‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 25 sur 247 · L'AUGMENTATION DE LA REPRÉSENTATION · texte numérisé non relu

L'AUGMENTATION DE LA REPRÉSENTATION

respecter le principe établi dans l'acte d'Union, qui donne un nombre égal de représentants à l'une et à l’autre section de la province, Une bien mauvaise raison, Supposons que ce bill devienne loi demain, il ne serait pas irrévocablr, Qui empêcherait ceux qui préconisent la représentation basée sur la population de présenter ensuite une mesure pour faire triompher leurs vues, si cela était possible ? Tout démocrate désire sans doute le triomphe de ce principe ; mais, en attendant, il doit appuyer ce projet de loi comme étant le seul praticable,

D'un autre côté, les partisans de l’économie allèguent que ce bill augmenterait les dépenses, Encore une objection peu sérieuse. Avant l'Union, le Haut et le Bas-Canada comptaient 154 députés. L'honorable procureur général (M. La Fontaine) propose maintenant de fixer la représentation à 150, soit quatre de moins qu'avant l’Union, alors que la population était moindre de moitié ou bien certainement d'un tiers. Chacun des 84 membres qui siégent actuellement dans cette Chambre reçoit un louis par jour ; qu'on réduise cette indemnité à dix schillings ou douze schillings et demi par jour, et la différence suffira à payer l'augmentation de la représentation.

M. Roginson (député de Simcoe).—I1 n'y aurait pas économie,

M. Carrier.—Oh ! que si. L'on ferait plus de besogne, et il y aurait moins de verbiage. Quel temps l'on gaspille maintenant en longues dissertations sur la constitution, dans le soi-disant comité du retranchement, quand on y perd de vue l’objet qu'on s'était proposé par la formation de ce comité ! C’est un fait connu que, si un grand nombre de personnes sont réunies ensemble, il en est peu qui osent porter la parole, tandis que dans une petite assemblée tout homme est un parleur. J’en conclus que beaucoup de députés qui croient devoir étaler leur éloquence sur toute espèce de sujets, seraient beaucoup plus circonspects en présence d’une assemblée plus nombreuse.

Revenons à la doctrine prêchée par les apôtres de la démocratie, que la représentation doit être basée sur la population. Ils prétendent n’en avoir jamais prêché d’autre, mais, si l’on jette un regard en arrière, on voit qu'ils ont été guidés par le principe même de ce bill. Quel était le système du Bas-Canada ? La représentation avait-elle pour base la population ? Non, la disproportion était beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Sauf une couple d’exceptions, il serait même ridicule de prétendre que le principe

électif existait alors, Nous n'en avions qu'un simulacre, L'on comptait un seul poll dans un comté, et comme très peu de gens aiment à faire cinquante ou soixante milles pour donner leur vote, le premier venu pouvait être élu par acclamation, grâce à l'appui de vingt ou trente de ses voisins, Il y a eu progrès depuis l'Union. On a établi plusieurs polls par comté, la population suit les choses de plus près, les élections excitent de l'intérêt, et le peuple est convaincu qu'il jouit d'institutions électives, ce qui n'était pas vrai autrefois,

J'ajouterai quelques mots à l'adresse du nouvel adepte de la démocratie, l'honorable député de Toronto (M. George Brown). Son zèle de converti le porte à repousser le présent bill parce qu'il n'y reconnaît pas la représentation basée sur la population. Il devait pourtant savoir qu'il n’est pas de démocratie connue dans le monde qui ait encore atteint la perfection. Prenons même la constitution des Etats-Unis, la constitution démocratique qui est réputée la plus parfaite, Elle présente des imperfections telles, qu'il est au pouvoir de la minorité d’élire des représentants au Congrès, au Sénat, et même à la présidence. La représentation ne s'accroît pas non plus proportionnellement à la population, Chaque Etat a le droit de nommer un représentant par chaque nombre de 70,000 électeurs, et quand il s’en trouve 30,000 en plus des 70,000, ces 30,000 ne sont aucunement représentés, Le système démocratique n’est donc pas parfait, et l'honorable député devrait voter pour cette mesure, qui est un pas vers la perfection à laquelle il aspire.

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