VOTE DE NON-CONFIANCE CONTRE LE MINISTÈRE MACDONALD-SICOTTE
PRONONCÉ LE 11 Mar 1863
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
Le ?8 avril 1863, l'honorable JA. Macdonald donna avis qu'il proposerait un vote de non-confiance dès que le gouvernement demanderait des subsides, ce qui fut fait à la séance du ler mai. M. J.-A. Macdonald, appuyé par M. Cartier, présenta alors l'amendement suivant: ‘ Que la Chambre rie se forme pas en comité, mais qu’il soit résolu que l'administration, telle qu’elle est constituée actuellement, ne mérite pas la confiance de cette Chambre.” A l'appui de sa motion, M. Macdonald prononça un long et vigoureux discours qui fut bruyamment applaudi : évidemment il était l'écho de la majorité. M. Langevin fit aussi un discours fort remarqué. Le cabinet se défendit mollement et fut encore plus mollement défendu. Clear-grits et rouges n’hésitèrent même pas de condamner fondamentalement sa politique générale, mais ils avaient l'air de dire avec MM. Brown et Dorion : ‘“ Nous ne voulons nas laisser arriver le parti libéral-conservateur, et nous tenons MM. Macdonuild et Sicotte debout jusqu'au moment où nous pourrons nous-mêmes prendre en mains les rênes du pouvoir.” Le vote se prit dans la nuit du 7 mai, au milieu d’une vive excitation, 64 députés contre 59 votant la déchéance du gouvernement. Le vote de M. Rykert prit les conservateurs per surprise, car il avait promis de combattre le gouvernement. Ce n’est que le 11 mai que le premier ministre se leva pour expliquer qu'après ce vote de non-confiance il ne lui restait d'autre alternative que de demander l’appel au peuple et les subsides de rigueur. M. Cartier déclara qu'il n’était pas satisfait de cette explication, que les ministres bas-canadiens n'étaient pas à leur poste, que leur absence justifiait la rumeur que le cabinet allait subir un replatrage en vue d’élections générales, et il proposa l’ajournement immédiat de la Chambre, ce qui équivalait à un vote de non-confiance. Il en résulta un débat très vif auquel prirent part MM. J.-S. Macdonald, Brown, Dunkin, J.-A. Macdonald, Drummond, Cameron, Galt et Cauchon. Pour la seconde fois, en moins de cinq
jours d'intervalle, la chute du gouvernement était décrétée. La majorité s'éleva cette fois à onze voix. Pour: MM. Alleyn, Anderson, Baby, Beaubien, Benjamin, Brousseau, J.-H. Cameron, Matthew C. Cameron, Caron, Cartier, Cauchon, Chapais, Clarke, Cockburn, Crawford, Daly, Daoust, de Boucherville, de Cazes, Denis, Désaulniers, Joseph Dufresne, Dunkin, Ferguson, Fournier, Galt, Gaudet, Jackson, Jones, Knight, Langevin, John- A. Macdonald, L.-S. Morin, Morris, Morrison, Morton, O'Connor, Pope, Poupore, Powell, Pinsonnault, Robinson, Robitaille, Rose, Ross, John-J, Ross, J.-S, Ryerson, Sherwood, Simard, Simpson, Street, Taschereau, Tett, Walsh, 55.— Contre: MM. Ault, Bell (Lanark-Nord), Benoit, Biggar, Bourassa, Buchanan, Burwell, Brown, Cowan, Dawson, Dickson, A.-A. Dorion, Drummond, Alexandre Dufresne, Dunsford, Foley, Fortier, Gagnon, Harcourt, Hébert, Howland, Huot, Jobin, Joly, Labrèche-Viger, J.-S. Macdonald, D.-A. Macdonald, Mackenzie, Macdougall, McKellar, McLachlin, Mowat, Notman, Patrick, Prévost, Price, Rémillard, Rykert, Rymal, Scatcherd, Scoble, Somerville, Sylvain, Wallbridge, 44. Il est permis de douter de la sincérité de M. Sandfield Macdonald lorsque, pressé par M. Cartier, il déclarait qu’il ne connaissait aucun changement qui dût se faire dans le personnel de son cabinet, car la législature était à peine prorogée le lendemain, 12 mai, que les ministres bas-canadiens, M. Sicotte en tête, étaient mis de côté pour être remplacés par des libéraux qui reconnaissaient M. Dorion pour chef, l’élément modéré de la section haut-canadienne étant traité de la même façon au profit des principaux lieutenants de M. Brown. Le 16 mai, l'administration Macdonald-Dorion se trouva constituée comme suit: les honorables MM. Sandfield Macdonald, procureur général du Haut-Canada ; William Macdougall, commissaire des terres; W.-P. Howland, receveur général; Oliver Mowat, maitre général des postes; A. Ferguson-Blair, secrétaire provincial ; A.-A. Dorion, procureur général du Bas-Canada ; Luther-H. Holton, ministre des finances, L.-T, Drummond, commissaire des travaux public; I. Thibaudeau, président du conseil exécutif; L. Letellier de Saint-Just, ministre de l'agriculture, et L.-S, Huntington, solliciteur général. Un portefeuille fut offert à M. Sicotte, mais il le refusa avec dédain.
M. l'Orateur,
Nous venons d'apprendre que nos sommes en pleine crise ministérielle, résultat prévu depuis longtemps, et que nous sommes même à la veille d’une dissolution, ce à quoi tout le monde s’attendait. En même temps, d'étranges rumeurs feraient croire à un changement dans l'administration. On dit tout haut que le gouvernement, en désespoir de cause, aurait pris la détermination de refaire son personnel pour se présenter devant le peuple, au lieu
de rester ce qu'il était lors du vote de non-confiance. (Ecoutez ! Ecoutez !) L'opposition ne craint pas de se présenter, elle, devant le peuple telle qu'elle est. (Applaudissements.) La force de l'opposition est encore la même, et cette force représente la majorité. Peu lui importe la composition du ministère et la manière dont il se présentera devant le pays ; mais elle ne saurait fermer l'oreille aux rumeurs étranges qui courent sur certains membres de la Chambre.
