LA QUESTION DES TRONÇONS
Un point important de cette discussion est certainement celui de la division du chemin du Nord en deux parties pour les fins de son exploitation par deux compagnies. Pour me servir du mot que l’on jette aux quatre vents de la publicité, avec l'espoir d’'eti rayer la population sur l'avenir commercial de la voie ferrée qui a été construite de ses deniers, il s’agit de la questie’ des tronçons. L’honoruble chef de l'opposition et l'honorable député de Québec-Est se sou faits les échos, dans cette Chambre, de l’opinion extérieure, heureusement peu accentué, qui s'alarme dela prétendue division de la ligne en deax parties. J'en ai êté étonné, parce que je ne m'expliquais pas comment ils avaient pu si tôt oublier ce qui s'était passé à leur connaissance personnelle comme à celle de tout le pays. : tai . ».-à
Ces craintes, sincères ou feintes, des résultats désastreux de la division du chemin eu deux parties, ces appréhensions de l'influence néfaste que cet acte peut exercer sur la direcuion da tratic de l'Ouest, cet épouvantail des tronçons, ont-ils seulement lea l'aisou d être ? J'ai beaucoup de plaisir à répondre non, après uvoir donné à ce détuil de la question toute la réflexion qu'il mérite, . FREE
Cette honorable Chambre me permettra, je l'espère, do résumer en quelques mots les diverses phases de l’entreprise de la construction d’un
chemin de fer de Québec à l’océan Pacifique. Pour bien juger la grande affaire que nous avons à régler, il faut nécessairement considérer le chemin de fer du Nord comme partie de l’immense ligne transcontinentale, Quelle était la situation en 1869, 1870, 1871, 1872, 1474, 1879, 1881, et tout récemment, avant que les contrats ne fussent signés, ou plutôt actuellement même, parce que ces conventions n'auront d'effet que si elles sont approuvées par cette législature,
Une compagnie a d’abord été constituée pour construire un chemin de fer entre Québec et Montréal. Premier tronçon de lu ligne à travers le continent à l’ouest de cette ville.
Une autre compagnie fut organisée pour construire un chemin entre Montréal et Ottawa. Deuxième tronçon.
La compagnie du Canada central avait déjà fait une partie de ses travaux et les continuait jusqu'à Pembroke, avec l'intention de les prolonger plus à l’ouest. Troisième tronçon,
En 1871, le parlement canadien décréta qu’un chemin de fer serait construit à partir de l’extremité est du luc Nipissingue jusqu’à l'océan Pacifique. Quatrième tronçon.
L'honorable M. Mackenzie, devenu le chef du ministère formé après les événements de 1873, fut, en janvier 1874, l’auteur de cette étrange conveption au sujet du chemin de fer du Pacifique, qui restera duns nos annales sous le nom de Water Stretches. On sait que par cette politique, le premier ministre libéral voulait utiliser les nappes d’eau dont le Nord Ouest est parsemé, et ne construire que les parties de la ligne névessaires pour les relier. Avec la réalisation de ce projet, il y aurait
eut-être eu jusqu'à une dizaine de tronçons de chemins de fer entre le lac
\ipissingue et l'océan Pacifique. De sorte que la voie ferrée intercontinentale, y compris l'Intercolonial, aurait été divisée en une quinzaine de tronçons. (Cependant, bien que l'opinion publique fût assez hostile à la politique des Water Stretches de l'honorable M. Mackenzie, on ne s’alarma
as au point de prédire toutes sortes de désastres comme la conséquence inévitable de l'exploitation de la ligne entre Québec et l'océan Pacifique par le gouvernement fédéral, et par les compagnies du Nord, de la colonisation du nord de Montréal, et du Canada central,
En 1879, le gouvernement d'Ottawa décidait de construire le chemin du Pacitique en entier, et de consacrer cent millions d’acres de terre aux opérations financières nécessaires au succès de l’entreprise. En 1881, il maintenait sa politique de la construction de la ligne entière, mais il chungeuit le mode de l'exécution des travaux et de l'exploitation du chémin, en en chargeant une compagnie, qu'il demanda au parlement de subventionner.
