‹ Discours de M. Henri Bourassa, M.P. sur la guerre du Sud-Africain [microforme]Chapitre 1 sur 9 · LE 12 MARS · texte numérisé non relu

LE 12 MARS

mais accordé la moindre attention.

sée d'un agitation nationale à jet que je vais traiter a complètement absente de mes paroles, que je ne me suis jamais donné l'embarras de réfuter cette accusation, J'ai cru pouvoir m'en raPpurter au bon sens et à la droiture des Canadiens-anglais pour faire justice de cette calomnie. Quant à mes tendances impérialistes, elles ne doivent pas réclamer, non plus, une argumentation prolongée. Néanmoins, ce problème a été si peu étudié, par les représentants de a province de Québec surtout, qu’il peut être nécessaire de donner quelques explications.

Le préambule de ma résolution établit fettement, je crois, le motif qui me fait agir. Je n’abandonne pas un instant la position que j'ai prise et que j'ai conservée depuis le jour où le gouvernement canadien a décidé de prendre part À la guerre d'Afrique : cette position étant, d’ailleurs, la même qr : le cabinet occupa jusqu'au 13 | octobre 1899.

! En mettant votte Proposition aux voix. je n'entends pas reconnaître que le gouverne- ! ment eft le droit ni le devoir d'intervenir |

La penpropos du su-

toujours été si mon esprit et de

au Sud-Africain. Je nadmettrai qu'on puisse lancer le pays en guerre par un décrêt de cabinet. Je ne reconpaîtrai

jamais

jamais que le gouvernement, mû par le dé-,

sir de conserver le pouvoir et la faveur populaire ou même de fuir le cauchemar d'un conflit de races, fût excusable d'ouvrir, par simple arrêté ministériel, une ère nouvelle dans l'histoire de nos relations avei la Grande Bretagne—sans au moins éclairer le peuple sur les conséquences réelles de cette action. Je persiste à aflirmer que le Canada n'est obligé et ne devrait être appelé à aucune autre action militaire qu'à la seule défense de son territoire,

Ces vrincipes posés et réservés, il ne m'est pas nécessaire d'y insister davantage. Le point que je veux faire valoir aujourd'hui est celui-ci: Nous, Canadiens, avons paré l'impôt, les uns volontiers, les autres forcément, pour couvrir les frais de cett® expédition ; nous avons donc le droit de nous pro noncer sur le résultat et le règlement du conflit auquel on nous a rendus partie: et nous ni: ‘VOIS pas permettre au £ouvernement Lotannique de présumer de notre opinion et d'en décider arbitrairement sans méme la pressentir, Je l'ai déclaré en proposant ma résolution anti-impérialiste, l'an dernier: je l'ai répété naguère à Fappui de la proposition de l'honorable député de Victoria. N.B. (M. Costigan), demandant l'abolitien de cette déclaration anti-catholique que l'on impose au roi le jour de son couronnement : Je crois que c’est notre droit et notre devoir, à nous députés d'un peuple britannique autonome, d'exprimer une opinion et d'offrir des suggestions sur tout ce qui peut atteindre les parties vitales de Ta puissance britannique-—-pourvu que cette intervention n'affaiblisse en rien notie liberté d'action ct notre autonomie absolue,

Chose étrange, on n'a signalé aucune trace d'impérialisme dans les secours que le Canada accorda au soldats blessés lors de la guerre de Crimée, ni dans le règlement des réclamations dites de “l'Alabama,” opéré aux dépens du Canada. avec le consentement et la participation de sir John A. Macdonald : ni dans les trois propositions soumises au parlement canadien, favorisant l'établissement du ‘‘ home rule ” en Irlande ; ni même dans la résolution que cette Chambre adopta, à la demande d'un agent de M. Rhodes, pour exprimer nos sentiments sympathiques À l'endroit des chercheurs d'or et des agioteurs âu Transvaal. Et maintenant, on prétend voir l'impérialisme à la base d'une résolution demandant qu’un conflit dans lequel nous avons priy une part active soit réglé en vertu des mêmes principes qui ont fait le Canada heureux et prospère et que ce parlement même désirait voir appliqués à l'Irlande. il y a quelques années. Ce qui m'étonne davantage, c’est d’entenüré dire que le Canada n'a pas le droit de réclamer la

cessation d'une guerre où sa contribut}

fixée à cinq cents homimes, s'est élevée à plus de trois mille, et sa dépense nationale, portée de quelques milliers de dollars à plus de deux millions. Et entin, quar® les autorités britanniques ne peuvent r <ruter leur police africaine ni dans le Royaume-Uni, ni à la Nouvelle-Zélande, :i en Australie, — quand les colons du Cap eux-mêmes, dont la protection seule réclame ces troupes, refusent de s'enrôler—les impérialistes et les anti-impérialistes me nient également le droit de dire qu'on n'aurait dû ni autoriser, ni aider sir Alfred Milner et M. Chamberlain à spéculer davantage sur la puïveté et l’en-

thousir ‘e candide des Canadiens.