M. Browx.—Nommez ! Nommez !
M. Carrier.—L'honorable député d'Oxford-Sud peut se réjouir, car il a dit l'autre jour que le gouvernement actuel lui convenait parce qu'il pouvait le contrôler et qu'il ne pouvait espérer d'exercer aucune influence sur les membres de la gauche. Je veux savoir du premier ministre s’il est vrai qu'il doit y avoir un changement dans le personnel du cabinet et une dissolution. J'espère que tel n'est pas le cas, car la réorganisation du cabinet après un vots de non-confiance, en vue d'un appel au peuple, serait inconstitutionnelle.
M. J.-S. Macponazn.—L'opposition n'a pas le droit de poser une pareille question dans un temps de crise, et le gouvernement n’a pas à donner d'explication. Mais je puis déclarer que le gouvernement a l'intention de demander des subsides à la Chambre.
M. Carrier.— Nous avons le droit d’être renseignés sur le personnel du gouvernement et sur ses actes, nous avons droit de savoir si ce gouvernement est ou n’est pas au complet. Le Bas-Canada n'est pas représenté dans le cabinet, il a druit de l'être. A qui donc nous adresserons-nous ? J'ai besoin du procureur général pour discuter le premier ordre du jour, qui est d’une extrême importance et auquel je m'intéresse d'une manière spéciale, Où sont les membres bas-canadiens de l'administration ?
M. J.-S. MacponaLp.—-L'honorable monsieur peut lancer contre eux un mandat d’arrestation si cela lui plaît. (Cris troniques de : Ecoutez ! Ecoutez !) Je répète de nouveau que le gouvernement n'a aucune explication à donner.
M. Caucox.—Il n’en est pas moins vrai que l'honorable M. Cartier possède la confiance de la Chambre plus que le premier ministre et qu'il a le droit de poser cette question. (Æcoutez ! Ecoutez !)
M. CarriER.—M. l'Orateur, je propose que la Chambre s'ajourne immédiatement. (Tumulte et applaudissements.)
M. JS, MacnonaLzD.—Les députés doivent bien peser le vote qu’ils vont donner avant de s'exposer aux hasards d'une élection générale, Leur vote peut avoir pour effet de donner le pouvoir à l'opposition.
UNE voix.—Oui, à la majorité.
M. JS. Macponarzp.—Cette motion prouve que l'opposition est factieuse, elle arrête le vote des subsides et toute législation, (Cris de : Non, non.)
M. Dunkix.—La législation que le premier ministre demande à la Chambre est d’un caractère important, et il semble que le gouvernement actuel n’est composé que de Haut-Canadiens.
M. BRowN.—Je n'ai pas de sympathie pour le gouvernement, mais la conduite de M. Cartier est la plus extraordinaire que j'ai jamais vue. Si j'étais srocureu: général du Haut-Canada, je dirais à l'opposition : “ Faites adopter votre motion,” et je demanderais au gouverneur général de dissoudre les Chambres immédiatement.
M. J.-A. Macponazb.—L'administration a déjà été condamnée par la Chambre. Cependant le premier ministre demande les subsides sans nous dire qui compose son cabinet. Toute la Chambre désire savoir quels sont les ministres. Elle à le droit d'être renseignée.
M.J.-S. MacponaLD.—L'administration est la même qu'elle était.
M. J.-A. MacpoxaLp.—L'honorable procureur général du Haut- Canada dit-il que l'administration est la même aujourd'hui qu'elle était hier ?
M. J.-S. MacnonaLn.—Je ne connais aucun changement,
AUX
PRONONCÉ LE 16 auiN 1863
A MONTRÉAL
M. Sandfeld Macdonald ayant réussi à réorganiser son cabinet, annonça qu'il allait en appeler au peuple. Les élections furent fixées au mois de juin. Presque également divisés comme l’étaient les partis, la lutte s'engagea avecun acharnement extrême. A Montréal, les trois candidats libéraux : MM. Dorion, Holton et Young furent défaits par MM. Cartier, Rose et McGee. Ce dernier qui avait combattu les conservateurs jusqu'alors, s'était rallié à eux après la formation du cabinet Macdonald-Dorion, ayant été remplacé dans la section bas-canadienne par l'honorable L.-T, Drummond. Les électeurs du Bas- Canada furent généralement favorables à la politique conservatrice, mais le Haut-Canada donna une majorité à M. Sandfield Macdonald. C'est le jour même de son triomphe que M. Cartier prononça le discours qui suit :
Messieurs,
Laissez-moi, tout d’abord, vous remercier bien cordialement de m'avoir élu par une majorité de plus de six cents voix sur mon adversaire, l'honorable M. Dorion. Ce nouveau témoignage de confiance m'impose des devoirs dont j'espère toujours me montrer digne. Laissez-moi vous dire aussi combien je regrette la disparition de notre vieil ami, M. Thomas Molson, qui se trouvait à mes côtés à la dernière élection, et qui est aujourd’hui dans la tombe, Vous connaissez l'esprit d'entreprise, les grands services rendus au pays et à la ville de Montréal par cette famille éminente qui prit ici l'initiative de la navigation à vapeur, qui a fondé des
collèges, bâti des églises, doté des universités et qui pendant plusieurs générations s’est fait remarquer par sa générosité, sa charité et son énergie,
Dans les discours aux électeurs, les libéraux prétendaient qu'eux seuls ont fait passer la mesuré des écoles séparées. Mais cette assertion est-elle vraie? Les comptes-rendus du Parlement montrent que les clear-grits ont toujours combattu le bill. Ce n'est pas à M. John Sandfield Macdonald, ni à M. Foley, ni à M. Wilson, que les catholiques du Haut-Canada sont redevables de cette importante loi, mais à M. John-A. Macdonald, le chef du veritable parti libéral du Haut-Canada, et à ses partisans. L'auteur de la loi est un conservateur, M. Scott, député de la ville d'Ottawa. Quels sont les hommes qui s’y sont opposés ? M. Brown et les clear-grits. MM. J.-Sandfield Macdonald, Mowat, Foley, Macdougall ont voté pour le bill, parce que, membres du gouvernement, ils ne pouvaient faire autrement, mais ils ont eu la douleur de voir que le succès était dû à l'opposition, Et combien de prétendus libéraux ont méconnu leur titre en suivant le fanatique George Brown? Les orangistes, dont l’alliance avec le parti conservateur du Bas-Canada est dénoncée à l’égal d'un crime par M. Dorion, ont voté en faveur des écoles séparées ; sans leur appui, la mesure tombait, et par les votes des clear-grits, ces amis de M. Dorion qui ont tous, moins cinq, voté contre. ?
