avoir surtout quand on gouverne.
Vous ête» dono ici (Forateur désigne la droite) pour la mon-urchie, et vous avez raison, et vous êtes dans votre droit» Mais si l'on est là (l'orateur désigne la gauche) pour
la Républiaue^ on a également raison et on est faussi dans son droit . ^i^ d'un côté, vous êtes^ non sans motifs, effrayés de cette forme de gouvernement qu'on appelle la République, il ne faut l'être que dans la mesure de la sagesse ; il ne faut pas l'être dans la mesure de la passion^ qui égare. (Très-bien ! à gauche.)
. Et vous devez comprendie que, d'un autre côté, on a bien le droit aussi de croire que, dans Tétat présent du monde, quand la démocratie, comme on l'a dit, coule à pleins bords^ que la République, gouvernement naturel de la démocratie, sera, dans un temps, la fin des formes de gouvernement dans notre pays. Je ne dis pas qu'on ait raison, je ne dis pas que vous ayez tort, je dis que chacun a le droit de penser ainsi.
Eh bien, ne sentez-vous pas, — soyez justes pour nous qui sommes sous le poids de cette situation, -- que toutes lés fois que nous touchons à ce grand sujet, on se divise en portions presque égales? Vous l'avez vu ces jours derniers; au fond, c'était ce même sujet qui s'agitait sous les deux noms si respectables de M. de Larcy et de M. Martel, dont vous respectez les uns et les autres le caractère, dont vous aimez la personne les uns et les autres : combien étiez-vous de voix ? 304 contre 308, 323 contre 330.
Il est donc bien vrai qu'ici la première, la plus grande des difficultés, surgit aussitôt que vous touchez à la question essentielle.
On nous dit que c'est la question de conservation. Je ne nie pas que ce soit vrai à un certain degré ; mais la vraie question, c'est celle qui vous divise ici en deux parts et oui divise aussi le pays, non pas en deux parts à peu près égales comme ici, mais aans des proportions plus tranchées. (Réclamations à droite. — Assentiment à gauche.)
Sont-ce là toutes les causes de nos divisions? Hélas! celle-là est déjà bien grande, bien grave, bien profonde; mais il y en a d'autres encore I Vous connaissez notre histoire aussi bien que moi. Regardez aux siècles écoulés; voyez combien la division, la discorde, si je puis ainsi dire, s'est acharnée sur notre pays, que de malheurs elle a semés sur nous ! Et ces causes de divisions, ne croyez pas que je n'en voie que d'un seul côté, il y en a de tous les côtés.
Au commencement du siècle dernier, la maison de Bour-
bon^ ({ui régnait sans partage^ n'était pas divisée : vous savez bien que la Révolution française Ta divisée. •
Ce n'est pas tout, cette terrible Révolution française, qui a fait tant de bien, — tant de bien mêlé, comme il arrive dans toutes les révolutions, mêlé de tant de mal, — elle nous a créé une troisième dynastie par la guerre. (Mouvements divers.) Ces fai's, ils sont patents.
Ainsi, quand je m'adresse de ce côté (l'orateur désigne la droite), je trouve des conservateurs, je le reconnais; mais j'y trouve aussi les représentants de trois dynasties.
Et si je me tourne à gauche, n'y vois-je qu'une seule république î Non . 4^'est vrai .
Il y a des hommes qui, comprenant très-bien la destinée de la République, comprenant très-bien les causes qui Font fait échouer, quand elle a paru dans ce pays, disent: Ce que la République doit faire, si elle veut >e maintenir, c'est d'être non pas alarmante, mais rassurante (Très-bien! trèsbien! — Applaudissements au centre gauche.)
Là est la question. Oui, le pays, on l'a dit souvent, le
Says n'est pas républicain. Voici ce qu'il y a de vrai, je l'ai it déjà, je le répète et je l'affirme : oui, dans les classes élevées, qui sont préoccupées de Tordre, ei qui ont raison, il y a des appréhensions, des répugnances; mais dans les masses, ne vous y trompez pas, la République a une immense majorité.
Quelques voix à droite. Non!
Voix nombreuses à gauche. Si ! si ! C'est la vérilé î
M. le Président de la Républlciiae. Je ne
veux . bles'^er aucune opinion. Dieu m'en garde ! quand je sollicite, non pas pour moi, mais pour le pays un**, appréciation juste da la situation, croyez que je ne serais pas assez malhabile, assez mal inspiré pour vouloir blesser aucun de vous; mais je vous dirai seulement que si les masses pensent ce que vous pensez, les alarmes que vous exprimez tous les jours sont bien peu fondées, et ce serait une bien grande contradiction de vo.us dir«>. si effrayés, si les masses sont à vous. (Rires d'assentiment à gauche.)
Permettez-moi de le dire, je ne fais pas de cette politique frivole et méchante de parti; je tâche de reconnaître la
véHté t)arlDtit oà elle efet. Oh ! oui, si vous votile* dire que les masses sont mobiles et peuvent n'ftvdlf pas toujours la même pensée, Voiii dvet falson ; mais je paMe du temps présent, des nécessités pifésentesj et Je n'hésite paâft dire et à répéter que le nombre estrépublleain.
Mais il y a dans le parti républicain des hommes asseÉ saces pour comprendre qUe lé sort de la République est attatîliô à eeiie ennàiiioh t c'est qu'au lieu d'eiïrayir le pays, elle le rassurera. Et ils ogt poussé, j'aurai le éourage u'être juste envers tout le monde, ils ont poUs^é la raison jusqu'à comprendre uu'il fallait que leur République^ pour ne pas effrayer, fût dans des inams d'hommes qm se rôcomman-^ • dàsâettl aU pays par la conduite politique et ^age de leur vie. tl3 ont eomprti cela, et te ne les en remercie pas. parte que je semblerals les remercier en quelque sorte de m'avolr soutenu au pouvoir; mais je dis qu'ils ont parfaitement com^ pria lés nécessités de la sitliatioUi
Mais au delà il y en a qui pensent autrement et qui, à mon avis, combromettent gravement le sort de fa République. AU lieu de comprendre qu'elle doit être rassurante^ que, pour, être rassurante, eUe doit être patit^nle, et qu'elle doit attendre que le temps ait prononcé entre tout le monde, i s croient qu'il n*y a de possible ou de désirable que la , République avec les anciens républicains. Et, à Cette doc^ trine, ils en ajoutent d'autres qui sont capables d'alarmer lé pays et de lui faire prendre en aversion une forme de gouvernement que soutiennent les instihctà des masses se portant vers la République.
Il y a donc ici trois dynasties) là déuk républiques^ (iVtouvement.) Chacun dit : Voyez comme moi I gouvernez dans moU sens !
Il faut admettre que si on lé dit d'un côté^ on peut lé dire de T autre.
De l'un et de râUtré> tjn dit également : Gouvernée avec moi, gouvérneÉ dans mon setiSj gouverrrez selon mes vues!
Qde vnulet^vous que f^sse un gouvernement dans cette MlUatibn? Que de ibis on m'a dit ; Mettez^ Vous avec nous> nous vuus suivrons.
Je remercie ccok qui tiennent cè propos sineêrement,
mais je les supplie de considérer, '^ et c*eBt ce que les partis ne veulent jamais voir, c'est en cela que consiste Kur aveuglement^ -« qu'iU ne liont paMei seuls> quil y a à côté
d'eux defl hommes tout aussi resiwctiibleg, aussi nombreux qu'eux, it qui, eUx aussi, demaDdeat qu'on gouverne dans leur leni.