Les cipes sur lesquels j'ai basé ma pro} ,; ne sont pas nouveaux ; ils sont nés la nation anglaise; les pirates

sax. .s les apportèrent des forêts sombres de la Teutonie duns l'île Celtique du Nord ; une tribu de cette robuste race normande, dont les Canadiens-francais sont peut-être aujourd'hui les rejetons les plus directs et les plus purs, en firent la pierre angulaire de la constitution britannique Des coups nombreux les frappèrent ; urent rougis du sang des forcenés qui le « assaillis et des héros qui les ont défendus ; ils résisteront, j'espère, à la démence actuelle, comme ils ont enduré les assauts des rois et des foules, des oligarchistes et des aristocrates. Je veñx parler du droit de pétition et de remontrance à la Couronne et du droit de ‘égler l'usage qu'on fera des deniers publics, droits inaliénables de tout sujet britannique.

Le nouvel impérialisme est l’antithèse même de ces principes. Lé but suprême vers lequel se dirige M. Chamberlain, favorisé par la plupart des hommes publics coloniaux, convaincus ou aveuglés, c'est la centralisation graduelle du gouvernement politique, militoire et économique de l'empire, affranchie autant que possible des entraves de l’action indépendante des colonies. Afin d'endormir les susceptibilités des Canadiens et des Australiens et d'étouffer leur vanité provinciale en développant leur orgueil jingoïste, on murmure que la capitale du nouvel empire ne restera pas où elle est.

Mais peu importe: qu'il soit adoré à Londres ou à Toronto, à Melbourne où à Calcutta, le Bouddha des impérialistes restera toujours le même fétiche omnipotent, et ses fidèles devront hurler en chœur le même hymne d'adoration. L'un des traits les plus remarquables du nouveau ‘ britisher,” c’est que plus son ambition se gonfle, plus sa tolérance diminue à l'endroit des convictions différentes.

On déclare, on imprime et l’on chante sur tous les tons, depuis plus d’un an, que cette guerre a relevé les colonies britanniques autonomes de leur humble état de servitude pour les mettre au rang de nations libres, alliées à la Grande Bretagne. On a lancé

laux quatre vents du ciel des périodes éloon,!quentes célébrant la position gloriense que

nous oOCCupons aujourd'h::! dans britannique.

Ces clameurs triomphantes de l’'orgueil colonial rappellent forcément à mon esprit les années de décadence de l'empire romain ; quand poètes et rhéteurs, oubliant la vie rude mais libre de leurs pères, chantaient les gloires de César et adoraient son image Parce qu'il daignait les appeler à partager ses débauches ratfinées ; parce que les vieux soldats de la Gaule et de la Bretagne, de l'Ibérie et de la Germanie étaient devenus les meilleurs légionnaires de l'empire et s'employaient à conquérir de nouveaux domaines, à piller des troupeaux, à brûler des fermes, À violer des femmes, à affamer des enfants, pour la gloire éternelle de ‘* Cœsar, imperator ct deus.” Rome possécait un plus vaste empire au moment de sa chute, ses provinces étaient plus soumises, elle se glorifiait d'une puissance plus étendue qu'à aucune autre époque de son histoire, Mais nous savons maintenant, et ses citoyens éclairés savaient dès lors, que le moment de Sa véritable puissance morale et physique était celui où les hommes d'Etat songeaient davantage à guérir ses maux intérieurs et À conserver le vieil esprit de la liberté romaine, plutôt que de Diller le monde et d'adorer la force brutale et l'avidité insatiable dans la personne de l'empereur.