1 M. Scott a été depuis Orateur de la législature d'Ontario et secrétaire d'Etat dans le ministère Mackenzie à Ottawa, de 1873 à 1878. Il remplit présentement les fonctions de chef du parti libéral au Sénat.
2 Je bill fut adopté en seconde délibération, à la séance du 3 mars 1863, par 80 voix contre 22, et en troisième délibération, le 13 mars suivant, par 76 contre 31 voix qui se répartirent comme suit: Pour, messieurs Abbett, Alleyn, Anderson, Archambault, Baby, Beaubien, Beaudreau, R. Bell (Russell), Benjamin, Benoit, Blanchet, Bourassa, Brousseau, Buchanan, Carling, Caron, Cartier, Cauchon, Chapais, Clarke, Crawford, Daoust, Dawson, de Cazes, Denis, Désaulniers, A.-A. Dorion, J.-B.-E. Dorion, Dostaler, Alex. Dufresne, Joseph Dufresne, Dunkin, Evanturel, Foley, Fortier, Fournier, Gagnon, Gaudet, Hébert, Huot, Jobin, Joly, Kierkowski, Knight, Labrèche- Viger, Laframboise, Langevin, John-A. Macdonald, J.-S. Macdonald, McCann, Macdougall, McGee, McLachlin, Mongenais, Martin, O'Halloran, Patrick, Poupore, Prévost, Rémillard, Robitaille, Rose, Ryerson, Rykert, Scott, Sherwood, Sicotte, Simard, Simpson, Somerville, Starnes, Sylvain, Taschereau, Tassé, Walsh et Wilson, 76.— Contre : messieurs Ault, Biggar, Bown, Burwell, John-H. Cameron, Cockburn, Cowan, Daly, Dickson, Ferguson,
En 1856, M. Dorion lui-même se prononça en faveur des écoles mixtes, sur une motion de M. Papin demandant l'abolition des écoles séparées dans toute la province, et l'établissement d'un système uniforme, qui eût empêché également les catholiques du Haut-Canada et les protestants du Bas-Canada d'obtenir des écoles de leur propre religion, Voilà un exemple de ses opinions,
M. Dorion a avancé que la partie Est de Montréal lui est redevable de travaux publics importants ; on sait cependant que M. Young, son allié, son ami, est celui qui a toujours le plus travaillé pour détourner vers le quartier Ouest le commerce de cette ville,
M. Dorion, M. Brown, et leurs partisans se sont vivement opposés dans le temps au bill qui mettait à la charge de la province l'amélioration du lac Saint-Pierre, dont pourtant il revient tant d'utilité à tout le pays. Et c'est encore à mes amis du Haut- Canada que nous devons cette mesure bienfaisante,
Quelle a été l'attitude de M. Dorion à l'égard des droits de péage sur les canaux ? M. Galt prévoyait que par de sages dispositions il serait possible d'attirer dans le Saint-Laurent tout le commerce de l'Ouest, Malgré l'opposition de M, Brown, il avait supprimé les péages que les ministres actuels ont rétabli à leur avènement au pouvoir. Ces droits ont eu pour effet de faire prendre aux navires la voie d'Oswégo et des Etats-Unis, et d'enlever à notre pays plusieurs millions de piastres.
Quant à l’économie que l’on voulait exercer dans les services publics, elle a été jusqu'ici absolument nulle: que dis-je ? le ministère a admis qu'il avait augmenté les dépenses de 855,000. Tout son effort s’est réduit à jeter sur le pavé quelques dignes et anciens serviteurs du pays, comme le Dr Meilleur, pour leur substituer des créatures, des partisans. On ne doit pas non plus oublier que ces grands prêcheurs d'économie ont conseillé de nouvelles élections qui auront coûté à la province $500,000, outre les frais d'une nouvelle session !
Le bill de milice présenté par mon gouvernement, ce bill que l’on avait si fort dénoncé, aurait mis la province sur un pied de défense effectif, moyennant $300,000 à $400,000 par année, tandis que le projet de loi soumis par le gouvernement actuel décrète la cons-
Harcourt, Haultain, Hooper, Jackson, Jones, Mackenzie, McKellan, Morris, Morrison, Mowat, Munro, Notman, Powell, J.-S Ross (Dundas), Rymal, Scatcherd, Scoble, Smith, Stirton, White et Wright, 37.