Eh bien, messieurs, ici, je IroUve duite, le principe de Is conduite de gitei, qui sur la diraolion génârale n' moi. Oui. ce qu'il fnut dans uelte eit gouvernement de parti, je ne crains gouvernement qui soit inesorable de tayible même jusqu'i ce que l'ordre que la psix toit rsndue au payn, et, i U cambal et le désordre sont finie, d liai, conciliant,
Ce n'est psi lï un gouvernement à double face, o'esl un
Suvernement de gsns échiréB. Et si, dans ce pejs, vous ities un ^ouvernËment de parli, aoyei ctHivaincus que le rep04 publie na durerait pas longtemps. (Très- bien! k gMuche.)
Traites avec dédain cette politique, même avec pitié, cemme un l'a fait hier t mol, je ne crains les hauteurs du personne : par ma vie, par mes actes, et p«nt-etre ^r quelques ttuslitëi bien modestes d'esprit, je suis capable de supporter les dédains. Vous pouvez dédsigner cette, politiqut!, comme on peut dédaigner ceux qui n'ont pas le courage de la suivre, Il eit plus aisé de suivre un parti que de le contenir bu dehors et de lâelier de lui faire entendre raison. (Très-bien l à (Muche.)
Dédsif^nei celle politique i moi, je plains ceux qui ne itaUralent ni la comprendre ni avoir la force de la soutenir. Il m'a fallu bien plus de Torce de caractère et de volonlé
fietit tenif cette conduite, que pour me donner i Un parti et ul obéir aveuglément.
El croyez-vous que cetle impartialité sDit du scepticisme f Non, measieure, je n'ai de scaptlGiime d'aucune sorte : ce n'est pas ma nature) ce n'est pus celle de mon eiiprit, ce n'est pas celle de mon cariclère, Les résolutions nettes et décidées sont les seules conformes à ma nature, ie ne suie pas pluH iCeptique en politique que je ne le duie en pliilnaophfe. Je snis arrêté dans mes vues. Ce n'est pas que je ne croie pas à une vérité politique, ce n'est pas celât mais ce que je crois, je le répète, c'e^t que le gouvernement de paru serait désastreux pour mot) pnys.
Voilà rinspiration de notre politique; c'est elle qui a réjsié tous nos actes. Et permettez-moi^ — quoiqu'on veuille oublier le passé ou le traiter avec une parfaite ignorance, qui est très-commode, — de vous rappeler les actes principaux de cette politique et de vous faire voir combien il y a eu d'unité dans ma conduite personnelle et dans celle de mes honorables collègues qui se sont dévoués à la même pensée que moi.
Eh bien^ cette politique, elle avait une double tâche. La première était une tâche d'urgence. Dans l'état où était le pays^ il y avait une chose urgente à faire : il fallait faire la paix ; il fallait réorganiser le pays, dégager le territoire .
Il y avait une secon te tâche, tâche d'avenir, tâche de prévoyance, dont le but- devait être d'essayer, lorsque le provisoire serait devenu impossible, de vous diriger vers les formes de gouvernement non p^s éternelles... — l'éternité n'appartient qu'à Dieu, à l'homme appartient la durée quand il est sage, - et quand je dis : «Vous diriger vers des formes de gouvernement », je ne veux pas parler avec ce langage qui blesse la conscience, ou avec cette arrogance qui fait croire qu'on enchaîne l'avenir, mais avec la prudence et la sagesse d'hommes qui acceptent les situations et savent y suffire.
La tâche de prévoyance, la tâche d'avenir, celle qui commence aujourd'hui, elle était dans notre esprit : nous y pensions, elle devait venir après l'autre. Eh bien, cette politique dont je parlais tout à l'heure est celle qui nous a inspirés dans la tâche d'urgence et qui nous inspire aujourd'hui dans ce que j'appelle l'œuvre d'avenir. Je vais dire quelques mots de l'œuvre d'urgence; vous allez voir combien la politique dont je parlais tout à l'heure, et que j'appelle la directrice de notre conduite, a eu d'influence sur ce que j'appelle la tâche d'urgence.
Quelle était la situation? Je vous le rappellerai en peu de mots, non pas pour m'attirer de la reconnaissance, — je connais les hommes, ce n'est pas cela que je demande, — mais de la justice..., de la justice, non pas pour moi, à mon âge, je n'ai besoin que d'une mémoire honorable, et j'espère la laisser après moi. (Oui! oui! — Légères rumeurs à droite.)
Non, je ne crains pas pour ma mémoire, car je n'entends pas paraître au tribunal des partis, — devant eux, je fais défaut;
—je ne fais pas défaut deirant Thistoire^ et je mérite de comparaître devant elle. (BraTOs et applaudissements à gauche.)
Je rappelle donc les faits : 400,000 hommes oecupaient le nord de la France jusqu'à la Loire ; de deux armées ennemies^ i'uue menaçait Bordeaux, l'autre menaçait Lyon. Quant à nos armées, les unes, après des efforts très-honorables, étaient rejetées en Suisse, les autres dans les places du N«.rd, les autres au delà de la Loire. De moyens de résistance, il n*y en avait pas. La passion en faisait supposer, la passion égarait : il n'y en avait pas ! Je l'ai vu. Et (][uand, pour rua part, je me suis dit qu'il fallait faire la paix, j'avais la conviction profonde que poursuivre la guerre était un acte insensé. Nous n'avious donc plus d'armées; il fallait faire la paix.
Nos finances^ elles consistaient en quelques secours de la Ban(^ue de France. L'impôt ne revendit plus au Trésor, il restait dans les provinces. De crédit, nous n'avions que celui que dans une situation pareille on peut avoir.
Sans la Banque, qui faisait crédit à l'avenir de la France, — non pas à son présent, je le dis bien haut, — nous n'aurions pas pu exister.
Le désordre, l'anarchie partout. Ce n*était pas la démocratie, c'était la démago^^e, arrivée au dernier degré d'exaltation, qui disposait de toutes les villes jdu Midi, toutes en arm^-s, toutes coalisées, et qui disposait surtout de Paris, où se trouvait un peuple nombreux, habitué depuis quatre mois à la présence de Tennemi, armé de 400,000 fusils qpue depuis nous lui avons arrachés en* le désarmant, et de plusieurs centaines de bouches à feu, et de ces murailles qui avaient arrêté pendatit quatre mois les Prussiens; la aémagogie était le seul gouvernement du pays dan- le moment. Eh bien, et je le dirai, le désespoir était dans vos âmes et la division parmi vous. (Mouvement.) Ce tableau est-il exagéré?
Kappelez-vous vos alarmes de ce moment-là, vos justes alarmes, je dirai presque notre désespoir, si notre courage, très-méritoire à tous, n'avait surmonté les sentiments que nous éprouvions. Eh bien, qu'ai-je dit alors? Après avoir réfléchi toute une nuit avant de vous apporter l'exposé qui a suivi le moment où vous m'aviez conféré le pouvoir exécutif , je me suis dit ceci : Maia
si nous nous livrons toqs à nos passions de partis* à nos préférences, quelque respectables qu'elles soient, ferons^ nous Quelque chose? Créerons-nous un pouvoir? Qréeronsnons des nnances? des armées? Obtiendrons-nous de l'ennemi qu'il évacue le territoire? Non! Et je vous ai tous suppliés de déposer vos préférences; non pas de les détruire dans vos âmes, — on ne refait pas l'âme humaine, — mais de faire entre noua une tr^ve qui nous permit de pourvoir à l'oauvrQ si pressantQ que nous avions à accomplir. Je vous l'ai dit; cela a été le pacte de Bordeaux, et vous vous rap* pelei; pQut-ôtre l'image que j'employais alors, lorsque oe lioble blessé qu'on appeilo la France aura recouvré ses forces, aluri plus calmes, -^ hélas 1 j'ai mal prévu, j'espé-. rais que nous serions plus calmes,,. (I^éger mouvement) — vous pourrez, vous disaîs-j», lui remettre son sort à luimême et il en décidera.