Mais je ne veux pas alimenter le feu du jingoïsme. Je ferai seulement observer aux députés de cette Chambre, À ceux surtout qui se glorifient le plus hautement de la position qui ncus est faite dans l’empire—que si le Canada ne veut pas être considéré par le gouvernement britannique comme un simple champ d'exploitation proätable, il est grand temps que nous sachions nous faire respecter non seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les conseils de Sa Majesté. Le moment est venu où nous devons dire à M. Chamberlain qu'ayant eu à loisir et sans réserve le Sang de notre sang et la chair de notre chair, les larmes des mères canadiennes et la sueur des paysans et des ouvriers canadiens, pour s’enrichir, lui et son frère et toute sa tribu dans le commerce d'armes et de munitions—il devrait au moins respecter la voix du peuple canadien et ne pas dénaturer à sa guise les documents que le gouvernement canadien lui

l'empire

transmet, J'ai mis au jour, durant ln dernière session, la conduite Ctrange du secrétaire colo-

nial ; l'usage qu’il fit de notre résolution de 1899 au sujet du Transvaal, l'invoquant à l'appui de sa politique de provocation arrozante ; la bienveillance avec laquelle il accueillit des offres de secours que nous n'avions pas encore faites ; la publication dans les journaux de Londres de sa dépêche officielle à lord Minto avant que notre gouvernement l’eût reçue ; et surtout sa réponse insolente au décret ministériel du 13 octobre. Depuis. l'audace croissante an naître de B—1}

deux coionies.

l'empire s'est manifestée une s'an dernier, suivante au g

fois de plus.

le + juin, je posai la question ouvernement :

Le gouvernement ou quelq'un de ses membres, a-t-il été consulté sur les conditions les plus propres à faire cesser la :erre dans le Sudafricain ? Le gouvernement se propose-t-il de suggérer quelque moyen ou d'exprimer son opinion à ce sujet ?

Et le premier ministre (sir Wilfrid Laurier) répondit :

Ni le gouvernement ni auc n'ont été consultés sur les propres à faire cesser la guerre dans le Sud. africain. Le gouvernement ne se propose pas de suggérer quelque moyen ou d'exprimer son opinion à ce sujet.

un de ses membres conditions les plus

Et cette réponse fut couverte des applaudissements tapageurs de l'opposition. Cette année, le 18 février, je posai la question suirante :

1. Depuis le 1er juin dernier, le gouvernement canadien ou quelqu'un de ses membres a-t-il été consulté par le gouvernement anglais relativement à la question Sud-africaine ?

2. Le gouvernement canadien ou quelqu'un de ses membres a-t-i] émis une opinion ou fait un suggestion quelconque au gouvernement brilannique à ce sujet ?

Le PREMIER MINI

STRE (sir Wilfrid Laurier):

Le gouvernement

canadien ni aucun de ses membres n'ont été consultés par le gouvernement britannique sur Ja question Sud-africaine depuis le 1er juin dernier. Aucun membre du gouvernement canadien n'a exprimé d'opinion à ce sujet.

Traversons l'océan, allons au palais de Westminster, la mère des parlements, la source et la sauvegarde de la liberté britannique, de la justice britannique, de 1a vérité britannique. Le 7 août dernier—je cite le compte-rendu parlementaire du Times :

M. Faber (Y pour les colon le Canada et

ork) demande au secrétaire d'Etat ies si, considérant le rôle joué par l'Australie dans la guerre Sudafricaine on se proposait de pressentir l'opinion du gou. nement de ces pays au sujet du règlement et äu gouvernement du Transvaal et de l'Etat d'Orange à la cessation des hostilités.

Et nous rappelant les déclarations faites par le premier ministre du Canada, le 4 juin 1900 et le 18 février 1901, écoutons maintenant la réponse de l'oracle du nouveau monde britannique :

M. Chamberlain : Je me suis déjà mis au courant de l'opinion des colonies du Carada et de l'Australie relativement aux points principaux du règlement à intervenir ; et le gouvernement de Sa Majesté est en parfait accord avec elles quant à la nécessité de l'annexion, l'installation d'un gouvernement s'appuyant sur la force militaire et la possibilité ultime de l'établissement d’un régime représentatif autonome dans les (Appiaudissements.)

Oui, applaudissements des deux côtés de l'Atlantique--mais où est la té

On serait tenté de qualitier uue contradiction aussi flagrante en des termes qui vous forceraient d'intervenir, M. le Président.