On était revenu aux tronçons de 1871 et de 1872, moins ceux du chemin du Nord qui avaient été réunis, en 1875, lorsque le gouvernementde la province en prit les travaux à sa charge. Nous avions encore trois tronçons : la ligne entre Québec et Ottawa, celle du Canada central, et celle du Pacifique. Cependant, personne n’en était etfrayé. Au contraire, tout le monde en étuit heureux. Dans cette province surtout, on se réjouissait, à bon droit et avec beaucoup de ruison, de ce que les vues kuges de nos chefs duns le ministère fédéral, de noue députation à la Chumbre des commuues, et de nos représentants au Sénat, avaient triomphé, en nous assurant que l’une de nos principales aspirations serait satisfaite par la construction de la partie du chemin du Pacifique au nord du lac Supérieur!
ee D
= MD Old 2 Le dd ©
El ont LP ="
ger la grande Un nouveau fait ne tarda pas à se produire, et peu de temps après la ‘idérer le che- ratification de son contrat par le parlement canadien, la compagnie du continentale, Pacifique achetait le chemin de la compagnie du Canada central ayant son , 1881, et tout point terminal de l'est à Ottawa. Le nonabre des tronçons se trouvait lutôt actuelle- ainai réduit à deux. Il n’y eut qu'une voix dans toute la province pour Sielles sont applaudir à l'achat de la ligne du Canada central par la compagnie du / Pacifique. Personne n'avait la moindre crainte que les deux tronçons in chemin de du chemin du Nord et du chemin du Pacifique, raccordés à Ottawa, â travers le fussent une calamité nationale. On voyait la grande pensée de Sir k Georges Etienne Cartier sc réaliser graduellement, et le terminus de la chemin entre voie intercontinentale se rapprocher de Montréal, avec la perspective t prochaine de s’y établir bientôt.
ie de ses tra- Actuellement, nous avons ces deux tronçons. Si la législature ratifie les \ de les pro- contrats déposés sur le bureau de eette Charabre, quelle sera la différence | avec la situation présente? Il y aura encore deux tronçons, comme le fer serait maintenant, ni plus ni moins, mais avec ce changement, d’une si haute squ'à l'océan importance pour la province de Québec, que le point de raccordement de Et ces deux tronçons, du grand avec le petit, au lieu d’être à Ottawa, sera à: mé après les St. Martin, ou plutôt, virtuellement à Montréal. La province n'aura ange CoNCCp- rien perdu ; elle aura, au contraire, beaucoup gagné. nos annäles Comment ne voit-on pas que ce qui s’accomplit au sujet du chemin du ique, le pre- Pacifique, c'est la consolidation de cette immense artèré, de ces multiples nt le Nord intérêts, identiques, sous tous les rapports, à ceux du pays. C’est l’œuvre de ligne néves- consolidation qui a été celle de toutes les grandes lignes de chemin de il y aurait fer aux Etats-Unis comme au Canada. N'y a-t-il pas eu un temps où ce entre le lac qui est la ligne principale du Grand Tronc et ses embranchements était ee Intercon- sous le contrôle administratif de plusieurs compagnies. Les tronçons, uinzaine de toujours pour me servir du mot favori des adversaires de la vente du hostile à la chemin du Nord en deux parties, se sont raccordés et sont devenus le nes alarma vaste réseau de la compagnie du Grand Tronc. La magnifique ligne du ronréquence New York central n'est-elle pas parvenue à ses proportions actuelles en n Pacifique À consolidant plusieurs tronçons de chemin. C’est làl ‘histoire de toutes de la colo- les grandes compagnies de chemin de fer sur ce continent, La com- ! pagnie du Pacifique la répète en consolidant sa ligne, et elle aurait sans le chemin doute absorbé le dernier tronçon du chemin du Nord, s’il n'eut suffi à e terre aux ses intérêts, pour plusieurs années à venir, d'établir son point terminal En 1881, il de l’est à Montréal, où sont ses quartiers généraux. re, mais il Dans l'Amérique du Nord, les chemins de fer ont dû, pour ainsi dire, bitation du être construits par tronçons, parce qu’ils devançaient la colonisation. La rlement de consolidation des lignes s'est opérée à mesure que les intérêts et les courants commerciaux 8e sont eux-mêines consolidés. ux du che- Il n’en a pas été de même en Europe, notamment en Angleterre et en ementde la France, parce que là les voies ferrées ont suivi la civilisation, dont ils trois tron- ont été l'un des résultats, en ce sens, qu’elles sont devenues une des nécesil, et celle sités de la prospérité matérielle qui, de nos jours, dépend en si grande contraire, partie du progrès intellectuel et moral des peuples. Les grandes lignes out, on se ont tout de suite traversé des contrées cultivées depuis des siècles, et 8 les vues parvenues à un haut degré de richesses agricoles, industrielles et commeration à la ciales. Les chemins de fer y ont donné une vigoureuse impulsion au , avaient mouvement des affaires en général, mais ils ne l'ont pas créé comme dans spirations d'innombrables endroits sur ce continent. acifique
UNE DÉFENSE DE LA LÉGISLATION FÉDÉRALE RELATIVE AU CHEMIN DU PACIFIQUE.