Quant i nioi, ajoutai-je, -^ at c'était mon engagement personnel»— vous me remeitei la République, je vous rendrai ^ République. Et ce n'était pas un acte de loyauté envers le parti républicain, c'en était* un envers vousmômest Car si j'avais favorisé clandestinement la monarchie, comme on ne pouvait pas appeler au trôna trois dynasties, j'en aurais servi une et trani deux. (Hires approbatifs à gaurhe.)
Eh bien, messiqurs, la situation est-elle ou n'esttelle pas obapgée ? L'œuvre d'urgence dont nous avions assumé l'ao-complissement est^elle accomplie? Je le demande h votre équité. La paix a été faite, paix douloureuse, paix cruelle. Qui le ressent plus que*nnfQrtuné qui a été obligé de la signer? Et cependant, quand nous n'avions d'autre moyen d'action que le grand nom de la France, son passé, son ave« nir, que personne n'a jamais méconnu, dans un moment do désespoir, 4nnt je m'effraye quand j'y pense, qui a produit une scène de discussion de quinze heures, j'ai arraché à la toute -puissance de nos vainqueurs la frontière de l'Est, Belfort. Je suis encore effrayé lorsque j'y pense j car j'ai bravé un renouvellement de la guerre quand nous n'avions plus les. moyens de la faire. CeUe paix ai douloureuse, pavez- vous ce qui me console de l'avoir signée, c'est qu'enfin la frontière de l'Est a été sauvée.
Mais la paix que l'on signe en un jour, c'est la paix nonninale ; la paix sérieuse, c'en la libération du territoire !
Nous avons obtenu d'abord le retrait des troupes allemandes de la Loire à la Seine \ c*est la seule concession ûU*on nous ait faite .* renneml est encore resté en possession d*une moitié du périmêtfe de Paris. Mais enfin nous ûvons eu une paix nominale, et nous aurons bientôt 1a paix définitive par l'évacuafion totale.
Nous avon* 0u la paix nominale; mais ce n'était pas tout: il fallait établir un gouvernement, établir l'ordre. Nous n*avions ^olnt d'agents \ il a fallu nommer çà et là des hommes que souvent nous conn&isfiions à peine. Nous étions à Bordeaux, loin du centre des affaires et des renseignements, nous avons nommé des préfet*?, des sous-préfets pour créer, en courant, d'urgence, un ordre quelconque. Les villes du Midi« en voyant que nous ne touchions pas à la République n*ont pas abusé des armes qu'elles avaient entré les mains: elles ont gardé la neutralité} c'est à Paris seulement qu'il ft fallu nous porter. Je ne vous ai jamais conseillé de vous y rendre. Je vous al conseillé de vous rendre aux etivifons de Paris, dans lA position la plus forte, tîelle dô Versailles.
Qu'àvions-nouspour vaincre le radicalisme devenu communisme? 48,000 hommes toujours braves, mais plongés au milieu de cette population incandescente de Paris: 18,000 hommes non pas démoralisés ou découragés, --^ non, il ne serait pas juste du le dire, •-- mais troublés. C'est hors dé Paris qué nous àvon^ dû faire une armée. En cinq semaines nous sommes parvenus à réunir 150,000 hommes sous les murs de Paris. Tous le&^énéraux de celte nobl^ armée, qui ne voyaient pas en mlfun ami, — car je représentais un gouvernement tout autre que celui qu'ils avalent servi, ^ sont arrivés avec une loyauté sans égale, et ils me rendaient justice en ne discernant pas en moi un homme de parti : fis m*ont dit : Notre épée est à vous^ c'est-à-dire au pays, pour le rétablissement de Tordre. Aidé de tous ces braves gens dant j'aipn apprécier le mérite, et des 150,000 hommes que nouU avions réunis, nous avons attaqué Paris.
Oa a parlé de négociations ! Moi ^-com plaisant du radlcftllsme, sujet du radicalisme, j'ai écoulé ceux qui sont venus me dire: « Ne faites pas verser des torrents de sang, écouteî-nous ! On peut transiger; vous entrerez dhns Paris, Itf gouvernement y siégera, mais l'armée n'y entrera pas! i»
J'ai été indigné de ces paroles : L'armée n'y entrera paii !
C'est alors que j'ai dil ; Vous parlez de torrents de sang ! roais rarmée c'est la France^ elle entrera dans Paris comme le gouvernement, avant le gouvernement; l'armée doit être partout, elle y sera ! J'ai donc bravé de cruelles extrémités. (Mouvement.) S'il y a un homme à qui coûte l'effusion du sangy c'est à moi, j'ose le dire. J'ai bravé toutes le< chances^ toutes les extrémités de cette guerre affrèue. Moi, complaisant du radicalisme^ du communisme^ j'ai écrasé... — quand j'ose dire moi^ ce sont les braves gens qui voulaient bien écouter ma voix, — nous avons écrasé cette faction détestable, et nous l'avons écrasée, j'espère, pour longtemps. (Mouvement prolon»i;é.)
Et alors la confiance est revenue, quand on a vu non pas ce qu'on appelle un ffouvernement vaillant, un gouvernement regardant ici ou là, nàais un gouvernement gui regardait devant lui, qui allait droit à l'avenir, qui savait ce qu'il voulait; la confiance est rentrée dans les esprits, la sécurité dans les cœurs : l'industrie a repris son activité, le crédit nous a été rendu, et nous avons pu commencer ces emprunts prodigieux pour lesquels il n y avait* pas d'expérience, parce qu'il n'y avait pas d'exemples. Nous' avons fait un premier emprunt de deux milliards, nous avons soldé une première partie de l'indemnité; et^ en présence de notre ponctualité dans une situation aussi grave, nous avons obtenu la libération de Paris. Le périmètre de Paris où il m'était si douloureux de voir tous les jours des soldats étrangers, nous a été rendu. On nous a rendu le territoire jusqu'à la Marne.
La confiance a continué, elle s'est accrue. Cette politique, qui vous parait si condamnable, a été une politique d'apaisement. L'apaisement a produit la c(»nfiance, et nous avons pu faire ce nouvel et dernier emprunt de trois milliards et demi, qui avait bien moins d'exemples encore que le précédent, qui épouvantait tout le monde. On nous a offert 43 milliards. Je n*ai pas pris cela au sérieux ; roais ce que j'ai pris au sérieux, c'est la confiance qui nous faisait de telles offres.
On m'a dit quelquefois, — les partis disent tout! — < Vous payez l'indemnité ; beau mérite ! Vous prenez l'argent dHUs nos poches. » (Sourires.) Je demanderai : où puisje le prendre, si ce n'est dans les épargnes du pays? (Marques d'assentiment.)
Savez-vous quel est ie mérite? Je ne veux pas le grossir : c'est (a confiance que cela fait supposer, et les intérêts sont meilleurs juges que les partis; quand ils prononcent^ il faut les en croire^ parce qu'ils sont sur^ eux-mêmes parfaitement éclairés.
Eh bien ! nous avons pu alors assurer l'a&anchfssement définitif du territoire. Aujourd'hui, tandis que toutes les places financières de l'Europe sont gênées» qu'il y a des crises partout, nous qui avons à payer des sommes si énormes, nous étonnons l'Europe par la ponctualité de nos payements. (Vlarques d'assentiment.) Nous avons payé 4 milliards, la dernière portion de ces 4 milliards a été versée il y a quinze jours; le payement du dernier milliard va commencer dans huit jours; les fonds sont assurés.
Pour les *250 millions composant le premier quart du dernier milliard, les fonds sont déjà faits, sauf une faible somme qui sera transportée par les chemins de fer. Les fonds pour le 1^' juin ^ont prêts; ils sont a sures pour le 1*' juillet, ils sont assurés pour le 1*' août, pour le !•' septembre; et j'espère que la sagesse, si elle n'fst pas dans les paroles, étant dans les actes, rien ne troublera lafTranchissement définitif de notre pays. (Très-bien ! très-bien 1 à gauche.)