Mais, après tout, ceci n'est guère plus odieux que le langage tenu par M. Chamberlain dans la circonstance que j'ai déjà rappelée : le gouvernement canadien déclare otficiellement qu'il permet le recrutement des premières troupes parce que cette auction n'engage pas l'avenir de la colonie ; et le secrétaire colonial réplique otticiellement que le cabinet britannique aecepte nos Secours comme une manifestaion de notre désit d'assumer ‘une pari des dangers et des fardeaux de l'empire” et comme une preuve de notre adhésion à sa politique en Afrique, En acceptant tacitement cette fausse interprétation, nous avons encouragé le secrétaire colonial à continuer ses cnéthodes Mais ceci m'autorise, je crois, à demander à cette Chambre, au nom du respect que nous nous devons à nous-mêmes, d'imposer un terme à ce traitement arbitraire. J'en appelle à ceux, au moins, qui n'ont pas encore atteint ce degré de dévouement à M, Chamberlain où l'on considère comme un honneur insigne pour le Canada de servir d'instrument aux fantaisies de M. Chamberlain.

Dans cette nouvelle alliance avec la Grande Bretagne, qui a transformé notre état de servitude humiliante en un glorieux |! mariage, je voudrais savoir si nous devons jouer longtemps encore le rôle d'un mari trompé, mais content, Dans les relations internationales, comme dans la vie privée. on n'a pas encore considéré ce rôle comme très glorieux—pour le mari, au moins.

Je ne me crois pas tenu d'atténuer mes déclarations passées à ce sujet. Ma conduite a été ratifiée à double reprise et hautement approuvée par mes électeurs. On a prétendu que la voix presque unanime du peuple eauadien avait acclamé notre intervention dans l'Afrique du sud et que, par conséquent, les quelques députés qui ont condamné cette intervention sont nécessairement dans l'erreur. Je conteste sans ré- | serve cette proposition : elle est fausse en principe et dans son application actuelle, D'abord. la force du nombre ne rend pas juste ce qui est injuste. La majorité gou- Verne, mais pas toujours en vérité et en justice. Je suis optimiste : je crois ferme-| ment qu'en somme le bien prévaut et que le | droit domine la force à la longue. Mais il est des périodes de dépression morale où des milliers et des milliers d'hommes, où des na- | tions entières s'écartent de Ja voie de la justice et semblent perdre jusqu'à l'instinct de | leur propre conservation, Si elles ne sont

frappées que d'un accès de fièvre, une ré- |!

action rétablit bientôt la santé et le bon sens dans le corps politique.

Si c'est la dernière maladie qui l'atteint, | la nation disparait et une auire prend Sa | place sous le soleil. Et le monde va son

chemin sous l'œil de Dieu. Par bonheur pour le Canada, des signes de convalescence se manifestent ; et je puis prévoir le jour où le jugement du peurle canadien, anglais comme français, ne sera pas si sévère à mon endroit, que les discours, les votes, les chansons et les hurlements qui ont animé les débats de la dernière session. Cette réaction n'est pas encore de nature à justifier la contiance de mes collègues libéraux de Québec qui croient naïvement que l'impérialisme n'est qu'un mythe ou un danger disparu.

Mais le changement est assez déterminé pour raviver l'espérance de ceux qui redoutent pour notre jeune pays l'éducation brutale d'un régime militaire, le développement de l'esprit de conquête et de pillage, et le lourd fardeau du militarisme impérial, In Angleterre méme la réaction est iarquée, En réalité la vague du jingoïsme n'a jamais monté là jusqu'au point qu'elle à atteint ici. Comme d'habitude, le vrai jingo colonial a dépassé le cockney le plus bruyant de Londres, Avant d'en appeler au peuple, M.

Cha berlain, le maître du cabinet britannique, it de sa guerre la question la plus importante, je devrais dire la seule question à soumettre à l'électorat : * Un vote contre le gouvernement est un vote pour les Boers,” S'écria-t-il sur ce ton bismarkien qui lui est propre. Et en réponse à cet appel passionné, en dépit de la désorganisation du parti libéral, 1,608,537 suffrages furent accordés aux Boers—pour me servir de l'expression môme du secrétaire colonial—dans 427 circonseriptions, et quatre-vingt comtés élurent sans opposition des adversaires du gouvernement, Et personne ne nie qu'aujourd'hui les chances de succès ne fussent beaucoun plus favorables aux libéraux. Le changement opéré dans la rédaction du Daily News indique nettement le mouvement des idées.