cription avec ce qu'elle a de plus rigoureux, et crée des emplois pour les amis des ministres, Déjà le découragement s'est emparé des volontaires et la milice se désorganise visiblement, Il a été produit un rapport sur les édifices publics d'Ottawa, dans le but d'inculper l’ancien ministère, Comme chacun le sait, très peu de constructions ne dépassent pas les évaluations faites par approximation, à cause de toutes les circonstances que l’on ne saurait prévoir, témoin l’aqueduc de Montréal. Au reste, ce rapport qui fourmille d'erreurs énormes, est l’œuvre d'hommes indignes de confiance,
En terminant, laissez-moi vous adjurer de rester fidèles à la constitution du pays qui protège si amplement touts les races, toutes les classes. Cette constitution est bien supérieure aux institutions républicaines que beaucoup de nos libéraux admirent, mais qui éprouvent en ce moment la plus grande crise que l'histoire des Etats-Unis ait encore vue, Avant tout soyons de notre pays |
AUX
ÉLECTEURS DE WELLAND
A WELLAND
Le ministère Macdonald-Dorion fit convoquer la session de 1863 pour le 13 août, Quelques jours auparavant, M. Cartier fut invité à adresser la parole à une grande assemblée des électeurs de Welland, comté du Haut-Canada, qui était représenté par M. Thomas Clark Street, Il consacra la plus grande partie de son discours à relever les accusations lancées depuis plusieurs années par M. George Brown et le Globe, dans le but de préjuger l'opinion publique contre celui qu'ils appeluient le “petit Français.” Ce discours causa une grande sensation dans tout le Haut-Canada, et fut vivement discuté par la presse des deux partis. On y voit que l’ancien premier ministre se disait sûr de renverser le gouvernement à la réunion des Chambres, mais les votes ne justifièrent pas cette prédiction. Quoique chancelant, le ministère échappa par une majorité de trois voix au vote de censitre proposé par M. Sicotte qui, mécontent d’en avoir été évincé, se plaignait de son mode de formation. C’est quelques jours après ce vote que M. Sicotte abdiquant toute dignité, accepta une place de juge du gouverne, ‘nt âme qu'il venait de
censurer, Les conservateurs se trouvèrent en m'un deux voix seulement sur le vote de non-confiance qu’ils proposé : « blâmer cette nomination. Toutefois, ils auraient renversé le ge :. . nt sans la défection de l'honorable M.-H. Foley et de M. James O'F député de Missisquoi. M. O'Halloran passa pour avoir vendu sa voix, . avait promis à ses élec-
teurs de ne pas appuyer les libéraux, et viola de cette façon sa promesse. M. L'oley qui avait appuyé le vote de censure proposé par M. Sicotte fut non moins sévèrement blâmé, mais il reprit place dans l'opposition durant la vacance qui suivit la session.
340 AUX ÉLECTIURS DE WELLAND
Mesdames ot Messieurs,
Jo vous remercie des acclamations chaleureuses avec lesquelles vous venez de m'aceneillir, Je présume que vous me connaissez de nom pour la plupart, On m'a dit que le Globe avait une grande ereulation dans le Haut-Canada, En ce cas, vous avez dû y voir souvent mon nom, mais bien rarement à mon avantage, C'est à peine si, dans l'espace de quatre ou cinq années, il arrive à son rédacteur de dire la vérité à mon égard. Ainsi ce journaliste a dit un jour que j'étais un petit Français, ce qui est vrai. Il a eu la condescendance, ce jour-là, d'ajouter que j'étais dans une certaine mesure, audacieux et courageux comme un Anglais, C'est peut-être la seule fois qu'il ait parlé de moi d'une manière assez approchante de la vérité; en effet, il se trompe de peu. Comme j'ai été extrêmement vilipendé par le (lobe et que ce journal compte des milliers de lecteurs dans le Haut-Canada, oserais-je me présenter devant vous si je n'étais pas un homme de quelque courage !
Le Globe m'aceuse de n'avoir pas l'âme libérale ; il se trompe, je vaisprouver aujourd'hui aux milliers de personnes qui m'entourent, que je suis généreux, si je suis courageux, Le Globe a déversé contre moi ses mensonges et ses calomnies, non pas tant pour me détourner de visiter le Haut-Canada, que pour y soulever les préjugés de la population, S'il est une population méconnue, c'est, il me semble, celle du Haut-Cunada, On dit dans le Bas-Canada que le Huut généralement marche à la suite de M. George Brown. Eh bien! moi je ne l'ai pas cru. Et c'est parceque je ne l’ai pas cru, que je suis venu de Montréal vous rencontrer aujourd'hui, Non, je ne me suis pas trompé sur ce sentiment du Haut-Canada envers nos compatriotes,
Laissez-moi dire aux dames qui nous honorent de leur présence en si grand nombre, que ce n'est pas toujours un heureux sort pour un ministre de la couronne ni pour un chef de l'opposition, d'avoir continuellement à traiter avec des hommes, La Chambre se compose de 130 membres et le Conseil législatif de 80, ce qui fait 211 hommes, dont il leur faut gagner l'esprit et le suffrage. Quoique le politique soit en toute occasion heureux de se retrouver en la présence des dames, il vous est facile de comprendre
LE 3 AOUÛUT 1863 J4l
que ce n'est pas manque d'esprit chevaleresque si je m'adresse maintenant aux hommes, ces grands égoïstes !
Vous le savez, Messieurs, j'ai pris part avec mon ancien et habile collègue, l'honorable John-A, Macdonald, à l'administration de la province pendant plus de huit ans, je pourrais dire de 1854 à 1862, Il n'a été donné à aucun autre ministre de la couronne, à aucun autre ministère dans ce pays, de gouverner plus longtemps. Et pourquoi ce long règne? C'est parceque tous nos actes, comme ministres de la couronne, ont eu pour but l'avancement d'une florissante province ; c'est parce que nous avons eu pour ligne invariable de politique l'intérêt du pays tout entier.
Nous avons été attaqués de toute fagon. On a dit que nous avions plongé le pays dans les dettes, que nous avions conduit cette heureuse province à la ruine, Je tiens à protester qu'il n'en est rien. Je devrais même me servir d'une expression plus énergique et dire que c'est un mensonge éhonté.