Mais est-ce tout? J'ose dire à ceux qui prétendraient que nous n'avons pas d'alliances, qu'ils se lont une étrange idée de notre situation aux yeux de l'Europe. Je pourrai^, s'il m'était permis, pour une satisfaction personnelle, de faire connaître l'état vrai des sentiments de l'Europe, je pourrais, dis-je, les tâtonner beaucoup.
Dt'S alliés, messieurs! dans l'éta^ du monde, après lapolique insensée qui a brisé ce ou*on appelait l'équilibre européen, qu'elle anectait de mépriser, il n'y a plus d'alliés pour personne. La vraie alliance, elle est dans l'estime qu'on inspire. Eh bien ! ie 1 ose dire, la France, en montrant une vitalité si grande, a presque réparé par cette vitalité l'atteinte que ses défaites avaient portée à son prestige. On croit à la France en voyant la conduite de son gouvernement, qui n'a qu'un mérite, mais un mérite qui est peutêtre réel : c'est la sui e dans ses desseins, c'est la conséquence dans sa conduite.
Ainsi nous réparons nos forces militaires devant toute TEtf^ope. Elle le voit, nous ne le cachons pas; je l'ai toujours
dit franchement, car on île trompe personne, et ii n'y a rien de plus puéril qufs de recourir au mensonge) surtout devant di's gouvernements t^clâirés comme ceux d'Europe ; nous réparons nos forces, parce que nous ne vouions pas que la France soit déchue de son rang, parce que nous voulons ^u'f^lle pèse dans les conseils de l'Europe ce qu'elle doit peset*; mais nous voulons la paix, nous la voulons francne-' ment ; elle ea pour ainsi dire systémaiique chee notis. Nous avons obtenu ce résultat qu'on assiste sans crainte à nos armements. Une partie de TËurope en souhaité le succès | l'autre partie i'admet> et tous croient à la parole que nous avons donnée: c'est que nous voulons la paix, qu'ele est notre système^ à moins que des intérêts majeurs ne nous forcent à y renoncer. (Très-bien ! Irès^blcrt !)
Éh bien, je le dis, la véritable alliance est l'estime qu'on ittspiVe à i'Ëuropé, et nos successeurs en trouveront la preuve dans des archives que je ne peux pas Ouvtit ici devant Vous.
Je pourrais douter que l'armée se réorganise \ que tous les juges compétents admirent sa tenue; que les grandes guestions de son armement sont résolues; que la grande fabrication commence, qu'elle a commencé, et que, sous ce rapport, nos successeurs pourront se convaincre que le temps n'a pas été perdu.
Quant à l'ordre, quoi qu'on en dise, vous savez quil est tellement maintenu à l'heure qu'il est, — et c'est la première fois. peut -ôtrej car lorêqu'on â fait le Deux-Décêrabrbj que nous disait-on? qu'à tous moments nous devions nous attendre à quelque bataille, ^ l'ordre est tellement maintenu à l'heure qu'il ësti qu'à llieure qu'il est on ne peut pas dire cela. Il n'est pas supposabie^eties partis mêmes ne peuvent supposer qu'il y ait des troubles à ci^aindre pbur l'ordre matériel.
Le genre d'argumentation qu'on nbus opposé le prouve. On nous dit: Mai* qu'est-ce que l'ordre matériel? C'est l'ordre moral qui est la chose esfientielle.
Je conviens que l'ordre moral est la chose la plus impor^ ttnte ) mais il ne peut reposer que sur l'oMre matériel. Et, puisqu'on dédaigne tant Tordre matériel^ qu'on en parle aVec si peu de considération, qu'on mô permette de dire
quë c'est là preuve, puisqu'on le dédaignai qu'il est obtenu;
Qu'on en imm iMH compte i (Vive aptihibaiisa k gaticiie
et au centre ffailche.)
Ëli liien, croyei'Voui qu'bvee une poliliqne de parti, une peliiique irritante, une politique de coiubatj puisque e'esi 16 hiot adopté, crDjei'vouB, dis-ja, qus vous auHel produit et obtenu cet apaisementi relalif, ]b le Reconnais, maie enlin cet apalBemenlT Mon Dieul ce qui se paaie ici prouve qu'il peut ëlre ioterrompu sauvent; -- néanmoins, c'eat cet apaisement quia permis i l'industrie, au commerce) à toutes tel facultés du paja de se développer» qui a permis au eré^ dit de s'établir, à Ke poilit qee, comptant aUr votre sageaaei il t% soutient... (Mouvement), qu'au lieu d'uue panique il se contente de quelques variations; c'est un hommane qu'il vous rend. (Itiies approbalifii à gaucbe et au centre gau-
Non, messieurs; on nous avait accusés d'itnnICiralilé, dH BVtit dit du'il n'y ovait point de religion en France. Puis, BprSs l'avoir souvent répété, on se Vante — et nn a lalséni
— de l'aniuence datia les églises^ On dli^ait que la sp'CulAlion eflïétiéc avait atTiibli nos »l:actères, les AVHit abaissés. Hégardeï bors du pays, — Dieu me'^hJe d'ufl^nser personne! '^ dlles-nioi si ces spéculations effrénées ne régnent pfls ailleurs. que chez nous et avec bien moins de réserve, avec bien moins de sagesse, avec bien molti!) de solvabilité,
— et la solvabilité est une probité dans les aiïairesj -^ tiVéC bien moins de solvabilité que cher nous^
M. le président de la Répnbliciiie. Quand on parle de Tordre moral menacé dans le pays, cela ne signi fierait rien> rien de vrai au moins, si on appliquait cela à la moralité du pays.
Que veulent dire ces roots: l'ordre moral troublé? ceci uniquement : la division ! C'est que nous avons devant nous une question immense^ cette question de la forme du {gouvernement^ à laquelle, à mon avis, on donne trop d'importance. Elle en mérite sans doute beaucoup; mais la politique pr^tique^ qui fait les affaires du pavs^ devrait passer avant cette politique théorique^ qui attache aux formes de gouvernement tant d'importance.
Je ne veux pas, encore une fois, nier qu'elle en ait beaucoup. Cette question de la monarchie tt de la république, elle a troublé tous les Etats^ elle a fait couler des torrents de san^. Je ne méconnais pas son importance ; mais» au fond^ si vous voulez être lustes, là est la difficulté,, là est le trouble. (Très-bien ! très-bien !)
On disait hier : « Cela n'est pas la question ; nous ne sommes pas des monarchistes, nous sommes des conservateurs! » Je vous dirai, que nous aussi l'Ous avons la prétention de l'être, et peut-être, permettez-moi de vous le dire, nous en avons le droit; et j'éprouve un certain sentiment que je contiens à peine, c|uana je vois des hommes beaucoup plus jeunes que moi et qui ont encore dans la politique apporté plus de proies que de faits, mettre en doute .mon esprit conservateur. (Applaudissements et rires d'assentiment à gauche.)
Nous ne sommes pas des monarchistes,.nous sommes des conservateurs, dites-vous. Eh bien, permettez-moi de vous le dire, il vous arrive quan<1 vous dites cela, ce que, âelon vous, il arrive à M. Casimir Périer, à M. Bérenger, à M. Waddington. ^uand ils dirent qu'ils sont conservateurs. Vous nous avez dit hier avec la liberté dont vous avez usé à notre é^ard, dont j'ai le droit d'user à mon tour, et dont j'userai avec ménagement ; vous nous avez dit : On ne vous croit pas. Fih bien, à mon tour, quand vous dites que vous n'êtes pas monarchistes, que ce n'est pas le s^-ntiment qui vous anime, permettez- moi de vous dire : On ne vous croit pas! (Très-bien! très-bieq! et applaudissements prolongés à gauche et au centre gauche.)
■i. liestoiDr^ie. On ne doit pas applaudir dans les tribunes 1 On a applaudi dans la tribune présidentielle, et c'est M. le préfet de la Seine. (Rumeurs diverses.)