Voyez le résultat des élections faites la semaine dernière pour le conseil du comté de Londres : les modérés, désespérant d'obtenir une majorité sur les seules questions municipaleë, tirent ce qu'on appelle en Angleterre une lutte en khaki. ‘“ Voulez-vous un conseil pro-boer?" tel était leur cri de guerre! Et quelle fut la réponse? un accroissement de majorité en faveur des progressistes.

Revenons au Canada. Le peuple de la Grande Bretagne et de l'empire tout entier a interprété le verdict de notre électorat avec une telle ignorance de la situation réelle qu'il me semble tout à fait à propos de faire une analyse succincte des faits. Afin d'indi-

| quer à la Chambre daus quelle voie les prin-

cipaux organes torys d'Angleterre ont égaré l'opinion de leur pays à l'endroit des sentiments du peuple canadien, je lirai quelques lignes du Times, de Londres. Dans une letdu 24 septembre, publiée le G octobre, s correspondant particulier à Toronto analxse la situation politique au Canada et sa répercussion probable sur les affaires impéritles. Après avoir dit que les Canadiensfrancais sont plus exclusivement canadiens

et, par suite, moins préoccupés des intérêts britanniques et lmpériaux, l'écrivain ajoute ces paroles sur lesquelles j'attire l'attention de la Chambre :

Une circonstance particulièrement heureuse à ce moment critique de la situation nationale, c'est la présence d'un homme d'Etat canadienfrançais à la tête du gouvernement du Canada. Sans son autorité, Québe: aurait pu causer des embarras. Un membre français du cabinet et plus d'un député au parlement s'opposèrent aux conditions d'enrôlement des régiments canadiens qu'on envoyait au feu.

Puis, parlant des hésitations du premler ministre lors de l'expédition des troupes :

Il sentait, sans doute, que ses compatriotes devaient subir une éducation graduelle avant de répondre aux exigences complètes de jeur citoyenneté britann'que.

savoir de l'honorable premier quelles méthodes et jusentend compléter cette

J'aimerais ministre d'après qu'à quel degré il éducation,

Apres les élections, le grand journal cory anglais crut qu'il était de bonne politique d'acclamer la majorité libérale comme une victoire de l'impérialisme. Dans un premier- Londres du 10 novembre, il disait :

Les deux partis politiques, au Canada, sont impérialistes ; et nous croyons que les conservateurs eussent suivi au pouvoir la 11ème ligne de conduite, sur cette question, que celle adoptée par Ile libéraux. Néanmoins, il appartent aux libéraux, comme question de fait, d'accomplir cette œuvre; et ils l'exécutèrent avec une prompitude, une bonne grâce et une libéralité qu'il eût été impossible de dépasser et que la arande Bretagne n'oubliera jamais. En tant qu'il s'agit de se rendre populaire ici, sir Wilfrid Laurier et son cabinet ont rencontré une bonne fortune magnifique et ils en ont profité sans réserve, Cette conduite est d'autant plus réconfortante que nous devons nous rappelet que la base de leur pouvoir s'appuie sur la population française du Canada et surtout sur Québec qui, à cause de circonstances que nous ne comprenons pas parfaitement, peut-être, était moins largement représenté au Sud-africain que d'autres provinces

Voici qui me semble dur pour messieurs de l'opposition, grands impérialistes, pour la plupart, mais dont l'impérialisme se serait senti très fortifié, sans doute, par la jouissance du pouvoir—même si la victoire leur eût étñ donnée par des dominatenrs

francais. Mais le Times fit une appréciation !

plus singulière encore du résultat électoral dans sa lettre de Toronto, datée le 10 novembre et publiée 1: 24 J'en cite le passage suivant :

Sur une question d’une importance nationale, l'élection a purifié l'atmosphère. Il est maintenant évident que l'impérialisme britannique de sir Wilfrid Laurier ne lui a causé aucun tort parmi ses partisans canadiens-français. En tant qu’il s’agit üe Québec, le scrutin de mercredi dernier a ratifié entièrement l'envoi des régiments canadiens en Afrique. Le premier ministre n'a jamais éludé la responsabilité qu'il avait assumée à ce sujet et la question fut posée

que la politique impérinle est en jeu, l'attitude décisive de Québec est donc satisfaisante.

Les conclusions de ces deux derniers artieles sont absolument fausses; et la clairvoyance dont Le pren co" article faisait preuve établit sans conteste In mauvaise foi voulue des deux autres.