Dans son discours sur la question de la vente du chemin provincial, l'honorable député d'Hochelaga a fait quelques remarques qui peuvent être une arme contre le gouvernement fédéral dans les mains de ses adversaires. Comme je tiens à défendre partout où ils sont attaqués les hommes politiques en qui j'ai confiance, et dont j'1dmire l’intelligence, le dévouement et le patriotisme, je ne puis laisser passer les paroles de mon honorable collègue sans les relever. Je Ini rends le témoignage qu’il n’a pas eu un instant la perfide intention de blâmer le cabinet fédéral, mais il n’en est pas moins vrai que ceux qui combattent nos chefs à Ottrwa peuvent s’autoriser de ce qu’il a dit pour tâcher de leur aliéner l'opinion publique de cette province.
L'honorable député d'Hochelaga nous a raconté que pendant la discussion du contrat du chemin du Pacifique, l’année dernière, il s’est rendu à Ottawa, en compagnie de l'honorable premier ministre de la province et autres amis, pour demander avec instance que l’on introduise quelques mots dans le vingt-quitrième article de la loi constituant la compagnie du chemin du Pacifique, par lesquels la compagnie aurait été obligée d'accorder au chemin du Nord les mêmes facilités qu'elle devait être tenue de fournir à la compagnie du Canada central, pour la réception, l'expédition et la livraison du trafic du chemin de fer et au chemin de fer de cette compagnie. L'honorable député d’Hochelaga nous a dit que si l'on eût introduit ces mots, an nombre de dix tout au plus, dans la loi, la province n'aurait pas eu à craindre la concurrence d’une ligne rivale entre Ottawa et Montréal, passant dans la province d’Ontario, et que la compagnie du Pacifique aurait finalement été obligée d'acheter le éhemin du Nord, même au prix coûtant des travaux. Un adversaire peu bienveillant du gouvernement fédéral—et il s’en trouve—peut s'emparer de ces paroles pour dire que si la province est obligée, aujourd’hui, de faire un sacrifice de plus de quatre millions et demi de piastres dans la vente de son chemin, c’est la faute du ministère d'Ottawa, qui n’a pas imposé à la eompagnie du Pacifique la condition qui lui était recommandée, Je suis fermement d'opinion que ce serait un reproche injuste, comme je vais le prouver.
On nous dit qu'avec la protection de ces dix mots :—‘‘et au chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental ”—introduits à la sixième ligne du vingt-quatrième article de la loi constituant.la compagnie du chemin du Pacifique, la province aurait pu vendre le chomin provincial un prix égal au montant total de ses frais de construction. C’eut été, sans aucun doute, une très belle affaire pour la province, mais s’est-on fait une idée de la grandeur de l'obligation dont on aurait chargé la compagnie du Pacifique. Que l'honorable député d'Hochelaga et d’autres aient sollicité fortement pour que l’on amende la loi relative à la compagnie du Pacifique, en y ajoutant les mots que je viens de citer, ils ont bien fait. C'était leur devoir ; ils l’ont accompli courageusement, je suis heureux de les en féliciter. Mais il ne faut pas oublier que, pour l'importante transaction au sujet du chemin du Pacifique, il y avait une autre partie que le gouvernement fédéral au contrat. Les capitalistes qui composaient alors le syndicat du Pacifique ont bien compris la portée de l’amendement qui était proposé. Ils l'ont vue tout de suite, avec le coup d'œil exorcé d'hommes rompus aux affaires, qui jugent avec sûreté les consé-