M* le président. Si quelques manifestations ont tieu dar^s les tribunes^ la tribune où cette manifestation se sera produite sera immédiatement évacuée. (Très-bien !)
M. le marquis de tiers. C'est scandaleux! Faites évacuer la tribune du Président de la République!
Plusieurs voix à droite. Oui ! oui ! faites évacuer la tribune! (Agitation.)
M. le président Veuillez faire silence» messieurs! c'est au président de l'Assemblée qu'appartient le maintien de l'ordre. (Très-bien ! très-bien ! — L'agitation cesse et le silence se rétablit.)
M. le président delaRépabll^Eue. Messieurs^ soyons sincères, les uns et les autres.
Oui, et je le répète, c'est parfaitement respectable : les uns tendent à la monarchie, les autres tendent à la République. Ce qui nous divise ici, ce qui fait l'embarras du moment, c'est surtout cette question ; il n'y en a pas une autre.
Sans doute, si vous voulez ^parler des dangers qu'une mauvaise législation é ectorale peut faire courir au pays, nous sommes d'avis qu'il faut y pourvoir, et nous avons apporté des lois dans ce but; conservateurs sous ce rapport, nous le sommes tous. Mais la question qui nous divise, il faut être sincère» c'est la question dont je parlais tout à l'heure.
Eh bien, voyons ! mettez-vous à notre place : comment voulez- vous que nous la résolvions? comment pouvons-nous nous y prendre?
Je vous exprimerai ici mes sentiments, permettez-moi de le dire> sans amertume, bien que je nierais la vérité, si je disais que i*\ n'en ai pas dans le cœur; m.iis il n'y en a ni dans ma conduite m dans ma bouche. Je sais bien que cette franchise vous inspire à notre égard très-peu de bienveillance, et que de ce côté qui tient à la République, on a
pour nous une faveur que nous n'avons rien fait pour acquérir» Je n'ai désavoué aucune de mesopinionâ> et je pottr*rais prouver ici que» sur les questions qui intéressent le plus la politique conservatrice, i ai été plus conservateur que la plupart de ceux qui m'interrompent et qui ont abandonné des questions conservatrices que j'ai soutenues jusqu'^à la dernière extrémité. Je n'ai qu'un tRre> celui que m'a donné votre faveur, celui que m'a donné celle de mes collègues oui sont là (la gauche)^ o'e&t d'avoir tenu ma parole^ c'est a avoir pris mon parti sur la question de la République. Je l'ai pris, oui, je l'ai pris.
Le fond de la question^ pour ce qui me regarde^ est là. J'ai mon parti pris, savez-vous pourquoi?
Quand on est dans son cabinet, avec ses livres si chers, c|U6 Ton est si heureux de parcourir, où Ton est témoin des injustices que d'autres nommes ont éprouvées, où l'on/ n'est responsable et jugé (}ue devant èb. conscience, eh bien, quand on à ce bonheur, que peut-être voas me rendre8> -^ et vous me ferez bien heureux,— quand on a ce bonheur-là, on peut délibérer comme un philosophe^ comme l'a fait Montesquieu, sur les avantages et les inconvénients de la République i on peut délibérer sut les beautés de la monarchie. ^
Mais quand on est au gouvernement, il faut prendre son parti. Est-ce que vous croyez que, quand on a gouverné deux ans et demi, bientôt trois ans, dans le provisoire, entre un parti qui dit : « Je ne puis pas faire la République dans ce semestre^ je g^rde le pouvoir constituant et je pourrai peut-être la taire dans le semestre suivant! » Quand, de l'autre, il y a des gens que cette attitude remplit de mé» fiance- et qui> au moindre acte même conservateur^ regarddent si là-dessous ne se cacherait pas une intention monar^cliique... (Mouvements divers), est-ce que vous croyez qu'on peut continuer à gouverner longtemps dans ces conditions? Et par exemple, quand on a dit ici : « Le gouvernement ne sera pas définitif, il sera provisoire », quand on a dit cela, duand on l'a voulu, quand on ['a obtenu, quand nous vivons dans le provisoire depuis bientôt trois an8> deux ans et demi au moins, si encore on avait la justice^ l'équité de ne pas venir nous dire hors du parlement, dans l'arène dos partis : Vous n'êtes qu'un gouvernement provisoire ! on n'a pas à se gêner avec vous; vous êtes provisoires^ vous ne serez plus
dans quiAze jours, virais ne ^erei plus dans six mois ! Et ceux-là «êmas qui nous ont demandé le provisoire nous en font un crime lorsqu'ils sont hors d'ici! Est-ce que vous croyez qu'avec tout cela Ton peut govivernarî,..
On nous parle de la fidélité au pacte de Bordeaux ; ot puis, chacun de son côté, ^ je ne fais pas le reproche auH uns sans le faire au^ autres, -^ dit ; Je ne reconnais que telle monarchie, pas la même milheureusement;— moi, je ne yeux que telle république, nous n'en voulons pas d'autre | Chacun proclamant la sienne, et dans la presse, dans les tanquets, on tient là, — permetteg-moi de le dire, — nn langage attentatoire à Tordre et au vrai repos defi esprits. Est-ce que vous croyei( qu'une nation peut durer longtemps lorsque d'un côté on boit à la chute ae la République, et que de l'autre on célèbre telle ou telle dynastie? Je ne fais ae reproche à personpe; mais quand on se livre à ses passions,, on devrait conoprendre qu on provoque les passions contraires. (Très-bien f très bien! — > Applaudissements à gauche et au centre gauche.)
Eh bien, quaad, après deux ans et demi, et toqtas les fuis que le moment approchait où la question allait être soule^ vée, quand nous avons vu les esprits s'enflammer, nous nous sommes dit : Nous ne pouvons pourtant pas rester éternellement dans cette situation I Et alors, pour notre part, sans aucune prétention de résoudre cette qqestion au profit ou aux dépens des uns ou des autres, ayant toujours ta résolution de l'apporter devant vous, nous nous sommes dit qu'au moment déterminé dans i;e que yous appelés Iq pactQ de Bordeaux, au moment où 1q paya aurail recouvré ses
arrogance qui fait croire aux hommes qu' tution définitive, qu*ils travaillent pour l'éternité, mais avec le positif, la précision, la' netteté de gens qui veulent une loi indiscutable et respectée, et qui ne croient pas que l'ordre aoit possible lorsque tous les jours on peimet aattaquer, de saper les bases et de bafouer les prinéipes d'un gouvernement! (Vive approbation à gauche.)
Ce n'est pas de notre part une impatience théorique, une satisfacûon de notre opinion personnelle, c'est la constatation d'une nécessité pratique; c'est ce qui a fait que nous avons pris notre parti, et quand je dis notre parti, nous
n'avions aucun droite aucune prétention de le prendre tout seuls ^ car c*est à vous, messieurs , qu'il appartient de décider, — i*ai toujours reconnu votre souveraineté.
Mais^ comme gouvernement, nous devions avoir une opinion, c'était indispensable-, il faut bien que l'Asdemblée trouve dans le gouvernement institué par elle une politique qu'elle puisse suivre ou modifier Nous avons dune pris notre parti, et permettez-moi de vous le dire, — je ne voudrais pas vous blesser, je ne voudrais pas vous déplaire, — mais savez-YOus quelle est la raison qui m'a décrié, moi, vieux partisan de la monarchie, outre le jugement que je portais en considérant la marche générale des choses dans le monde civilisé î C'est qu'aujourd'hui, pour vous, pour moi , pratiquement , la monarchie est absolument impossible.
