‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 138 sur 247 · PAR LE BARREAU DE TORONTO · texte numérisé non relu

PAR LE BARREAU DE TORONTO

Le banquet offert, ce jour-là, par les membres du barreau de Toronto à l'honorable J.-A, Macdonald, procureur général du Haut-Cunada, eut un succès exceptionnellement brillant, Plus de deux cents convives étaient présents, et autant auraient voulu pouvoir y prendre part, mais Osgoode Hall ne pouvait en contenir davantage, L'honorable J.-H. Cameron présidait, ayant à sa droite le héros de la fête et à sa gauche l'honorable M. Cartier, Parmi les convives se trouvaient aussi les honorables MM. Cockburn, Campbell et Blair, ministres fédéraux, et l'honorable M. Sherwood, La musique était fournie par la fanfare du 4e Régiment. A la suite des toasts d'usage, le président proposa la santé de leur hôte en termes éloquents, ‘ C'est un privilège, dit-il, pour le barreau du Haut-Canada, de contempler en face le procureur général, Aucun homme dans le pays n'occupe une position aussi élevée que M. J.-A. Macdonald, et personne plus que lui n'est en état d'améliorer les lois et les statuts de la profession, Quand on lui demanda la décentralisation de la justice, lui, comme gardien de la profession, refusa de consentir à cette proposition, et il insista sur la construction de l'édifice dans lequel nous sommes aujourd'hui’ L'orateur parla ensuite de l'Acte de Procédure Civile, et de différentes lois dues aux efforts de l'honorable M. J.-A. Macdonald. ‘ Non-seulement, a-t-il ajouté, il a voulu donner cette robe de soie, comme conseil de la Reine, que nous sommes fiers de porter, à ses amis politiques; mais il l’a encore accordée à ses adversaires qui étaient dignes de cet honneur.” (Applaudissements.) On but alors la santé au milieu des applaudissements, après quoi, l'honorable M. Macdonald, qui fut accueilli par l'assemblée avec enthousiasme, se leva et dit : “Je n'ai jamais, dans tout le cours de ma vie publique, éprouvé un plaisir aussi vif qu'aujourd'hui, parceque je sens que la démonstration s'adresse à moi-même. Je vois à cette table des messieurs qui ont toujours été mes adversaires et je m'en énorgueillis d'autant. Mais j'ai pu me former à une bonne école, celle du juge en chef Draper et d'hommes comme lui. Les éloges que l’on m'adresse appartiennent à ceux sous lesquels j'ai étudié, pour une grande partie des mesures mentionnées par le président. M. Cameron qui est bon avocat, cherche

à apprécier ceux qui ont été formés par de bons avocats, L'Acte de Procédure est dû au juge Draper, le plus illustre des hommes de loi, J'ai à la dernière session fait passer plusieurs mesures, entre autres celle des titres d'amortissement, qui est l'œuvre du savant vice-chancelier Mowat, mon premier clerc, quand je commençai à pratiquer,” L'orateur paya ensuite un tribut d'éloges à l'ex-juge en chef MeCauley, au juge Gowan, de Barrie, et au Dr Ryerson, surintendant de l'instruction pablique, {1 insista sur la position prise en Canada et aux Etats-Unis par les avocats, et commenta les statuts des cours de comté, qui avaient été amendés de manière à rendre la position des juges inamovible, 11 dit quelques mots de sa position comme ministre de la milice, à laquelle avait fait allusion le colonel Lowry, et déclara que les derniers changements dans la loi de la milice étaient surtout le fait de ses prédécessours, Quant aux questions politiques, dit-il, sans vouloir en parler longuement, je puis déclarer que la Confédération est assurée, (Applaudissements.) Et les dernières négociations de Washington conlirment cette opinion, Si la Confédération est adoptée, il y aura de nouvelles législatures, générales et locales, et je puis dire à mes confrères du barreau que les législatures locales auront le contrôle des questions territoriales et civiles ; et je considère ce point comme tellement important que si les électeurs partageaient mon opinion, je leur demanderais de m'envoyer à la législature locale, Je dois faire remarquer que l'honorable M, Cartier a droit de partager les honneurs que je reçois, ce soir, parce que je n'ai jamais fait appel en vain à lui ou aux Bas-Canadiens. (Applaudissements.) 11 n'y a pas dans tout le Canada de cœur plus dévoué à ses amis, et je suis heureux d'apprendre qu'il va, aujourd'hui même, être appelé à faire partie du barreau du Haut-Canada, Si j'ai réussi à introduire ici les institutions de la Grande-Bretagne, c'est dû en grande partie à mon ami qui ne souflrira jamais que sous son administration, les liens qui nous rattachent à l'Angleterre soient relachés.” (Acclamalions enthousiastes.) Le président proposa alors la santé du gouvernement. Cette réunion, dit-il,n'est pas une assemblée politique, je ne vois pas cependant pourquoi nous ne boirions pas au gouvernement du pays, en associant cette santé à celle de l'honorable procureur général de l'Est, je porte donc ce toast : ‘“ Au gouvernement du pays et à l'honorable M. Cartier,” Je dois ajouter qu'aujourd'hui même le procureur général du Bas-Canada a été reçu membre du oarreau du Haut-Canada, Nous lui avons fait subir un examen verbal ; enire autres questions, nous lui avons posé celle-ci : ‘ Lequel vaut mieux, ou le système anglais ou le système français ? ” Il a répondu que le meilleur système était la combinaison de ce qu'il y avait de plus parfait dans les deux, (Applaudissements.) Pas n'est besoin de dire que nous l'avons admis sans l'interroger d'avantage. Quoique l'honorable monsieur ait un jour appelé gaiement les Haut-Canadiens : ‘ une race de morues,” je suis persuadé, que s’il venait jamais exercer la profession d'avocat parmi nous, il ne manquerait pas d’affaires.” On but la santé au milieu d’applaudissements prolongés, Après avoir été accueilli par des bravos enthousiastes, M. Cartier répondit dans les termes suivants :

