BANQUET A M. JOHN ROSE
voyons qu'elle sera la situation sous nos successeurs. Car il nous taudra bien tôt ou tard déposer le pouvoir, et le jour où il le faudra faire, je n’en serai pas fâché. Jetons un coup d'œil sur l'avenir, alors que de Terre-Neuve à l'Ile Vancouver, le Canada ne fera qu'une vaste Confédération. Nous serons bientôt quatre millions ; c'était la population des Etats-Unis à la déclaration de l’Indépendance : et je dirai à mon noble ami, M. le consul américain, que nous sommes aussi ambitieux qu'eux et que nous ne voulons point rester en arrière.
Sans chercher à amoindrir le commerce et l'industrie de la grande république, nr? puis-je pas dire que, proportionnellement, le commerce canadien est, je crois, plus considérable que le commerce américain. D’après le rapport sur le commerce qui vient d'être publié, nos exportations se sont élevées à $67,000,000 et nos importations à $71,000.000, ce qui fait un total de $138,000,000, nos voisins estiment leur population à 40 millions d'âmes, c'est-à-dire qu'ils sont dix fois plus nombreux que nous. Leurs importations devraient être de $710,000,000 par année et leurs exportations de $8670,000.000, pour être proportionnées aux nôtres.
J'aime à encourager nos populations ; je suis moi-même plein de confiance en l’avenir et je voudrais que tout le monde sût que nous ne sommes pas très en arrière de la République.
Je ne saurais trop vous remercier de ce toast.
Avant de terminer, je puis déclarer que les ministres actuels sont décidés à demeurer les conseillers de Sa Majesté. Et j'exprimerai le vœu que nos héritiers maintiennent aussi résolument nos institutions britanniques. J'espère qu'il en sera ainsi jusqu'à la tin des siècles, (Applaudissements.)
SUR
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DE QUÉBEC
Sir Georges Cartier ne prit pas une part active aux travaux de la Chambre locale, le rôle considérable qu'il jouait dans le gouvernement central et ses absences fréquentes l'en empêchant. C'est à peine s’il ya prononcé quelques discours. Mais il n'y a aucun doute que ses conseils furent très utiles au cabinet Chauveau qui avait à inaugurer tout un ordre de choses nouveau. Parlant du discours prononcé dans le déhat sur l'adresse, le correspondant de la Minerve écrivait de Québec, à la date du 24 novembre, ‘ Quand sir Georges s’est levé pour prendre la parole, un vif mouvement s’est produit dans l’enceinte délibérante et dans les galeries, I1 y avait deux ans que sa voix n'avait pas retenti dans cette salle si habituée à sa parole énergique et incisive. C'est avec un indicible sentiment d'intérêt et d’émouvante attention que nous voyons le Père de la Confédération en face de son œuvre, surveillant le foactionnement de tous les rouages et esquissant à grands traits les principes de la politique, simplifiant, en quelques paroles claires et lucides, les explications et les détails, ayant des paroles d'encouragement pour tout le monde, déposant les armes offensives qui le rendent si formidable dans une autre Chambre pour devenir l’ami de tous, se montrer un guide sûr et éclairé et exercer une autorité toute paternelle au milieu des délibérations.”
M. l'Orateur,
J'ai infiniment regretté de n'avoir pu assister à la session l'an dernier; mais quoique absent, j'ai toujours suivi les progrès de la législation. Et si je n’ai pas eu l'honneur et l'avantage d'y con-
tribuer, du moins, de l’autre côté de l'Atlantique, j'ai éprouvé une immense satisfaction de l’ensemble des travaux.
Il y a une question à laquelle je m'étais particulièrement intéressé dans l’ancienne Chambre, question envisagée sur toutes ses faces, avec espoir par les uns, avec crainte par les autres. Et j'ai été heureux de l'avoir vue décidée à la session dernière comme elle devait l'être ; je veux parler de la question de l'instruction publique, relativement aux différentes confessions religieuses.
Quand j'exposais de mon siège, en cette même salle, les bases de la Confédération, pour faire restituer à l’ancienne province de Québec les privilèges qu'elle avait perdus, je comptais sur cette libéralité. Le siège que j'occupais alors, n’est pas loin de celui-ci. De ce siège-là, j'avais fait des promesses. Je disais aux protestants : “ Ne craignez pas, vous aurez toute justice de mes compatriotes.”
C'est donc avec bonheur que j'ai vu ma promesse accomplie. Maintenant, je me permettrai cette hardiesse de dire que les catholiques canadiens-français ont toujours traité libéralement les autres croyances. Ce n'était pas une affaire de majorité ou de minorité : c'était une affaire de justice. Il ne s'agissait pas de savoir qui serait le rx fort, mais qui serait le plus juste, en laissant chacun libre de rendre hommage comme il l’entendrait à la divinité.
Je me rappelle que, dans le temps, un certain nombre de personnes disaient : ‘“ Pourquoi donner aux protestants du Bas- Canada des avantages que les protestants du Haut-Canada n’accordent pas aux catholiques.” À cela je répondais : ‘“ Faisons le bien. Si c'est notre conviction qu'il faut accorder toute liberté religieuse à ces compatriotes, faisons-le. Ce sera aux autres à faire leur devoir comme nous.”