Je regrette d'avoir à repéter le nom du (lobe plus souvent que je ne le voudrais, mais j'y suis forcé puisqu'il ne cesse pus d'avancer chaque jour que mon gouvernement a ruiné ce pays. Ceux qui connaissent notre histoire savent que la politique dite des chemins de fer, inaugurée en 1851, a été soutenue pur M. George Brown et son journal. Oui, M. Gcorge Brown demandait que le chemin de fer du Grand-Tronc, qui devait établir une communication entre le Grand-Ouest et Halifax, se construisît aux frais du trésor public. C'est M. Hincks qui élabora en 1851 une mesure pour assurer la confection du Grand-Tronc à travers la province. Cette mesure renfermait trois plans pour l'exécution de l’entreprise. Suivant l’un, les municipalités, après avoir construit 25 milles de chemin de fer, auraient été en droit de réclamer du gouvernement la somme nécessaire pour en construire 25 autres, On peut facilement concevoir ce qu'aurait coûté l'application d'un plan pareil pour un parcours de 800 milles. Le second plan portait que, si les municipalités ne pouvaient pas entreprendre et mener à bonne fin les travaux de construction, des compagnies pourraient être organisées avec ces mêmes avantages, c’est-à-dire qu'elles devaient être admises, quand les 25 milles seraient faits, à tirer sur le trésor public pour en construire 25 autres. Ce projet, si on l’eût adopté, aurait mis le trésor du pays à la merci de quelque grande et puissante compagnie dont l'influence ensuite pourrait être fort dangereuse, Enfin le troisième projet laissait au Parle-
ment le soin d'établir lui-même le chemin de fer, et, dans la session de 1851 un crédit de £4,000,000 fut ouvert pour commencer les travaux.
Telle est la série de projets divers, préconisée par M. George Brown et son journal. Nous savons ce que la construction du Grand-Tronc entre Sarnia et la Rivière-du-Loup a coûté: au moins £14,000,000 sterling, La réalisation des deux premiers projets au .ait coûté plus de $35,000,000, et si l’on eût procédé dans le troisième, si la province eût fait elle-même le chemin de fer, la dépense aurait été de 870,000,000.
Je vous rappelle ces chiffres parce que je les ai cités en Chambre à M. George Brown qui, pour se dérober à la difficulté, a répondu que si la loi eût été convenablement mise x exécution, le pays ne se fût pas endetté à ce point-là. Mais il est clair pour tout homme intelligent que, si l’un des projets avait été adopté, la province, dans ce cas, aurait eu à payer $35,000,000 et dans l’autre $70,000,000. Oui, telle était la poiitique de M. George Brown à cette époque.
Vous avez pu l'entendre cet agitateur, me reprocher d’avoir donné au Grand-Tronc avec d’exorbitants privilèges des allocations d'argent. Eh bien, voyons ce qui en est. Nous avons vou à abolir l’Acte de 1851, et refuser tout droit sur les deniers publics aux constructeurs du chemin de fer, Qu'est-il arrivé ensuite ? Pour aider à construire le Grand-Tronc, la province a fourni £2,300,000, pas d'avantage.
On veut qu'il ait eu un autre million sterling; mais ce n'est pas au Grand-Tronc proprement dit que l'avance en a été faite. Cette somme représente des subventions positivement accordées en vertu de l’Acte de 1849, au chemin de Québec à Richmond et au chemin du Saint-Laurent à l'Atlantique, qui ont été ensuite fusionnés avec le Grand-Tronc, Que conclure de tout cela ? que le gouvernement auquel j'appartenais a été indignement calomnié et que jamais nous n'avons donné de privilèges indûs au Grand- Tronc. J'espère que les dames m’excuseront si je parle longuement d’une #ffaire de finance. Elle sont intéressées à ce que leurs maris ou leurs futurs ait la bourse bien remplie, et je veux prouver à tous que la fortune générale n’est pas compromise antant que le Globe voudrait le faire croire.
On a beaucoup crié que j'avais augmenté la dette publique. Je me suis expliqué pour la dette relative au Grand-Tronc, je vais
maintenant vous parler, Messieurs, d’un autre chapitre de la dette publique, je veux dire, du fonds d'emprunt municipal, Quelle a été notre politique à cet égard ? Mais d’abord quelle était la législation quand l'honorable John-A. Macdonald et moi nous devînmes ministres de la couronne ? Par un Acte que M. Brown avait défendu dans un journal, qu'il avait, en fait, imposé au gouvernement d'alors, le trésor public se trouvait à la disposition de chaque municipalité. Quelle fut notre politique en 1854 et 1855 ? Nous restreignîmes les opérations du fonds d'emprunt municipal dans le Haut-Canada, tout en limitant en proportion les prêts du Bas-Canada.
Nous ne nous sommes pas arrêtés 1. Nous avons pourvu aux moyens d’éteindre la tenure seigneuriale. C’est cette mesure que le Globe à tant attaquée et qu’il représentait comme un pur achat de terres libres pour les habitants du Bas-Canada. N'oubliez pas que l'acte restrictif que j'ai mentionné autorisait le Bas-Canada à emprunter autant que le Haut-Canada l’uvait fait alors, soit $7,000,000.
Jusqu'à 1858, mon honorable ami et moi, nous avons voulu protéger le trésor public et enrayer les opérations du fonds d'emprunt municipal, même dans le Bas-Canada, où les municipalités ne s'étaient guère prévalues de la faculté qu’elles avaient en vertu de l’Acte, Nous présentâmes un projet de loi autorisant un emprunt de quatre ou cinq millions de piastres sur ce fonds, pour éteindre la tenure seigneuriale dans le Bus-Canada. Au lieu d'augmenter la dette publique en laissant le Bas-C.nada emprunter les sept millions, nous nous restreignîmes à cet:e autre somme, Par raison de justice à l'égard du Haut-Canada, nous fimes remise d’un égal montantaux municipalités haut-canadiennes qui avaient été assez imprudentes pour contracter des emprunts au-dessus de leurs moyens, au fonds municipal. Telle est, Messieurs, l'injustice que mon collègue et moi nous avons perpétrée envers le Haut- Canada ! Cependant, on peut lire tous les jours dans le Globe que le Haut-Canada a été ruiné par l'extinction de la tenure seigneuriale opérée dans le Bas-Canada, tandis que c'est tout le contraire. Si nous eussions maintenu la loi telle qu'elle était à notre avènement au pouvoir, et telleque l'avait acceptée M. George Brown, la dette provinciale serait à cette heure plus forte d'au moins cinq millions de piastres,
Que dit-on aujourd’hui dans le Globe ot dans tous les journaux
grits ? Que la dette publique est de soixante-douze millions de piastres.
