APRÈS SA DÉFAITE A MONTRÉAL-EST
Le 28 août 1872 fut le Waterloo du chef conservateur, Au lieu d’être élu par ‘une immense majorité,” comme sir Georges Cartier avait droit de l'espérer, il subit une défaite écrasante dans les trois quartiers qui forment Montréal-Est, C'est à peine s'il obtint 2,000 voix quand son adversaire recueillait plus de 1,300 voix de majorité, Montréal-Est n'était pas tout le pays et des témoignages de sympathie éclatèrent de toutes parts, Sa Grandeur Mgr Bourget et M. l'abbé Bayle, supérieur du séminaire de Montréal, allèrent en personne exprimer à sir Georges le regret que leur causait sa défaite, et Leurs Grandeurs les évêques d'Ottawa et de Saint-Hyacinthe, et le grandvicaire Cazeau, lui adressèrent des lettres pleines de sympathies. Toute la presse conservatrice et plus d’un journal libéral rendirent hommage à sa valeur et exprimèrent l'espoir que cet échec serait bientôt réparé et que le pays ne serait pas privé de ses services. Sir Georges était alors atteint d'une grave maladie, qui devait lui être fatale, et il ne put retourner au siège du gouvernement que quelques semaines après. Les citoyens d'Ottawa ne le reçurent pas en vaincu, mais en triomphateur. Arrivé le soir dans la capitale, il fut escorté de la gare du chemin de fer à l'hôtel de ville par une procession aux flambeaux d’un caractère fort imposant. La procession terminée, sir Georges Cartier adressa les paroles suivantes à la foule :
M. le Maire et Messieurs,
Je dois dire que je ne m'attendais pas à une ovation de la part des citoyens ‘ie la capitale de la grande Puissance du Canada. Ce n'est pas la première fois que, sans distinctiun de parti ou de
croyances, vous me munifestez votre bienveillance, et je vous suis bien reconnaissant de l'honneur que vous me faites,
J'espère, comme vous, que le Dieu Tout-Puissant m'accordera avant longtemps le complet rétablissement de ma santé. (Applaudissements.) Si ce vœu est exaucé, vous me verrez à mon siège au Parlement, travaillant pour votre bien et le bien de tout le pays. (Acclamations.)
Je suis houreux de constater la grande prospérité de notre pays, et la solidité de notre constitution. Nous en avons eu la preuve aux dernières élections générales, Le gouvernement du Canada, composé, comme il l’est, d'hommes qui ont consacré toute lour énergie à établir la Confédération, a réussi aux polls et a été appuyé par le peuple, (Acclamations.)
Quant à moi-même, chacun sait que j'ai essuyé une défuite à Montréal ; mais elle ne peut ni dégoûter ni décourager un homme public et particulièrement un homme qui a longtemps possédé une cortaine somme d'énergie, (On rit.)
Fi j'ai été vaincu, tous les députés de la bonne vieille province de Québec retourneront au Parlement plus unis que jamais, plus déterminés que jamais à développer la prospérité du pays, et à démontrer l'utilité de nos nouvelles institutions politiques.
Je ne veux certainement pas faire blâmer aucun des hommes d'Etat qui ne sont plus, quand je dis que des hommes comme Robert Baldwin et LaFontaine se sont retirés dégoûtés de la vie publique, parce qu'ils ont été victimes de l’ingratitude de ceux-là même pour lesquels ils avaient travaillé. Mais, Messieurs, soyez convaincus que je ne me considère pas simplement comme le représentant d’une localité, dans le Parlement du Canada. (Applaudissements.) Une défuite locale ne m'affecte pas du tout. (Applaudissements.) Et je puis vous répéter que le parti conservateur de l’ancienne province de Québec sera plus uni et plus fort que jamais dans le nouveau Parlement. (Applaudissements.)