11 fallait traiter les protestants avec la plus entière libéralité, afin que les catholiques pussent ensuite dire aux protestants : ‘“ Voilà ce que nous avons fait.” Au reste, chaque individu doit jouir, en pareille matière de la liberté d’action dans toute sa plénitude ; et en cela, les minorités doivent être assimilées aux individualités.
Je suis content de voir que l’adresse mentionne la grande question des chemins de colonisation. Si nous reportons nos regards soixante années en arrière, il n’en est pas un qui ne regrettera que les grands travaux de colonisation faits depuis deux ans n'aient été commencés alors,
Quand nous sommes devenus colonie anglaise, nous étions au plus 65,000 âmes. Depuis cette époque jusqu’à l’Acte d'Union,
jamais nous n'avons tant fait, pour l'amélioration et la colonisation de notre domaine, que dans les deux dernières années qui viennent de s'écouler.
On « beaucoup parlé des progrès d'Ontario. Nous devons nous en réjouir. Mais il faut tout d’abord remarquer que quand l’ancienne province de Québec avait sa législature, elle n'avait pas d’octrois pour la colonisation. En 1852, l'offre ayant été faite à la législature de lui prêter un million pour la colonisation, elle refusa. On fit la même offre au Haut-Canada, qui accepta et commença de grands travaux en chemins et voies de toutes sortes, entre autres celui du lac Simcoe au lac Ontario.
Qu'est-il arrivé ? Tandis que le Haut-Canada s'endettait, il améliorait sa situation intérieure. Le Bas-Canada avait un surplus, mais il ne jouissait d’aucune amélioration ; un jour, le Bas-Canada fut appelé à venir combler les déficits du Haut, et il dut contribuer à payer sa dette. De là date le premier avantage du Haut sur le Bas-Canada.
Mais le Haut-Canada a eu d’autres avantages. Quand on sécularisa les terres du clergé, le Haut-Canada obtint possession d’une immense quantité de terres. De plus, le Haut-Canada a fait usage de toute sa part du fonds d'emprunt municipal. Et à mesure qu'il créait de nouveaux chemins, il s’enrichissait, Le Bas-Canada n'eut en réserves sécularisées que quelques centaines de mille arpents de terres. Il obtint à peu près cent mille louis, quand le Haut-Canada eut trois millions.
Le Haut-Canada jouit d’un meilleur climat, d’un sol un peu meilleur. Il n'avait pas l'inconvénient de la tenure seigneuriale, qui causa tant de luttes en Bas-Canada. Si, pour nous affranchir de la tenure, nous n’eussions pas été obligés de sacrifier quatre millions, nous aurions aujourd’hui le bénéfice de ces quatre millions, soit en argent, soit en améliorations. Nous pourrions donc rivaliser avec le Haut-Canada.
Je suis surpris qu'avec ces désavantages, nous ayons pu augmenter autant en population. Il ne faut pas nous décourager si le Haut- Canada a un ou deux millions de plus Nous commençons une grande œuvre, nous en verrons plus tard les effets,
Il ne faut pas toujours dans notre existence observer les côtés sombres. S'il y a un rayon de soleil, qu’on envisage ce rayon de soleil, comme on envisage l'obscurité.
Pour la prospérité d'un pays, la grande affaire est celle des
finances, J'approuve l'honorable M. Joly, quand il dit qu'il fuut de la prudence ; mais j'approuve l'honorable M. Chauveau quand il déclare que la meilleure politique d'un gouvernement n'est pas d’avoir beaucoup d'argent de reste mais de savoir tirer bon parti de son argent,
J'ai été heureux de voir les marques de dévouement et de respect qui ont accueilli le fils de la Reine. Si une province devait honorer le prince Arthur, c'était celle de Québec, qui a eu l'honneur de posséder son grand-père, On me permettra de rappeler un souvenir dont j'ai une connaissance personnelle à propos du duc de Kent.
Un homme éminemment distingué, M. Joseph Bouchette, avait tout fait pour la topographie et la géographie du pays. Cet homme devançuit véritablement son siècle chez nous. Il fournit au public une masse d'informations, qui sont demeurées la buse des connaissances géographiques en Canada.
Cet homme de grand talent, qui était à la gêne, s'adressa à la législature ; maïs il ne put obtenir d'aide. Il avait fait la connaissance du duc de Kent. Celui-ci le dirigea vers l'Angleterre ; et grâce à sa protection, il put publier ses trois volumes, dont on reconnaît aujourd'hui le prix infini et qui ont été le sigual du développement des ressources du pays.
L'adresse fait allusion avec beaucoup d’à propos à la protection divine qui a conservé et fait mûrir nos moissons. Et après avoir fait la part de notre reconnaissance à la Providence, qui veut que nous nous aidions nous-mêmes pour qu'elle nous aide d'avantage, nous avons constaté les progrès considérables de nos populations dans l’agritu ture et nous devons nous en réjouir.
Je dois à la mémoire de sir Andrew Stuart de dire que cet avocat illustre, a fait tout en son pouvoir pour favoriser l'établissement des Canadiens sur les terres publiques,