M. Joun-A. Macponazn.—Dites plutôt quatre-vingt-sept millions.
M. Carrier.—En effet, M. Brown la porte à quatre-vingt-sept millions. Comment est-il arrivé à ce chiffre? Je lui ai dit un jour à la Chambre, que ce qui l’empêchait de devenir un homme public, influent et puissant, c'était son manque de droiture, son peu de goût naturel pour la vérité. En cela je le crois incorrigible, (Rires.)
Je sais que M. Brown se plaît à parler chiffres, à discuter sur les finances de la province, je vais vous étonner peut-être : s’il est un homme incapable de discourir pertinemment de finances, c’est lui, c’est M. George Brown.
Que vous dit-il donc dans son journal ? Que la dette s'élève à soixante-douze ou plutôt à quatre-vingt-sept millions ? Allons, tranchons le mot: c’est un mensonge, oui, un mensonge éhonté ! Chacun sait que la province est dépositaire de plusieurs fonds publics, tous productifs, notamment les fonds des Terres des Ecoles communes du Haut-Canada, des terres de l'Université, d’'Osgoode Hall, du Palais de Justice de Montréal, etc. De ces fonds il faudrait défalquer plusieurs millions sur les quatre-vingtsept millions que M. Brown dit être notre dette. M. Brown a aussi oublié un détail, c’est que la province a déjà fait assez de placements pour payer sa dette de 1861, occasionnée par la construction du canal Welland, cette entreprise qui a si puissamment contribué à la prospérité publique. Le fonds d'amortissement a été placé en effets st titres réputés excellents ; il est juste d'en déduire le montant sur la dette publique. Or, si l’on déduit la valeur de ce fonds et le million et demi emprunté pour le canal Welland, la dette telle que supputée par M. Brown serait déjà réduite à soixante-douze millions de piastres, Mais il faudrait encore retrancher la somme que les municipalités ont remboursée au fonds d'emprunt et aussi celles que rembourseront les compagnies de chemin de fer. Il y a toute probabilité, par exemple, que le chemin de fer du Nord pourra rembourser la province de ses avances. Il en est de même pour le chemin de fer Great- Western. Quant au Grand-Tronc, sur les sept millions qui lui ont été avancés, il ne versera pas moins de quatre ou cinq millions au trésor public, Tout cela étant déduit, quel serait donc le
résultat ? La dette réelle de la province ne dépasse point cinquante-cinq, peut-être même cinquante millions, au lieu des quatrevingt-sept imaginés par M. Brown.
Maintenant, Messieurs, ie vais vous poser une question qui ne pourra manquer de vous frapper, Malgré tout ce que vous avez entendu dire de notre grande dette publique, payez-vous plus de taxes qu’il y a vingtans? Ilest vrai que certains articles sont plus imposés à la douane, mais il ne faut pas oublier que sur nos £10,000,000 d’importations annuelles, un tiers de la marchandise ne paie pas de droits et que, si les droits qui se perçoivent étaient répartis sur la totalité des articles achetés, la moyenne des droits serait d’un peu plus de douze pour cent et peut-être moindre,
Une bagatelle en comparaison des droits que l'on paie à la frontière américaine. Les habitants de la province, au nombre de trois millions, versent chaque année au fisc six ou sept millions de piastres, ce qui, avec le revenu des travaux publics, nous permet de payer les frais de législation et d'administration, et d’affecter une somme très considérable pour l’encouragement de l'instruction publique. Toute cette taxe n’atteint pas $3 par tête tandis qu'aux Etats-Unis les frais du gouvernement général s'élèvent à $12 ou $14 par tête chaque année, abstraction faite des taxes d'Etat et iles taxes locales, Si l’on calculait tout aux Etats, on arriverait à une somme de $15 ou $20 par tête, ce qui en Canada, suffirait pour acquitter non-seulement l’intérêt mais le principal de la dette publique. Elle est de cinquante-cinq millions, en la répartissant sur une population de deux millions et demi ou environ ; une contribution de $23.50 l'éteindrait totalement.
M. George Brown nous a trompés sciemment au sujet de l’intérêt de la dette publique. Cet intérêt ne dépasse pas deux millions et demi, Des cinquante-cinq millions qui constituent toute notre Jette, trente ont été convertis de manière à ce que la province ne paie que cinq pour cent d'intérêt au lieu de six. En outre, la loi a prévu la création d’un fonds d'amortissement sur le pied d’un demi pour cent, lequel en quarante-cinq ans éteindra toute cette dette de‘trente millions. Si la balance n’a pas été consolidée de la même façon, c'est sans doute que nous avons eu des successeurs incapables, mais leurs jours sont comptés. Ils ont convoqué le Parlement pour le 13 août ; ce nombre treize ne signifie, ça me semble, rien de bon pour eux. (AÆires.)