On n'a posé le problème de l'impérialisme ni avec netteté ni avec franchise devant le peuple canadien, Dans les provinces anvlaises, on l'a laissé sur le terrain du sentiment où cette Chambre Favait placé-chaque parti réclamant a palme dans leur course au dévouement à la mère patrie; mais l'aspeet constitutionnel et les conséquences ultimes de cette expédition militaire n'ont pas été diseutés. Dans la province de Québec, lorsque la question se soulevait, les deux partis s'aceusaient mutuellement d'être la cause de cette explosion de jingoïsme qui avait entrainé le gouvernement dans set impasse. L'acte de vertu dont on se réclamait hautement dans une partie du paye on le dénoncçait ailleurs comme un crime, Qu'on me permette de dire, en passant, à tous ceux qui desirent sincèrement la paix et l'harmonie entre les deux races qui composent Ia nation canadienne, qu'ils tendront en vain vers ce but idéal aussi longtemps qu'ils pratiqueront cette duplicité systématique dans la discussion des grands problèmes nationaux. Je reviendrai tantôt sur ce sujet.

Je veux maintenant dévoiler à la Chambre quelques faits établissant que l'opinion du peuple anglo-canadien n'était pas aussi unahime à ce sujet qu'on l'a prétendu ici et par tout le pays.

Quelques jours après la session, l'honorable député de Winnipeg (M. Puttee) adressa la parole à une réunion publique, et la presse lui prêta la déclaration suivante :

J'ai voté la dépense de $2,000,000 pour le Sudafricain, bien que je reconnaisse la justesse de la position prise par M. Bourassa ; je reconnais qu'aucun article de la constitution n'autorise estte dépense. J'ai simplement fait écho au désir de mes électeurs, à ce sujet.

La veille du serutin, il fut dénoncé violemment par l'organe de l'honorable député de Lisgar «M. Richardson). Les paroles que je viens de citer furent reproduites en gros caractères à chaque page de la Tribune de Winnipeg, accompagnées de titres et de commentaires comme ceux-ci:

PAS DE REGIMENTS POUR LUI! PUTTEE APPUIE BOURASSA ! IL À VOTE CON- TRE SES CONVICTIONS ! TROP BRI- TANNIQUE POUR LUI !

Si M. Puttee avait suivi son sentiment, aucun régiment ne serait allé au Sud-africain défendre l'empire. Ses convictions étaient celles de M. Bourassa.

Le peuvle de Winnipeg veut être représenté à

[Ottawa pour un ‘“ britisher ‘’ de cœur qui céfen-

loyalement aux électeurs français.... En tant,

dra l'empire par principe.

Voici des appels ultra-loyalistes—

M. PUTTEE : Le journal que l'honorable député (M. Bourassa) a cité s'est trompé en cette occurrence et l'a reconnu.

M. BOURASSA : J'arrivais précixément à ce point. Je ne prétends pas que l'honorable député (M. Puttee) ait prononcé ces paroles ; je dis seulement que si les passions du peuple eussent été soulevées au point quon l'a dit. si le courant d'opinions eût été irréstible au moment du serutin—un candidat soupeonné d'être ce qu'on appelle pro- Boer et d'avoir déclaré que le gou vernement aurait dû hésiter avant d'en gager la responsabilité du pays, aurait té écrasé par son concurrent, Quel fut le résultat? L'honorable député fut nomme à une majorité de 1,183 voix au lieu de huit qu'il obtint dix mols auparavant lorsqu'il avait à son appui l'influence de deux minis-

journal libéral de l'endroit, le Petroli: Topic, dénonea le candidat aujourd'hui élu (M.

Simmons) comme un pro-Boer, L'honorable député nia l'accusation : mais le journal la maintint, et en réponse à la dénégation de M. Simmons, publia la déclaration d'une demi-douzaine d'habitants de la ville aflirmant qu'à plusieurs reprises, ce candidat n'avait pas caché sa désapprobation de l'attitude du gouvernement britannique au Sudafricain, Je n'aftirme pas que le fait fñt exact: mais personne ne niera que, si le sentiment guerrier eñt dominé la région, ces dénonciations n'eussert été fatales au candidat conservateur. tt le voici parmi nous, l'élu de la majorité dans un comté représenté au dernier parlement par son adversaire, un citoyen honorable et sans doute populaire parmi les siens,

Mais voici un cas encore plus probant. M.