Et je ne veux pas vous déplaire davantage en vous en donnant les motifs. Mais vous le savez bien, et c'est ce qui vous justifie de ne pas venir, au nom de votre foi, nous proposer le rétablisseii>ent de la monarchie ; car, .enfin, ce serait votre drmt. Puisqu'on propohO ici telle ou telle républic[ue, vous avez le droit de proposer telle ou telle monarchie. Pourquoi ne le faites- vous pas? Pourquoi, vous qui êtes plus calmes que tels ou tels autres, — je ne veux pas faire de personnahtés, — pourquoi leur dites-vous qu'il serait imprudent de venir Ici proposer la monarchie? Pourquoi, par exemple, quand la polémique s'engage entre vous et nous, vous hâtn7-vous de dire : « Non, ce n'est pas comme monarchistes que nous parlons, c'est comme con>ervateurs ! » C'est, convenons en de bonne foi, que vous-mêmes sentez que, pr^itiquement aujourd'hui la monarchie est impossible. (Mouvement.) Je n'ai pas besoin d'en dire la raison encore une fois, elle est dans votre esprit à j:ous : il n'y a qu'un trône, et on ne peut pas l'occuper à trois (Rires à gauche.)
Et quand on nous dit qu'on est d'accord, oh ! oui, d'accord, aujourdhui, mais selon votre verdict, certainement on ne le sera |)as après-demain. Oui, voilà la raison. et la nécessité d'avoir un gouveroement q*ii ne soit p^s contesté tous les jours, bafoué tous les jours, oui, contesté à ce point que, pour certains troubles où on avait poussé des cris vraiment séditieux, et quand nous nous sommes adressés à la justice, elle nous a répondu : « Le principe du gouverne-
ment n'est pas consacré! » Et on considérait cela comme un trouble nocturne !
11 n'est pas possible^ je le répète^ de vivre longtemps sans que le principe du gouvernement soit établi et respecté.
La seconde raison^ c'est celle que je vous disais : si^ à droite, les plus honnêtes gens, les plus fidèles, les plus fervents dans leur foi, prouvent par leur silence, qu'ils ne peuvent pas eux-mêmes aujourd'hui, dans l'élat des esprits et des partis, faire la monarchie, est-il étonnant que nous à qui, — pardonnez-moi une expression qui appartient au barreau, auquel je suis malheureusement étranger, — que nous à qui incombe la nécessité d*avoir une opinion, de donner l'eiemple au pays, de lui faire des propositions^ nous ayons tenu la conduite qu'on a tant blâmée?
Je regrette vivement les deux collègues oui se sont séparés de nous et qui, jusque-là^ avaient- été toujours d'accord avec nous. C'est mai^é moi qu'ils ont quitté le cabinet. Je ne nie pas que j'aie cru devoir leur demander leur démission. Cela est vrai; vous me permettrez de ne pas entrer dans les personnalités; cela ne servj^t c|u'à égayer la malignité publique sans profiter au pays** Mais si j'ai été obligé d'agir ainsi, c'était atin d'arriver devant vous avec un gouvernement un et homogène, afin que Ton ne pût pas venir me dire comme en aurait pu le faire il y a
auinze jours : « Vous êtes désunis! Je me suis adressé à es hommes dont je n'ai pas à faire l'éloge, — mon amitié n'est pas un devoir pour vous, vous n'avez pas à vous en préoccuper; — mais vous ne nierez pas qu'il n'en est guère de plus considérables ni de plus respectables dans notre pays.
Quel a été leur titre à mes yeux? Cest que, comme nous, ils avaient pris leur parti.
Ce parti, Tavons-nous pris en aveugles ou bien en arrogants, usurpateurs de votre autorité et prétendant résoudre la guesiion à nous seuls? npn. Dans mon message, si maltraité, je vous avais seulement dénoncé la question et la nécessité de la résoudre, en vous disant qu'à vous seuls appartenait cette juridiction, et en ajoutant que, quant ù la nature des institutions, dès que vous nous donneriez un signal, à l'instant même nous vous dirions, sur ces institutions, notre opinion, sous notre responsabilité t>t sauf votre
jugement. Depuis, la commission des Trente a été formée; avant^ il y en avait eu^uiie autre. A quoi ont abouti ces deuxooromissions? A ce qui rne semblô êlre la justiÛoation de ce message^ qui n'avait fait que dénoncer la question t elles ont abouti à nous commander de présenter des lois^ qui n*auraient rieti fait si elles n'avaieiît pas résolu la question.
Comment voulez- vous, en effet, qu'on fasse d^s lois ofgâ^ tiiques si l'on n'est pas fixé fUr le principe du gouvernement? (Mouvements divers.) Ces lois sont un ma dé défôrence envers vous. Elles méritent, je crois, considéra* tlou. Je ne dis pas qu'on doive les lire en quarantë^huît heures I mais J'espère qu'on finira par les lire, el quand ot\ les aura lues, ou jugera nôire politique. Seulement je mé permettrai de dire qu'on porte ce jugement un peu vite et, pour employer la langue dont on s'est servi à noire égard, un {leu légèrement, quand un se prononce sur notre politl*
Îruô sins avoir même lu ces lois-là. Eh bien, quel est lé ond de ces lois? On nous demande quelle est la politique conservatrice», je vais vous la montrer ici, et ce n'est pas sur dç Vignes appréciations que je m*appl\îerai, c*est sur des i^lgnes certains dont personne ne pourra contester la valeur.
Je ne veux pas discuter èes lois, je veux en énoncer les points prlhclpauX; él, pour ceux qui lie les ont pas lues,i% crois qu'ilâ connaîtront le fond des choses par le simple résume que je vais faire,
D'abord> avons'^nous dit : Puisque c'est la souveraineté nationale qu'on doit organiser, il faut d'abord épurer les sources de la représentation nationale. Pour cela, il faut une loi électorale. Nous vous on apportons une» Dans notre opinion, il n'est pas possible aujourd'hui de porter atteinte au principe du suffrage universeli J'en connais les inconvénionks) j'ai été un des auteurs de la loi du 31 mal; je ne Tai jamais nié^ je n^ai rien à nier deVant personne) j'ai tout fait en conscience» Et bien que, aujourd'hui, je croie impossible' de renouveler cette tentative, je n'aj pas été l'auteur ni le complaisant du suffrage universel TC'est un écri«. vain légitimiste qui en a donné l'idée au pays. (On sourit.) C'est la famille Bonaparte qui l'a appliqué au pays, et qui l'a appliqué) vous in savei bien> après qu'elle avait voulu lit
loi du 81 mai» Elle a brisé cette loi et s'en est fait ainsi un échelon au trône*
Je suis done parfaitement innocent de rétablissement de ce (^incipe en France» rependatlt aujourd'hui, -^ quant à 4no}^ j'en parle ici pratiquement^ comme tout à l'heure je par'ais de la république et de la monarchie^ -» je crois iouirerainement impruaent de songer seulement à y tuucheri Mais autre chose est de le réglementer^ de le moraliser^ de répurer« Dans Tëtat actuel) faute de certames oonstatations^ on ne sait pas qui vote; on ne sait pas si c'est un malfaiteur ou un citoyen qui a le droit et l'honneur d'user de ses droitsi (Mouvements diversO
Il y a donc des précautions à prendre; elles sont dans ces lois; vous les jugerez; vous êtes en mesure de les amender^ car vous èteb les souverains lé^slateurs.