M. le Président et Messicurs,

La réponse à ce tonst au gouvernement appartiendrait de droit à l'honorable procureur général du Haut-Canada (l'honorable John À, Macdonald), et c'est sa modestie qui m'oblige de le remplacer, Puisque l'honneur me revient, je me hâte de déclarer que je ne considère pas la présente démonstration comme une approbation publique de notre conduite individuelle. Le toast s'adresse d'une manière générale, au gouvernement de Sa Majesté, qui, lui, dure toujours.

I] ne me conviendrait pas de faire mon propre éloge, mais je ne puis oublier qu'aujourd'hui même j'ai été admis au barreau du Haut-Canada. Pourtant, vu la grande distance qui sépare nos villes, vous n'avez peut-être pas une idée juste de ce que je puis valoir. Vous avez, je suppose, entendu dire que j'avais pour spé cialité de prononcer quelquefois des discours de huit à dix heures en Parlement ; mais, rassurez-vous, je ne veux pus vous fournir la preuve de ma terrible capacité. Je vois à mes côtés des collègues qui n'aiment guère plus les longs discours ; il leur faut trop souvent en écouter de gré ou de force,

Je dois cependant tenir compte du compliment que vient de m'adresser l'honorable procureur général du Haut-Canada. Si la tâche d'inaugurer de grandes réformes en matière judiciaire et législative m'est échue, j'ai toujours eu, du moins, l'inappréciable secours de mon ami, l'honorable M. Macdonald, Avant que je fusse procureur général, l'administration de la justice était restreinte à sept sièges. Dans un pays qui occupe un espace de plus de mille lieues, ce système ne pouvait pas durer; c’est pourquoi j'en ai introduit un nouveau qui a remédié aux graves inconvénients dont on se plaignait et qui fonctionne parfaitement, J'ai fait voter aussi une mesure d’une importance majeurs, je veux dire la codification des lois du Bas-Canada. Je voulais servir, par là, non pas seulement les intérêts de mes nationaux, mais aussi ceux de tous les autres habitants du Bas-Canada, Anglais, Ecossuis, et Irlandais. Lorsque je soumis le projet, l’on me prédisait que je ferais fiasco ; mais comme je suis un peu opiniâtre, je ne me suis pas épargné pour le faire adopter. Le projet est devenu loi. Quand vous aurez ce code, vous y trouverez des assimilations

de plusieurs lois qui régissent les deux provinces. Il sera presque aussi utile au Haut-Canada qu'au Bas-Canada,

Je ne puis m'empêcher, Messieurs, de revenir sur l'honneur que vous m'avez conféré aujourd'hui. Chacun compte dans sa vie des phases qui ont pour lui l'importance d’un événement, Eh bien, je le déclare, cette soirée est pour moi, l’un des grands événements de ma vio. Je connais toute la science et toute la dignité des juges et du barreau du Haut-Canada. J'ai observé la manière dont les juges accomplissent leurs devoirs, et je ne connais pas de pays au monde où l'on exerce ces nobles fonctions avec plus de gravité et plus d'autorité qu'ici.

Voilà longtemps que le président de cette réunion, M. Cameron, serait juge, s’il l'eût voulu, Le ministère Baldwin lui a offert la charge deux fois, et mon honorable collègue et ami, M. J.-A. Macdonald, la lui a offerte une fois. Mais le désir de continuer à se vouer à sa profession le pousse à toujours refuser. Je propose en terminant, la santé du du barreau du Haut-Canada, jointe à celle du président, l'honorable M. Cumcron. (Applaudissements.)

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