Weldon, qui de 1891 à 1895 représenta la circonscription d'Albert à cette Chambre, occupe avec distinction une chaire de droit international di as la ville royaliste d'Halifax. Sa désapprobation de fa politique britannique eu Afrique était connue de tous.

I] alla même jusqu'à consacrer une de ses lecons à linterprétation des conventions signées par da Grande-Bretagne et la République Sud-africaine : et il conclut à une condamnation complète de l'attitude de M.

Chamberlain. On m'a mème aflirmé quil empécha son fils de partir pour l'Afrique et de pre: dre part à une guerre qu'il considérait injuste. Ceci n'empôêcha pas cet homme

honorable et distingué d'être choisi comme,

le candidat conservateur dans le comté d'AIbert. Et il fut accepté à ce titre par les mémes hommes politiques qui faillirent succomber à une attaque d'apoplexie lorsque j'exprimai ici même des opinions identiques à celles de M. Weldon.

Ll esi vrai M. Weldon a été défait ; mais À n où les libéraux ont} porté des victoires écrasantes dans tout cette province, il n'a été défait que par 116

voix tandis qu'en 1896 la majorité de son|

concurrent, le même que l'an dernier, était de 243 voix.

Voici les trois seuls cas que l'on puisse signaler, dans les candidatures politiques des provinces anglaises, de cette opinion que les prophètes jingos appellent pro-boer. Et les résultats obtenus ne me semblent pas Îndiquer que l'on ait considéré comme félonie nationale le refus de partager, sur cette question, les vues de M. Chamberlain et méme celles des chefs des deux partis politiques au Canada.

D'autres indices de réaction contre le jinvoïsme militaire se sont manifestés dans nos provinces anglaises depuis l'élection. Au cours d'un débat antérieur, l'honorable leader de opposition (M. Borden) a parlé de l'enthousiasme qui accueillit à Halifax n08 volontaires revenant d'Afrique. Je sais qu'Halifax est très sentimental. Ses débiiants de ferronnerie et de poisson séché peuvent à peine retenir leur ardeur poétique et fourrent des rimes patriotiques—de confection étrangère, il est vrai-jusque dans les rapports de leur chambre de commerce.

Mais ailleurs, l'enthousiasme ne fut pas tout à fait aussi prononcé, Parlant de l'arrivée de uos troupiers dans la métropole du Canada, la Gazette, de Montréal, disait avec beaucoup de philosophie, le 23 décembre dernier

“a seconde division de l'infanterie canadienne n'a reçu qu'un accueil modérément chaleureux à son retour du Sud-africain. Le pays semble s'habituer aux héros. Il ne les en estime pas moins, mais son sentiment est moins démonstratif.

Evidemment, ceci se passait dans la séditieuse province de Québec. Mais traversons l'Ottawa et pénétrons au cœur de la bonne vieille province sœur, le boulevard du loyalijsme. Woodstock est une ville d'Ontario ; et, si je ne me trompe, pas beaucoup peuplée € * mangeurs de soupe aux pois—à moins que mon honorable collègue d'Oxford-nord (M. Sutherland) n'ait appris à ses électeurs à apprécier ce mets substantiel. Voici la description de la réception paisible accordée à Woodstock aux soldats licenciés, d'après la Sentinel Review, du 26 décembre :

Lorsque le train entra en gare, hier matin, un spectateur sur vingt applaudit ; une minute après que les soldats furent descendus de voiture et avant que la musique eut recommencé à jouer en n'aurait pu entendre un plus grand silence à une cérémonie funèbre, Ne savons-nous plus acclamer ?

Comme contraste À ces funérailles, je pourvais décrire la chaleureuse bienvenue qui acueillit le major Fiset à son retour à la ville française de Rimouski. Je conseillerais à l'honorable député d'Oxford-nord (M.

Sutherland) d'engager son collègue de Victoria-nord (M. Hughes) à aller lire là-bas quelqu: ; essais sur le Krugerisme et le Huttonisme. Et si ces lectures ne suffisent pas à stimuler l'enthousiasme des Woodstockiens, qu'il s'assure les services musicaux de M. G.E. Foster et du docteur Montague afin

qu'ils chantent lhyinue national à Woodstock trois fois pur jour, en plein air, iurant toute la période qu'ils passaient auti ois ici.

larlant en terines généraux, le Star, de Joronto—l'uu des journaux canadiens qui concorva le mieux son saug-froid pendant l'ivresse jingo de l'an deruier—donnait ce conseil à nos héros rupatriés, le 31 décembre:

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