La représentation nationale établie sur cette basO) ou plu^ tôt la source de la représentation nationale étante suivant l'expression que je crois la vraie> épurée» eommeiit fiiut'-iî constituer cette représentation nationale? Je n'hésite pas h le dire^ il f)iut la diviser en deux assefnbléesi
Je ne veux pas discuter cette question; maiît je (^t( qu'il n'y a pas dans les républiques anciennes, ni dans Wrépu** bliques du moyen âge^ un seul exemple d'un pays qui ait voulu confier sou sort à iHie seule assemblée 4 Et si J'avais le temps de m'étendre sur ce sUjet> je dirais ce que l'al dit devant le Corps législatif de l'empire: « Il faut organiser un gouvernement comme Dieu a fait TAme humaine. Dieu lui a donné des instincts vife qui l'emportent^ et il lui a donné lA raison pour y résister. )i
Il faut dans un gouvernement^ en livrant le pays à ses entraînements, il faut constituer quelque part la raison qui arrête tes instincts^ qui arrête les emportements. Quand Tes peuples, après des expériences de plusieurs siècles, ont eu tous reconnu la nécessité de deux assemblées, ils ont voulu faire le gouvernement des États comme Dieu a Mt i'Àme humaine^ entratnable mais retenue par le frein de là raisonv
Eh bieU ! voilà Un principe : il n'y en a pas de plus con*servateur que celui-lâv Nous allons voir tout à l'heure qui veut, qui ne veut pas de ce principe, et Aous reconnaUronsi comme je vous l'annonçais, qui est-ce qui n'est pas eon^ servateur.
Ce n'est pas tout t il faut un pouvok exécutifi Eh bien,
nous avons cru que^ après les exemples de notre histoire, après les leçons que nous a données l'Amérique, il ne fallait pas, avec deux Assemblées €[ui discutt^nt, un pouvoir exécutif gui discute en étant divisé ; qu'il ne fallait pas un Directoire, qu'il fallait un Président.
Quanl à la forme de la nomination du Président, si j'étais en position de me prononcer sur la que>tion pour moi-même, — mais non, il n'est pas question de moi, il n'en sera pas question, -^ c'est le mode que je préférerais. Dans l'état des esprits, l'opinion du cabinet, à laquelle j'ai accédé, c'est qu'il fallait confier l'élection du Président à l'Assemblée nationale et à une adjonaiion des conseils généraux. Vous juserez tout cela. Le cabinet vous apporte ces lois, vous les discuterez.
Mais il y a une question souveraine à la solution de laquelle, à mon avis, est attaché le salut du pays : les pouvoirs peuvent entrer en conflith, quel doit être le juge de ces conflits? qu'est-ce qui les fera cesser? Aujourd'hui^ vous voyez l'inconvénient de l'état actuel : je suis devant une Assemblée unique, que je respecte profondément ; mais enfin, plus d'une fois déjà il a failli s'élever des conflits entre elle et moi. Je pourrais citer toutes les occasions où j'ai humilié ma propre pensée et où j'ai cédé. Non pas qu'il soit dans ma nature de vaciller, -de tergiverser; mais j'ai voulu faire cesser le conflit en m'immolant moi-même^ (Mouvements divers.)
Ainsi, la loi des Trente^ j'ose à peine le dire, elle a révolté tous mes instincts de bon sens^ et cependant je l'ai acceptée. (Rires à gauche. — Mouvement prolongé.) Je l'ai acceptée, parce que, nous disait-on, elle ferait naître l'accord entre nous. Je l'ai espéré ; j'ai soumis, je ne dirai pas mon intéièt^ — et cependant je pourrais le dire, car c est mon intérêt, c'est le vôtre que j'aie la faculté de venir apporter à cette tribune ce que je crois être la vérité, alors surtout qu'il n'y a qu'une seule Assemblée, — j'ai soumis, sinon mon intérêt, au moins mon sentiment personnel, à cette considération que .si je sacrifiais une partie notahte de mes moyens de faire le bien et d'empêcher le mal , je pourrais peut êlre arriver à un accord plus parfait dans mes relations avec l'Assemblée. Vous pouvez voir que je me suis trompé, — cela m'est arrivé, cela m' arrivera encore peutêtre : — l'accord, je ne l'ai pas obtenu.
11 faut donc qu'il y ait (|uelqu'un qui fasse cesser les conflits. Eh bien, le point principal des institutions que nous vous apportons, c'est d'avoir placé quelque part le pouvoir de dissolution.
Cela est difficile à obtenir, je le reconnais. Il est bien possible que nous ne trouvions pas l'appui nécessaire; je dis nous, le propos est très-aventuré, mais enfin, nous ou d'autres, ne trouverons peut-être ^pas l'appui nécessaire pour faire prévaloir ce grand principe.
Quoi qu'il en soit, je n'hésite pas à le dire, là est la véritable politique conservatrice, la politique prévoyante. (Mouvements divers.)
Oh I vous "aller juger, avec quelques mots que j'ai encore à vous dire, si c*est la vraie politique conservatrice comme je l'entends, et aussi, je crois, comme vous l'entendez vousmêmes.
Ces lois ont deux sortes d'adversaires. Les uns disent : c( Vous constituez la République ; nous ne voulons pas la constituer ; laissez-nous la paix avec vos lois ; nous voulons que TAssemblée conserve son pouvoir constituant, et puis, la Providence aidant, peut-être pourrons-nous «atislaire nos convictions. » Et ils ne veulent pas de ces lois, parce qu'elles constituent autre chose que la monarchie. Je ne les en blâme pas, je respecte toutes les opinions.
Les autres disent : « Vos lois, non I non ! nous n'en voulons pas; nous voulons une Constituante! » Ils espèrent que cette Constituante sera de leur avis et pas du nôtre, et ils ne veulent pas constituer, parce qu'ils espèrent faire la RépubHque au'ils préfèrent.
Eh bien 1 c est entre ces extrêmes que nous nous plaçons. Nous disons aux uns : Oui, il faut constituer la République vous-mêmes ! Nous disons aux autres : Nous ne nous fions pas à l'avenir d'intérêts si chers. Non ! non ! Nous qui admettons la souveraineté de cette Assemblée, qui ne contestons ni la durée, ni l'étendue de ses (pouvoirs, nous désirons que ce soit elle qui fasse la République. Mais nous trouvons, c'est vrai, des oppositions à droite et à gauche.
Messieurs, voilà, selon moi, la vraie politique conservatrice, c'est celle qui, passant entre tous les extrêmes, se fixe là où est l'intérêt évident du pays. Nous faisons l'acte le plus conservateur du monde, quand nous vous apportons les lois de cette République conservatrice, disant aux uns :
« Faites le sacrifice de voter une forme qui. pratiquement^ est la seule possible^ donnez-lui le caractère légal » ; et quand nous disons aux autres : « Quoi que, — pardoiinezraoi les termes, — vous puissiez penser de cette Assemblée envers laquelle vous êtes sévères, comme on Test envers nous, pour laquelle vous n avez pas de confiance^ nou«| au lieu de vouloir la dissoudre, nous voulons^ pour ce qui nous regarde, qu'elle dure assez longtemps pour faire les lois de la République tJonservatrice. » (Sourires sur quelques bancs à gauche*] A mon avis, voilà la véritable opinion, Topinion sage, celle qui peut rassurer le pays. (Mouvements divers.)
On nous dit: Mais les élections I
Eh bien! j'en conviens, ces élections qui> permettez-moi de le dire, — ne vous irritez pas de ces quelques paroles par lesquelles je vais terminer ce trop long discours, — ces élections n'ont pas toujours été toutes de la nature qui me rassurerait le plus (Sourires). Il serait inconvenant ue discuter ici, devant nos collègues nouvellement arrivés, le mérite ou la qualité de leurs candidatures, le mérite ou le démérite du leurs électeurs et de leur élection; mais je suis loin de trouver les derniers résultats électoraux aussi àlar-* mants qu'on affecle de le dire, ou qu'on le dit très* sincèrement. Pour moi^ je ne m*aveugle pas sur les dangers de l'avenir ; ce que je crois, c'est que, en général, les élections partielles sont presque toujours ce qu'on appelle mauvaises. On appelle mauvaises les élections qui froissent vos convie* tions; c'est le droit de tout le monde» (On rit.)
Pourquoi en est-il ainsi? C'est que le pavs conservateur a le tort d'être porté à l'abstention, et il est d autant plus porté à l'abstention que les élections dont il s'agit ont moins d'im' portance.
