‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 239 sur 247 · AUX CITOYENS DE LA POINTE-LÉVIS · texte numérisé non relu

AUX CITOYENS DE LA POINTE-LÉVIS

patriotes, Vous avez été le défenseur de nos lois et de nos libertés constitutionnelles, et vous n'avez eu à cœur que de rendre justice à toutes les origines et à toutes les classes de la société,

“Vous avez mis la main à tous les genres de progrès qui se sont accomplis dans le pays depuis le commencement de votre carrière publique, et la postérité, qui en aura le bénéfice, regardera l’époque de votre apparition sur la scène politique comme une des plus importantes de notre histoire.

‘“ Les citoyens de Lévis expriment les vœux les plus sincères pour votre bonheur, celui de lady Cartier et de votre famille, et ils espèrent qu'il plaira à la Providence de vous donner la santé dont vous avez besoin pour reprendre dans les conseils de la nation le poste que ne manquera pas de vous y assigner encore longtemps la confiance publique. C’est le désir que fcrment les véritables amis de leur pays.

‘“ Lévis, 28 septembre 1872.”

Sir Georges Cartier répondit dans les termes suivants :

M. le Maire et Messieurs,

Je vous remercie bien cordialement du témoignage d'estime que vous voulez bien me donner; je sais l’apprécier comme il mérite de l'être, je n'ai fait rien spécialement pour cette localité; mais pendant les vingt-cinq années que j'ai travaillé pour le public, ainsi que vous le dites, je me suis efforcé de procurer le bien-être à tous mes compatriotes, et vous avez eu votre part dans ce que j'ai tenté de faire pour le pays en général. Votre bienveillante adresse me prouve que vous savez reconnaîtro ce que l'on fait pour veus, même indirectement. Je me vois aujourd’hui l’objet d’une démarche qui donnerait à croire que vous venez ici me témoigner, chacun de vous, une reconnaissance personnelle, Il est aisé de comprendre le motif qui vous anime, puisque déjà j'ai eu l’honneur de semblables réceptions dans les endroits où je suis passé, et avec lesquels je ne m'étais pas identifié plus que je ne le suis avec la ville de Lévis. Tout le monde a dans la bouche le mot de la circonstance, et je puis bien le prononcer devant vous, comme il l'est à cette heure devant tout le pays : votre démarche est une protestation du grand parti conservateur, non-seulement contre les électeurs de Montréal-Est, mais contre l'opposition tout entière qui croit que mon échec aura pour effet de désorganiser ce parti et de lui enlever enfin le pouvoir que vous lui avez confié et que

vous lui confirmez depuis si longtemps, Je vous assure qu'il est bien consolant pour un homme public qui n’a jamais eu en vue que les grands intérêts de son pays, de recevoir de semblables preuves de sympathie de la part de diverses classes de la population avec lesquelles il n’a point été en rapports immédiats. Ces liens qu'une même idée politique a formés entre nous, seraient bien doux à porter si la Providence me conservait ma santé ordinaire pour continuer l’œuvre patriotique que nous poursuivons. Mais au moment de vous quitter pour me remettre entre les mains des hommes de l’art et demander à leur habileté de me conserver cette existence que j'ai vouée au service de ma patrie, je ne puis résister au sentiment qui s'empare de moi,

(L'honorable baronnet, dont l'émotion avait été remarquée par tous les assistants, dès le début de son discours, prononça ces derniers mots avec beaucoup de difficulté et fut obligé de s’interrompre un instant, il avait des larmes dans la voix. Il ajouta :)

Je vous remercie bien sincèrement des vœux que vous formez pour le rétablissement de ma santé et pour les bonnes choses que vous souhaitez à lady Cartier et à ma famille. Je traverse l'Atlantique pour aller consulter les hommes de l’art, et si les souhaits que vous faites pour moi et vos bonnes prières obtiennent ma guérison, je reviendrai bientôt reprendre ma place en Chambre et dans le gouvernement, et je serai heureux, si le public continue de me donner son cordial appui, d'employer le reste de ma vie à travailler pour le pays et pour votre bien à tous.

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