Laissez-moi vous féliciter d'avoir choisi M. Strect, pour votre député, Qui méritait cet honneur plus que l’homme qui s’est si bravement conduit dans la guerre entre les Etats-Unis et la Grande- Bretagne ? En faisant choix de lui, vous avez protesté par là contre la politique si peu éclairée du présent gouvernement au sujet de la milice, Et, puisque j'en ai ici l'occasion, permettez-moi d'ajouter que le Bas-Canada s'est comporté aux dernières élections de manière à balancer les pertes que vous avez éprouvées dans le Haut-Canada. Je ne m'adresse pas seulement aux conservateurs mais aussi aux réformistes partisans de M. Baldwin et de M. Hincks, qui, avec les conservateurs, ont formé le parti modéré, le parti le plus loyal du pays. Il m'importe peu que i: Globe ou que M. Sandfield Macdonald se vantent partout d’avoir lu majorité, cette majorité n'existe pas. Au 13 août, les vingt-trois ou les vingt-quetre libéraux-conservateurs, disciples des Baldwin et des Hincks, dont le nombre ira bientôt en augmentant, par leur union avec la majorité du Bas-Canada, scelleront l'arrêt de mort du ministère. Quand l'élection de l'Orateur aura lieu, comptez que M. Brown et ses partisans seront dûment avertis de la fin de leur règne
Le Globe prie le public de laisser loyalement le gouvernement s'essayer, se mettre à l'épreuve, d'autant qu'il n’y a dans le moment à ses yeux que des hommes modérés au pouvoir. Mais qui donc a jamais cru que les grits puissent se vaincre à ce point même de paraître modérés ?
Revenons à la politique du gouvernement auquel j'ai appartenu. Nous avors voulu restaurer les finances et nous y avons réussi. Nos adversaires, nous le savons bien, ne sauraient rien faire audessus de ce qui a été accompli dans cette partie par mon habile collègue, l'honorable A.-T, Galt. Ils n’ont pas eu d’autres embarras que ceux mêmes provenant de leur impéritie.
Le Canada a fait de grands progrès dans les douze ou quinze dernières années. Il y x quinze ans, quelles voies de communication avions-nous? De simples chemins de voiture, plus ou moins convenables et un tronçon de chemin de fer à traction de chevaux. Depuis nous avons établi des milliers de milles de rails, ce qui a sensiblement augmenté la valeur de chaque morceau de terre, de Sarnia à Gaspé, tout comme la valeur de la production agricole. Nous avons perfectionné nos communications par voie d’eau et l’ensemble de nos canaux est vraiment sans égal dans
le monde, et cependant tout notre passif n'excède pas cinquantecinq millions!
On peut me répondre que nous avons escompté l'avenir, mais qu'est-ce que sept ou huit ans pour un pays tel que le nôtre ? Nos finances ne sont pas embarrassées, si ce n’est aux yeux de gens qui n’y voient pas clair. Durant cette période, nous avons tout fait pour rendre le Canada plus habitable, et nous avons gardé notre population, et elle s’est rapidement developpée et enrichie ; nous avons augmenté la fortune publique en même temps que la valeur de chaque habitation, de chaque morceau de terre, Voilà, Messieurs, comment nous nous y sommes pris pour ruiner notre pays. É
Nous avons travaillé au bien général de toute façon. Par la présentation de notre projet de loi sur la milice, nous avons montré quel prix nous attachions à notre union avec la Grande- Bretagne. L’Angleterre a vu là que nous étions prêts au besoin à faire les sacrifices nécessaires pour continuer cette union. Il est vrai que nous sommes tombés sous le coup des préjugés créés par le Globe et les autres journaux clear-grits. Mais nous n'avions pas perdu la confiance de la Chambre. Nous dûmes nous démettre parce que devant ces préjugés, quelques-uns de nos partisans fléchirent... En tous cas, nous avons voulu prouver à l'Angleterre que nous chérissions l’union britannique, et que nous la jugions nécessaire pour la prospérité et la gloire de ce pays. Laissés à nous-mêmes, sans lien avec l'Angleterre, quel serait notre sort ? Pourrions-nous nous maintenir dans l’indépendance ? Non, nous serions inévitablement absorbés par les Etats-Unis. Alors il nons faudrait contribuer jusqu’à $20 par tête pour payer l'immense dette qui les écrase, Quand l'Angleterre nous demande quatre ou cinq cent mille piastres pour l'aider à nous défendre, devrionsnous hésiter ? Devrions-nous nous y refuser quand nous ons la flotte, les canons, les soldats de la métropole, pour faire respecter les lois que nous faisons ? |
L'esprit démocratique est assez fort ici pour agir sur les hommes politiques ; mais nous n'avons pas ce système outré qui le rend souverain en toute chose. Il existe un sentiment monarchique très-prononcé dans notre population. Oui, la population du Bas- Canada est monarchique de caractère et de sentiment. Pour ne rien perdre de notre force, défendons avec jalousio tout ce que contiennent de monarchique nos institutions |
Jo le repète, nous devons être fiers de notre union avec l'Angleterre. Tous les jours on entend vanter les succès et la prospérité que les Etats-Unis obtiennent depuis qu'ils ont proclamé leur indépendance ; mais personne peut-être n'a pris la peine de comparer cette prospérité avec celle de l'Angleterre—de la Vieille Angloterre—qui attire tout à elle dans l'immensité de son commerce. Il y a soixante-quinze ans, la population des îles Britunniques ne dépassait pas neuf millions. La république américaine comptait alors plus de trois millions d'habitants, soit le tiers de toute la population de la Grande-Bretagne, Les Etats-Unis ont aujourd’hui trente-trois millions d'âmes, mais comment sont-ils arrivés à ce chiffre? En recevant le trop plein des autres pays. Tandis que la Grande-Bretagne a porté sa population de neuf à trente millions, non pas par l'immigration étrangère, mais par su propre augmentation naturelle, ÆExaminons maintenant le commerce de la Grande-Bretagne. Il a pris des proportions beaucoup plus vastes que celles des Etats-Unis. Les exportations anglaises s'élèvent présentement à environ cent millions de louis sterling. Cet incomparable. progrès est dû à la politique de l'Angleterre, au travail de ses habitants, à leur admirable industrie, Aussi l'Angleterre est-elle plus riche, plus prospère, plus avancée sous bien des rapports que les autres pays.
