L'IMMIGRATION ET LA COLONISATION
pas de nature à encourager la colonisation du pays. Quand bien même la législature aurait été disposée, à cette époque, d'accorder des crédits pour ouvrir des chemins de colonisation, il exisUût d'autres obstacles à l'établisHement du pays, dont le plus important était le système qui présidait à la concession des terres.
L'honorable député nous a parlé des Townships. Eh bien, les Townships ftirent concédés à quelques individus qui accaparèrent les terres et empêchèrent les colons de pénétrer jusque là. Ajoutons rincertitude des lois applicables aux Townships, laquelle causa beaucoup de désagréments aux colons. Il en fut ainsi jusqu'à 1854, alors que l'on passa une loi très avantageuse, qui traita les terres des Townships comme les autres terres du Bas-Canada.
L'honorable député aurait dû découvrir, au cours de ses recherches, que dans ces trois dernières années la vente des terres des Townships a augmenté considérablement, et que depuis deux ans le Bas-Canada a concédé plus de terres que le Haut-Canada. Je cite ces faits pour établir que le Bas-Canada est loin d'être indifférent à la question de l'immigration, mais qu'il est prêt au contraire à adopter des mesures vigoureuses pour coloniser et améliorer le pays.
L'honorable député de Montréal- Ouest a cru devoir parler en termes inoniques de la compétence du ministre de l'agriculture (M. Narcisse-F. Belleau). Mais est-il bien juste de le juger aussi sévèrement, quand il n'a pris charge du département que depuis deux semaines.
Le gouvernement s'intéresse à cette question tellement qu'il donnera à l'honorable député son plus cordial appui. La colonisation nous importe à un haut degré, et nous lui accorderons tout l'encouragement possible dans le Haut comme dans le Bas-Canada.
Comme je l'ai déjà fkit remarquer, il s'est présenté des obstacles nombreux dans le Bas-Canada. C'est en 1855 seulement que l'on commença à voter des crédits annuels pour ouvrir des chemins de colonisation, et, quoiqu'ils aient été peu considérables, les résultats ont été immenses. Après avoir dépensé d'une façon judicieuse $40,000 et $50,000 par année, le Bas-Canada se trouve à avoir plus de dix-huit cent milles de routes colonisatrices, qui ont coûté $536,000, et plus de huit mille pieds de ponts.
L'honorable député de Montréal-Ouest a critiqué le mode de construire nos chemins de colonisation en disant qu'il préfère le système du Haut-Canada.
Evidemment il n'a pas tenu compte de la différence bien marquée qui se trouve dans la situation géographique des deux sections de la province, laquelle empêche que Ton puisse bâtir dans le Bas-Canada des chemins semblables à ceux qui sillonnent le Haut- Canada.
L'établissement du Bas-Canada n'est pas le fait de l'immigration. Lorsqu'il devint colonie anglaise, il s'y trouvait environ 60,000 Canadiens-Français, mais ce nombre s'élève aujourd'hui à près de 900,000. L'ancien système en a malheureusement chassé un grand nombre de l'autre côté de la frontière. Je suis heureux de reconnaître qu'il a fait place depuis l'Union à une politique plus lai^e et plus éclairée. La Compagnie Américaine des Terres, qui se faisait remarquer autrefois par son extrême exclusivisme, changea complètement son mode d'action lorsque mon honorable collègue, le ministre des Finances (M. Galt), en prit la direction. Il invita mes compatriotes à profiter des avantages que la compagnie leur offrait, et quel fut le résultat ? Un grand nombre de Canadiens- Français achetèrent des terres et les défrichèrent.
Avec l'abolition du système féodal, le Bas-Canada a pris un nouvel essor, et nous pouvons avoir foi aujourd'hui dans le développement de notre population et de nos ressources. Nous comptons même sept millions et demi d'acres de terres arpentés et ouverts aux défricheurs, et pour montrer l'intérêt que nous portons à la colonisation, nous n'hésiterons pas à doubler le crédit que l'on vote chaque année. En attendant, nous attendons les meilleui-s fruits de l'œuvre du comité que nous voulons dégager de toute influence de parti afin qu'il inspire confiance à tous.
SUR LA