Je suis persuadé, quant à moi, que> moyennant les lois électorales que nous vous présentons^ quand il y aura des élections générales, — je crois connaître le pays, je puis me tromper cependant, «p mais je s\iU persuadé que vous aurez des élections qui n auront rien d'alarmant* Que vous ayez des difficultés, assurément, vous en aurez toujours. Vous êtes une Assemblée conservatrice. Est-ce que je n^ai pas eu ici, dans vos rangs, à résister à l'impôt sur le revenu? Ce sont là des questions conservatrices.
Est-ce que je n^ai pas eu aussi à faure des efforts inouïs
pour empêcher des impôts fâcheux et empreints d'un caractère de socialisme? Est-ee que je n'ai pat eu à plaider ici pour la plus conservatrice de toutes les 8oluiions> celle qui donnait à l'armée cinq ans de service et non pas deux ou trois ans? N'ai-je pas eu aussi, un jour, à vous demander u(ie résolution qui vous coûtait, qu'on m'a reprochée, celle de revenir, séance tenante, sur un vote qui donnait l'élection des maires des grandes ville» au suffrage universel ?
Je pourrais indiauer une quantité de questions sur lesquellei j'ai été obligé d'épuiser tous mes efforts pour vous ramènera ce que tous appelez la solution conservatrice.
Que vous ayez dans l'avenir des Assemblées qui pourront présenter, sur beaucoup de points, des divergences fâcheuses et regrettables, c'est possible. Dans ce siede-ci, le repos, ce repos des pays qui île sont paà libres, il ne nous est pas destiné. J'ai traver.é la Conitituante. Ceux qui m'accusent n'y étaient pas, comme moi; quand on a vu ces neuf cents députés — socialistes, il faut le dire, de bonne foi, par ignorance, — quand on les a vus céder à la raison, et, sur les questions les plus importantes) finir par les solutions les plus raisonnables^ on ne s'effraye pas autant de l'avenir. (Mouvement»)
J'ai pour maxime qu'il faut tout prendre au sérieux, mais rien au tragique. Quant à moi, je ne désespère pas de l'avenir de mon pays, et surtout quand je vois ce qui égare le corps électoral ; quand je vois ces preuves de défiance qui nous divisent; quand je vois certains candidats repousséti non pas avec une intention socialiste dont on parle, mais parce qu'on les suspecte de vouloir la monarchie ; quand je vois les éiecteurs».. (Bruit à droite) — je prévois Tobjec-* tion, je n'en laisserai aucune sans réponse^ — quand je vois des candidats qui. en toute autre circonstance» seraient repoussés, mais qu on préfère parce qu'on les croit décidés sur la question de la République, je dis, quant à moi| que je Euu persuadé que lorsque vqus aurez dégagé la grande question du jour, lorsque vous Taures résoïuei lorsque la question ne sera plus posée qu'entre ceux qui veulent Tordre et ceux qui veulent le désordre> entre ceux qui veulent le bien et ceux qu'on pourrait accuser de vouloir le mal, je suis convaincu qu'une majorité se déclarera.
i^uis, je reconnais qu'il peut arriver telle Assemblée qui ne pense pas comme il faudrait^ à mon tvis^ qu'une As-
semblée française pensât; mais alors nous apportons/à mon sens, la seule garantie : cette garantie, c'est la discussion^ c'est une seconde Chambre^ c est le pouvoir de dissolution placé quelque part.
Si on ne trouve pas cette garantie sufûsante, je demanderai qu'on m'en présente une autre. Dans l'état de nos lois, quand vous aurez fait ce que Vous pourrez pour épurei:^ les sources de la représentation nationale ; quand vous aurez pris toutes les précautions que la situation actuelle vous permet de prendre; quand vous aurçz organisé deux Chamores le mieux que vous pourrez, — la question est posée, et c'est à vous de la résoudre ; — quand vous aurez placé le pouvoir de résistance dans une de ces deux Chambres ; quand vous aurez créé la faculté de dissolution de l'une des deux Chambres, alors les difûcultés s'évanouiront.
On peut me dire, il est vrai : Mais si, après avoir prononcé la dissolution, le pays vous renvoyait la même Chambre, que feriez-vous ?
Je crois, messieurs, qu'avec un gouvernement prudent et vigoureux, avec un gouvernement conservateur et ferme, en ne prenant pas l'épouvante trop facilement, je crois qu'avec un gouvernement ferme, et aussi avec le temps, on pourra triompher de toutes les difficultés qui se présenteront.
En tout cas, je dirai : Anportez-moi un autre remèie! S deux Chambres, le pouvoir de dissolution, et un pouvoir exécutif bien vigoureux, élant constitués, ne suffisent pas, indiquez- moi le remède, donnez-m'en un qui me rassure. Dans ma bonne foi, je ne dis pas que ie l'accueillerai, — je n'en ai pas le pouvoir, — mais je le discuterai avec vous.
Au delà des moyens légaux, je ne sais qu'un remède, je n'en aperçois qu'un seul, c'est la dictature. Or, qu*est-ce qui la veut? On! ceux à qui on la donnerait, je le sais bien, T accepteraient. (Hilarité prolongée.) Mais, je le demande, où est la dictature ?
Oh ! la dictature, elle s*est levée sur notre pays. Oui , et je n'ai pas assez peu de mémoire pour l'avoir oublié. Vous a-t-<ille sauvés?
Vous lui avez, avec une confiance bien grande, abandonné la solution de toutes les questions qui intéressaient le pays; qu'en a-t-eUe fait? (Mouvement.) Le pays est tombé en
1815 avec gloire. Comment est-il tombé en 1870?... (Mou- \ement.)
Je ne veux pas ajouter aux amertumes qui remplissent vos cœurs en face des divisions qui existent parmi nous ; mais, laissez-moi vous le dire, ayons recours aux moyens légaux. Il n'y en a pas d'autres^ sauf les modifications de œux que nous vous apportons, il n'y en a pas d'autres, excepté la dictature. La dictature des grands hommes vous a perdus; celle des petits ne vous perd pas moins, et avec eux il y a de moins la gloire. (Applaudissements au centre gauche. — Mouvement prolonge.) ' Maintenant , j'arrive au terme de ce discours. La politique conbervatrice est celle que je viens de décrire : c'est celle qui se place entre les extrêmes qui ne veulent pas constituer, les uns parce qu'en constituant on ne constituerait pas la monarchie ; les autres qui veulent une autre Assemblée que vous, qui ne veulent pas vous laisser le temps de faire ces lois, parce qu'ils espèrent d'une Constituante la satisfaction de ce qu'ils appellent leurs convictions et de ce qu'ils ont le droit d'appeler ainsi.
C'e^t entre ces deux extrêmes que chemine notre politic[ue, inexorable pour le désordre, l'ayant comprimé à ce pomt qu'on «n a fait un argument. Et due dirait-on, si chez nous, comme dans plusieurs villes d'Allemagne, l'émeute, si elle avait le temps de détruire, détruisait les boutiques, que diriez vous? — Chez la nation victorieuse, ce spectacle a été donné. Chez nous, si un audacieux voulait toucher à la porte d'une boutique, il expirerait avant d'avoir enfoncé la porte. L'ordre est donc établi, oui, l'ordre est établi.
Oh ! je le sais, on dit: C'est l'ordre matériel! Permettezmoi de le dire, c'est déjà quelque chose que d'en jouir. Cette politique, je le répète, est celle qui est. placée entre tous les extrêmes, garantissant l'ordre matériel d'une manière infaillible, et tâchani de rétablir l'ordre moral par la solution des questions difficiles, sohition à vous abandonnée, car c'est à vous d'examiner ces lois, de les discuter, d'y consacrer le temps nécessaire.
Je sais bien qu'on nous a dit hier que tous ces moyens ne suffisaient pas; je n'en ^ais pas d'autres.
On nous a dit, avec une pitié dont j'ai été très-touché... (On sourit) qu'on plaignait notre sort, que nowj allions