Permettez que je dise un mot d’une partie de la province trop souvent dénigrée chez vous. (Ecoutez ! écoutez !) D'après le Globe, le Bas-Canada est le fléau du pays, à curse to the country! S'il n'existait pas, le Haut-Canada serait, dit-il, plus prospère et plus heureux. Ni son sol ni son climat, il est vrai, ne sont aussi favorables que ceux dont vous jouissez, mais pour l’habiter n’estil pas nécessaire que sa population travaille plus rudement et vive plus économiquement que la vôtre? Au lieu de le décrier, le Globe devrait plutôt le louer. S'il est aussi un clergé qui soit attaché à la couronne anglaise, c’est le clergé du Bas-Canada, et de tous les sujets de Sa Majesté il n’en est pas qui soient plus fidèles que les Canadiens-Français.
Je n'hésite pas à vous dire à vous conservateurs haut-canadiens ou partisans de Baldwin-Hincks : Continuez le enmbat où vous êtes engagés, et ne vous alarmez pas si vous perdez quelques élections: les vides seront remplis par vos alliés du Bas-Canada ! Brow et ses partisans auront beau s’enrôler sous Sandfield Macdonald, ils ne gouverneront jamais ce pays! Je le répète : leurs
jours sont comptés. Attendez au 13 août et vous verrez que leurs nouvelles prétentions à la modération n'ont trompé personne. Le Bas-Canada n'a élu que treize rouges pur sang, (Ecoutez ! Ecoutez !) Je sais qu'il se trouve parmi les grits des honnêtes gens, qui ne partagent pas les opinions extrêmes ot insensées de M. George Brown. J'en ai rencontré un—il est ici présent—qui m'a dit: “Je n’approuve pas tous les actes de George Brown, mais je ne saurais vous aider à le torrasser.” Je lui ai répondu que notre parti se chargerait de ce soin, ce qui ne lui laisserait plus rien à souhaiter,
Avant de terminer, je tiens à vous expliquer des paroles que j'aurais prononcées publiquement et qui ont blessé nos adversaires. J'aurais dit qu'un grit ne valait pas une morue, Le Globe et ses adhérents ont toujours reproché au Haut-Canada l'encouragement qu'il a donné aux pêcheries du golfe et de la baie des Chaleurs, Ayant eu l'occasion de parler de la question des pêcheries, j'ai dit que la politique de mon cabinet avait été attaquée à tort par M. Brown et ses suivants J'avais plusieurs grits en face de moi et je me suis adressé en ces termes: ‘ Vos cultivateurs obtiennent vingt-cinq cents de plus pour chaque minot de Lié qu'ils vendent depuis 1855. Eh bien ! qui est-ce qui a procuré au Canada le traité de reciprocité qui nous donne cet avantage ? qu'avons nous à offrir. La morue, oui, ce sujet de vos sarcasmes à nos voisins pour en obtenir cet avantage, qui a surtout profité au Haut- Canada ! Il est évident pour quiconque a lu le récit des négociations qui ont abouti au traité, que, si nous n'avions pas eu à offrir la morue aux Américains, ils n'auraient pas ouvert leurs portes à votre orge, à votre avoine, à votre blé! C’est donc la morue qui a valu au pays ce traité heureux.” Pour donner encore plus de force à mon argument contre ces hommes qui proclament maintenant sans cesse que le Haut-Canada a plus de population que le Bas, j'ajoutai: “Eh bien, Messieurs, croyez-vous que cette supériorité du nombre que vous avez sur nous peut nous obtenir ce bienfait inestimable, le traité de réciprocité, comme l’a fait la morue ?” Quelques uns des grits irrités par mes questions, firent publier dans leurs gazettes que j'avais dit que la morue valait mieux ou plus que les grits.
Il est temps de dire un mot des dames. En Bas-Canada, une réunion n'est pas complète sans elles. Nous y sommes tous du sentiment de ce roi de France, François Ier, lequel trouvait qu'une
réunion sans femmes est comme une année sans printemps et un printemps sans roses. Je suis charmé d’être entouré d'autant de fleurs, J'ai peut-être un reproche à faire à M, Street, Il représente la partie masculine de la population de Welland, mais je regrette de le constater, il ne paraît pas songer à s'associer à l'autre portion plus importante et beaucoup plus aimable. Il s'est vanté que les dames n'avaient pas peu contribué à le faire élire, eh bien, qu'elles exigent maintenant de lui qu'il fasse une élection parmi elles! Ilne pourra jamais y avoir une meilleure élection que celle-là. (Aires et vifs applaudissements.)
CE
SUR LA
TRAHISON DE M. O'HALLORAN
PRONONCÉ LE 20 FÉVIUER 1864
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
Le cabinet Macdonald-Dorion convoqua les Chambres sans avoir fait aucun changement dans son personnel, par conséquent sans avoir réussi à fortilier sa position, La majorité qui l'appuyait variait de deux à trois voix, et il était impossible, dans de pareilles conditions, de pouvoir donner suite à un programme politique, Très long et très vif l'ut le débat sur l'adresse, mais M. Cartier ne proposa pas d’amendement afin de donner au ministère toute la latitude possible, Et encore cette majorité était illusoire, car sans l'absence de M. Le Bouthiller et la défection de M. O'Halloran, député de Missisquoi, et de M. Foley, député de Waterloo, qui avaient promis de faire cause commune avec l'opposition, le gouvernemént eût été battu dès les premiers jours de la session précédente, Que M. O'Halloran se soit vendu, cela ne faitaucun doute ; il n’y a qu'une opinion sur ce point parmi ceux qui ont vu les choses de près. Le discours de M, Cartier le donne à entendre assez clairement. M. Foley se rallia au parti conservateur durant la vacance,
M. l'Orateur,
Après l'élection de l’orateur, l'opposition résolut de frapper de blâme, devant le pays, la formation inscontitutionnelle du gouvernement ; en ce temps-là, l'honorable député de Missisquoi agissait de concert avec elle. (Ecoutez ! Ecoutez !)
M. O'HarLoRAN.—Non, vous étiez avez moi.
M. Carrier.—L'honorable monsieur dit que j'étais avec lui! c'est une manière assez originale d'expliquer sa conduite. Je pense pourtant, que le pays se fera une autre idée de nos positions rela-